Arbre, pourquoi tu me regardes? Ma jambe pend du chariot. Je brille, claire, entre mes hardes comme la fille de là-haut.

comme la nuit qui m’accompagne parmi le monde indifférent. Couchée à même la campagne, au soleil seul elle se rend.

Moi, mon soleil, c’est tous les hommes, le carabinier, le chasseur. Je leur offre le sac de pommes et la barrique de douceur.

Je vais où du roi de la guerre vont les caissons et les fourgons. Et je touche comme lingère du corps pâle et nu des dragons.

Avant de crever sur la terre, entre mes bras qu’ils crèvent donc! La terre et moi faisons la paire sous la frisure et sous l’ajonc

Autrefois, je gardais trois chèvres. Mon père taillait le pain noir… Je ne veux plus que de mes lèvres on chante le rouge entonnoir.

Je ne veux plus singer la forme des tombeaux à l’angle du bois. A mon tour il faut que je dorme. Mais, d’abord, je pèse mon poids !

A mon tour il faut que j’éventre la vie afin de m’y vautrer. Qu’elle sente que je lui rentre la pointe de mon cœur outré!

Soldats! soldats! je vous déteste, car faible ni molle ne suis. Telles la déroute et la peste, en comptant vos coups je vous suis.

Ce soir, vers la plus haute tente où le gras, le triste empereur chauffe dans sa main mécontente une puissance sans erreur,

comme une vipère je rampe. Je bondis comme un bouc de fiel. Dans le cou mon fer je lui trempe. Mes cheveux filtrent son appel.

Il râle un moment sur sa couche. Déjà sur lui, moi, je m’étends. Ma bouche se colle à sa bouche. On peut venir. Il n’est plus temps.

De chaque côté de sa tête les aigles du lit je saisis. Et je vogue ainsi vers la fête de ma peau devant les fusils.
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