Colin Muset

Colin Muset

né(e) en 1210 FR FR

n. 1210, Ducado da Lorena

Quand je vois le temps…

Quand je vois le temps
se refroidir et geler
et les arbres se dépouiller
et l’hiver s’installer,
alors je veux me mettre à l’aise
et me reposer
près du brasier d’un bon feu,
avec du vin clair,
dans une maison chaude,
à cause du temps mauvais.
Qu’il ne connaisse jamais de pardon,
celui qui n’aime pas son bien-être !

Je ne veux pas chevaucher
et aller mettre le feu,
car je hais faire la guerre
et lever des cris
et enlever du bétail
et faire du brigandage :
voilà une bien folle occupation
que de tout dévaster.
Les barons s’y mettent
à toute occasion ;
par suite de conseils déloyaux
ils suscitent guerres et conflits.

Il vaut bien mieux participer aux tournois
et jouter
et briser de grosses lances
et s’affronter avec art
et recommencer la fête
et tout distribuer,
et dépenser sans hésitation,
et gaspiller de l’argent.
L’argent en prison
ne vaut pas un bouton.
Plus un prud’homme a de biens,
plus les biens lui arrivent en quantité.

Quand je suis près du brasier
et que j’entends souffler le vent,
et que je vois la broche toute chargée
tourner sur le feu
et que l’on monte le bon vin
du cellier,
alors je veux boire et manger
et me reposer
près du feu de charbons.
Si j’ai un chapon bien gras,
je n’éprouve pas de démangeaison
de partir à l’assaut d’un donjon.

Il n’y a même pas un grèbe
tendu sur une motte :
je n’aurai pas de protection
par cette froide saison.

À Sailly, à Guy
qui comprend bien la raison
j’envoie ma chanson,
que je fasse bien, à vrai dire, ou non.
Lire le poème complet

Poèmes

2

Quand je vois le temps…

Quand je vois le temps
se refroidir et geler
et les arbres se dépouiller
et l’hiver s’installer,
alors je veux me mettre à l’aise
et me reposer
près du brasier d’un bon feu,
avec du vin clair,
dans une maison chaude,
à cause du temps mauvais.
Qu’il ne connaisse jamais de pardon,
celui qui n’aime pas son bien-être !

Je ne veux pas chevaucher
et aller mettre le feu,
car je hais faire la guerre
et lever des cris
et enlever du bétail
et faire du brigandage :
voilà une bien folle occupation
que de tout dévaster.
Les barons s’y mettent
à toute occasion ;
par suite de conseils déloyaux
ils suscitent guerres et conflits.

Il vaut bien mieux participer aux tournois
et jouter
et briser de grosses lances
et s’affronter avec art
et recommencer la fête
et tout distribuer,
et dépenser sans hésitation,
et gaspiller de l’argent.
L’argent en prison
ne vaut pas un bouton.
Plus un prud’homme a de biens,
plus les biens lui arrivent en quantité.

Quand je suis près du brasier
et que j’entends souffler le vent,
et que je vois la broche toute chargée
tourner sur le feu
et que l’on monte le bon vin
du cellier,
alors je veux boire et manger
et me reposer
près du feu de charbons.
Si j’ai un chapon bien gras,
je n’éprouve pas de démangeaison
de partir à l’assaut d’un donjon.

Il n’y a même pas un grèbe
tendu sur une motte :
je n’aurai pas de protection
par cette froide saison.

À Sailly, à Guy
qui comprend bien la raison
j’envoie ma chanson,
que je fasse bien, à vrai dire, ou non.

Seigneur comte, j’ai viellé…

Seigneur comte, j’ai viellé
devant vous en votre maison,
et vous ne m’avez rien donné
ni n’avez payé mes gages :
c’est honteux !
Par ma foi en Sainte Marie,
je ne vous suivrai donc plus.
Mon aumônière est mal garnie
et ma bourse peu rebondie.

Seigneur comte, commandez-moi
ce que vous voulez.
Seigneur, si c’est votre plaisir,
faites-moi donc un beau don
par courtoisie !
Car je désire, n’en doutez pas,
retourner chez moi :
si j’y reviens la bourse dégarnie,
ma femme ne me sourit guère.

Mais elle me dit : « Maître empoté,
en quelle terre avez-vous été
pour ne rien rapporter ?
Vous avez fait la noce
à travers la ville.
Voyez comme votre malle plie !
Elle est de vent bourrée.
Honni soit qui a envie
d’être en votre compagnie ! »

Quand je viens en ma maison
et que ma femme a remarqué
derrière moi le sac gonflé,
et que je suis bien habillé
d’une robe fourrée,
sachez qu’elle a vite posé
sa quenouille, sans hésiter ;
elle me sourit de bon cœur
et me noue au cou ses deux bras.

Ma femme va déballer
ma malle sans perdre de temps ;
mon valet va abreuver
et panser mon cheval ;
ma servante, pour me fêter,
va tuer deux chapons,
saucés d’ail ;
ma fille m’apporte en personne
un peigne pour m’honorer.
Alors je suis maître chez moi
dans la joie et l’allégresse,
plus qu’on ne saurait le dire.

Commentaires (0)

Partager
Se connecter pour publier un commentaire.

Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter.