Honorat de Bueil de Racan

Honorat de Bueil de Racan

1589–1670 · a vécu 80 ans FR FR

n. 1589-02-05, manoir de Champmarin · m. 1670-01-21, Paris

Pour un marinier

Dessus la mer de Chypre où souvent il arrive
Que les meilleurs nochers se perdent dès la rive,
J’ai navigué la nuit plus de fois que le jour :
La beauté d’Uranie est mon pôle et mon phare,
Et dans quelque tourmente où ma barque s’égare,
Je n’invoque jamais d’autre dieu que l’Amour.

Souvent à la merci des funestes Pléiades,
Ce pilote sans peur m’a conduit en des rades
Où jamais les vaisseaux ne s’étaient hasardés,
Et, sans faire le vain, ceux qui m’entendront dire
De quel art cet enfant a guidé mon navire,
Ne l’accuseront plus d’avoir les yeux bandés.

Il n’est point de brouillards que ses feux n’éclaircissent ;
Par ses enchantements les vagues s’adoucissent ;
La mer se fait d’azur et le ciel de saphirs,
Et, devant la beauté dont j’adore l’image,
En faveur du printemps, qui luit en son visage,
Les plus fiers aquilons se changent en zéphyrs.

Mais bien que dans ses yeux l’amour prenne ses charmes,
Qu’il y mette ses feux, qu’il y forge ses armes,
Et qu’il ait établi son empire en ce lieu,
Toutefois sa grandeur leur rend obéissance ;
Sur cette âme de glace il n’a point de puissance,
Et seulement contre elle il cesse d’être dieu.

Je sais bien que ma nef y doit faire naufrage,
Ma science m’apprend à prédire l’orage,
Je connais le rocher qu’elle cache en son sein ;
Mais plus j’y vois de morts et moins je m’épouvante ;
Je me trahis moi-même, et l’art dont je me vante,
Pour l’honneur de périr en un si beau dessein.
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Poèmes

8

Pour un marinier

Dessus la mer de Chypre où souvent il arrive
Que les meilleurs nochers se perdent dès la rive,
J’ai navigué la nuit plus de fois que le jour :
La beauté d’Uranie est mon pôle et mon phare,
Et dans quelque tourmente où ma barque s’égare,
Je n’invoque jamais d’autre dieu que l’Amour.

Souvent à la merci des funestes Pléiades,
Ce pilote sans peur m’a conduit en des rades
Où jamais les vaisseaux ne s’étaient hasardés,
Et, sans faire le vain, ceux qui m’entendront dire
De quel art cet enfant a guidé mon navire,
Ne l’accuseront plus d’avoir les yeux bandés.

Il n’est point de brouillards que ses feux n’éclaircissent ;
Par ses enchantements les vagues s’adoucissent ;
La mer se fait d’azur et le ciel de saphirs,
Et, devant la beauté dont j’adore l’image,
En faveur du printemps, qui luit en son visage,
Les plus fiers aquilons se changent en zéphyrs.

Mais bien que dans ses yeux l’amour prenne ses charmes,
Qu’il y mette ses feux, qu’il y forge ses armes,
Et qu’il ait établi son empire en ce lieu,
Toutefois sa grandeur leur rend obéissance ;
Sur cette âme de glace il n’a point de puissance,
Et seulement contre elle il cesse d’être dieu.

Je sais bien que ma nef y doit faire naufrage,
Ma science m’apprend à prédire l’orage,
Je connais le rocher qu’elle cache en son sein ;
Mais plus j’y vois de morts et moins je m’épouvante ;
Je me trahis moi-même, et l’art dont je me vante,
Pour l’honneur de périr en un si beau dessein.

