Poèmes de ce thème
Nature et éléments
Paul Valéry
Au platane
Tu penches, grand Platane, et te proposes nu,
Blanc comme un jeune Scythe,
Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu
Par la force du site.
Ombre retentissante en qui le même azur
Qui t’emporte, s’apaise,
La noire mère astreint ce pied natal et pur
À qui la fange pèse.
De ton front voyageur les vents ne veulent pas ;
La terre tendre et sombre,
O Platane, jamais ne laissera d’un pas
S’émerveiller ton ombre !
Ce front n’aura d’accès qu’aux degrés lumineux
Où la sève l’exalte ;
Tu peux grandir, candeur, mais non rompre les nœuds
De l’éternelle halte !
Pressens autour de toi d’autres vivants liés
Par l’hydre vénérable ;
Tes pareils sont nombreux, des pins aux peupliers,
De l’yeuse à l’érable,
Qui, par les morts saisis, les pieds échevelés
Dans la confuse cendre,
Sentent les fuir les fleurs, et leurs spermes ailés
Le cours léger descendre.
Le tremble pur, le charme, et ce hêtre formé
De quatre jeunes femmes,
Ne cessent point de battre un ciel toujours fermé,
Vêtus en vain de rames.
Ils vivent séparés, ils pleurent confondus
Dans une seule absence,
Et leurs membres d’argent sont vainement fendus
À leur douce naissance.
Quand l’âme lentement qu’ils expirent le soir
Vers l’Aphrodite monte,
La vierge doit dans l’ombre, en silence, s’asseoir,
Toute chaude de honte.
Elle se sent surprendre, et pâle, appartenir
À ce tendre présage
Qu’une présente chair tourne vers l’avenir
Par un jeune visage…
Mais toi, de bras plus purs que les bras animaux,
Toi qui dans l’or les plonges,
Toi qui formes au jour le fantôme des maux
Que le sommeil fait songes,
Haute profusion de feuilles, trouble fier
Quand l’âpre tramontane
Sonne, au comble de l’or, l’azur du jeune hiver
Sur tes harpes, Platane,
Ose gémir !… Il faut, ô souple chair du bois,
Te tordre, te détordre,
Te plaindre sans te rompre, et rendre aux vents la voix
Qu’ils cherchent en désordre !
Flagelle-toi !… Parais l’impatient martyr
Qui soi-même s’écorche,
Et dispute à la flamme impuissante à partir
Ses retours vers la torche !
Afin que l’hymne monte aux oiseaux qui naîtront,
Et que le pur de l’âme
Fasse frémir d’espoir les feuillages d’un tronc
Qui rêve de la flamme,
Je t’ai choisi, puissant personnage d’un parc,
Ivre de ton tangage,
Puisque le ciel t’exerce, et te presse, ô grand arc,
De lui rendre un langage !
O qu’amoureusement des Dryades rival,
Le seul poète puisse
Flatter ton corps poli comme il fait du Cheval
L’ambitieuse cuisse !…
— « Non », dit l’arbre. Il dit : Non ! par l’étincellement
De sa tête superbe,
Que la tempête traite universellement
Comme elle fait une herbe !
Blanc comme un jeune Scythe,
Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu
Par la force du site.
Ombre retentissante en qui le même azur
Qui t’emporte, s’apaise,
La noire mère astreint ce pied natal et pur
À qui la fange pèse.
De ton front voyageur les vents ne veulent pas ;
La terre tendre et sombre,
O Platane, jamais ne laissera d’un pas
S’émerveiller ton ombre !
Ce front n’aura d’accès qu’aux degrés lumineux
Où la sève l’exalte ;
Tu peux grandir, candeur, mais non rompre les nœuds
De l’éternelle halte !
Pressens autour de toi d’autres vivants liés
Par l’hydre vénérable ;
Tes pareils sont nombreux, des pins aux peupliers,
De l’yeuse à l’érable,
Qui, par les morts saisis, les pieds échevelés
Dans la confuse cendre,
Sentent les fuir les fleurs, et leurs spermes ailés
Le cours léger descendre.
Le tremble pur, le charme, et ce hêtre formé
De quatre jeunes femmes,
Ne cessent point de battre un ciel toujours fermé,
Vêtus en vain de rames.
Ils vivent séparés, ils pleurent confondus
Dans une seule absence,
Et leurs membres d’argent sont vainement fendus
À leur douce naissance.
Quand l’âme lentement qu’ils expirent le soir
Vers l’Aphrodite monte,
La vierge doit dans l’ombre, en silence, s’asseoir,
Toute chaude de honte.
Elle se sent surprendre, et pâle, appartenir
À ce tendre présage
Qu’une présente chair tourne vers l’avenir
Par un jeune visage…
Mais toi, de bras plus purs que les bras animaux,
Toi qui dans l’or les plonges,
Toi qui formes au jour le fantôme des maux
Que le sommeil fait songes,
Haute profusion de feuilles, trouble fier
Quand l’âpre tramontane
Sonne, au comble de l’or, l’azur du jeune hiver
Sur tes harpes, Platane,
Ose gémir !… Il faut, ô souple chair du bois,
Te tordre, te détordre,
Te plaindre sans te rompre, et rendre aux vents la voix
Qu’ils cherchent en désordre !
Flagelle-toi !… Parais l’impatient martyr
Qui soi-même s’écorche,
Et dispute à la flamme impuissante à partir
Ses retours vers la torche !
Afin que l’hymne monte aux oiseaux qui naîtront,
Et que le pur de l’âme
Fasse frémir d’espoir les feuillages d’un tronc
Qui rêve de la flamme,
Je t’ai choisi, puissant personnage d’un parc,
Ivre de ton tangage,
Puisque le ciel t’exerce, et te presse, ô grand arc,
De lui rendre un langage !
O qu’amoureusement des Dryades rival,
Le seul poète puisse
Flatter ton corps poli comme il fait du Cheval
L’ambitieuse cuisse !…
— « Non », dit l’arbre. Il dit : Non ! par l’étincellement
De sa tête superbe,
Que la tempête traite universellement
Comme elle fait une herbe !
Paul Verlaine
Clair de lune
Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.
Paul Verlaine
Effet de nuit
La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
De flèches et de tours à jour la silhouette
D’une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l’air noir des gigues nonpareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
Dressant l’horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d’un fond d’ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent á contre-sens des lances de I’averse.
De flèches et de tours à jour la silhouette
D’une ville gothique éteinte au lointain gris.
La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
Secoués par le bec avide des corneilles
Et dansant dans l’air noir des gigues nonpareilles,
Tandis que leurs pieds sont la pâture des loups.
Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
Dressant l’horreur de leur feuillage à droite, à gauche,
Sur le fuligineux fouillis d’un fond d’ébauche.
Et puis, autour de trois livides prisonniers
Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
En marche, et leurs fers droits, comme des fers de herse,
Luisent á contre-sens des lances de I’averse.
Paul Verlaine
La lune blanche
La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…
O bien-aimée.
L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…
Rêvons, c’est l’heure.
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…
C’est l’heure exquise.
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…
O bien-aimée.
L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…
Rêvons, c’est l’heure.
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…
C’est l’heure exquise.
Pétrus Borel
Hymne au soleil
Là dans ce sentier creux, promenoir solitaire
De mon clandestin mal,
Je viens tout souffreteux, et je me couche à terre
Comme un brute animal.
Je viens couver ma faim, la tête sur la pierre,
Appeler le sommeil.
Pour étancher un peu ma brûlante paupière ;
Je viens user mon écot de soleil !
Là-bas dans la cité, l’avarice sordide
Des chefs sur tout champart :
Au mouton-peuple on vend le soleil et le vide ;
J’ai payé, j’ai ma part !
Mais sur tous, tous égaux devant toi, soleil juste,
Tu verses tes rayons.
Qui ne sont pas plus doux au front d’un Sire auguste,
Qu’au sale front d’une gueuse en haillons.
De mon clandestin mal,
Je viens tout souffreteux, et je me couche à terre
Comme un brute animal.
Je viens couver ma faim, la tête sur la pierre,
Appeler le sommeil.
Pour étancher un peu ma brûlante paupière ;
Je viens user mon écot de soleil !
Là-bas dans la cité, l’avarice sordide
Des chefs sur tout champart :
Au mouton-peuple on vend le soleil et le vide ;
J’ai payé, j’ai ma part !
Mais sur tous, tous égaux devant toi, soleil juste,
Tu verses tes rayons.
Qui ne sont pas plus doux au front d’un Sire auguste,
Qu’au sale front d’une gueuse en haillons.
Philippe Desportes
Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire
Sommeil, paisible fils de la Nuit solitaire,
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l’appareil salutaire :
Dieu favorable à tous, pourquoi m’es-tu contraire ?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or que l’humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?
Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d’Oubli vont lavant nos pensées ?
Ô frère de la Mort, que tu m’es ennemi !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j’ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.
Père alme, nourricier de tous les animaux,
Enchanteur gracieux, doux oubli de nos maux,
Et des esprits blessés l’appareil salutaire :
Dieu favorable à tous, pourquoi m’es-tu contraire ?
Pourquoi suis-je tout seul rechargé de travaux,
Or que l’humide nuit guide ses noirs chevaux,
Et que chacun jouit de ta grâce ordinaire ?
Ton silence où est-il ? ton repos et ta paix,
Et ces songes volant comme un nuage épais,
Qui des ondes d’Oubli vont lavant nos pensées ?
Ô frère de la Mort, que tu m’es ennemi !
Je t’invoque au secours, mais tu es endormi,
Et j’ards, toujours veillant, en tes horreurs glacées.
Philippe Desportes
Voicy du gay printans l’heureux advenement
Voicy du gay printans l’heureux advenement,
Qui fait que l’hyver morne à regret se retire :
Dejà la petite herbe, au gré du doux zéphyre,
Navré de son amour, branle tout doucement.
Les forests ont repris leur vert accoustrement,
Le ciel rit, l’air est chaud, le vent mollet soupire ;
Le rossignol se plaint, et des accords qu’il tire,
Fait pâmer les esprits d’un doux ravissement.
Le dieu Mars et l’Amour sont parmi la campagne ;
L’un au sang des humains, l’autre en leurs pleurs se bagne ;
L’un tient le coutelas, l’autre porte les dars.
Suive Mars qui voudra, mourant entre les armes !
Je veux suivre l’Amour, et seront mes alarmes,
Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.
Qui fait que l’hyver morne à regret se retire :
Dejà la petite herbe, au gré du doux zéphyre,
Navré de son amour, branle tout doucement.
Les forests ont repris leur vert accoustrement,
Le ciel rit, l’air est chaud, le vent mollet soupire ;
Le rossignol se plaint, et des accords qu’il tire,
Fait pâmer les esprits d’un doux ravissement.
Le dieu Mars et l’Amour sont parmi la campagne ;
L’un au sang des humains, l’autre en leurs pleurs se bagne ;
L’un tient le coutelas, l’autre porte les dars.
Suive Mars qui voudra, mourant entre les armes !
Je veux suivre l’Amour, et seront mes alarmes,
Les courroux, les soupirs, les pleurs et les regars.
Pierre de Ronsard
Bel aubepin, fleurissant
Bel aubepin, fleurissant,
Verdissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu’au bas
Des longs bras
D’une lambrunche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche ;
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.
Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alleger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cime il fait son ny
Tout uny
De mousse et de fine soye,
Où ses petits esclorront,
Qui seront
De mes mains la douce proye.
Or vy gentil aubepin,
Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre,
Ou la coignée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.
Verdissant
Le long de ce beau rivage,
Tu es vestu jusqu’au bas
Des longs bras
D’une lambrunche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche ;
Dans les pertuis de ton tronc
Tout du long
Les avettes ont leur couche.
Le chantre rossignolet
Nouvelet,
Courtisant sa bien-aimée,
Pour ses amours alleger
Vient loger
Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cime il fait son ny
Tout uny
De mousse et de fine soye,
Où ses petits esclorront,
Qui seront
De mes mains la douce proye.
Or vy gentil aubepin,
Vy sans fin,
Vy sans que jamais tonnerre,
Ou la coignée, ou les vents,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre.
Pierre de Ronsard
Élégie contre les bûcherons de la forêt de Gâtine
Quiconque aura premier la main embesognée
À te couper, forêt, d’une dure cognée,
Qu’il puisse s’enferrer de son propre bâton,
Et sente en l’estomac la faim d’Érysichthon,
Qui coupa de Cérès le chêne vénérable,
Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,
Les bœufs et les moutons de sa mère égorgea,
Puis pressé de la faim, soi-même se mangea :
Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,
Et se dévore après par les dents de la guerre.
Qu’il puisse pour venger le sang de nos forêts,
Toujours nouveaux emprunts sur nouveaux intérêts
Devoir à l’usurier, et qu’enfin il consomme
Tout son bien à payer la principale somme.
Que toujours sans repos ne fasse en son cerveau
Que tramer pour néant quelque dessein nouveau,
Porté d’impatience et de fureur diverse
Et de mauvais conseil qui les hommes renverse.
Écoute, bûcheron (arrête un peu le bras)
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on prend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer des déesses ?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d’été ne rompra la lumière.
Plus l’amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l’ardeur de sa belle Jeannette :
Tout deviendra muet, Écho sera sans voix :
Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
Dont l’ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue :
Tu perdras ton silence, et haletants d’effroi
Ni Satyres, ni Pans ne viendront plus chez toi.
Adieu vieille forêt, le jouet de Zéphyr,
Où premier j’accordai les langues de ma lyre,
Où premier j’entendis les flèches résonner
D’Apollon, qui me vint tout le cœur étonner :
Où premier admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m’allaita.
Adieu vieille forêt, adieu têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui brûlés en été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent vos meurtriers, et leur disent injures.
Adieu chênes, couronne aux vaillants citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître,
Peuples vraiment ingrats, qui n’ont su reconnaître
Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers,
De massacrer ainsi nos pères nourriciers.
Que l’homme est malheureux qui au monde se fie !
Ô Dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu’en changeant de forme une autre vêtira :
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cime d’Athos une large campagne,
Neptune quelquefois de blé sera couvert.
La matière demeure, et la forme se perd.
À te couper, forêt, d’une dure cognée,
Qu’il puisse s’enferrer de son propre bâton,
Et sente en l’estomac la faim d’Érysichthon,
Qui coupa de Cérès le chêne vénérable,
Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,
Les bœufs et les moutons de sa mère égorgea,
Puis pressé de la faim, soi-même se mangea :
Ainsi puisse engloutir ses rentes et sa terre,
Et se dévore après par les dents de la guerre.
Qu’il puisse pour venger le sang de nos forêts,
Toujours nouveaux emprunts sur nouveaux intérêts
Devoir à l’usurier, et qu’enfin il consomme
Tout son bien à payer la principale somme.
Que toujours sans repos ne fasse en son cerveau
Que tramer pour néant quelque dessein nouveau,
Porté d’impatience et de fureur diverse
Et de mauvais conseil qui les hommes renverse.
Écoute, bûcheron (arrête un peu le bras)
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas,
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on prend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts, et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer des déesses ?
Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d’été ne rompra la lumière.
Plus l’amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc la houlette,
Ne dira plus l’ardeur de sa belle Jeannette :
Tout deviendra muet, Écho sera sans voix :
Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
Dont l’ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue :
Tu perdras ton silence, et haletants d’effroi
Ni Satyres, ni Pans ne viendront plus chez toi.
Adieu vieille forêt, le jouet de Zéphyr,
Où premier j’accordai les langues de ma lyre,
Où premier j’entendis les flèches résonner
D’Apollon, qui me vint tout le cœur étonner :
Où premier admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta,
Et de son propre lait Euterpe m’allaita.
Adieu vieille forêt, adieu têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui brûlés en été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent vos meurtriers, et leur disent injures.
Adieu chênes, couronne aux vaillants citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître,
Peuples vraiment ingrats, qui n’ont su reconnaître
Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers,
De massacrer ainsi nos pères nourriciers.
Que l’homme est malheureux qui au monde se fie !
Ô Dieux, que véritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose à la fin périra,
Et qu’en changeant de forme une autre vêtira :
De Tempé la vallée un jour sera montagne,
Et la cime d’Athos une large campagne,
Neptune quelquefois de blé sera couvert.
La matière demeure, et la forme se perd.
Pierre de Ronsard
Les démons
. . . . . .
Quand l'Eternel bastit le grand palais du Monde,
Il peupla de poissons les abysmes de l’onde,
D’hommes la terre, et l’air de Daimons, et les cieux
D’Anges, à celle fin qu’il n’y eust point de lieux
Vuides en l’Univers, et selon leurs natures
Qu’ils fussent tous remplis de propres creatures.
Il mist aupres de luy, son plaisir le voulut,
L’escadron precieux des Anges, qu’il eslut
Pour citoyens du ciel, qui sans corps y demeurent,
Et, francs de passions, non plus que luy ne meurent ;
Esprits intelligens, plus que les nostres purs,
Qui cognoissent les ans tant passez que futurs,
Et tout l’estat mondain, comme voyant les choses
De pres au sein de Dieu, où elles sont encloses.
En l’estage de l’air dessous la lune espars,
Air gros, espais, brouillé, qui est de toutes pars
Tousjours remply de vents, de foudres et d’orages,
Il logea les Daimons au milieu des nuages,
Leur place destinée, ayans un corps leger,
L’un de feu, l’autre d’air, à fin de voyager
Aisément par le vague, et ne tomber en terre,
Et pesant quelque peu, à fin que leur corps n’erre
Trop haut jusques au ciel, abandonnant le lieu
Qui leur est destiné par le vouloir de Dieu.
Ne plus ne moins qu’on voit l’exercite des nues,
En un temps pluvieux, également pendues
D’un juste poids en l’air, marcher ainsi qu’il faut,
Ny descendre trop bas, ny s’eslever trop haut,
Et tout ainsi qu’on voit qu’elles mesmes se forment
En cent divers portraits, dont les vents les transforment
En Centaures, serpens, oiseaux, hommes, poissons,
Et d’une forme en l’autre errent en cent façons,
Tout ainsi les Daimons, qui ont le corps habile,
Aisé, souple, dispost, à se muer facile,
Changent bien tost de forme, et leur corps agile est
Transformé tout soudain en tout ce qu’il leur plaist…
. . . . . .
On dit qu’en Norovegue ils se louent à gages,
Et font comme valets des maisons les mesnages,
Ils pansent les chevaux, ils vont tirer le vin,
Ils font cuire le rost, ils serencent le lin,
Ils filent la fusée, et les robbes nettoyent
Au lever de leur maistre, et les places baloyent.
Or, qui voudroit narrer les contes qu’on fait d’eux,
De tristes, de gaillards, d’horribles, de piteux,
On n’auroit jamais fait, car homme ne se treuve
Qui tousjours n’en raconte une merveille neuve.
Les autres, moins terrains, sont à part habitans,
Torrens, fleuves, ruisseaux, les lacs et les estans,
Les marais endormis, et les fontaines vives,
En forme de Sereine apparoissant aux rives.
Tant que les aerins ils n’ont d’affections,
Aussi leur corps ne prend tant de mutations :
Ils n’aiment qu’une forme, et volontiers icelle
Est, du nombril en haut, d’une jeune pucelle
Qui a les cheveux longs, et les yeux verts et beaux,
Contre-imitans l’azur de leurs propres ruisseaux.
Pource ils se font nommer Naiades, Nereides,
Les filles de Thetis, les cinquante Phorcides,
Qui errent par la mer sur le dos des dauphins,
Bridans les esturbots, les fouches et les thins,
Aucunefois vagant tout au sommet des ondes,
Aucunefois au bas des abysmes profondes.
. . . . . .
O Seigneur Eternel, en qui seul gist ma foy,
Pour l’honneur de ton nom, de grace donne moy,
Donne moy que jamais je ne trouve en ma voye
Ces paniques terreurs, mais, ô Seigneur, envoye
Loin de la Chrestienté, dans le pays des Turcs,
Ces Larves, ces Daimons, ces Lares et Lemurs,
Ou sur le chef de ceux qui oseront mesdire
Des chansons que j’accorde à ma nouvelle lyre,
Quand l'Eternel bastit le grand palais du Monde,
Il peupla de poissons les abysmes de l’onde,
D’hommes la terre, et l’air de Daimons, et les cieux
D’Anges, à celle fin qu’il n’y eust point de lieux
Vuides en l’Univers, et selon leurs natures
Qu’ils fussent tous remplis de propres creatures.
Il mist aupres de luy, son plaisir le voulut,
L’escadron precieux des Anges, qu’il eslut
Pour citoyens du ciel, qui sans corps y demeurent,
Et, francs de passions, non plus que luy ne meurent ;
Esprits intelligens, plus que les nostres purs,
Qui cognoissent les ans tant passez que futurs,
Et tout l’estat mondain, comme voyant les choses
De pres au sein de Dieu, où elles sont encloses.
En l’estage de l’air dessous la lune espars,
Air gros, espais, brouillé, qui est de toutes pars
Tousjours remply de vents, de foudres et d’orages,
Il logea les Daimons au milieu des nuages,
Leur place destinée, ayans un corps leger,
L’un de feu, l’autre d’air, à fin de voyager
Aisément par le vague, et ne tomber en terre,
Et pesant quelque peu, à fin que leur corps n’erre
Trop haut jusques au ciel, abandonnant le lieu
Qui leur est destiné par le vouloir de Dieu.
