Poèmes de ce thème
Amour non réciproque
Adam de la Halle
Je meurs, je meurs d’amourette…
Je meurs, je meurs d’amourette,
Pauvre que je suis !
Faute de ma petite amie,
De sa pitié
Au début elle était toute douce
.................................................
Je meurs, je meurs d’amourette,
Pauvre que je suis !
Ses manières pleines de grâce,
Quand je la vis ;
Et puis je la trouve si fière
Quand je la prie.
Je meurs, je meurs d’amourette,
Pauvre que je suis !
Faute de ma petite amie,
De sa pitié.
Pauvre que je suis !
Faute de ma petite amie,
De sa pitié
Au début elle était toute douce
.................................................
Je meurs, je meurs d’amourette,
Pauvre que je suis !
Ses manières pleines de grâce,
Quand je la vis ;
Et puis je la trouve si fière
Quand je la prie.
Je meurs, je meurs d’amourette,
Pauvre que je suis !
Faute de ma petite amie,
De sa pitié.
Alfred de Musset
Chanson de fortunio
Si vous croyez que je vais dire
Qui j’ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
Vous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde,
Si vous voulez,
Que je l’adore et qu’elle est blonde
Comme les blés.
Je fais ce que sa fantaisie
Veut m’ordonner,
Et je puis, s’il lui faut ma vie,
La lui donner.
Du mal qu’une amour ignorée
Nous fait souffrir,
J’en porte l’âme déchirée
Jusqu’à mourir.
Mais j’aime trop pour que je die
Qui j’ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer.
Qui j’ose aimer,
Je ne saurais, pour un empire,
Vous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde,
Si vous voulez,
Que je l’adore et qu’elle est blonde
Comme les blés.
Je fais ce que sa fantaisie
Veut m’ordonner,
Et je puis, s’il lui faut ma vie,
La lui donner.
Du mal qu’une amour ignorée
Nous fait souffrir,
J’en porte l’âme déchirée
Jusqu’à mourir.
Mais j’aime trop pour que je die
Qui j’ose aimer,
Et je veux mourir pour ma mie
Sans la nommer.
André Chénier
Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée
Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée,
D’où coule une onde pure aux Nymphes consacrée,
Je suivis l’autre jour un doux et triste son
Et d’un Faune plaintif j’ouïs cette chanson :
« !Amour, aveugle enfant, quelle est ton injustice !
Hélas ! j’aime Naïs ; je l’aime sans espoir.
Comme elle me tourmente, Hylas fait son supplice ;
Écho plaît au berger ; il vole pour la voir.
Écho loin de ses pas suit les pas de Narcisse,
Qui la fuit, pour baiser un liquide miroir. »
D’où coule une onde pure aux Nymphes consacrée,
Je suivis l’autre jour un doux et triste son
Et d’un Faune plaintif j’ouïs cette chanson :
« !Amour, aveugle enfant, quelle est ton injustice !
Hélas ! j’aime Naïs ; je l’aime sans espoir.
Comme elle me tourmente, Hylas fait son supplice ;
Écho plaît au berger ; il vole pour la voir.
Écho loin de ses pas suit les pas de Narcisse,
Qui la fuit, pour baiser un liquide miroir. »
Blondel de Nesle
En tout temps que vente bise
En cette saison où souffle la bise,
À cause de celle dont je suis épris
Mais qui n’est pas éprise de moi,
Mon cœur devient noir et gris.
Avec un amour sincère je l’ai priée,
Elle qui m’a complètement enflammé,
Et si elle n’est pas enflammée de cet amour sincère,
C’est pour mon malheur que je l’aurai priée.
Mais la souffrance me dit
Que je me serais soumis à la meilleure
Qui en ce monde fût jamais prise,
Si j’étais à ses ordres.
Mon cœur a tort de s’en vanter,
Car je ne suis pas parfait au point
Qu’elle aille jusqu’à me choisir si elle fait un choix :
Je serais hissé trop haut.
Et cependant le destin
Donne des sentiments à tout être humain ;
Elle pensera donc bientôt à me choisir
Si Amour le lui a enseigné.
J’ai déjà vu une dame aimée
D’un homme d’humble lignage
Et qui était mieux née que lui,
Et pourtant elle l’aimait courtoisement.
C’est pourquoi il est juste, si Amour m’agrée,
Que je lui donne mon cœur.
Si elle ne me donne pas son amour,
Je la servirai si bien, selon sa volonté,
Que, si cela plaît à la désirée,
Un baiser en cachette
J’obtiendrai d’elle en cachette,
Que j’ai tant désiré.
À cause de celle dont je suis épris
Mais qui n’est pas éprise de moi,
Mon cœur devient noir et gris.
Avec un amour sincère je l’ai priée,
Elle qui m’a complètement enflammé,
Et si elle n’est pas enflammée de cet amour sincère,
C’est pour mon malheur que je l’aurai priée.
Mais la souffrance me dit
Que je me serais soumis à la meilleure
Qui en ce monde fût jamais prise,
Si j’étais à ses ordres.
Mon cœur a tort de s’en vanter,
Car je ne suis pas parfait au point
Qu’elle aille jusqu’à me choisir si elle fait un choix :
Je serais hissé trop haut.
Et cependant le destin
Donne des sentiments à tout être humain ;
Elle pensera donc bientôt à me choisir
Si Amour le lui a enseigné.
J’ai déjà vu une dame aimée
D’un homme d’humble lignage
Et qui était mieux née que lui,
Et pourtant elle l’aimait courtoisement.
C’est pourquoi il est juste, si Amour m’agrée,
Que je lui donne mon cœur.
Si elle ne me donne pas son amour,
Je la servirai si bien, selon sa volonté,
Que, si cela plaît à la désirée,
Un baiser en cachette
J’obtiendrai d’elle en cachette,
Que j’ai tant désiré.
Choderlos de Laclos
Autre
L’amour lui-même a créé ma bergère,
Mais un enfant à tout ne peut songer ;
Trop occupé de la former pour plaire
Il ne la fit point pour aimer.
Il lui donna beauté, grâce touchante,
Dons précieux faits pour être adorés,
Mais elle n’eut qu’une âme indifférente,
Par qui ces dons sont déparés.
De mille feux son regard étincelle
Et de l’amour c’est encore une erreur ;
Il les mit tous dans les yeux de la belle,
Il n’en garda point pour son cœur.
Laisse à ses yeux leur douceur naturelle,
Et dans son cœur, amour, place tes feux ;
Glicère ainsi ne sera pas moins belle
Et je serai moins malheureux.
Mais un enfant à tout ne peut songer ;
Trop occupé de la former pour plaire
Il ne la fit point pour aimer.
Il lui donna beauté, grâce touchante,
Dons précieux faits pour être adorés,
Mais elle n’eut qu’une âme indifférente,
Par qui ces dons sont déparés.
De mille feux son regard étincelle
Et de l’amour c’est encore une erreur ;
Il les mit tous dans les yeux de la belle,
Il n’en garda point pour son cœur.
Laisse à ses yeux leur douceur naturelle,
Et dans son cœur, amour, place tes feux ;
Glicère ainsi ne sera pas moins belle
Et je serai moins malheureux.
Conon de Béthune
La vieille amoureuse
Jadis dans un autre pays
un chevalier aima une dame.
Tant que la dame fut à son avantage,
elle lui refusa son amour,
jusqu’au jour où elle lui dit : « Ami,
je vous ai longtemps amusé par mes paroles ;
or votre amour est connu et prouvé,
désormais, je serai toute à votre gré. »
Le chevalier la regarda bien en face,
Il la vit pâle et décolorée.
« Dame, fait-il, je n’ai pas de chance
que dès l’autre année, vous n’ayez eu cette pensée.
Votre beau visage qui ressemblait à la fleur de lis
me paraît avoir tellement changé de mal en pis
qu’il m’est avis que vous n’êtes plus la même à mes yeux.
Vous avez pris bien tard cette décision, madame. »
Quand la dame s’entendit railler de cette manière,
elle en eut honte, et elle dit étourdiment :
« Par Dieu, vassal, croyez-vous qu’on doive vous aimer
et que je parle sérieusement ?
Cela ne m’est pas venu à l’esprit.
Jamais je n’aurais daigné vous aimer
vu que vous avez souvent plus grande envie
d’embrasser un bel adolescent.
— Madame, j’ai bien ouï parler
de votre beauté, mais ce n’est pas d’aujourd’hui.
J’ai ouï conter de Troie
que cette ville fut jadis de très grande puissance,
et maintenant on en trouve à peine l’emplacement.
Pour ce, je vous conseille d’excuser
que soient accusés de tricherie
ceux qui désormais ne voudront vous aimer.
— Vassal, vous avez eu une fâcheuse idée
de me reprocher mon âge ;
si ma jeunesse est tout à fait passée,
je suis d’autre part riche et de haut parage ;
on m’aimerait avec peu de beauté.
