Marcel Thiry

Marcel Thiry

1897–1977 · a vécu 80 ans BE BE

n. 1897-03-13, Charleroi · m. 1977-09-05, Bélgica

DECEMBRE EST DOUx...

Décembre est doux quand on y descend vers quatre heures.
La rue est comme un bleu tableau viecil-allemand
Ou l’espoir de Noél fait briller purement
L’Etoile au fond d’un ciel crédule qui s’en leurre.

Entends ce soir du nord qui chante « O Tannenbaum »
Et souviens-toi d’un soir au golfe de Finlande
Ou, sous ton uniforme et dans ta houppelande,
Tu t’en allais vers le beau nom d’Oranienbaum.

Un lent bleuissement gagnait la forêt blanche ;
Vous glissiez en traîneau avec ton frère aîné ;
C’était en quinze, avant qu’il ne fait trépané,
Et la neige était légendaire sur les branches.

Tu rêvais dans ton cœur de soldat collégien
D’un visage dans un été plein d’ombre dense ;
Mais, à travers la forêt balte et le silence,
Vous alliez voir vos camarades vénériens.

L’hépital, dans les grands sapins noirs sous la neige,
Apparaissait tout blanc d’une blancheur plus maie,
Et sur son drapeau blanc créiment, rouge stigmate,
La croix rouge saignait comme d’un beau sang vierge.

On entrait ; on quittait le vierge soir bleuté,
Et l’on était parmi ces voyageurs malades
Qui mêlaient Archangel, Paris et Pétrograd
Dans leurs efforcements de fragile gaîté,
Leur mal à tous venait d’une heure aventureuse,
Du mal d’avoir suivi l’amour sur la Newski ;
L’un avait un bubon, il fut tué a K oniouki,
Et celle qu’il avait aimée était danseuse.

Elle dansait sans doute encore, et la rancœur
Des matins las elle la connaissait encore ;
Mais son amant, dans l’hépital chaste et sonore,
Sous l’icéne aux yeux d’or jouait au chasse-cœur.

Temps simple! I] suffisait d’être soldats ; la neige
E* le devoir facile étaient quotidiens ;
Et ce soir-la d’Oranienbaum, tu t’en souviens,
Tu aimais celle que tu aimais au collège.

Une sœur venait dire en un russe léger
Qw’il était Pheure ; un pope entrait pour la prière ;
Au dehors, avec le déclin de la lumière,
Voici qu’il s’était mis doucement a neiger.

Sur la Russie et dans l’ombre bleue épaissie
La neige descendait comme des siècles lents ;
Et dans le soir baltique ainsi qu’un temple blanc
Ta dix-huitième année épousait la Russie.
Lire le poème complet

Poèmes

6

DECEMBRE EST DOUx...

Décembre est doux quand on y descend vers quatre heures.
La rue est comme un bleu tableau viecil-allemand
Ou l’espoir de Noél fait briller purement
L’Etoile au fond d’un ciel crédule qui s’en leurre.

Entends ce soir du nord qui chante « O Tannenbaum »
Et souviens-toi d’un soir au golfe de Finlande
Ou, sous ton uniforme et dans ta houppelande,
Tu t’en allais vers le beau nom d’Oranienbaum.

Un lent bleuissement gagnait la forêt blanche ;
Vous glissiez en traîneau avec ton frère aîné ;
C’était en quinze, avant qu’il ne fait trépané,
Et la neige était légendaire sur les branches.

Tu rêvais dans ton cœur de soldat collégien
D’un visage dans un été plein d’ombre dense ;
Mais, à travers la forêt balte et le silence,
Vous alliez voir vos camarades vénériens.

L’hépital, dans les grands sapins noirs sous la neige,
Apparaissait tout blanc d’une blancheur plus maie,
Et sur son drapeau blanc créiment, rouge stigmate,
La croix rouge saignait comme d’un beau sang vierge.

On entrait ; on quittait le vierge soir bleuté,
Et l’on était parmi ces voyageurs malades
Qui mêlaient Archangel, Paris et Pétrograd
Dans leurs efforcements de fragile gaîté,
Leur mal à tous venait d’une heure aventureuse,
Du mal d’avoir suivi l’amour sur la Newski ;
L’un avait un bubon, il fut tué a K oniouki,
Et celle qu’il avait aimée était danseuse.

Elle dansait sans doute encore, et la rancœur
Des matins las elle la connaissait encore ;
Mais son amant, dans l’hépital chaste et sonore,
Sous l’icéne aux yeux d’or jouait au chasse-cœur.

Temps simple! I] suffisait d’être soldats ; la neige
E* le devoir facile étaient quotidiens ;
Et ce soir-la d’Oranienbaum, tu t’en souviens,
Tu aimais celle que tu aimais au collège.

Une sœur venait dire en un russe léger
Qw’il était Pheure ; un pope entrait pour la prière ;
Au dehors, avec le déclin de la lumière,
Voici qu’il s’était mis doucement a neiger.

