Plaisant séjour des âmes affligées,
Vieilles forêts de trois siècles âgées,
Qui recelez la nuit, le silence et l’effroi,
Depuis qu’en ces déserts les amoureux, sans crainte,
Viennent faire leur plainte,
En a-t-on vu quelqu’un plus malheureux que moi?
Soit que le jour dissipant les étoiles
Force la nuit à retirer ses voiles
Et peigne l’orient de diverses couleurs,
Ou que l’ombre du soir du faîte des montagnes
Tombe dans les campagnes,
L’on ne me voit jamais que plaindre mes douleurs.
En mon sommeil aucunefois les songes
Trompent mes sens par de si doux mensonges Qu’ils donnent à mes maux un peu de réconfort.
Ô dieux! de quel remède est ma douleur suivie,
De ne tenir la vie
Que des seules faveurs du frère de la mort!
Cette beauté dont mon âme est blessée,
Et que je vois toujours dans ma pensée,
Jusque dedans les cieux commande absolument,
Et si ce petit dieu qui tient d’elle ses armes
N’est captif de ses charmes,
Il en doit rendre grâce à son aveuglement.
Il faut pourtant après tant de tempêtes
Borner mes vœux à de moindres conquêtes.
Je devrais être sage aux dépens du passé ;
Mais ses perfections, ses vertus immortelles
Et ses beautés sont telles,
Que pour être insensible il faut être insensé.
Son œil divin, dont j’adore la flamme,
En tous endroits éclaire dans mon âme,
Comme aux plus chauds climats éclaire le soleil ;
Et si l’injuste sort, aux beautés trop sévère,
A fait mourir son frère,
C’est que le Ciel voulut qu’il n’eût point de pareil.
Sombre demeure du silence,
Vallons dont les antres secrets
Savent quelle est la violence
De mes pitoyables regrets :
Durant les ardeurs insensées
Dont naguère j’étais brûlé,
Vous savez bien que mes pensées
Ne vous ont jamais rien celé :
Quand libre de soin et de peine
Je possédais ma liberté,
Les yeux d’une belle inhumaine
M’ont remis en captivité :
Du doux poison qu’ils m’ont fait boire,
Je languis la nuit et le jour,
Et ne sais lequel je dois croire,
Ou mon devoir ou mon amour :
Devant cette belle homicide,
Combien que la discrétion
Tâche de retenir en bride
L’ardeur de mon affection,
Mon cœur qui soupire sans cesse
Les ennuis dont il est touché,
Insensiblement lui confesse
Ce que ma voix lui tient caché,
Vieilles forêts de trois siècles âgées,
Qui recelez la nuit, le silence et l’effroi,
Depuis qu’en ces déserts les amoureux, sans crainte,
Viennent faire leur plainte,
En a-t-on vu quelqu’un plus malheureux que moi?
Soit que le jour dissipant les étoiles
Force la nuit à retirer ses voiles
Et peigne l’orient de diverses couleurs,
Ou que l’ombre du soir du faîte des montagnes
Tombe dans les campagnes,
L’on ne me voit jamais que plaindre mes douleurs.
En mon sommeil aucunefois les songes
Trompent mes sens par de si doux mensonges Qu’ils donnent à mes maux un peu de réconfort.
Ô dieux! de quel remède est ma douleur suivie,
De ne tenir la vie
Que des seules faveurs du frère de la mort!
Cette beauté dont mon âme est blessée,
Et que je vois toujours dans ma pensée,
Jusque dedans les cieux commande absolument,
Et si ce petit dieu qui tient d’elle ses armes
N’est captif de ses charmes,
Il en doit rendre grâce à son aveuglement.
Il faut pourtant après tant de tempêtes
Borner mes vœux à de moindres conquêtes.
Je devrais être sage aux dépens du passé ;
Mais ses perfections, ses vertus immortelles
Et ses beautés sont telles,
Que pour être insensible il faut être insensé.
Son œil divin, dont j’adore la flamme,
En tous endroits éclaire dans mon âme,
Comme aux plus chauds climats éclaire le soleil ;
Et si l’injuste sort, aux beautés trop sévère,
A fait mourir son frère,
C’est que le Ciel voulut qu’il n’eût point de pareil.
Sombre demeure du silence,
Vallons dont les antres secrets
Savent quelle est la violence
De mes pitoyables regrets :
Durant les ardeurs insensées
Dont naguère j’étais brûlé,
Vous savez bien que mes pensées
Ne vous ont jamais rien celé :
Quand libre de soin et de peine
Je possédais ma liberté,
Les yeux d’une belle inhumaine
M’ont remis en captivité :
Du doux poison qu’ils m’ont fait boire,
Je languis la nuit et le jour,
Et ne sais lequel je dois croire,
Ou mon devoir ou mon amour :
Devant cette belle homicide,
Combien que la discrétion
Tâche de retenir en bride
L’ardeur de mon affection,
Mon cœur qui soupire sans cesse
Les ennuis dont il est touché,
Insensiblement lui confesse
Ce que ma voix lui tient caché,
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