Il n’y a pas un mois
que le marquis m’envoya son messager
et le Barrois a joûté pour l’amour de moi.
— Par Dieu, dame, cela doit bien vous ennuyer
de regarder toujours à la haute situation.
On n’aime pas une dame pour sa parenté,
mais on l’aime quand elle est belle et sage ;
vous en saurez un jour la vérité :
car il y en a bien cent qui ont joûté pour l’amour de vous,
qui, fussiez-vous la fille du roi de Carthage,
ne le voudraient plus aujourd’hui. »
un chevalier aima une dame.
Tant que la dame fut à son avantage,
elle lui refusa son amour,
jusqu’au jour où elle lui dit : « Ami,
je vous ai longtemps amusé par mes paroles ;
or votre amour est connu et prouvé,
désormais, je serai toute à votre gré. »
Le chevalier la regarda bien en face,
Il la vit pâle et décolorée.
« Dame, fait-il, je n’ai pas de chance
que dès l’autre année, vous n’ayez eu cette pensée.
Votre beau visage qui ressemblait à la fleur de lis
me paraît avoir tellement changé de mal en pis
qu’il m’est avis que vous n’êtes plus la même à mes yeux.
Vous avez pris bien tard cette décision, madame. »
Quand la dame s’entendit railler de cette manière,
elle en eut honte, et elle dit étourdiment :
« Par Dieu, vassal, croyez-vous qu’on doive vous aimer
et que je parle sérieusement ?
Cela ne m’est pas venu à l’esprit.
Jamais je n’aurais daigné vous aimer
vu que vous avez souvent plus grande envie
d’embrasser un bel adolescent.
— Madame, j’ai bien ouï parler
de votre beauté, mais ce n’est pas d’aujourd’hui.
J’ai ouï conter de Troie
que cette ville fut jadis de très grande puissance,
et maintenant on en trouve à peine l’emplacement.
Pour ce, je vous conseille d’excuser
que soient accusés de tricherie
ceux qui désormais ne voudront vous aimer.
— Vassal, vous avez eu une fâcheuse idée
de me reprocher mon âge ;
si ma jeunesse est tout à fait passée,
je suis d’autre part riche et de haut parage ;
on m’aimerait avec peu de beauté.
Il n’y a pas un mois
que le marquis m’envoya son messager
et le Barrois a joûté pour l’amour de moi.
— Par Dieu, dame, cela doit bien vous ennuyer
de regarder toujours à la haute situation.
On n’aime pas une dame pour sa parenté,
mais on l’aime quand elle est belle et sage ;
vous en saurez un jour la vérité :
car il y en a bien cent qui ont joûté pour l’amour de vous,
qui, fussiez-vous la fille du roi de Carthage,
ne le voudraient plus aujourd’hui. »
Félix Arvers
Un Secret
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi, jai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.
Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;
A l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi, jai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.
Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;
A l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.
François Villon
Ballade à son amie
Fausse beauté qui me coûte si cher,
Rude en fait, douceur hypocrite,
Amour plus dur que fer à mâcher,
Que je puis nommer, sûr de ma ruine,
Charme traître, mort d’un pauvre cœur,
Orgueil caché qui mène les gens au seuil de la mort,
Yeux sans pitié, le droit rigoureux ne veut-il pas,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Il eût mieux valu pour moi être allé chercher
Ailleurs du secours, c’eût été mon honneur.
Rien ne m’eût su arracher à cet amour.
Il m’en faut trotter maintenant dans la fuite et le déshonneur.
Alarme, alarme, la grande et la petite !
Mais qu’est ceci ? Mourrai-je sans coup férir,
Ou pitié veut-elle selon ce refrain
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Un temps viendra qui fera dessécher,
Jaunir, flétrir votre fleur épanouie.
J’en rirais si je pouvais seulement mâcher
Alors ; mais non, ce serait donc une folie.
Je serai vieux, vous laide, sans couleur.
Buvez donc bien tant que court le ruisseau.
Ne donnez pas à tous cette douleur : il faut
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Prince amoureux, le plus grand des amants,
Je ne voudrais pas encourir votre mauvaise grâce,
Mais tout noble cœur doit, par Notre Seigneur,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Rude en fait, douceur hypocrite,
Amour plus dur que fer à mâcher,
Que je puis nommer, sûr de ma ruine,
Charme traître, mort d’un pauvre cœur,
Orgueil caché qui mène les gens au seuil de la mort,
Yeux sans pitié, le droit rigoureux ne veut-il pas,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Il eût mieux valu pour moi être allé chercher
Ailleurs du secours, c’eût été mon honneur.
Rien ne m’eût su arracher à cet amour.
Il m’en faut trotter maintenant dans la fuite et le déshonneur.
Alarme, alarme, la grande et la petite !
Mais qu’est ceci ? Mourrai-je sans coup férir,
Ou pitié veut-elle selon ce refrain
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Un temps viendra qui fera dessécher,
Jaunir, flétrir votre fleur épanouie.
J’en rirais si je pouvais seulement mâcher
Alors ; mais non, ce serait donc une folie.
Je serai vieux, vous laide, sans couleur.
Buvez donc bien tant que court le ruisseau.
Ne donnez pas à tous cette douleur : il faut
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Prince amoureux, le plus grand des amants,
Je ne voudrais pas encourir votre mauvaise grâce,
Mais tout noble cœur doit, par Notre Seigneur,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
François Villon
Le petit testament (extraits)
I
Mil quatre cens cinquante et six,
Je, François Villon, escollier,
Considérant, de sens rassis,
Le frain aux dents, franc au collier
Qu’on doit ses œuvres conseiller,
Comme Vegèce le racompte,
Saige Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mescompte…
II
En ce temps que j’ay dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
Lorsque les loups vivent du vent,
Et qu’on se tient en sa maison,
Pour le frimas, près du tison :
Cy me vint vouloir de briser
La très amoureuse prison
Qui souloit mon cueur desbriser.
VI
Pour obvier à ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir.
Adieu ! je m’en voys à Angiers,
Puisqu’el ne me veult impartir
Sa grâce, ne me départir.
Par elle meurs, les membres sains ;
Au fort, je meurs amant martir,
Du nombre des amoureux saints !
VII
Combien que le départ me soit
Dur, si fault-il que je m’esloingne.
Comme mon pauvre sens conçoit :
Autre que moy est en queloingne,
Dont onc en forest de Bouloingne
Ne fut plus altéré d’humeur.
C’est pour moy piteuse besoingne :
Dieu en veuille ouïr ma clameur !
VIII
Et puisque départir me fault,
Et du retour ne suis certain :
Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing.
Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n’y a relaiz :
Je m’en voys en pays loingtaing ;
Si establiz ce present laiz.
XXV
Derechief, je laisse, en pitié,
A troys petitz enfans tous nudz,
Nommez en ce present traictié,
Paouvres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez, tous despourveus,
Et desnuez comme le ver ;
J’ordonne qu’ils seront pourveuz,
Au moins pour passer cest yver.
XXXV
Finalement, en escrivant,
Ce soir, seullet, estant en bonne,
Dictant ces laiz et descripvant,
Je ouyz la cloche de Sorbonne,
Qui toujours à neuf heures sonne
Le Salut que l’Ange prédit ;
Cy suspendy et cy mis bonne,
Pour pryer comme le cueur dit.
Mil quatre cens cinquante et six,
Je, François Villon, escollier,
Considérant, de sens rassis,
Le frain aux dents, franc au collier
Qu’on doit ses œuvres conseiller,
Comme Vegèce le racompte,
Saige Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mescompte…
II
En ce temps que j’ay dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
Lorsque les loups vivent du vent,
Et qu’on se tient en sa maison,
Pour le frimas, près du tison :
Cy me vint vouloir de briser
La très amoureuse prison
Qui souloit mon cueur desbriser.
VI
Pour obvier à ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir.
Adieu ! je m’en voys à Angiers,
Puisqu’el ne me veult impartir
Sa grâce, ne me départir.
Par elle meurs, les membres sains ;
Au fort, je meurs amant martir,
Du nombre des amoureux saints !
VII
Combien que le départ me soit
Dur, si fault-il que je m’esloingne.
Comme mon pauvre sens conçoit :
Autre que moy est en queloingne,
Dont onc en forest de Bouloingne
Ne fut plus altéré d’humeur.
C’est pour moy piteuse besoingne :
Dieu en veuille ouïr ma clameur !
VIII
Et puisque départir me fault,
Et du retour ne suis certain :
Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing.
Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n’y a relaiz :
Je m’en voys en pays loingtaing ;
Si establiz ce present laiz.
XXV
Derechief, je laisse, en pitié,
A troys petitz enfans tous nudz,
Nommez en ce present traictié,
Paouvres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez, tous despourveus,
Et desnuez comme le ver ;
J’ordonne qu’ils seront pourveuz,
Au moins pour passer cest yver.