Les bergeries

ALCIDOR

Que cette nuict est longue et fascheuse à passer !
Que de sortes d’ennuis me viennent traverser !
Depuis qu’un bel objet a ma raison blessée,
Incessamment je voy des yeux de ma pensée
Cet aymable Soleil autheur de mon amour,
Qui fait qu’incessamment je pense qu’il soit jour,
Je saute à bas du lict, je cours à la fenestre,
J'ouvre et hausse la veuë, et ne voy rien parestre,
Que l’ombre de la nuict, dont la noire pasleur
Peint les champs et les prez d’une mesme couleur :
Et cette obscurité, qui tout le monde enserre,
Ouvre autant d’yeux au Ciel, qu’elle en ferme en la terre.
Chacun jouyt en paix du bien qu’elle produict,
Les coqs ne chantent point, je n’entens aucun bruit,
Sinon quelques Zephirs, qui le long de la plaine
Vont cajolant tout bas les Nymphes de la Seine.
Maint phantosme hideux, couvert de corps sans corps,
Visite en liberté la demeure des morts.
Les troupeaux, que la faim a chassez des bocages,
A pas lents et craintifs entrent dans les gagnages.
Les funestes oyseaux, qui ne vont que la nuict,
Annoncent aux mortels le malheur qui les suit.
Les flambeaux eternels, qui font le tour du monde
Percent à longs rayons le noir cristal de l’onde,
Et sont veus au travers si luisans et si beaux,
Qu'il semble que le Ciel soit dans le fonds des eaux.
O nuict ! dont la longueur semble porter envie
Au seul contentement, que possède ma vie :
Retire un peu tes feux, et permets que le jour
Vienne sur l’horizon éclairer à son tour,
Afin que ces beaux yeux pour qui mon cœur souspire,
Sçachent avant ma mort l’excez de mon martyre.
. . . . . .

Ode

Plaisant séjour des âmes affligées,
Vieilles forêts de trois siècles âgées,
Qui recelez la nuit, le silence et l’effroi,
Depuis qu’en ces déserts les amoureux, sans crainte,
Viennent faire leur plainte,
En a-t-on vu quelqu’un plus malheureux que moi?

Soit que le jour dissipant les étoiles
Force la nuit à retirer ses voiles
Et peigne l’orient de diverses couleurs,
Ou que l’ombre du soir du faîte des montagnes
Tombe dans les campagnes,
L’on ne me voit jamais que plaindre mes douleurs.

En mon sommeil aucunefois les songes
Trompent mes sens par de si doux mensonges Qu’ils donnent à mes maux un peu de réconfort.
Ô dieux! de quel remède est ma douleur suivie,
De ne tenir la vie
Que des seules faveurs du frère de la mort!

Cette beauté dont mon âme est blessée,
Et que je vois toujours dans ma pensée,
Jusque dedans les cieux commande absolument,
Et si ce petit dieu qui tient d’elle ses armes
N’est captif de ses charmes,
Il en doit rendre grâce à son aveuglement.

Il faut pourtant après tant de tempêtes
Borner mes vœux à de moindres conquêtes.
Je devrais être sage aux dépens du passé ;
Mais ses perfections, ses vertus immortelles
Et ses beautés sont telles,
Que pour être insensible il faut être insensé.

Son œil divin, dont j’adore la flamme,
En tous endroits éclaire dans mon âme,
Comme aux plus chauds climats éclaire le soleil ;
Et si l’injuste sort, aux beautés trop sévère,
A fait mourir son frère,
C’est que le Ciel voulut qu’il n’eût point de pareil.
Sombre demeure du silence,
Vallons dont les antres secrets
Savent quelle est la violence
De mes pitoyables regrets :

Durant les ardeurs insensées
Dont naguère j’étais brûlé,
Vous savez bien que mes pensées
Ne vous ont jamais rien celé :

Quand libre de soin et de peine
Je possédais ma liberté,
Les yeux d’une belle inhumaine
M’ont remis en captivité :

Du doux poison qu’ils m’ont fait boire,
Je languis la nuit et le jour,
Et ne sais lequel je dois croire,
Ou mon devoir ou mon amour :

Devant cette belle homicide,
Combien que la discrétion
Tâche de retenir en bride
L’ardeur de mon affection,

Mon cœur qui soupire sans cesse
Les ennuis dont il est touché,
Insensiblement lui confesse
Ce que ma voix lui tient caché,

Psaume xliii

Les enfants d’âge en âge apprendront de leurs peres
Comme autrefois, Seigneur, ta puissance voulut
Contre les artisans de nos longues miseres
Combattre pour ta gloire et pour notre salut.

