Poèmes de ce thème
Protestation, résistance et révolution
Agrippa d'Aubigné
Si quelqu’un me reprend que mes vers eschauffez
. . . . . .
Si quelqu’un me reprend que mes vers eschauffez
Ne sont rien que de meurtre et de sang estoffez,
Qu’on n’y lit que fureur, que massacre, que rage,
Qu’horreur, malheur, poison, trahison et carnage ;
Je lui respons : Ami, ces mots que tu reprens ;
Sont les vocables d’art de ce que j’entreprens ;
Les flatteurs de l’amour ne chantent que leurs vices,
Que vocables choisis à peindre les delices,
Que miel, que ris, que jeux, amours et passe-temps,
Une heureuse folie à consommer son temps.
Quand j’estois fol heureux (si cet heur est folie,
De rire, aiant sur soi sa maison demolie ;
Si c’est heur d’appliquer son fol entendement
Au doux, laissant l’utile estre sans sentiment,
Lepreux de la cervelle, et rire des misères
Qui accablent le col du païs et des frères),
Je fleurissois comm’ eux de ces mesmes propos,
Quand par l’oisiveté je perdois le repos.
Ce siècle, autre en ses mœurs, demande un autre style.
Cueillons des fruicts amers desquels il est fertile.
Non, il n’est plus permis sa veine desguiser :
La main peut s’endormir, non l’ame reposer.
. . . . . .
Fuyez, Loths, de Sodome et Gomorre bruslantes
N'ensevelissez pas vos ames innocentes
Avec ces reprouvez : car combien que vos yeux
Ne froncent le sourcil encontre les hauts cieux,
Combien qu’avec les rois vous ne hochiez la teste
Contre le Ciel esmeu, armé de la tempeste,
Pource que des tyrans le support vous tirez,
Pource qu’ils sont de vous, comme dieux, adorez,
Lorsqu’ils veullent au pauvre et au juste mesfaire,
Vous estes compagnons du mesfaict pour vous taire.
Lorsque le fils de Dieu, vengeur de son mespris,
Viendra pour vendanger de ces rois les esprits,
De sa verge de fer brisant, espouvantable,
Ces petits dieux enflez en la terre habitable,
Vous y serez compris. Comme, lors que l’esclat
D'un foudre exterminant vient renverser à plat
Les chesnes resistans et les cèdres superbes,
Vous verrez là-dessous les plus petites herbes,
La fleur qui craint le vent, le naissant arbrisseau,
En son nid l’escurieu, en son aire l’oyseau,
Sous ce daix qui changeoit les gresles en rosée,
La bauge du sanglier, du cerf la reposée,
La ruche de l’abeille et la loge au berger,
Avoir eu part à l’ombre, avoir part au danger.
. . . . . .
Si quelqu’un me reprend que mes vers eschauffez
Ne sont rien que de meurtre et de sang estoffez,
Qu’on n’y lit que fureur, que massacre, que rage,
Qu’horreur, malheur, poison, trahison et carnage ;
Je lui respons : Ami, ces mots que tu reprens ;
Sont les vocables d’art de ce que j’entreprens ;
Les flatteurs de l’amour ne chantent que leurs vices,
Que vocables choisis à peindre les delices,
Que miel, que ris, que jeux, amours et passe-temps,
Une heureuse folie à consommer son temps.
Quand j’estois fol heureux (si cet heur est folie,
De rire, aiant sur soi sa maison demolie ;
Si c’est heur d’appliquer son fol entendement
Au doux, laissant l’utile estre sans sentiment,
Lepreux de la cervelle, et rire des misères
Qui accablent le col du païs et des frères),
Je fleurissois comm’ eux de ces mesmes propos,
Quand par l’oisiveté je perdois le repos.
Ce siècle, autre en ses mœurs, demande un autre style.
Cueillons des fruicts amers desquels il est fertile.
Non, il n’est plus permis sa veine desguiser :
La main peut s’endormir, non l’ame reposer.
. . . . . .
Fuyez, Loths, de Sodome et Gomorre bruslantes
N'ensevelissez pas vos ames innocentes
Avec ces reprouvez : car combien que vos yeux
Ne froncent le sourcil encontre les hauts cieux,
Combien qu’avec les rois vous ne hochiez la teste
Contre le Ciel esmeu, armé de la tempeste,
Pource que des tyrans le support vous tirez,
Pource qu’ils sont de vous, comme dieux, adorez,
Lorsqu’ils veullent au pauvre et au juste mesfaire,
Vous estes compagnons du mesfaict pour vous taire.