XXXV
Finalement, en escrivant,
Ce soir, seullet, estant en bonne,
Dictant ces laiz et descripvant,
Je ouyz la cloche de Sorbonne,
Qui toujours à neuf heures sonne
Le Salut que l’Ange prédit ;
Cy suspendy et cy mis bonne,
Pour pryer comme le cueur dit.
Georges Schehadé
J’écoute la chanson trés vague du ruisseau
J’écoute la chanson trés vague du ruisseau,
Et celle aussi que fait dans le bois gris, la brise,
La chanson qu’au ciel bleu chante la nuit surprise
De se trouver si tendre à frdler les roseaux.
J’écoute la chanson bien triste de mon Ame
Effrayée a se voir aussi prête à amour,
Et de ne trouver pas, quoique cherchant toujours,
A son embrassement quelque rêve... une femme.
Et celle aussi que fait dans le bois gris, la brise,
La chanson qu’au ciel bleu chante la nuit surprise
De se trouver si tendre à frdler les roseaux.
J’écoute la chanson bien triste de mon Ame
Effrayée a se voir aussi prête à amour,
Et de ne trouver pas, quoique cherchant toujours,
A son embrassement quelque rêve... une femme.
Jacques Tahureau
Chanson a l’admirée
Souvent j’ay menty les esbatz
Des nuicts, t’ayant entre mes bras
Folâtre toute nue ;
Mais telle jouissance, helas !
M’est encore incongnue.
Pensant contenter mes espriz,
J’ay souvent rempli mes écriz
De mignardes feintises,
De jeux contrefaitz, de soubzris,
De feintes mignardises.
Me promectant par fiction
La réciproque affection
De celle que j’adore,
J’ay trop couvert la passion
Du mal qui me devore.
Las ! je pensoy qu’en déguisant
L’Amour qui va tirannisant
Mon ame langoureuse,
J’iroy par ce point apaisant
Sa playe rigoureuse.
Mais je voy bien que ce trompeur,
Cet Amour qui blessa mon cœur,
Bien qu’il soyt plein de songes,
Ne veut adoucir sa rigueur
Pour de vaines mensonges.
Des nuicts, t’ayant entre mes bras
Folâtre toute nue ;
Mais telle jouissance, helas !
M’est encore incongnue.
Pensant contenter mes espriz,
J’ay souvent rempli mes écriz
De mignardes feintises,
De jeux contrefaitz, de soubzris,
De feintes mignardises.
Me promectant par fiction
La réciproque affection
De celle que j’adore,
J’ay trop couvert la passion
Du mal qui me devore.
Las ! je pensoy qu’en déguisant
L’Amour qui va tirannisant
Mon ame langoureuse,
J’iroy par ce point apaisant
Sa playe rigoureuse.
Mais je voy bien que ce trompeur,
Cet Amour qui blessa mon cœur,
Bien qu’il soyt plein de songes,
Ne veut adoucir sa rigueur
Pour de vaines mensonges.
Louise Labé
Ô beaux yeus bruns, Ô regars destournez
Ô beaux yeus bruns, Ô regars destournez,
Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
Ô noires nuits vainement atendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Ô tristes pleins, Ô desirs obstinez,
Ô tems perdus, Ô peines despendues,
Ô mile morts en mile rets tendues,
Ô pires maus contre moy destinez :
Ô ris, Ô front, cheveus, bras, mains et doits :
Ô lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !
De toy me plein, que, tant de feus portant,
En tant d’endrois, diceus mon cœur tatant,
N’en est sur toy volé quelque estincelle.
Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
Ô noires nuits vainement atendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Ô tristes pleins, Ô desirs obstinez,
Ô tems perdus, Ô peines despendues,
Ô mile morts en mile rets tendues,
Ô pires maus contre moy destinez :
Ô ris, Ô front, cheveus, bras, mains et doits :
Ô lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !
De toy me plein, que, tant de feus portant,
En tant d’endrois, diceus mon cœur tatant,
N’en est sur toy volé quelque estincelle.
Louise Labé
Ô longs désirs…
Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
À engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ;
Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi, ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?
Qu’encore Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse,
Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer ne pourrait trouver place.
Tristes soupirs et larmes coutumières
À engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ;
Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi, ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?
Qu’encore Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse,
Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer ne pourrait trouver place.
Marceline Desbordes-Valmore
Souvenir
Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante
S’éteignit tout à coup dans un mot commencé;
Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante,
Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé;
Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme
Qui ne s’éteint jamais,
S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme,
Il n’aimait pas, j’aimais!
S’éteignit tout à coup dans un mot commencé;
Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante,
Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé;
Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme
Qui ne s’éteint jamais,
S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme,
Il n’aimait pas, j’aimais!
Marie Noel
Chanson
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour
Dès le matin parmi les fleurs écloses.
Pour le trouver il effeuillait les roses
Couleur du soir, de l’aurore et du jour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, pâle et grise lavande,
Et tout mon cœur embaumait son chemin.
Il a passé… j’ai parfumé sa main,
Mais il n’a pas vu mes yeux pleins d’offrande.
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour
Au verger mûr quand midi l’ensoleille.
Pour le trouver il goûtait la groseille,
La pomme d’or, la pêche, tour à tour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, fraise humble à ses pieds toute
Et mon sang mûr embaumait son chemin
Hélas ! mon sang n’a pas taché sa main.
Il a marché sur moi, suivant sa route.
Vent du ciel ! vent du ciel éparpille mon cœur !
Je n’en ai plus besoin. Ô brise familière,
Perds-le ! Dessèche en moi ma source, éteins ma fleur,
Ô vent, et dans la mer va jeter ma poussière !
Dès le matin parmi les fleurs écloses.
Pour le trouver il effeuillait les roses
Couleur du soir, de l’aurore et du jour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, pâle et grise lavande,
Et tout mon cœur embaumait son chemin.
Il a passé… j’ai parfumé sa main,
Mais il n’a pas vu mes yeux pleins d’offrande.
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour
Au verger mûr quand midi l’ensoleille.
Pour le trouver il goûtait la groseille,
La pomme d’or, la pêche, tour à tour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, fraise humble à ses pieds toute
Et mon sang mûr embaumait son chemin
Hélas ! mon sang n’a pas taché sa main.
Il a marché sur moi, suivant sa route.
Vent du ciel ! vent du ciel éparpille mon cœur !
Je n’en ai plus besoin. Ô brise familière,
Perds-le ! Dessèche en moi ma source, éteins ma fleur,
Ô vent, et dans la mer va jeter ma poussière !
Maurice Scève
Fait paresseux en ma longue esperance
Fait paresseux en ma longue esperance,
Avec le Corps l’Esprit est tant remis,
Que l’un ne sent sa mortelle souffrance,
Et l’aultre moins congnoit ses ennemys.
Parquoy je ignore, estant d’espoir demis,
Si ce mien vivre est vitupere, ou los,
Mais je scay bien, que pour estre forclos
De ta mercy, de mon bien tu me prives :
Et par celà tu veulx, que le mal clos
Vive en l’obscur de mes tristes Archives.
Avec le Corps l’Esprit est tant remis,
Que l’un ne sent sa mortelle souffrance,
Et l’aultre moins congnoit ses ennemys.
Parquoy je ignore, estant d’espoir demis,
Si ce mien vivre est vitupere, ou los,
Mais je scay bien, que pour estre forclos
De ta mercy, de mon bien tu me prives :
Et par celà tu veulx, que le mal clos
Vive en l’obscur de mes tristes Archives.
Olivier de Magny
Ô beaux yeux bruns, Ô regards destournez
Ô beaux yeux bruns, Ô regards destournez
Ô chaults souspirs, ô larmes espandues
Ô noires nuicts vainement attendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Ô tristes pleints, ô désirs obstinez,
Ô tems perdu, ô peines despendues
Ô mille morts en mille rets tendues
Ô pires maulx contre moi destinez :
Ô pas espars, ô trop ardente flame
O douce erreur, Ô pensers de mon ame
Qui ça, qui là, me tournez nuict et jour,
Ô vous mes yeux, non plus yeux mais fontaines
OÔ dieux, Ô cieux et personnes humaines
Soyez pour dieu tesmoins de mon amour
Ô chaults souspirs, ô larmes espandues
Ô noires nuicts vainement attendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Ô tristes pleints, ô désirs obstinez,
Ô tems perdu, ô peines despendues
Ô mille morts en mille rets tendues
Ô pires maulx contre moi destinez :
Ô pas espars, ô trop ardente flame
O douce erreur, Ô pensers de mon ame
Qui ça, qui là, me tournez nuict et jour,
Ô vous mes yeux, non plus yeux mais fontaines
OÔ dieux, Ô cieux et personnes humaines
Soyez pour dieu tesmoins de mon amour
Pernette du Guillet
C’est un grand mal se sentir offensé
C’est un grand mal se sentir offensé
Et ne s’oser ou savoir à qui plaindre ;
C’est un grand mal, voire trop insensé
Que d’aspirer où l’on ne peut atteindre,
C’est un grand mal que de son cœur contraindre,
Outre son gré et sa sujétion ;
C’est un grand mal qu’ardente affection
Sans espérer de son mal allégeance ;
Mais c’est grand bien quand, à sa passion,
Un doux languir sert d’honnête vengeance.
