Ode à Marie-Anne-Charlotte Corday
Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
Consacrent leur Marat parmi les immortels ;
Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
Des fanges du Parnasse un impudent reptile
Vomit un hymne infâme au pied de ses autels ;
La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
Des liens de la peur sa langue embarrassée
Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
Quand, sous un joug honteux la pensée asservie,
Tremblante, au fond du cœur se cache à tous les yeux ?
Non, non, je ne veux point t’’honorer en silence,
Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,
Et dévouas tes jours à punir des forfaits.
Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
Pour faire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,
Quand d’un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,
A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
Tu vins redemander et les membres livides,
Et le sang des humains qu’il avait dévorés !…
… Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
Tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée,
Ton front resta paisible, et ton regard serein.
Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage
D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,
Et qui se croit alors et libre et souverain.
La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire.
Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.
Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
Nous savons répéter quelques plaintes de femme,
Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Pasiphaé
Tu gémis sur l’Ida, mourante, échevelée,
O reine, ô de Minos épouse désolée,
Heureuse si jamais, dans ses riches travaux.
Cérès n’eût pour le joug élevé des troupeaux,
Certe aux antres d’Amnise assez votre Lucine
Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne,
Certes vous élevez aux gymnases crétois
D’autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.
Tu voles épier sous quelle yeuse obscure,
Tranquille, il ruminait son antique pâture,
Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants,
Quelle onde a ranimé l’albâtre de ses flancs.
O Nymphes, entourez, fermez, Nymphes de Crète,
De ces vallons, fermez, entourez la retraite,
Si peut être vers lui des vestiges épars
Ne viendront point guider mes pas et mes regards.
Insensée, à travers ronces, forêts, montagnes,
Elle court. O fureur ! dans les vertes campagnes,
Une belle génisse à son superbe amant
Adressait devant elle un doux mugissement.
La perfide mourra. Jupiter la demande.
Elle-même à son front attache la guirlande,
L’entraîne, et sur l’autel prenant le fer vengeur :
« Sois belle maintenant et plais à mon vainqueur. »
Elle frappe et sa haine en la flamme lustrale
Rit de voir palpiter le cœur de sa rivale.
Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée
Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée,
D’où coule une onde pure aux Nymphes consacrée,
Je suivis l’autre jour un doux et triste son
Et d’un Faune plaintif j’ouïs cette chanson :
« !Amour, aveugle enfant, quelle est ton injustice !
Hélas ! j’aime Naïs ; je l’aime sans espoir.
Comme elle me tourmente, Hylas fait son supplice ;
Écho plaît au berger ; il vole pour la voir.
Écho loin de ses pas suit les pas de Narcisse,
Qui la fuit, pour baiser un liquide miroir. »
Toujours ce souvenir m’attendrit et me touche
Toujours ce souvenir m’attendrit et me touche,
Quand lui-même appliquant la flûte sur ma bouche,
Riant et m’asseyant sur lui, près de son cœur,
M’appelait son rival et déjà son vainqueur.
Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre
A souffler une haleine harmonieuse et pure.
Et ses savantes mains prenant mes jeunes doigts,
Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois,
Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,
A fermer tour à tour les trous du buis sonore.
Voila ce que chantait aux Naïades prochaines
Voila ce que chantait aux Naïades prochaines
Ma Muse jeune et fraîche, amante des fontaines,
Assise au fond d’un antre aux Nymphes consacré,
D’acanthe et d’aubépine et de lierre entouré.
L’Amour, qui l’écoutait caché dans le feuillage,
Sortit, la salua Sirène du bocage.
Ses blonds cheveux flottants par lui furent pressés,
D’hyacinthe et de myrte en couronne tressés :
« Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille
Comme le doux cytise à la mielleuse abeille. »