Après le Bal
J’ai peut-être mis au vestiaire plus que mes vêtements. Je m’avance, allégé, avec trop d’assurance et quelqu’un dans la salle a remarqué mes pas. Les rayons sont pleins de danseuses.
Je tourne, je tourne sans rien voir dans les flots de rayons des lampes électriques et je marche sur tant de pieds et tant d’autres meurtrissent les miens.
Quel bal, quelle fête,! J’ai trouvé toutes les femmes belles, tous mes désirs volent vers tous ces yeux. Tant qu’a duré l’orchestre j’ai tourné des talons sur un parquet ciré, plein d’émotion, et mes bras sont rompus d’avoir supporté tant de proies qu’il a fallu lâcher.
Mais l’orchestre s’est tu, les lampes éteintes ont laissé s’alourdir la fatigue. Au vestiaire, on m’a rendu un chaud manteau contre le gel, mais le reste? Il me manque pourtant quelque chose. Je suis seul et je ne puis lutter contre ce froid.
Auberge
Un œil se ferme
Au fond plaquée contre le mur
la pensée qui ne sort pas
Des idées s’en vont pas à pas
On pourrait mourir
Ce que je tiens entre mes bras pourrait partir
Un rêve
L’aube à peine née qui s’achève
Un cliquetis
Les volets en s’ouvrant l’ont abolie
Si rien n’allait venir
Il y a un champ où l’on pourrait encore courir
Des étoiles à n’en plus finir
Et ton ombre au bout de l’avenue
Elle s’efface
On n’a rien vu
De tout ce qui passait on n’a rien retenu
Autant de paroles qui montent
Des contes qu’on n’a jamais lus
Rien
Les jours qui se pressent à la sortie
Enfin la cavalcade s’est évanouie
En bas entre les tables où l’on jouait aux cartes
Chair vive
Lève-toi carcasse et marche
Rien de neuf sous le soleil jaune
Le der des der des louis d’or
La lumière qui se détache
sous les pellicules du temps
La serrure au coeur qui éclate
Un fil de soie
Un fil de plomb
Un fil de sang
Après ces vagues de silence
Ces signes d’amour au crin noir
Le ciel plus lisse que ton oeil
Le cou tordu d’orgueil
Ma vie dans la coulisse
D’où je vois onduler les moissons de la mort
Toutes ces mains avides qui pétrissent des boules de fumée
Plus lourdes que les piliers de l’univers
Têtes vides
Cœurs nus
Mains parfumées
Tentacules des singes qui visent les nuées
Dans les rides de ces grimaces
Une ligne droite se tend
Un nerf se tord
La mer repue
L’amour
L’amer sourire de la mort
Chauffage central
Une petite lumière
Tu vois une petite lumière descendre sur ton ventre pour t’éclairer
– Une femme s’étire comme une fusée –
Au coin là-bas une ombre lit
Ses pieds libres sont trop jolis
Court-circuit au cœur
Une panne au moteur
Quel aimant me soutient
Mes yeux et mon amour se trompent de chemin
Un rien
Un feu que l’on rallume et qui s’éteint
J’ai assez du vent
J’ai assez du ciel
Au fond tout ce qu’on voit est artificiel
Même ta bouche
Pourtant j’ai chaud là où ta main me touche
La porte est ouverte et je n’entre pas
Je vois ton visage et je n’y crois pas
Tu es pâle
Un soir qu’on était triste on a pleuré sur une malle
Là-bas des hommes riaient
Des enfants presque nus parfois se promenaient
L’eau était claire
Un fil de cuivre rouge y conduit la lumière
Le soleil et ton coeur sont de même matière
Couloir
Nous sommes deux
Sur la même ligne où tout se suit
Dans les méandres de la nuit
Une parole est au milieu
Deux bouches qui ne se voient pas
Un bruit de pas
Un corps léger glisse vers l’autre
La porte tremble
Une main passe
On voudrait ouvrir
Le rayon clair se tient debout
Là devant moi
Et c’est le feu qui nous sépare
Dans l’ombre où ton profil s’égare
Une minute sans respirer
Ton souffle en passant m’a brûlé
Di BSPRIUT SORT
Que de livres! Un temple dont les murs épais étaient bâtis en livres. Et la dedans, où j’étais entré on ne saura comment, je ne sais par ou, j étouffais; les plafonds étaient gris de poussire. Pas un bruit. Et toutes ces idées si grandes ne bougent plus; elles dorment, ou sont mortes. IL fait dans ce triste palais si chaud, si sombre!
