Les enfants d’âge en âge apprendront de leurs peres
Comme autrefois, Seigneur, ta puissance voulut
Contre les artisans de nos longues miseres
Combattre pour ta gloire et pour notre salut.

Ils sauront comme apres nos guerres étouffées
Nos ayeuls ont posé leurs arcs et leurs écus,
Et que leurs bras, lassez d’élever des trophées,
Ont imprimé le soc dans le champ des vaincus.

Ils ne l’eussent pas fait par la force des armes ;
Mais tes mains et tes yeux, par des effets divers,
Ne s’armèrent pour eux que d’attraits et de charmes,
Et pour leurs ennemis de foudres et d’éclairs.

O mon Maistre ! ô mon Roy ! si-tost que ta presence
Rend le cœur à ton Oint et la force à son bras,
L’orgueil de l’univers a-t-il quelque puissance
Qu’il ne puisse choquer, briser et mettre à bas ?

Ce n’est ni par les dards, ce n’est ni par la lance
Qu’on soumet l’ennemi sans l’avoir combattu :
Toy qui mets le respect où regnoit l’insolence,
Rends son esprit confus et son cœur abattu.

Apres cette victoire en merveilles féconde,
Je publiray sans fin tes bontez en tous lieux,
Et mon ressentiment fera le tour du monde,
Tandis que le soleil fera le tour des cieux.

Mais à quoy nous sert-il de sortir d’esclavage
Pour vivre sous un maistre aussi juste que doux,
S’il faut qu’en le perdant nous perdions le courage
Et fuyions devant ceux qui fuyoient devant nous ?

Quoy donc ? ta bergerie à jamais vagabonde
Se verra loin des bords du Jourdain et du Nil
Errer en tant de lieux qu’à peine tout le monde
Pourra dans sa grandeur contenir son exil ?
. . . . . .

Es-tu donc insensible en voyant de la sorte
Qu’on traite en cet exil nostre invincible foy,
Toy qui sçais qu’icy bas la haine qu’on nous porte
Ne vient que de l’amour que nous avons pour toy ?
. . . . . .
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