René Ménard

René Ménard

1862–1930 · a vécu 67 ans FR FR

n. 1862-04-15, 5.º arrondissement de Paris · m. 1930-01-13, 14.º arrondissement de Paris

Beau marbre...

Beau marbre vieux bois que j’aime fibre a fibre
Fleurs qui donnez la jeunesse à mes lèvres
Laines ou je m’enveloppe encore de mon enfance
Parfums qui suscitez des lumières dans mes yeux
Musique auréolant les arbres des jardins
Je vis! Je crois vivre! Des frères pleins d’aventure
Chantent a tue-tête sur les chemins de ]’éternité
Des femmes de leur corps me font une patrie
Voici des pierres debout qui soulèvent des villes
Sérieuses de tous les gestes de la patience humaine
Et le passé des hommes
Comme la géographie de ma mémoire.
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Poèmes

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Beau marbre...

Beau marbre vieux bois que j’aime fibre a fibre
Fleurs qui donnez la jeunesse à mes lèvres
Laines ou je m’enveloppe encore de mon enfance
Parfums qui suscitez des lumières dans mes yeux
Musique auréolant les arbres des jardins
Je vis! Je crois vivre! Des frères pleins d’aventure
Chantent a tue-tête sur les chemins de ]’éternité
Des femmes de leur corps me font une patrie
Voici des pierres debout qui soulèvent des villes
Sérieuses de tous les gestes de la patience humaine
Et le passé des hommes
Comme la géographie de ma mémoire.

Bonne volonté terrible de dieu...

Bonne volonté terrible de Dieu
Chaque instant tu veux ce que je veux
Chacun de mes pas marque sur le sable
Chacun de mes pas est irrémédiable
Le bord de la terre monte et la nuit s’épaissit;
Chacun de mes pas est un décor détruit
Une voix qui se tait une chair qui s’efface

Charité terrible de Dieu
Tu fais parfois surgir ce qui me nie le mieux
‘Sous des brumes de sang de larmes et de gros rires
Jusque sur mes talons ta grace vient gémir
Tu jettes dans mes bras des êtres foudroyés
Ma plus juste chaleur ne peut les réchauffer
Et lorsque s’effondré leur chair vivante et nue
Mes bras restent cloués aux pierres de tes statues

Et Telle qui s’en va sans même rider l’ombre
Emporte l’éternel dans les bruits de la rue.

Le platane

Ton écorce n’est que blessures naturelles
Arbre respecté par la hache

Tu as la richesse
Et le dénuement des saisons
Une droite patience a vivre
Tu choisis de mourir
S’il faut céder à quelque maléfice

Prés de toi l’àme s’éprend
De temps et de vent.

CORIANDRES, 1954.

Le printemps

Livre du soir respirait cette odeur d’étoffe
Qui a longtemps vécu sur un corps bien-aimé
Les fourrés enrobés d’un brouillard de bourgeons
Priaient vers l’élégance étonnante d’un arbre
Beau comme un visage disputé par le ciel
J’écoutais dans mon corps les sourires de Dieu
L’arrêt dans les terriers des bêtes frissonnantes
Et le Verbe naissait d’une grace terrestre
Entre des maisons misérables de banlieue
Des histoires d’humains vaguement racontées
Par des têtes et des lampes un instant rapprochées
Les lueurs d’un caillou paraissaient préférables
A mon cœur déchiré d’un printemps d’éternel
A qui Dieu consentait toujours sa liberté.

CORIANDRES, 1954.

Le rameau gris

Mort as-tu cette couleur de bois
Floigné de la chaleur et du froid ?

Mort as-tu cette pierreuse force
Qui éteint le soleil sur l’écorce ?
Mort as-tu cette droiture négligente
Qui ignore les vents et la pente ?

Fibre oublieuse des racines
A jamais reposée de la sève
Ks-tu cette égalité terne
Et les os définitifs de la liberté ?

Ks-tu l’attente
La plus proche du feu?
Toutes les couleurs de la terre

Petite enfant qui joue avec rien...

Petite enfant qui joues avec rien
Tu fais ces pierres transparentes
Et la lumière se perd en elle-même
Sur les châteaux des hommes

Tes yeux sont mon plus beau silence
Le baiser de la fraîcheur vivante
Et me voici comme un moine sans corps Dans sa robe
A te regarder

Tes tièdes épaules qui tiennent dans ma main
Vivent et tu m’échappés pour attraper
Quelque minuscule poignée de sable
Que le vent disperse sur la grande terre coutumière
Dans le même sens que les nuages du ciel
O ma petite proche O ma lointaine enfant.

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