Sur la Russie et dans l’ombre bleue épaissie
La neige descendait comme des siècles lents ;
Et dans le soir baltique ainsi qu’un temple blanc
Ta dix-huitième année épousait la Russie.

Et les femmes sont si belles...

Et les femmes sont si belles
Et les femmes sont si belles
Et les seins sous les dentelles
Si gonflés de vérité,
Et les mains si pardonneuses
Et les bouches si donneuses
De tels dons d’éternité,
Et l’été, sous les ombrelles,
Dans les prés, dans les ombelles,
Les bras nus ont de si belles
Si donneuses nudités,
Et les femmes sont si belles
Et les femmes sont si belles...

La belle aurore

En avril, au petit matin, avant le Puy,
Une femme ouvrait ses volets sur la lumière,
Ses deux bras nus en croix dans l’espérance.

On passe il faut passer c’est dommage adieu France.

O ouvreuse de tes beaux bras à la lumière,
Ecarteuse de nuit,
Aurons-nous tout perdu en passant, et pour qui
Ks-tu encor l’espérance et la France ?

Paris dort replie...

Paris dort replié comme un homme en famine
Serrant sa faim sur lui comme un renard rongeur ;
C’est le creux, c’est le manque d’hommes, c’est le vide
De pain, c’est l’absence des alcools aux terrasses
Et dans le cœur ce trou des soldats prisonniers ;
C’est Paris maigre, la rue Lepic sans paniers
D’artichauts, de melons, de belons, de rascasses,
Les Halles sans salade et les quais sans poètes
Avec toi seul pour lent requin le long des boîtes ;
C’est Paris sans journaux, sans amour, sans croissants,
Sans gloire, sans minuit, sans ses mâles, et sans
La facilité sexuelle des taxis.
Armistice, aveulissements, ataraxies.
L’encre a cessé sa bonne odeur rue du Croissant,
Les croissants de Chiboust existent par leur manque,
L’or exilé ou mort laisse veuves les banques
Sous-marines, rue de Choiseul ou rue Vivienne.
Il n’y a plus la mer des voitures, leurs chaudes
Soies en gulf-stream dont les asphaltes se souviennent ;
Il y a cette mer de la honte ou tu rédes,
Squale, où ton museau pénitent, quand il aura
Contourné cette vague dune l’Opéra,
Reviendra heurter doux l’ancien jardin sous verre,
Rue Auber, le jardin belle-époque-glaciaire,
Au soleil du triphane de Madagascar.

Ces pierres tremblent de la même maladie
Dont tu vois onduler comme un bâton dans l’eau
L’Obélisque et le jour, la colonne Vendéme,
Tes certitudes, l’Arc de Triomphe et toute àme.

Ton front s’appuie au mur bleuté qui t’en sépare
Et qui vibre attentivement quand tu entends
Sous la mer ce lointain tonnerre, par instants.

(Et dans Paris passaient pourtant des passants rares,
Sans qu’on sit s’ils passaient en chair, ou si c’étaient
Les ombres des vivants du ciel qui descendaient
Jusqu’au fond de la mer, de l’altitude heureuse.
Non. C’était le nouveau bétail bleu de la honte,
Les lémures broutant la honte aux plaines bleues.
Tl en est qui pressaient tristement leurs pas d’ombres
Vers une anfractuosité froide oi dormir.
Il en est qui paissaient des millions précaires,
D’ironiques argents sans pouvoir de loisir,
Sans l’alcool des autos, le haschich des croisiéres,
Sans les files, sans lits-avions, sans Juan-les-Pins ;
Il en est qui mendiaient bleus des tickets de pain.)

Et nul, ni le requin pèlerin vers l’ancienne
Vitrine au pavement de gemmes rue Auber,
Ni les bancs résignés d’espèce parisienne,
Nul ne sait quel trommel sous le fond de la mer
Mélange en écroulements de temples les Ages,
Quel centaure d’en bas fait passer les orages
De ses galops d’est en ouest, du sud au nord.
C’est des tonnerres inférieurs, c’est les passages
Des chevaux démontés des escadrons des morts
Qui reviennent, sauvages hardes descendues
Aux enfers, comme aux champs des batailles perdues
Faire ébouler d’est en ouest, du sud au nord,
Leurs charges, trés profond sous le fond de la mer.

C’est peut-étre ton présage, Canon futur.

Toi qui pâlis au nom de vancouver...

Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as fait pourtant qu’un banal voyage ;
Tu n’as pas vu le grand perroquet vert,
La Croix du Sud ni le soleil sauvage.

Tu t’embarquas a bord de maint steamer, .
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage ;
Sans grand éclat tu servais sous Sturmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.

Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été le soldat pérégrin
Sur le trottoir des villes inconnues

Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les graces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.

Un creux de gorge essentielle

Un creux de gorge essentielle
Qui va passer
Comme un creux de nuage au ciel

Livres

1

Commentaires (0)

Partager
Se connecter pour publier un commentaire.

Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter.