Marc de Papillon de Lasphrise

Marc de Papillon de Lasphrise

1555–1599 · a vécu 44 ans FR FR

n. 1555, Nazelles-Négron · m. 1599

Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy

Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy
Si ce n’est l’amitié, la pitié vous convie,
Ô l’ame de mon ame : hé! n’as-tu point d’envie
De secourir celuy qui trespasse pour toy?

Pourquoy m’es-tu cruelle? hé! je ne sçay pourquoy :
Si j’ay failly en rien dy-le je te supplie,
Mais haste-toy m’Amour, mais haste-toy m’Amie :
Car ja desja me talonne chez soy.

Vrayment ce te sera une pauvre victoire
D’esteindre le flambeau qui fait luyre ta gloire,
Tu perdrois ton honneur : approche donc, mon TOUT,

Et me baisotte un peu de ta bouche mignonne,
Frayant mignardement langue bout contre bout.
Vien, l’Amour en bon lieu ne redoute personne.
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Poèmes

3

Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy

Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy
Si ce n’est l’amitié, la pitié vous convie,
Ô l’ame de mon ame : hé! n’as-tu point d’envie
De secourir celuy qui trespasse pour toy?

Pourquoy m’es-tu cruelle? hé! je ne sçay pourquoy :
Si j’ay failly en rien dy-le je te supplie,
Mais haste-toy m’Amour, mais haste-toy m’Amie :
Car ja desja me talonne chez soy.

Vrayment ce te sera une pauvre victoire
D’esteindre le flambeau qui fait luyre ta gloire,
Tu perdrois ton honneur : approche donc, mon TOUT,

Et me baisotte un peu de ta bouche mignonne,
Frayant mignardement langue bout contre bout.
Vien, l’Amour en bon lieu ne redoute personne.

J’ay mille et mille fois baisé et rebaisé

J’ay mille et mille fois baisé et rebaisé
Le beau petit connin de ma gente Maistresse,
Je l’ay tant caressé de si douce caresse,
Que mon feu violent s’est un peu appaisé.

Mais si je suis un jour de son jour devisé,
Je brusle à petit feu ayant triste liesse ;
Car je pers maugré moy la feconde richesse,
Ce doux flux qui d’Amour a son nom déguisé.

Je ne fay, je ne dy, je ne pense, et ne songe
Qu’en elle toute en moy, qui toute en moy se plonge,
Sans elle les plaisirs deplaisent à mes yeux.

Sans elle je ne suis, je ne suis point sans elle,
Je suis comme en extase en un goulfre orgueilleux,
Il me faut donc pour estre, accompaigner ma Belle.

Quoy”? qu’est-ce que cecy, ma Mignonne, es-tu folle ?

Quoy”? qu’est-ce que cecy, ma Mignonne, es-tu folle ?
Ne te mocques-tu point? penses-tu appaiser
L’audace de mon feu par un simple baiser,
D’un gracieux regard, d’une douce parolle ?

Ni pour la compagnie, il faut que je t’accolle,
Ne crai
ans qu’on le descouvre, on ne p eut I adviser,
Selon qu’il me plaist ore avec toy deviser
Assis sur ceste chaire aggreablement molle.

Puis chacun parle à part s’entretenant tout bas,
Faisons ainsi afin qu’on ne s’en doute pas,
Prenons l’occasion qui douce nous saluë.

Là feignant d’admirer ton bel entendement,
Te serrant pres de moy j’hausseray vistement
Ton linge délié par ta juppe fenduèë.

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