YDALIE
YDALIE
. . . . . .
Je n’avois pas douze ans quand la première flame
Des beaux yeux d’Alcidor s’alluma dans mon ame ;
Il me passoit d’un an, et de ses petits bras
Cueilloit desja des fruicts dans les branches d’embas ;
L’amour qu’à ce berger je portois des l’enfance
Creut insensiblement sa douce violence,
Et jusques à tel poinct s’augmenta dans mon cœur
Qu’à la fin de la place il se rendit vainqueur.
Deslors, je prins un soin plus grand qu’à l’ordinaire
De le voir plus souvent et tascher à luy plaire ;
Mais, ignorant le feu qui depuis me brusla,
Je ne pouvois juger d’où me venoit cela.
Soit que dans la prairie il vist ses brebis paistre,
Soit que sa bonne grace au bal le fist paroistre,
Ou soit que dans le temple il fist priere aux Dieux,
Je le suivois partout de l’esprit et des yeux.
A cause de mon âge et de mon innocence,
Je le voyois alors avec plus de licence,
Et souvent tous deux seuls, libres de tout soupçon,
Nous passions tous les jours à l’ombre d’un buisson.
Il m’appelloit sa sœur, je l’appellois mon frere ;
Nous mangions mesme pain au logis de mon pere.
Cependant qu’il y fut nous vescumes ainsi ;
Tout ce que je voulois, il le vouloit aussi ;
Il m’ouvroit ses pensers jusqu’au fond de son ame ;
De baisers innocens il nourrissoit ma flame.
Mais, dans ces privautez dont l’Amour nous masquoit,
Je me doutois tousjours de celle qui manquoit ;
Et, combien que desja l’amoureuse manie
M’augmentast le plaisir d’estre en sa compagnie,
Je goustois néanmoins avec moins de douceur
Ces noms respectueux de parente et de sœur.
Combien de fois alors ay-je dis en moy-mesme,
Ayant les yeux baissés et le visage blesme :
« Beau chef-d’œuvre des cieux, agréable pasteur,
Qui du mal que je sens estes le seul autheur,
Avec moins de respect soyez moy favorable ;
Ne soyez point mon frere, ou soyez moins aimable.
. . . . . .
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Je n’avois pas douze ans quand la première flame
Des beaux yeux d’Alcidor s’alluma dans mon ame ;
Il me passoit d’un an, et de ses petits bras
Cueilloit desja des fruicts dans les branches d’embas ;
L’amour qu’à ce berger je portois des l’enfance
Creut insensiblement sa douce violence,
Et jusques à tel poinct s’augmenta dans mon cœur
Qu’à la fin de la place il se rendit vainqueur.
Deslors, je prins un soin plus grand qu’à l’ordinaire
De le voir plus souvent et tascher à luy plaire ;
Mais, ignorant le feu qui depuis me brusla,
Je ne pouvois juger d’où me venoit cela.
Soit que dans la prairie il vist ses brebis paistre,
Soit que sa bonne grace au bal le fist paroistre,
Ou soit que dans le temple il fist priere aux Dieux,
Je le suivois partout de l’esprit et des yeux.
A cause de mon âge et de mon innocence,
Je le voyois alors avec plus de licence,
Et souvent tous deux seuls, libres de tout soupçon,
Nous passions tous les jours à l’ombre d’un buisson.
Il m’appelloit sa sœur, je l’appellois mon frere ;
Nous mangions mesme pain au logis de mon pere.
Cependant qu’il y fut nous vescumes ainsi ;
Tout ce que je voulois, il le vouloit aussi ;
Il m’ouvroit ses pensers jusqu’au fond de son ame ;
De baisers innocens il nourrissoit ma flame.
Mais, dans ces privautez dont l’Amour nous masquoit,
Je me doutois tousjours de celle qui manquoit ;
Et, combien que desja l’amoureuse manie
M’augmentast le plaisir d’estre en sa compagnie,
Je goustois néanmoins avec moins de douceur
Ces noms respectueux de parente et de sœur.
Combien de fois alors ay-je dis en moy-mesme,
Ayant les yeux baissés et le visage blesme :
« Beau chef-d’œuvre des cieux, agréable pasteur,
Qui du mal que je sens estes le seul autheur,
Avec moins de respect soyez moy favorable ;
Ne soyez point mon frere, ou soyez moins aimable.
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