Qui a leu comme Venus

Qui a leu comme Venus,
Croisant ses beaux membres nus
Sur son Adonis qu’el’ baise,
Et luy pressant le doux flanc,
Son col douillettement blanc
Mordille de trop grand’aise ;

Qui a leu comme Tibulle,
Et le chatouillant Catulle,
Se baignent en leurs chaleurs ;
Comme l’amoureux Ovide,
Sucrant un baiser humide,
En tire les douces fleurs ;

Qui a veu le passereau,
Dessus le printemps nouveau,
Pipier, batre de l’esle,
Quand d’un infini retour
Il mignarde, sans séjour,
Sa lascive passerelle ;

La colombe roucoulante,
Enflant sa plume tremblante,
Et liant d’un bec mignard
Mille baisers, dont la grâce
Celle du cygne surpasse
Sur sa Loede fretillard ;

Les chèvres qui vont broutant,
Et d’un pied leger sautant
Sur la molle verte rive,
Lors que d’un trait amoureux,
Dedans leur flanc chaleureux,
Ell’ brulent d’amour lascive ;

Celuy qui aura pris garde
A cette façon gaillarde
De tels folastres esbas,
Que, par eux, il imagine
L’heur de mon amour divine,
Quand je meurs entre tes bras.
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