Et ne s’oser ou savoir à qui plaindre ;
C’est un grand mal, voire trop insensé
Que d’aspirer où l’on ne peut atteindre,
C’est un grand mal que de son cœur contraindre,
Outre son gré et sa sujétion ;
C’est un grand mal qu’ardente affection
Sans espérer de son mal allégeance ;
Mais c’est grand bien quand, à sa passion,
Un doux languir sert d’honnête vengeance.
Pierre de Ronsard
Te regardant assise auprès de ta cousine
Te regardant assise auprès de ta cousine
Belle comme une Aurore, et toi comme un Soleil,
Je pensai voir deux fleurs d’un même teint pareil,
Croissantes en beauté sur la rive voisine.
La chaste, sainte, belle et unique Angevine,
Vite comme un éclair, sur moi jeta son œil ;
Toi, comme paresseuse et pleine de sommeil,
D’un seul petit regard tu ne m’estimas digne.
Tu t’entretenais seule au visage abaissé,
Pensive toute à toi, n’aimant rien que toi-même,
Dédaignant un chacun d’un sourcil ramassé,
Comme une qui ne veut qu’on la cherche ou qu’on l’aime.
J’eus peur de ton silence et m’en allai tout blême,
Craignant que mon salut n’eût ton œil offensé.
Belle comme une Aurore, et toi comme un Soleil,
Je pensai voir deux fleurs d’un même teint pareil,
Croissantes en beauté sur la rive voisine.
La chaste, sainte, belle et unique Angevine,
Vite comme un éclair, sur moi jeta son œil ;
Toi, comme paresseuse et pleine de sommeil,
D’un seul petit regard tu ne m’estimas digne.
Tu t’entretenais seule au visage abaissé,
Pensive toute à toi, n’aimant rien que toi-même,
Dédaignant un chacun d’un sourcil ramassé,
Comme une qui ne veut qu’on la cherche ou qu’on l’aime.
J’eus peur de ton silence et m’en allai tout blême,
Craignant que mon salut n’eût ton œil offensé.
Pontus de Tyard
Élégie pour une Dame enamourée d’une autre
… De l’Amour d’homme à femme est la preuve si ample
Qu’il ne m’est jà besoin d’en alléguer exemple :
Mais d’une femme à femme, il ne se trouve encor
Sous l’empire d’Amour un si riche thresor,
Et ne se peut trouver, Ô trop et trop légère,
Puis qu’à ma foy la tienne est faite mensongère.
Car jamais purité ne fust plus grande au Ciel,
Plus grande ardeur au feu, plus grand douceur au miel,
Plus grand bonté ne fust au reste de nature
Qu’en mon cueur, où l’Amour a pris sa nourriture.
Mais plus qu’un Roc marin ton cueur a de durté,
Plus qu’un Scythe barbare il a de cruauté :
Et l’Ourse Caliston ne voit point tant de glace
Que tu en as au seing : Ny la muable face
Du Nocturne Morphé n’a de formes autant
Qu’a de pensers divers ton esprit inconstant.
Helas! que le despit loing de moy me transporte !
Ouvre à l’Amour, ingrate! Ouvre à l’Amour la porte :
Souffre que le doux trait, qui noz cueurs a perçé,
R’entame de nouveau le tien trop peu blessé,
Recerche en tes discours l’affection passée :
Resserre le doux nœud dont estoit enlacée
L’affection commune et à toy et à moy,
Et rejoignons ces mains qui jurèrent la foy :
La foy dans mon esprit tellement asseurée,
Qu’elle ne sera point par la mort parjurée.
Mais si nouvel Amour t’embrase une autre ardeur,
Je supply, Cont’Amour, ContrAmour Dieu vengeur!...
Qu’il ne m’est jà besoin d’en alléguer exemple :
Mais d’une femme à femme, il ne se trouve encor
Sous l’empire d’Amour un si riche thresor,
Et ne se peut trouver, Ô trop et trop légère,
Puis qu’à ma foy la tienne est faite mensongère.