De mes ongles j’ai griffé la paroi et, morceau à morceau, j ai fait un trou dans le mur de droite. C’était une fenêtre et le soleil qui voulait m’aveugler n’a pas pu m’empécher de regarder dehors.
C’était la rue mais le palais n’était plus là. Je connaissais déja une autre poussière et d’autres murs qui bordaient le trottoir.
Poèmes en Prose
Drame
Le rond qui s’agrandit
Est-ce la guillotine
Réalité du film
mystère dans le crime
Il passait à ton cou une corde plus fine
Les yeux sont plus vivants
Ton âme est étalée
Tu ne t’en doutais pas
c’est l’électricité
Les traits en grossissant se sont presque effacés
La passion fait remuer toutes les têtes de la salle
Mais dans l’obscurité
où personne ne crie
Un coup de pistolet qui ne fait pas de bruit
Comment pourra-t-il sortir
Mystère acrobatique
Le pouvoir surhumain du courant électrique
L’a fait partir
Le policier déçu meurt devant la fenêtre
Écran
Une ombre coule sur ta main
La lampe a changé ta figure
La pendule bat
Le temps dure
Et comme il ne se passe rien
Celui qui regardait s’en va
Le monde se retourne et rit
Pour regarder tout ce qui vit
On marche encore dans le doute
Un tournant au bout de la route
Une forêt
Un pont sans arches
Et la maison où je vivrais
Il faut partir coûte que coûte
Et l’ombre qui passait
Celui qui regardait
Le monde qui riait
S’évanouissent
Au fond contre le mur
Des silhouettes glissent
Lay vie dure
Il est tapi dans l’ombre et dans le froid pendant ’hiver. Quand le vent soufile il agite une petite flamme au bout des doigts et fait des signes entre les arbres. C’est un vieil homme; il l’a toujours été sans doute et le mauvais temps ne le fait pas mourir. Il descend dans la plaine quand le soir tombe; car le jour il se tient à mi-hauteur de la colline caché dans quelque bois d’ou jamais on ne l’a vu sortir. Sa petite lumière tremble comme une étoile à "horizon aussitét que la nuit commence. Le soleil et le bruit lui font peur; il se cache en attendant les jours plus courts et silencieux d’automne, sous le ciel bas, dans Patmosphére grise et douce où il peut trotter, le dos courbé, sans qu’on l’entende. C’est uni vieil homme d’hiver qui ne meurt pas.
La Lucarne Ovale
Les Mots qu’on échange
Une ligne barre la route
On voudrait passer
L’ombre qui me suit vient de s’arrêter
Le mur tourne
Il y a peut-être quelqu’un
Je suis plus calme que le ciel
Aucun bruit ne m’émeut
Seul
Au milieu du chemin
Le paysage ne ressemble à rien
Plus aucun souvenir
Je commence
La rivière chante à côté de moi
En partant nous étions trois
Mon ombre et moi
Et toi derrière
A présent il y a trop de lumière
Le jour
Et devant moi
Quelqu’un que je ne connais pas
– Passe dans la prairie –
Un oiseau chante
La solitude est comme la mort
Un monde nouveau qui s’endort
Le pays où brille la lune
A bird sings
X
Pour éviter l’écueil qui se tient en arrière
Qui me suit
Qui attend le pas définitif
Pour éviter de jamais revenir en arrière
Sur le flanc de l’amour qui glisse sans mourir
Cet amour qui se dégage mal de tes viscères
Ces regards qui n’ont plus ni rime ni raison
Et ce portrait de toi que je voudrais refaire
Tendre cruel vivant dans l’ombre sans passion
Ce regard qui se perd dans la nuit jalouse
Ce regard plein des pointes de feu de la jalousie
Dans la robe du soir dont se pare la terre
Au moment où tu sors
Loin dans le désespoir
J’aurai le visage enfoui dans la glace
Le cœur percé des mille feux du souvenir
L’écueil de l’avenir et la mort en arrière
Et ton sourire trop léger
Une barrière
De toi à moi
Les paroles libres
Les gestes retenus
Des mains ailées qui avançaient pour tout ouvrir
Alors dans la trame serrée livide se découvre
La blessure inouïe dont je voudrais guérir