Lorsque le fils de Dieu, vengeur de son mespris,
Viendra pour vendanger de ces rois les esprits,
De sa verge de fer brisant, espouvantable,
Ces petits dieux enflez en la terre habitable,
Vous y serez compris. Comme, lors que l’esclat
D'un foudre exterminant vient renverser à plat
Les chesnes resistans et les cèdres superbes,
Vous verrez là-dessous les plus petites herbes,
La fleur qui craint le vent, le naissant arbrisseau,
En son nid l’escurieu, en son aire l’oyseau,
Sous ce daix qui changeoit les gresles en rosée,
La bauge du sanglier, du cerf la reposée,
La ruche de l’abeille et la loge au berger,
Avoir eu part à l’ombre, avoir part au danger.
. . . . . .
Aimé Césaire
Depuis Akkad depuis Elam depuis Sumer
Eveilleur, arracheur,
Souffle souffert, souffle accoureur
Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui
a beaucoup marché.
Depuis
Elam.
Depuis
Akkad.
Depuis
Sumer.
Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup porté.
Depuis
Elam.
Depuis
Akkad.
Depuis
Sumer.
J'ai porté le corps du commandant.
J'ai porté le chemin de fer du commandant.
J'ai porté la locomotive du commandant, le coton du commandant.
J'ai porté sur ma tête laineuse qui se passe si bien de coussinet
Dieu, la machine, la route - le
Dieu du commandant.
Maître des trois chemins j'ai porté sous le soleil, j'ai porté dans le brouillard j'ai porté sur les tessons de braise des fourmis manians.
J'ai porté le parasol j'ai porté l'explosif j'ai porté le carcan.
Depuis
Akkad.
Depuis
Elam.
Depuis
Sumer.
Maître des trois chemins,
Maître des trois rigoles, plaise que pour une fois - la première depuis
Akkad depuis
Elam depuis
Sumer - le museau plus tanné apparemment que le cal de mes pieds mais en réalité plus doux que le bec minutieux du corbeau et comme drapé, des plis amers que me fait ma
grise peau d'emprunt (livrée que les hommes m'imposent chaque hiver) j'avance à travers les feuilles mortes de mon petit pas sorcier
vers là où menace triomphalement l'inépuisable injonction des hommes jetés aux ricanements noueux de l'ouragan.
Depuis
Elam depuis
Akkad depuis
Sumer.
Souffle souffert, souffle accoureur
Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui
a beaucoup marché.
Depuis
Elam.
Depuis
Akkad.
Depuis
Sumer.
Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup porté.
Depuis
Elam.
Depuis
Akkad.
Depuis
Sumer.
J'ai porté le corps du commandant.
J'ai porté le chemin de fer du commandant.
J'ai porté la locomotive du commandant, le coton du commandant.
J'ai porté sur ma tête laineuse qui se passe si bien de coussinet
Dieu, la machine, la route - le
Dieu du commandant.
Maître des trois chemins j'ai porté sous le soleil, j'ai porté dans le brouillard j'ai porté sur les tessons de braise des fourmis manians.
J'ai porté le parasol j'ai porté l'explosif j'ai porté le carcan.
Depuis
Akkad.
Depuis
Elam.
Depuis
Sumer.
Maître des trois chemins,
Maître des trois rigoles, plaise que pour une fois - la première depuis
Akkad depuis
Elam depuis
Sumer - le museau plus tanné apparemment que le cal de mes pieds mais en réalité plus doux que le bec minutieux du corbeau et comme drapé, des plis amers que me fait ma
grise peau d'emprunt (livrée que les hommes m'imposent chaque hiver) j'avance à travers les feuilles mortes de mon petit pas sorcier
vers là où menace triomphalement l'inépuisable injonction des hommes jetés aux ricanements noueux de l'ouragan.
Depuis
Elam depuis
Akkad depuis
Sumer.
André Chénier
Ode à Marie-Anne-Charlotte Corday
Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes,
Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
Consacrent leur Marat parmi les immortels ;
Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
Des fanges du Parnasse un impudent reptile
Vomit un hymne infâme au pied de ses autels ;
La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
Des liens de la peur sa langue embarrassée
Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
Quand, sous un joug honteux la pensée asservie,
Tremblante, au fond du cœur se cache à tous les yeux ?