Car jamais purité ne fust plus grande au Ciel,
Plus grande ardeur au feu, plus grand douceur au miel,
Plus grand bonté ne fust au reste de nature
Qu’en mon cueur, où l’Amour a pris sa nourriture.
Mais plus qu’un Roc marin ton cueur a de durté,
Plus qu’un Scythe barbare il a de cruauté :
Et l’Ourse Caliston ne voit point tant de glace
Que tu en as au seing : Ny la muable face
Du Nocturne Morphé n’a de formes autant
Qu’a de pensers divers ton esprit inconstant.
Helas! que le despit loing de moy me transporte !
Ouvre à l’Amour, ingrate! Ouvre à l’Amour la porte :
Souffre que le doux trait, qui noz cueurs a perçé,
R’entame de nouveau le tien trop peu blessé,
Recerche en tes discours l’affection passée :
Resserre le doux nœud dont estoit enlacée
L’affection commune et à toy et à moy,
Et rejoignons ces mains qui jurèrent la foy :
La foy dans mon esprit tellement asseurée,
Qu’elle ne sera point par la mort parjurée.
Mais si nouvel Amour t’embrase une autre ardeur,
Je supply, Cont’Amour, ContrAmour Dieu vengeur!...
Robert Desnos
Si tu savais
Loin de moi et semblable aux étoiles, à la mer et à tous les accessoires de la mythologie poétique,
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’’ignorer encore.
Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou ce qui revient au même, que j’en doute.
Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés.
Loin de moi parce que tu es cruelle.
Si tu savais.
Loin de moi, Ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, Ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, à l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi un calme troupeau de bœufs se trompe de chemin, s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.
Loin de moi une maison achève d’être construite.
Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste et, soudain, dans le réci-
pient empli de mortier apparaît le futur de la maison : les baisers
des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres
des belles inconnues et leurs rêves à minuit, et les secrets volup-
tueux surpris par les lames de parquet.
Loin de moi,
Si tu savais.
Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas,
comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec
ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.
Si tu savais comme le monde m’’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Ô toi, loin-de-moi à qui je suis soumis.
Si tu savais.
Loin de moi et cependant présente à ton insu,
Loin de moi et plus silencieuse encore parce que je t’imagine sans cesse,
Loin de moi, mon joli mirage et mon rêve éternel, tu ne peux pas savoir.
Si tu savais.
Loin de moi et peut-être davantage encore de m’ignorer et m’’ignorer encore.
Loin de moi parce que tu ne m’aimes pas sans doute ou ce qui revient au même, que j’en doute.
Loin de moi parce que tu ignores sciemment mes désirs passionnés.
Loin de moi parce que tu es cruelle.
Si tu savais.
Loin de moi, Ô joyeuse comme la fleur qui danse dans la rivière au bout de sa tige aquatique, Ô triste comme sept heures du soir dans les champignonnières.
Loin de moi silencieuse encore ainsi qu’en ma présence et joyeuse encore comme l’heure en forme de cigogne qui tombe de haut.
Loin de moi à l’instant où chantent les alambics, à l’instant où la mer silencieuse et bruyante se replie sur les oreillers blancs.
Si tu savais.
Loin de moi, ô mon présent présent tourment, loin de moi au bruit magnifique des coquilles d’huîtres qui se brisent sous le pas du noctambule, au petit jour, quand il passe devant la porte des restaurants.
Si tu savais.
Loin de moi, volontaire et matériel mirage.
Loin de moi c’est une île qui se détourne au passage des navires.
Loin de moi un calme troupeau de bœufs se trompe de chemin, s’arrête obstinément au bord d’un profond précipice, loin de moi, ô cruelle.
Loin de moi, une étoile filante choit dans la bouteille nocturne du poète. Il met vivement le bouchon et dès lors il guette l’étoile enclose dans le verre, il guette les constellations qui naissent sur les parois, loin de moi, tu es loin de moi.
Si tu savais.
Loin de moi une maison achève d’être construite.
Un maçon en blouse blanche au sommet de l’échafaudage chante une petite chanson très triste et, soudain, dans le réci-
pient empli de mortier apparaît le futur de la maison : les baisers
des amants et les suicides à deux et la nudité dans les chambres
des belles inconnues et leurs rêves à minuit, et les secrets volup-
tueux surpris par les lames de parquet.
Loin de moi,
Si tu savais.
Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas,
comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier de sortir avec
ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.
Si tu savais comme le monde m’’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Ô toi, loin-de-moi à qui je suis soumis.
Si tu savais.