Ils sauront comme apres nos guerres étouffées
Nos ayeuls ont posé leurs arcs et leurs écus,
Et que leurs bras, lassez d’élever des trophées,
Ont imprimé le soc dans le champ des vaincus.

Ils ne l’eussent pas fait par la force des armes ;
Mais tes mains et tes yeux, par des effets divers,
Ne s’armèrent pour eux que d’attraits et de charmes,
Et pour leurs ennemis de foudres et d’éclairs.

O mon Maistre ! ô mon Roy ! si-tost que ta presence
Rend le cœur à ton Oint et la force à son bras,
L’orgueil de l’univers a-t-il quelque puissance
Qu’il ne puisse choquer, briser et mettre à bas ?

Ce n’est ni par les dards, ce n’est ni par la lance
Qu’on soumet l’ennemi sans l’avoir combattu :
Toy qui mets le respect où regnoit l’insolence,
Rends son esprit confus et son cœur abattu.

Apres cette victoire en merveilles féconde,
Je publiray sans fin tes bontez en tous lieux,
Et mon ressentiment fera le tour du monde,
Tandis que le soleil fera le tour des cieux.

Mais à quoy nous sert-il de sortir d’esclavage
Pour vivre sous un maistre aussi juste que doux,
S’il faut qu’en le perdant nous perdions le courage
Et fuyions devant ceux qui fuyoient devant nous ?

Quoy donc ? ta bergerie à jamais vagabonde
Se verra loin des bords du Jourdain et du Nil
Errer en tant de lieux qu’à peine tout le monde
Pourra dans sa grandeur contenir son exil ?
. . . . . .

Es-tu donc insensible en voyant de la sorte
Qu’on traite en cet exil nostre invincible foy,
Toy qui sçais qu’icy bas la haine qu’on nous porte
Ne vient que de l’amour que nous avons pour toy ?
. . . . . .

Psaume xlviii

. . . . . .
Justes, ne soyez pas jaloux
De voir qu’au pecheur en ce monde
Le bien de toutes parts abonde,
Il en sort aussi nud que vous ;
Son esprit, plongé dans les vices,
Qui ne croit point d’autres délices
Que celles que goûte son corps,
Ne s’attachant qu’aux choses basses,
Croit que Dieu le comble de graces
Quand il le comble de thresors.

Et, combien que dans les douceurs
Exemptes de trouble et d’envie
Il puisse prolonger sa vie
Autant que ses predecesseurs,
Il a la mesme sepulture
Que les bestes que la Nature
Fait dessous la fange pourrir,
Sinon que l’on verra son ame
Mourir à jamais dans la flame
Du regret de ne point mourir.

Psaume xxii

Loin de moy, tragiques pensées
Dont mes infortunes passées
Nourrissoient mon affliction !
Puisque le Tout-Puissant est touché de mes plaintes,
Dois-je pas esperer sous sa protection
De bannir pour jamais mes ennuis et mes craintes ?

Ce pasteur tout bon et tout sage
Nous conduit dans un pasturage
Plein de délices et d’attraits,
Et là des pures eaux d’une source féconde
Nos esprits en repos en beuvant à longs traits,
Noîront le souvenir des vanitez du monde.

Lorsqu’il voit nostre ame égarée
Et de son troupeau séparée
Se conduire à sa volonté,
Qu’elle est preste à se perdre aux abysmes du vice,
Son soin, pour l’obliger à bénir sa bonté,
La remet au chemin tracé par sa justice.

