Discours en forme d’élégie

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« Je suis, dis-je, Ronsard, et cela te suffise,
Qui ma belle science ay des Muses apprise,
Bien cognu d’Helicon, dont l'ardant aiguillon
Me fist danser au bal que conduit Apollon.
Alors que tout le sang me boüilloit de jeunesse,
Je fis aux bords de Loire une jeune Maistresse,
Que ma Muse en fureur sa Cassandre appelloit,
A qui mesme Venus sa beauté n’egaloit.
Je m’espris en Anjou d’une belle Marie
Que j’aimay plus que moy, que mon cœur, que ma vie :
Son païs le sçait bien, où cent mille chansons
Je composay pour elle en cent mille façons ;
Mais, ô cruel destin ! pour ma trop longue absence,
D’un autre serviteur elle a fait accointance,
Et suis demeuré veuf, sans prendre autre parti,
Des l’heure que mon cœur du sien s’est departi.
Maintenant je poursuy toute amour vagabonde :
Ores j’aime la noire, ores j’aime la blonde,
Et, sans amour certaine en mon cœur esprouver,
Je cherche ma fortune où je la puis trouver.
. . . . . . »
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