Non, non, je ne veux point t’’honorer en silence,
Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,
Et dévouas tes jours à punir des forfaits.
Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
Pour faire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,
Quand d’un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,
A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
Tu vins redemander et les membres livides,
Et le sang des humains qu’il avait dévorés !…
… Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
Tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée,
Ton front resta paisible, et ton regard serein.
Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage
D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,
Et qui se croit alors et libre et souverain.
La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire.
Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.
Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
Nous savons répéter quelques plaintes de femme,
Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes
Consacrent leur Marat parmi les immortels ;
Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,
Des fanges du Parnasse un impudent reptile
Vomit un hymne infâme au pied de ses autels ;
La Vérité se tait ! Dans sa bouche glacée,
Des liens de la peur sa langue embarrassée
Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux !
Vivre est-il donc si doux ? De quel prix est la vie,
Quand, sous un joug honteux la pensée asservie,
Tremblante, au fond du cœur se cache à tous les yeux ?
Non, non, je ne veux point t’’honorer en silence,
Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,
Et dévouas tes jours à punir des forfaits.
Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
Pour faire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,
Quand d’un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.
Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,
A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre
Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !
Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,
Tu vins redemander et les membres livides,
Et le sang des humains qu’il avait dévorés !…
… Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,
Tu semblais t’avancer sur le char d’hyménée,
Ton front resta paisible, et ton regard serein.
Calme sur l’échafaud, tu méprisas la rage
D’un peuple abject, servile, et fécond en outrage,
Et qui se croit alors et libre et souverain.
La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire.
Seule tu fus un homme, et vengeas les humains.
Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,
Nous savons répéter quelques plaintes de femme,
Mais le fer pèserait à nos débiles mains.
Émile Verhaeren
La Révolte
… La rage, elle a bondi de terre
Sur un monceau de pavés gris;
La rage immense, avec des cris,
Avec du feu dans ses artères ;
La rage, elle a bondi
Féroce et haletante
Et si terriblement
Que son moment d’élan vaut à lui seul le temps
Que met un siècle en gravitant
Autour de ses cent ans d’attente.
Tout ce qui fut rêvé jadis;
Ce que les fronts les plus hardis
Vers l’avenir ont instauré ;
Ce que les âmes ont brandi,
Ce que les yeux ont imploré,
Ce que toute la sève humaine
Silencieuse a renfermé,
S’épanouit, aux mille bras armés
De ces foules, brassant leur houle avec leurs haines.
C’est la fête du sang qui se déploie,
A travers la terreur, en étendards de joie :
Des gens passent rouges et ivres;
Des gens passent sur des gens morts;
Les soldats clairs, casqués de cuivre,
Ne sachant plus où sont les droits, où sont les torts,
Las d’obéir, chargent, mollassement,
Le peuple énorme et véhément
Qui veut enfin que sur sa tête
Luisent les ors sanglants et violents de la conquête.
Voici des docks et des maisons qui brûlent,
En façades de sang, sur le fond noir du crépuscule ;
L’eau des canaux en réfléchit les fumantes splendeurs,
De haut en bas, jusqu’en ses profondeurs ;
D’énormes tours obliquement dorées
Barrent la ville au loin d’ombres démesurées ;
Les bras des feux, ouvrant leurs mains funèbres,
Éparpillent des lambeaux d’or par les ténèbres ;
Et les brasiers des toits sautent en bonds sauvages,
Hors d’eux-mêmes, jusqu’aux nuages…
Sur un monceau de pavés gris;
La rage immense, avec des cris,
Avec du feu dans ses artères ;
La rage, elle a bondi
Féroce et haletante
Et si terriblement
Que son moment d’élan vaut à lui seul le temps
Que met un siècle en gravitant
Autour de ses cent ans d’attente.
Tout ce qui fut rêvé jadis;
Ce que les fronts les plus hardis
Vers l’avenir ont instauré ;
Ce que les âmes ont brandi,
Ce que les yeux ont imploré,
Ce que toute la sève humaine
Silencieuse a renfermé,
S’épanouit, aux mille bras armés
De ces foules, brassant leur houle avec leurs haines.