Aussi, dans l’horreur des tenebres
Et des ennuis les plus funebres
Que la mort presente à nos yeux,
J’iray sans m’effrayer aux antres les plus sombres,
Quand pour guide j’auray le Monarque des cieux,
Qui peut vaincre la mort et dissiper ses ombres.

Il me presente sur sa table
Cette viande delectable
Qu’il appreste pour ses éleus ;
Et de mes ennemis rend l’envie immortelle,
Lors que par leur orgueil ils se verront exclus
De ce mets qui m’eleve à la vie éternelle.

L’exces des graces qu’il me donne
M’honore autant que ma couronne,
Dont il est l’equitable appuy :
Toutes deux m’ont comblé de plaisir et de gloire
Dans son sacré banquet, où, pour m’unir à luy,
Son sang estoit le vin qu’il me versoit à boire.

En la seule misericorde
Que sa clemence nous accorde
Est l’asyle des criminels ;
Sa grace et sa puissance ont nostre ame assurée
De se voir au-dessus des flambeaux éternels
Habiter la maison qu’il nous a préparée.

Stances

Tircis, il faut penser à faire la retraite :
La course de nos jours est plus qu’à demi faite,
L’âge insensiblement nous conduit à la mort.
Nous avons assez vu sur la mer de ce monde
Errer au gré des flots notre nef vagabonde ;
Il est temps de jouir des délices du port.

Le bien de la fortune est un bien périssable ;
Quand on bâtit sur elle on bâtit sur le sable.
Plus on est élevé, plus on court de dangers ;
Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,
Et la rage des vents brise plutôt le faîte
Des maisons de nos rois que des toits des bergers.

O bienheureux celui qui peut de sa mémoire
Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire
Dont l’inutile soin traverse nos plaisirs,
Et qui, loin retiré de la foule importune,
Vivant dans sa maison, content de sa fortune,
À selon son pouvoir mesuré ses désirs !

Il laboure le champ que labourait son père ;
Il ne s’informe point de ce qu’on délibère
Dans ces graves conseils d’affaires accablés ;
Il voit sans intérêt la mer grosse d’orages,
Et n’observe des vents les sinistres présages
Que pour le soin qu’il a du salut de ses blés.

Roi de ses passions, il a ce qu’il désire ;
Son fertile domaine est son petit empire ;
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau ;
Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,
Et, sans porter envie à la pompe des princes,
Se contente chez lui de les voir en tableau.

Il voit de toutes parts combler d’heur sa famille,
La javelle à plein poing tomber sous la faucille,
Le vendangeur ployer sous le faix des paniers,
Et semble qu’à l’envi les fertiles montagnes,
Les humides vallons et les grasses campagnes
S’efforcent à remplir sa cave et ses greniers.

Il suit aucunesfois un cerf par les foulées
Dans ces vieilles forêts du peuple reculées
Et qui même du jour ignorent le flambeau ;
Aucunesfois des chiens il suit les voix confuses,
Et voit enfin le lièvre, après toutes ses ruses,
Du lieu de sa naissance en faire son tombeau.

Tantôt il se promène au long de ses fontaines,
De qui les petits flots font luire dans les plaines
L’argent de leurs ruisseaux parmi l’or des moissons ;
Tantôt il se repose avecque les bergères
Sur des lits naturels de mousse et de fougères,
Qui n’ont d’autres rideaux que l’ombre des buissons.

Il soupire en repos l’ennui de sa vieillesse
Dans ce même foyer où sa tendre jeunesse
A vu dans le berceau ses bras emmaillotés ;
Il tient par les moissons registre des années,
Et voit de temps en temps leurs courses enchaînées
Vieillir avecque lui les bois qu’il a plantés.

