Chanson a l’admirée

Souvent j’ay menty les esbatz
Des nuicts, t’ayant entre mes bras
Folâtre toute nue ;
Mais telle jouissance, helas !
M’est encore incongnue.

Pensant contenter mes espriz,
J’ay souvent rempli mes écriz
De mignardes feintises,
De jeux contrefaitz, de soubzris,
De feintes mignardises.

Me promectant par fiction
La réciproque affection
De celle que j’adore,
J’ay trop couvert la passion
Du mal qui me devore.

Las ! je pensoy qu’en déguisant
L’Amour qui va tirannisant
Mon ame langoureuse,
J’iroy par ce point apaisant
Sa playe rigoureuse.

Mais je voy bien que ce trompeur,
Cet Amour qui blessa mon cœur,
Bien qu’il soyt plein de songes,
Ne veut adoucir sa rigueur
Pour de vaines mensonges.
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