C’est la fête du sang qui se déploie,
A travers la terreur, en étendards de joie :
Des gens passent rouges et ivres;
Des gens passent sur des gens morts;
Les soldats clairs, casqués de cuivre,
Ne sachant plus où sont les droits, où sont les torts,
Las d’obéir, chargent, mollassement,
Le peuple énorme et véhément
Qui veut enfin que sur sa tête
Luisent les ors sanglants et violents de la conquête.
Voici des docks et des maisons qui brûlent,
En façades de sang, sur le fond noir du crépuscule ;
L’eau des canaux en réfléchit les fumantes splendeurs,
De haut en bas, jusqu’en ses profondeurs ;
D’énormes tours obliquement dorées
Barrent la ville au loin d’ombres démesurées ;
Les bras des feux, ouvrant leurs mains funèbres,
Éparpillent des lambeaux d’or par les ténèbres ;
Et les brasiers des toits sautent en bonds sauvages,
Hors d’eux-mêmes, jusqu’aux nuages…
Guy Tirolien
Amérique
je suis le fer fiché dans les chairs de ta plaie
l’arête coincée dans le goulot
de ton gosier
l’éclat d’anthracite dans la roche de tes os
et nul baptême
nulle ablution ne te lavera de moi
Amérique
les neiges fleurissant tes plaines de coton
c’est ma sueur féconde
c’est mon sang
ta richesse
les sèves de douceur
dans tes roseaux aux longs cheveux d’argent
ce sont mes larmes non taries
dans la bruyance de tes machines
de tes mines
de tes usines
dans la violence des voix de cuivre
des voix de nez
des voix enrouées de ta musique
entends l’accent de ma colère
de ma douleur
et de mes hontes
Amérique
les nuées de charbon sur tes banlieues en deuil
non ce n’est pas la suie de ma peau
souillant la lumière des hommes
c’est la cendre de mes os calcinés
dans l’incendie des lynchages
l’acier de tes buildings coule
dans mes muscles de bronze
car je porte sur mes épaules
tout le poids du Nouveau-Monde
je suis l’ombre de ton corps
la nourrice aux mamelles de nuit
dont le lait enrichit la vigueur de ton sang
la pâleur de ton teint
– tu ne peux te défaire de moi
j’ai la fureur des amants éconduits
j’implanterai mes dents
dans ta chair lumineuse
ô terre de viol
terre d’injustice
et d’avenir
je briserai ton échine –
si fragile entre Colon et Panama
je nouerai autour de ta taille arquée
une étroite ceinture d’incandescence
de convoitises
ma voix
– celle de Césaire et de McKay
de Robeson et de Guillén
sera plus forte que ton orgueil
plus haute que tes gratte-ciel
car elle jaillit des sombres entrailles de la souffrance
Amérique
l’arête coincée dans le goulot
de ton gosier
l’éclat d’anthracite dans la roche de tes os
et nul baptême
nulle ablution ne te lavera de moi
Amérique
les neiges fleurissant tes plaines de coton
c’est ma sueur féconde
c’est mon sang
ta richesse
les sèves de douceur
dans tes roseaux aux longs cheveux d’argent
ce sont mes larmes non taries
dans la bruyance de tes machines
de tes mines
de tes usines
dans la violence des voix de cuivre
des voix de nez
des voix enrouées de ta musique
entends l’accent de ma colère
de ma douleur
et de mes hontes
Amérique
les nuées de charbon sur tes banlieues en deuil
non ce n’est pas la suie de ma peau
souillant la lumière des hommes
c’est la cendre de mes os calcinés
dans l’incendie des lynchages
l’acier de tes buildings coule
dans mes muscles de bronze
car je porte sur mes épaules
tout le poids du Nouveau-Monde
je suis l’ombre de ton corps
la nourrice aux mamelles de nuit
dont le lait enrichit la vigueur de ton sang
la pâleur de ton teint
– tu ne peux te défaire de moi
j’ai la fureur des amants éconduits
j’implanterai mes dents
dans ta chair lumineuse
ô terre de viol
terre d’injustice
et d’avenir
je briserai ton échine –
si fragile entre Colon et Panama
je nouerai autour de ta taille arquée
une étroite ceinture d’incandescence
de convoitises
ma voix
– celle de Césaire et de McKay
de Robeson et de Guillén
sera plus forte que ton orgueil
plus haute que tes gratte-ciel
car elle jaillit des sombres entrailles de la souffrance
Amérique
Henri Pichette
Merci
Chaleureusement à toi
fusillé sur la neige,
instituteur abattu dans le préau d’école,
ouvrier immolé contre le mur de ton usine,
cultivateur exécuté sous l’appentis,
cheminot massacré devant le butoir,
libertaire assassiné dans une courette de prison,
franc-tireur passé par les armes sur-le-champ.