Il ne va point fouiller aux terres inconnues,
À la merci des vents et des ondes chenues,
Ce que Nature avare a caché de trésors,
Et ne recherche point, pour honorer sa vie,
De plus illustre mort, ni plus digne d’envie,
Que de mourir au lit où ses pères sont morts.

Il contemple du port les insolentes rages
Des vents de la faveur, auteur de nos orages,
Allumer des mutins les desseins factieux,
Et voit en un clin d’œil, par un contraire échange,
L’un déchiré du peuple au milieu de la fange,
Et l’autre en même temps élevé dans les cieux.

S’il ne possède point des maisons magnifiques,
Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques,
Où la magnificence étale ses attraits,
Il jouit des beautés qu’ont les saisons nouvelles,
Il voit de la verdure et des fleurs naturelles,
Qu’en ces riches lambris l’on ne voit qu’en portraits.

Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude,
Et vivons désormais loin de la servitude
De ces palais dorés où tout le monde accourt.
Sous un chêne élevé les arbrisseaux s’ennuient,
Et devant le soleil tous les astres s’enfuient
De peur d’être obligés de lui faire la cour.

Après qu’on a suivi sans aucune assurance
Cette vaine faveur qui nous paît d’espérance,
L’envie en un moment tous nos desseins détruit.
Ce n’est qu’une fumée, il n’est rien de si frêle ;
Sa plus belle moisson est sujette à la grêle,
Et souvent elle n’a que des fleurs pour du fruit.

Agréables déserts, séjour de l’innocence,
Où loin des vanités, de la magnificence,
Commence mon repos et finit mon tourment ;
Vallons, fleuves, rochers, plaisante solitude,
Si vous fûtes témoins de mon inquiétude,
Soyez-le désormais de mon contentement.

YDALIE

YDALIE

. . . . . .
Je n’avois pas douze ans quand la première flame
Des beaux yeux d’Alcidor s’alluma dans mon ame ;
Il me passoit d’un an, et de ses petits bras
Cueilloit desja des fruicts dans les branches d’embas ;
L’amour qu’à ce berger je portois des l’enfance
Creut insensiblement sa douce violence,
Et jusques à tel poinct s’augmenta dans mon cœur
Qu’à la fin de la place il se rendit vainqueur.
Deslors, je prins un soin plus grand qu’à l’ordinaire
De le voir plus souvent et tascher à luy plaire ;
Mais, ignorant le feu qui depuis me brusla,
Je ne pouvois juger d’où me venoit cela.
Soit que dans la prairie il vist ses brebis paistre,
Soit que sa bonne grace au bal le fist paroistre,
Ou soit que dans le temple il fist priere aux Dieux,
Je le suivois partout de l’esprit et des yeux.
A cause de mon âge et de mon innocence,
Je le voyois alors avec plus de licence,
Et souvent tous deux seuls, libres de tout soupçon,
Nous passions tous les jours à l’ombre d’un buisson.
Il m’appelloit sa sœur, je l’appellois mon frere ;
Nous mangions mesme pain au logis de mon pere.
Cependant qu’il y fut nous vescumes ainsi ;
Tout ce que je voulois, il le vouloit aussi ;
Il m’ouvroit ses pensers jusqu’au fond de son ame ;
De baisers innocens il nourrissoit ma flame.
Mais, dans ces privautez dont l’Amour nous masquoit,
Je me doutois tousjours de celle qui manquoit ;
Et, combien que desja l’amoureuse manie
M’augmentast le plaisir d’estre en sa compagnie,
Je goustois néanmoins avec moins de douceur
Ces noms respectueux de parente et de sœur.
Combien de fois alors ay-je dis en moy-mesme,
Ayant les yeux baissés et le visage blesme :
« Beau chef-d’œuvre des cieux, agréable pasteur,
Qui du mal que je sens estes le seul autheur,
Avec moins de respect soyez moy favorable ;
Ne soyez point mon frere, ou soyez moins aimable.
. . . . . .

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