Ne plus ne moins qu’on voit l’exercite des nues,
En un temps pluvieux, également pendues
D’un juste poids en l’air, marcher ainsi qu’il faut,
Ny descendre trop bas, ny s’eslever trop haut,
Et tout ainsi qu’on voit qu’elles mesmes se forment
En cent divers portraits, dont les vents les transforment
En Centaures, serpens, oiseaux, hommes, poissons,
Et d’une forme en l’autre errent en cent façons,
Tout ainsi les Daimons, qui ont le corps habile,
Aisé, souple, dispost, à se muer facile,
Changent bien tost de forme, et leur corps agile est
Transformé tout soudain en tout ce qu’il leur plaist…
. . . . . .
On dit qu’en Norovegue ils se louent à gages,
Et font comme valets des maisons les mesnages,
Ils pansent les chevaux, ils vont tirer le vin,
Ils font cuire le rost, ils serencent le lin,
Ils filent la fusée, et les robbes nettoyent
Au lever de leur maistre, et les places baloyent.
Or, qui voudroit narrer les contes qu’on fait d’eux,
De tristes, de gaillards, d’horribles, de piteux,
On n’auroit jamais fait, car homme ne se treuve
Qui tousjours n’en raconte une merveille neuve.
Les autres, moins terrains, sont à part habitans,
Torrens, fleuves, ruisseaux, les lacs et les estans,
Les marais endormis, et les fontaines vives,
En forme de Sereine apparoissant aux rives.
Tant que les aerins ils n’ont d’affections,
Aussi leur corps ne prend tant de mutations :
Ils n’aiment qu’une forme, et volontiers icelle
Est, du nombril en haut, d’une jeune pucelle
Qui a les cheveux longs, et les yeux verts et beaux,
Contre-imitans l’azur de leurs propres ruisseaux.
Pource ils se font nommer Naiades, Nereides,
Les filles de Thetis, les cinquante Phorcides,
Qui errent par la mer sur le dos des dauphins,
Bridans les esturbots, les fouches et les thins,
Aucunefois vagant tout au sommet des ondes,
Aucunefois au bas des abysmes profondes.
. . . . . .
O Seigneur Eternel, en qui seul gist ma foy,
Pour l’honneur de ton nom, de grace donne moy,
Donne moy que jamais je ne trouve en ma voye
Ces paniques terreurs, mais, ô Seigneur, envoye
Loin de la Chrestienté, dans le pays des Turcs,
Ces Larves, ces Daimons, ces Lares et Lemurs,
Ou sur le chef de ceux qui oseront mesdire
Des chansons que j’accorde à ma nouvelle lyre,
Pierre de Ronsard
Ode
Brune Vesper, lumiere dorée,
O Vesper honneur de la serée,
Vesper, dont la belle clairté luit
Autant sur les Astres de la nuit
Que reluit par dessus toy la Lune,
O claire image de la nuit brune,
En lieu du beau Croissant tout ce soir
Donne lumiere, et te laisse choir
Bien tard dedans la marine source.
. . . . . .
O Vesper honneur de la serée,
Vesper, dont la belle clairté luit
Autant sur les Astres de la nuit
Que reluit par dessus toy la Lune,
O claire image de la nuit brune,
En lieu du beau Croissant tout ce soir
Donne lumiere, et te laisse choir
Bien tard dedans la marine source.
. . . . . .
Pierre de Ronsard
Odelette
Les espics sont à Cerés,
Aux chevre-pieds les forés,
A Chlore l’herbe nouvelle,
A Phebus le verd Laurier,
A Minerve l’Olivier,
Et le beau Pin à Cybelle ;
Aux Zephyres le doux bruit,
A Pomone le doux fruit,
L’onde aux Nymphes est sacrée,
A Flore les belles fleurs ;
Mais les soucis et les pleurs
Sont sacrez à Cytherée.
Aux chevre-pieds les forés,
A Chlore l’herbe nouvelle,
A Phebus le verd Laurier,
A Minerve l’Olivier,
Et le beau Pin à Cybelle ;
Aux Zephyres le doux bruit,
A Pomone le doux fruit,
L’onde aux Nymphes est sacrée,
A Flore les belles fleurs ;
Mais les soucis et les pleurs
Sont sacrez à Cytherée.
Pierre Reverdy
Lay vie dure
Il est tapi dans l’ombre et dans le froid pendant ’hiver. Quand le vent soufile il agite une petite flamme au bout des doigts et fait des signes entre les arbres. C’est un vieil homme; il l’a toujours été sans doute et le mauvais temps ne le fait pas mourir. Il descend dans la plaine quand le soir tombe; car le jour il se tient à mi-hauteur de la colline caché dans quelque bois d’ou jamais on ne l’a vu sortir. Sa petite lumière tremble comme une étoile à "horizon aussitét que la nuit commence. Le soleil et le bruit lui font peur; il se cache en attendant les jours plus courts et silencieux d’automne, sous le ciel bas, dans Patmosphére grise et douce où il peut trotter, le dos courbé, sans qu’on l’entende. C’est uni vieil homme d’hiver qui ne meurt pas.
La Lucarne Ovale
La Lucarne Ovale
Pierre Reverdy
Sonvde- cloche
Tour s’est éteint
Le vent passe en chantant
Et les arbres frissonnent
Les animaux sont morts
Il n’y a plus personne -
Regarde
Les étoiles ont cessé de briller
La terre ne tourne plus
Une tête s’est inclinée
Les cheveux balayant la nuit
Le dernier clocher resté debout
Sonne minuit
Le vent passe en chantant
Et les arbres frissonnent
Les animaux sont morts
Il n’y a plus personne -
Regarde
Les étoiles ont cessé de briller
La terre ne tourne plus
Une tête s’est inclinée
Les cheveux balayant la nuit
Le dernier clocher resté debout
Sonne minuit
Pierre Reverdy
Sur la fin
Le disque qui incendiait le paysage vient de tomber sur une pique. Était-ce le soleil mort ou un cercle de fer ?
Les ailes du moulin le balançaient entre deux arbres où le feu d’artifice est éteint. Et l’horizon que j’avais pris pour un trait de fusain disparaissait.
Les ailes du moulin le balançaient entre deux arbres où le feu d’artifice est éteint. Et l’horizon que j’avais pris pour un trait de fusain disparaissait.
Pierre Jean Jouve
Peau sèche
C’était autour du Déluge
Mélanges de couleurs
D’eau à résoudre et de méchanceté ;
Beaucoup de soleil et de fureur providentielle
Beaucoup de lumière là-dessus
Enfin des rocs expirants de chaleur! enfin de l’ombre
Aussi sèche que la fièvre, enfin des vents!
Enfin la fente de la peau odorante au fond des canons
Rouges, quand elle se promène !
Qu’elle était belle
Assise sur sa cuisse pliée, ses puits étant noirs
Et jouant avec l’harmonica de sa bouche.
Mélanges de couleurs
D’eau à résoudre et de méchanceté ;
Beaucoup de soleil et de fureur providentielle
Beaucoup de lumière là-dessus
Enfin des rocs expirants de chaleur! enfin de l’ombre
Aussi sèche que la fièvre, enfin des vents!
Enfin la fente de la peau odorante au fond des canons
Rouges, quand elle se promène !
Qu’elle était belle
Assise sur sa cuisse pliée, ses puits étant noirs
Et jouant avec l’harmonica de sa bouche.
René Char
Complainte du lézard amoureux
N’égraine pas le tournesol,
Tes cyprès auraient de la peine,
Chardonneret, reprends ton vol
Et reviens a ton nid de laine.
Tu n’es pas un caillou du ciel
Pour que le vent te tienne quitte,
Oiseau rural ; l’arc-en-ciel
S’unifie dans la marguerite.
L’homme fusille, cache-toi ;
Le tournesol est son complice.
Seules les herbes sont pour toi,
Les herbes des champs qui se plissent.
Le serpent ne te connaît pas,
Et la sauterelle est bougonne ;
La taupe, elle, n’y voit pas ;
Le papillon ne hait personne.
Tl est midi, chardonneret.
Le sénegon est la qui brille.
Attardé-toi, va, sans danger :
L’homme est rentré dans sa famille!
L’écho de ce pays est sir.
J’observe, je suis bon prophète ;
Je vois tout de mon petit mur,
Même tituber la chouette.
Qui, mieux qu’un lézard amoureux,
Peut dire les secrets terrestres ?
O léger gentil roi des cieux,
Que n’as-tu ton nid dans ma pierre!
Tes cyprès auraient de la peine,
Chardonneret, reprends ton vol
Et reviens a ton nid de laine.
Tu n’es pas un caillou du ciel
Pour que le vent te tienne quitte,
Oiseau rural ; l’arc-en-ciel
S’unifie dans la marguerite.
L’homme fusille, cache-toi ;
Le tournesol est son complice.
Seules les herbes sont pour toi,
Les herbes des champs qui se plissent.
Le serpent ne te connaît pas,
Et la sauterelle est bougonne ;
La taupe, elle, n’y voit pas ;
Le papillon ne hait personne.
Tl est midi, chardonneret.
Le sénegon est la qui brille.
Attardé-toi, va, sans danger :
L’homme est rentré dans sa famille!
L’écho de ce pays est sir.
J’observe, je suis bon prophète ;
Je vois tout de mon petit mur,
Même tituber la chouette.
Qui, mieux qu’un lézard amoureux,
Peut dire les secrets terrestres ?
O léger gentil roi des cieux,
Que n’as-tu ton nid dans ma pierre!
René Char
Effacement du peuplier
L’ouragan dégarnit les bois.
J’endors, moi, la foudre aux yeux tendres.
Laissez le grand vent où je tremble
S’unir à la terre où je croîs.
Son souffle affile ma vigie.
Qu’il est trouble le creux du leurre
De la source aux couches salies !
Une clé sera ma demeure,
Feinte d’un feu que le cœur certifie ;
Et l’air qui la tint dans ses serres.
J’endors, moi, la foudre aux yeux tendres.
Laissez le grand vent où je tremble
S’unir à la terre où je croîs.
Son souffle affile ma vigie.
Qu’il est trouble le creux du leurre
De la source aux couches salies !
Une clé sera ma demeure,
Feinte d’un feu que le cœur certifie ;
Et l’air qui la tint dans ses serres.
René Char
Front de la rose
Malgré la fenêtre ouverte dans la chambre au long congé, l’arôme de la rose reste lié au souffle qui fut là. Nous sommes une fois encore sans expérience antérieure, nouveaux venus, épris. La rose! Le champ de ses allées éventerait même la hardiesse de la mort. Nulle grille qui s’oppose. Le désir resurgit, mal de nos fronts évaporés.
Celui qui marche sur la terre des pluies n’a rien à redouter de l’épine, dans les lieux finis ou hostiles. Mais s’il s’arrête et se recueille, malheur à lui! Blessé au vif, il vole en cendres, archer repris par la beauté.
Celui qui marche sur la terre des pluies n’a rien à redouter de l’épine, dans les lieux finis ou hostiles. Mais s’il s’arrête et se recueille, malheur à lui! Blessé au vif, il vole en cendres, archer repris par la beauté.
René Char
Le bois de l’epte
Je n’étais ce jour-la que deux jambes qui marchent.
Aussi, le regard sec, le nul au centre du visage,
Je me mis a suivre le ruisseau du vallon.
Bas coureur, ce fade ermite ne s’*immiscait pas
Dans l’informe oi je m’étendais toujours plus avant.
Venus du mur d’angle d’une ruine laissée jadis par l’incendie,
Plongérent soudain dans l’eau grise
Deux rosiers sauvages pleins d’une douce et inflexible volonté.
Aussi, le regard sec, le nul au centre du visage,
Je me mis a suivre le ruisseau du vallon.
Bas coureur, ce fade ermite ne s’*immiscait pas
Dans l’informe oi je m’étendais toujours plus avant.
Venus du mur d’angle d’une ruine laissée jadis par l’incendie,
Plongérent soudain dans l’eau grise
Deux rosiers sauvages pleins d’une douce et inflexible volonté.
René Char
Migration
A Yvonne Zervos
Le poids du raisin modifie la position des feuilles. La montagne avait un peu glissé. Sans dégager d’époque. Toutefois, à travers les ossuaires argileux, la foulée des bêtes excrémentielles en marche vers le convulsif ambre jaune. En relation avec l’inerte.
La sécurité est un parfum. L’homme morne et emblématique vit toujours en prison, mais sa prison se trouve à présent en liberté. Le mouvement et le sentiment ont réintégré la fronde mathématicienne. La fabuleuse simulatrice, celle qui s’ensevelit en marchant, qui remporta dans la nuit tragique de la préhistoire les quatre doigts tabous de la main-fantôme, a rejoint ses quartiers d’étude, à
Le poids du raisin modifie la position des feuilles. La montagne avait un peu glissé. Sans dégager d’époque. Toutefois, à travers les ossuaires argileux, la foulée des bêtes excrémentielles en marche vers le convulsif ambre jaune. En relation avec l’inerte.
La sécurité est un parfum. L’homme morne et emblématique vit toujours en prison, mais sa prison se trouve à présent en liberté. Le mouvement et le sentiment ont réintégré la fronde mathématicienne. La fabuleuse simulatrice, celle qui s’ensevelit en marchant, qui remporta dans la nuit tragique de la préhistoire les quatre doigts tabous de la main-fantôme, a rejoint ses quartiers d’étude, à