Stéle reverdissant
pour celui mort en la forêt au pied d’un arbre.
O victimes pleurées de tous en République!
merci d’avoir été pour que nous devenions.
fusillé sur la neige,
instituteur abattu dans le préau d’école,
ouvrier immolé contre le mur de ton usine,
cultivateur exécuté sous l’appentis,
cheminot massacré devant le butoir,
libertaire assassiné dans une courette de prison,
franc-tireur passé par les armes sur-le-champ.
Stéle reverdissant
pour celui mort en la forêt au pied d’un arbre.
O victimes pleurées de tous en République!
merci d’avoir été pour que nous devenions.
Jules Romains
L’homme blanc
— Retourne chez toi, homme blanc!
Nous ne t’avions rien demandé ;
Des fièvres que ta race endure
Nous n’avions pas même lidée.
Pieusement vers nous tournées
Nous allaitaient de solitude
Les sept mers au ventre ridé.
Tu nous as sept fois apporté
Ton malheur, ton inquiétude.
Ta puissance, tu l’as gardée.
Tu nous as fait divorcer d’avec les vieilles sagesses ;
Mais le savoir que tu vends ne les a pas remplacées.
Tu nous as fait divorcer d’avec la terre et les sources,
D’avec les forces du sol et les forces d’en dessous.
Mais les forces que tu vends ne les ont pas remplacées ;
Tes forces mal à toi, méchantes filles du feu roux,
Tes forces qu’un fil conduit et que moulinent des roues,
Tes forces de dieu voleur dont tu n’as jamais assez!
Comme on donne deux venins dans une seule morsure,
Tu nous as communiqué l’orgueil peu sir d’étre un homme,
Et la honte sans pardon d’étre un homme dépassé.
Retourne chez toi, homme blanc!
Ecoute les tambours tremblants
Qui nous ameutent sous les arbres ;
Les trônes creusés, les calebasses,
Les crécelles, les crins stridents ;
Les sifflements entre les dents,
Les cornes rauques, les coquilles,
Les fifres faits d’un ossement ;
Les cymbales, les oliphants ;
Entends le tam-tam circulaire
Comme horizon sur tes tempes
Qui se resserre en palpitant ;
Entends les gongs, les cloches plates,
Aux tours des couvents de montagne
Et les plaques sous les battants.
Entends le grand rassemblement
Qui nous soulève et qui te chasse.
L’HOMME BLANC.
Nous ne t’avions rien demandé ;
Des fièvres que ta race endure
Nous n’avions pas même lidée.
Pieusement vers nous tournées
Nous allaitaient de solitude
Les sept mers au ventre ridé.
Tu nous as sept fois apporté
Ton malheur, ton inquiétude.
Ta puissance, tu l’as gardée.
Tu nous as fait divorcer d’avec les vieilles sagesses ;
Mais le savoir que tu vends ne les a pas remplacées.
Tu nous as fait divorcer d’avec la terre et les sources,
D’avec les forces du sol et les forces d’en dessous.
Mais les forces que tu vends ne les ont pas remplacées ;
Tes forces mal à toi, méchantes filles du feu roux,
Tes forces qu’un fil conduit et que moulinent des roues,
Tes forces de dieu voleur dont tu n’as jamais assez!
Comme on donne deux venins dans une seule morsure,
Tu nous as communiqué l’orgueil peu sir d’étre un homme,
Et la honte sans pardon d’étre un homme dépassé.
Retourne chez toi, homme blanc!
Ecoute les tambours tremblants
Qui nous ameutent sous les arbres ;
Les trônes creusés, les calebasses,
Les crécelles, les crins stridents ;
Les sifflements entre les dents,
Les cornes rauques, les coquilles,
Les fifres faits d’un ossement ;
Les cymbales, les oliphants ;
Entends le tam-tam circulaire
Comme horizon sur tes tempes
Qui se resserre en palpitant ;
Entends les gongs, les cloches plates,
Aux tours des couvents de montagne
Et les plaques sous les battants.
Entends le grand rassemblement
Qui nous soulève et qui te chasse.
