Maurice Maeterlinck

Maurice Maeterlinck

1862–1949 · a vécu 86 ans BE BE

n. 1862-08-29, Gante · m. 1949-05-06, Nice

Ame de nuit

Mon Ame en est triste a la fin;
Elle est triste enfin d’étre lasse,
Elle est lasse enfin d’étre en vain,
Elle est triste et lasse a la fin
Et j’attends vos mains sur ma face.
Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau;
J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.

Et j’attends enfin leurs remèdes.
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil !
J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Ou tant de pauvres ont sommeil!

Ou tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur col morose!
Oi, le long des jardins d’hiver,
Des malades cueillent des roses!

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils a des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Ou tant d’agneaux las sont épars!
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Poèmes

12

Tentations

O les glauques tentations
Au milieu des ombres mentales,
Avec leurs flammes végétales
Et leurs éjaculations

Obscures de tiges obscures,
Dans le clair de lune du mal,
Eployant l’ombrage automnal
De leurs luxurieux augures!

Elles ont tristement couvert,
Sous leurs muqueuses enlacées
Et leurs fièvres réalisées,
La lune de leur givre vert.

Et leur croissance sacrilège,
Entr’ouvrant ses désirs secrets,
Est morne comme les regrets
Des malades sur de la neige.

Sous les ténèbres de leur deuil,
Je vois s’emmêler les blessures
Des glaives bleus de mes luxures
Dans les chairs rouges de l’orgueil.

Seigneur, les rêves de la terre
Mourront-ils enfin dans mon coeur!
Laissez votre gloire, Seigneur,
Eclairer la mauvaise serre,

Et l’oubli vainement cherché!
Les feuilles mortes de leurs fièvres,
Les étoiles entre leurs lèvres,
Et les entrailles du péché!

Trois princesses m’ont embrassé

Trois princesses m’ont embrassé.
La première dans les souterrains.
J’ai vu tomber des pierreries
Sur mes lèvres et sur mes mains.

Trois princesses m’ont embrassé.
La seconde dans les corridors.
Le soleil mangeait nos baisers.
J’ai vu qu’il faisait beau dehors.

Trois princesses m’ont embrassé.
La troisième au haut de la tour.
J’ai vu la fuite de l’amour,
Et l’espace l’emporter sans retour.

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