Jacques Tahureau

Jacques Tahureau

1527–1555 · a vécu 28 ans FR FR

n. 1527, Le Mans · m. 1555, Paris

Baisers

. . . . . .
Ne vois-tu pas comme l'Aurore,
Cette envieuse, recolore
Desja d’un éclat jaunissant
L’avant jour partout blondissant ?
Hélas ! hélas ! que peu me dure
Cette tant heureuse avanture !
O combien m’est court le deduit
De cette tant mignarde nuit !
Puis doncques que le jour nous presse,
Adieu, ma petite maîtresse,
Adieu, ma gorgette et mon sein,
Adieu, ma delicate main,
Adieu donq, mon teton d’albâtre,
Adieu, ma cuissette folâtre,
Adieu, mon œil, adieu, mon cœur,
Adieu, ma friande douceur !
Mais avant que je me departe,
Avant que plus loin je m’escarte,
Que je taste encore ce flanc
Et le rond de ce marbre blanc.
Tu pleures, hé ! ma douce folle,
Tends moy les bras que je t’accolle,
Et que pour ton dueil apaiser
Je te donne encore un baiser,
. . . . . .
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Poèmes

3

Baisers

. . . . . .
Ne vois-tu pas comme l'Aurore,
Cette envieuse, recolore
Desja d’un éclat jaunissant
L’avant jour partout blondissant ?
Hélas ! hélas ! que peu me dure
Cette tant heureuse avanture !
O combien m’est court le deduit
De cette tant mignarde nuit !
Puis doncques que le jour nous presse,
Adieu, ma petite maîtresse,
Adieu, ma gorgette et mon sein,
Adieu, ma delicate main,
Adieu donq, mon teton d’albâtre,
Adieu, ma cuissette folâtre,
Adieu, mon œil, adieu, mon cœur,
Adieu, ma friande douceur !
Mais avant que je me departe,
Avant que plus loin je m’escarte,
Que je taste encore ce flanc
Et le rond de ce marbre blanc.
Tu pleures, hé ! ma douce folle,
Tends moy les bras que je t’accolle,
Et que pour ton dueil apaiser
Je te donne encore un baiser,
. . . . . .

Chanson a l’admirée

Souvent j’ay menty les esbatz
Des nuicts, t’ayant entre mes bras
Folâtre toute nue ;
Mais telle jouissance, helas !
M’est encore incongnue.

Pensant contenter mes espriz,
J’ay souvent rempli mes écriz
De mignardes feintises,
De jeux contrefaitz, de soubzris,
De feintes mignardises.

Me promectant par fiction
La réciproque affection
De celle que j’adore,
J’ay trop couvert la passion
Du mal qui me devore.

Las ! je pensoy qu’en déguisant
L’Amour qui va tirannisant
Mon ame langoureuse,
J’iroy par ce point apaisant
Sa playe rigoureuse.

Mais je voy bien que ce trompeur,
Cet Amour qui blessa mon cœur,
Bien qu’il soyt plein de songes,
Ne veut adoucir sa rigueur
Pour de vaines mensonges.

Qui a leu comme Venus

Qui a leu comme Venus,
Croisant ses beaux membres nus
Sur son Adonis qu’el’ baise,
Et luy pressant le doux flanc,
Son col douillettement blanc
Mordille de trop grand’aise ;

Qui a leu comme Tibulle,
Et le chatouillant Catulle,
Se baignent en leurs chaleurs ;
Comme l’amoureux Ovide,
Sucrant un baiser humide,
En tire les douces fleurs ;

Qui a veu le passereau,
Dessus le printemps nouveau,
Pipier, batre de l’esle,
Quand d’un infini retour
Il mignarde, sans séjour,
Sa lascive passerelle ;

La colombe roucoulante,
Enflant sa plume tremblante,
Et liant d’un bec mignard
Mille baisers, dont la grâce
Celle du cygne surpasse
Sur sa Loede fretillard ;

Les chèvres qui vont broutant,
Et d’un pied leger sautant
Sur la molle verte rive,
Lors que d’un trait amoureux,
Dedans leur flanc chaleureux,
Ell’ brulent d’amour lascive ;

Celuy qui aura pris garde
A cette façon gaillarde
De tels folastres esbas,
Que, par eux, il imagine
L’heur de mon amour divine,
Quand je meurs entre tes bras.

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