L’HOMME BLANC.
Paul Éluard
Avis
La nuit qui précéda sa mort
Fut la plus courte de sa vie
L’idée qu’il existait encore
Lui bralait le sang aux poignets
Le poids de son corps l’écceurait
Sa force le faisait gémir
C’est tout au fond de cette horreur
Qwil a commencé 4a sourire
Il n’avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger il le savait
Et le jour se leva pour lui.
Fut la plus courte de sa vie
L’idée qu’il existait encore
Lui bralait le sang aux poignets
Le poids de son corps l’écceurait
Sa force le faisait gémir
C’est tout au fond de cette horreur
Qwil a commencé 4a sourire
Il n’avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger il le savait
Et le jour se leva pour lui.
Paul Éluard
Dit de la force de l’amour
Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a V’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère
Tl y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à lespoir
Pour tous les innocents qui haissent le mal
La lumière toujours est tout prés de s’éteindre
La vie toujours s’apprête a devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe
Et la chaleur aura raison des égoistes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert
Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue.
13 avril 1947.
POÉSIE ININTERROMPUE
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a V’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère
Tl y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à lespoir
Pour tous les innocents qui haissent le mal
La lumière toujours est tout prés de s’éteindre
La vie toujours s’apprête a devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe
Et la chaleur aura raison des égoistes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert
Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue.
13 avril 1947.
POÉSIE ININTERROMPUE
Victor Hugo
O révolutions ! j’ignore
O révolutions ! j’ignore,
Moi, le moindre des matelots,
Ce que Dieu dans l’ombre élabore
Sous le tumulte de vos flots.
La foule vous hait et vous raille.
Mais qui sait comment Dieu travaille ?
Qui sait si l’onde qui tressaille,
Si le cri des gouffres amers,
Si la trombe aux ardentes serres,
Si les éclairs et les tonnerres,
Seigneur, ne sont pas nécessaires
À la perle que font les mers !
Pourtant cette tempête est lourde
Aux princes comme aux nations ;
Oh ! quelle mer aveugle et sourde
Qu’un peuple en révolutions !
Que sert ta chanson, ô poète ?
Ces chants que ton génie émiette
Tombent à la vague inquiète
Qui n’a jamais rien entendu !
Ta voix s’enroue en cette brume,
Le vent disperse au loin ta plume,
Pauvre oiseau chantant dans l’écume
Sur le mât d’un vaisseau perdu !
Longue nuit ! tourmente éternelle !
Le ciel n’a pas un coin d’azur.
Hommes et choses, pêle-mêle,
Vont roulant dans l’abîme obscur.
Tout dérive et s’en va sous l’onde,
Rois au berceau, maîtres du monde,
Le front chauve et la tête blonde,
Grand et petit Napoléon !
Tout s’efface, tout se délie,
Le flot sur le flot se replie,
Et la vague qui passe oublie
Léviathan comme Alcyon !
Moi, le moindre des matelots,
Ce que Dieu dans l’ombre élabore
Sous le tumulte de vos flots.
La foule vous hait et vous raille.
Mais qui sait comment Dieu travaille ?
Qui sait si l’onde qui tressaille,
Si le cri des gouffres amers,
Si la trombe aux ardentes serres,
Si les éclairs et les tonnerres,
Seigneur, ne sont pas nécessaires
À la perle que font les mers !
Pourtant cette tempête est lourde
Aux princes comme aux nations ;
Oh ! quelle mer aveugle et sourde
Qu’un peuple en révolutions !
Que sert ta chanson, ô poète ?
Ces chants que ton génie émiette
Tombent à la vague inquiète
Qui n’a jamais rien entendu !
Ta voix s’enroue en cette brume,
Le vent disperse au loin ta plume,
Pauvre oiseau chantant dans l’écume
Sur le mât d’un vaisseau perdu !
Longue nuit ! tourmente éternelle !
Le ciel n’a pas un coin d’azur.
Hommes et choses, pêle-mêle,
Vont roulant dans l’abîme obscur.
Tout dérive et s’en va sous l’onde,
Rois au berceau, maîtres du monde,
Le front chauve et la tête blonde,
Grand et petit Napoléon !
Tout s’efface, tout se délie,
Le flot sur le flot se replie,
Et la vague qui passe oublie
Léviathan comme Alcyon !