Poèmes de ce thème
Enfants
Max Jacob
Pour les enfants et pour les raffines
Sur un cheval gris
A Nevers
Sur un cheval vert
A Issoire
Sur un cheval noir
Ah! qwil est beau! qu’il est beau!
Ah! quwil est beau! qu’il est beau!
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne.
Qui est mort à Perpignan ?
C’est la femm’ du commandant.
Qui est mort a la Rochelle ?
C’est la nièce au colonel!
Qui est mort a Epinal ?
C’est la femme du caporal!
Tiou!
Et a Paris, papa chéri.
Fais à Paris! qu’est-ce que tu me donnes À Paris?
Je te donne pour ta fête
Un chapeau noisette
Un petit sac en satin
Pour le tenir à la main.
Un parasol en soie blanche
Avec des glands sur le manche
Un habit doré sur tranche
Des souliers couleur orange.
Ne les mets que le dimanche
Un collier, des bijoux
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne!
C’est la cloche de Paris
Il est temps d’aller au lit
C’est la cloche de Nogent
Papa va en faire autant.
C’est la cloche de Givet
Il est ’heure d’aller se coucher.
Ah! non! pas encore! dis!
Achète-moi aussi une voiture en fer
Qui lève la poussière
Par devant et par derrière,
Attention à vous! mesdames les garde-barrières
Voila Yvonne et son p’tit père
Tiou!
A Nevers
Sur un cheval vert
A Issoire
Sur un cheval noir
Ah! qwil est beau! qu’il est beau!
Ah! quwil est beau! qu’il est beau!
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne.
Qui est mort à Perpignan ?
C’est la femm’ du commandant.
Qui est mort a la Rochelle ?
C’est la nièce au colonel!
Qui est mort a Epinal ?
C’est la femme du caporal!
Tiou!
Et a Paris, papa chéri.
Fais à Paris! qu’est-ce que tu me donnes À Paris?
Je te donne pour ta fête
Un chapeau noisette
Un petit sac en satin
Pour le tenir à la main.
Un parasol en soie blanche
Avec des glands sur le manche
Un habit doré sur tranche
Des souliers couleur orange.
Ne les mets que le dimanche
Un collier, des bijoux
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne!
C’est la cloche de Paris
Il est temps d’aller au lit
C’est la cloche de Nogent
Papa va en faire autant.
C’est la cloche de Givet
Il est ’heure d’aller se coucher.
Ah! non! pas encore! dis!
Achète-moi aussi une voiture en fer
Qui lève la poussière
Par devant et par derrière,
Attention à vous! mesdames les garde-barrières
Voila Yvonne et son p’tit père
Tiou!
René Ménard
Petite enfant qui joue avec rien...
Petite enfant qui joues avec rien
Tu fais ces pierres transparentes
Et la lumière se perd en elle-même
Sur les châteaux des hommes
Tes yeux sont mon plus beau silence
Le baiser de la fraîcheur vivante
Et me voici comme un moine sans corps Dans sa robe
A te regarder
Tes tièdes épaules qui tiennent dans ma main
Vivent et tu m’échappés pour attraper
Quelque minuscule poignée de sable
Que le vent disperse sur la grande terre coutumière
Dans le même sens que les nuages du ciel
O ma petite proche O ma lointaine enfant.
Tu fais ces pierres transparentes
Et la lumière se perd en elle-même
Sur les châteaux des hommes
Tes yeux sont mon plus beau silence
Le baiser de la fraîcheur vivante
Et me voici comme un moine sans corps Dans sa robe
A te regarder
Tes tièdes épaules qui tiennent dans ma main
Vivent et tu m’échappés pour attraper
Quelque minuscule poignée de sable
Que le vent disperse sur la grande terre coutumière
Dans le même sens que les nuages du ciel
O ma petite proche O ma lointaine enfant.
Victor Hugo
Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.
Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
Fasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l’appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes, de l’âme
Qui s’élève en priant;
L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poètes saints! la grave causerie
S’arrête en souriant.
La nuit, quand l’homme dort, quand l’esprit rêve, à l’heure
Où l’on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L’onde entre les roseaux,
Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d’oiseaux !
Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S’emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés!
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N’ont point mal fait encor;
Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange,
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds! bel ange
A l’auréole d’or!…
Applaudit à grands cris; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.
Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
Fasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l’appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes, de l’âme
Qui s’élève en priant;
L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poètes saints! la grave causerie
S’arrête en souriant.
La nuit, quand l’homme dort, quand l’esprit rêve, à l’heure
Où l’on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L’onde entre les roseaux,
Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d’oiseaux !
Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S’emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés!
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N’ont point mal fait encor;
Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange,
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds! bel ange
A l’auréole d’or!…
Victor Hugo
Mil huit cent onze ! — O temps où des peuples sans nombre
Mil huit cent onze ! — O temps où des peuples sans nombre
Attendaient prosternés sous un nuage sombre
Que le ciel eût dit oui,
Sentaient trembler sous eux les états centenaires,
Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres,
Comme un mont Sinaï !
Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,
Ils se disaient entre eux : Quelqu’un de grand va naître.
L’immense empire attend un héritier demain.
Qu’est-ce que le Seigneur va donner à cet homme
Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome,
Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? –
Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde
S’entrouvrit, et l’on vit se dresser sur le monde
L’homme prédestiné,
Et les peuples béants ne purent que se taire,
Car ses deux bras levés présentaient à la terre
Un enfant nouveau-né.
Au souffle de l’enfant, dôme des Invalides,
Les drapeaux prisonniers sous tes voûtes splendides
Frémirent, comme au vent frémissent les épis ;
Et son cri, ce doux cri qu’une nourrice apaise,
Fit, nous l’avons tous vu, bondir et hurler d’aise
Les canons monstrueux à ta porte accroupis !
Et lui ! l’orgueil gonflait sa puissante narine ;
Ses deux bras jusqu’alors croisés sur sa poitrine,
S’étaient enfin ouverts !
Et l’enfant, soutenu dans sa main paternelle,
Inondé des éclairs de sa fauve prunelle,
Rayonnait au travers !
Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes
Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,
Éperdu, l’œil fixé sur quiconque était roi,
Comme un aigle arrivé sur une haute cime,
Il cria tout joyeux avec un air sublime :
— L’avenir ! l’avenir ! l’avenir est à moi !
Attendaient prosternés sous un nuage sombre
Que le ciel eût dit oui,
Sentaient trembler sous eux les états centenaires,
Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres,
Comme un mont Sinaï !
Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,
Ils se disaient entre eux : Quelqu’un de grand va naître.
L’immense empire attend un héritier demain.
Qu’est-ce que le Seigneur va donner à cet homme
Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome,
Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? –
Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde
S’entrouvrit, et l’on vit se dresser sur le monde
L’homme prédestiné,
Et les peuples béants ne purent que se taire,
Car ses deux bras levés présentaient à la terre
Un enfant nouveau-né.
Au souffle de l’enfant, dôme des Invalides,
Les drapeaux prisonniers sous tes voûtes splendides
Frémirent, comme au vent frémissent les épis ;
Et son cri, ce doux cri qu’une nourrice apaise,
Fit, nous l’avons tous vu, bondir et hurler d’aise
Les canons monstrueux à ta porte accroupis !
Et lui ! l’orgueil gonflait sa puissante narine ;
Ses deux bras jusqu’alors croisés sur sa poitrine,
S’étaient enfin ouverts !
Et l’enfant, soutenu dans sa main paternelle,
Inondé des éclairs de sa fauve prunelle,
Rayonnait au travers !
Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes
Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,
Éperdu, l’œil fixé sur quiconque était roi,
Comme un aigle arrivé sur une haute cime,
Il cria tout joyeux avec un air sublime :
— L’avenir ! l’avenir ! l’avenir est à moi !
Victor Hugo
O revers ! ô leçon ! — Quand l’enfant de cet homme
O revers ! ô leçon ! — Quand l’enfant de cet homme
Eut reçu pour hochet la couronne de Rome ;
Lorsqu’on l’eut revêtu d’un nom qui retentit ;
Lorsqu’on eut bien montré son front royal qui tremble
Au peuple émerveillé qu’on puisse tout ensemble
Être si grand et si petit ;
Quand son père eut pour lui gagné bien des batailles ;
Lorsqu’il eut épaissi de vivantes murailles
Autour du nouveau-né riant sur son chevet ;
Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde,
Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde
Selon le songe qu’il rêvait ;
Quand tout fut préparé par les mains paternelles
Pour doter l’humble enfant de splendeurs éternelles ;
Lorsqu’on eut de sa vie assuré les relais ;
Quand, pour loger un jour ce maître héréditaire,
On eut enraciné bien avant dans la terre
Les pieds de marbre des palais ;
Lorsqu’on eut pour sa soif posé devant la France
Un vase tout rempli du vin de l’espérance,
— Avant qu’il eût goûté de ce poison doré,
Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe,
Un cosaque survint qui prit l’enfant en croupe
Et l’emporta tout effaré !
Eut reçu pour hochet la couronne de Rome ;
Lorsqu’on l’eut revêtu d’un nom qui retentit ;
Lorsqu’on eut bien montré son front royal qui tremble
Au peuple émerveillé qu’on puisse tout ensemble
Être si grand et si petit ;
Quand son père eut pour lui gagné bien des batailles ;
Lorsqu’il eut épaissi de vivantes murailles
Autour du nouveau-né riant sur son chevet ;
Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde,
Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde
Selon le songe qu’il rêvait ;
Quand tout fut préparé par les mains paternelles
Pour doter l’humble enfant de splendeurs éternelles ;
Lorsqu’on eut de sa vie assuré les relais ;
Quand, pour loger un jour ce maître héréditaire,
On eut enraciné bien avant dans la terre
Les pieds de marbre des palais ;
Lorsqu’on eut pour sa soif posé devant la France
Un vase tout rempli du vin de l’espérance,
— Avant qu’il eût goûté de ce poison doré,
Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe,
Un cosaque survint qui prit l’enfant en croupe
Et l’emporta tout effaré !