Poèmes de ce thème
Autres
Alain Bosquet
J’ai dit « pomme »...
J’ai dit «pomme» à la pomme ; elle m’a dit «mensonge» ;
Et «vautour» au vautour qui n’a pas répondu.
Dans mon livre, le soir, la comète s’allonge,
Et l’amour n’est amour que douze fois relu.
Mon corps est, lui aussi, un livre qu’il faut lire,
Puisqu’on lit un genou comme on lit l’horizon.
Vivre ou écrire, écrire ou vivre? Je soupire :
Dans le verbe ma chair a trouvé sa raison.
Il est si roux, le mois d’octobre entre les pages ;
Il est si vert, le mois d’avril, à peine âgé
D’un mot qui dit l’amour, d’un mot qui fait image ;
Il est si gris, le mois qu’il me faut corriger.
Un agneau tout à l’heure est sorti de mon verbe ;
Il a fait quelques pas dans le ciel de l’été.
Mon agneau si verbal, vas-tu brouter mon herbe,
Verbale comme toi : je viens de l’inventer ?
Qui parle à mon poème ? Il est triste et fragile.
Quand je lui dis bonjour, il se croit supplicié,
Congédié son aurore et déchire ses îles
Pour vivre de silence ; il est mon seul sorcier.
Qui parle à mon amour ? Il se veut impudique.
Le vice est beau, mon livre, et c’est moi qui te mords!
Où commence la chair ? Où finit la musique ?
Je sais que la parole est toujours un remords.
S’il faut que le poème écrive son poète,
Dis-moi, mon livre, est-ce de toi que je suis né?
Quelle page a prévu ma naissance indiscrète?
Et prédit mille fois: «Tu seras condamné»
Et «vautour» au vautour qui n’a pas répondu.
Dans mon livre, le soir, la comète s’allonge,
Et l’amour n’est amour que douze fois relu.
Mon corps est, lui aussi, un livre qu’il faut lire,
Puisqu’on lit un genou comme on lit l’horizon.
Vivre ou écrire, écrire ou vivre? Je soupire :
Dans le verbe ma chair a trouvé sa raison.
Il est si roux, le mois d’octobre entre les pages ;
Il est si vert, le mois d’avril, à peine âgé
D’un mot qui dit l’amour, d’un mot qui fait image ;
Il est si gris, le mois qu’il me faut corriger.
Un agneau tout à l’heure est sorti de mon verbe ;
Il a fait quelques pas dans le ciel de l’été.
Mon agneau si verbal, vas-tu brouter mon herbe,
Verbale comme toi : je viens de l’inventer ?
Qui parle à mon poème ? Il est triste et fragile.
Quand je lui dis bonjour, il se croit supplicié,
Congédié son aurore et déchire ses îles
Pour vivre de silence ; il est mon seul sorcier.
Qui parle à mon amour ? Il se veut impudique.
Le vice est beau, mon livre, et c’est moi qui te mords!
Où commence la chair ? Où finit la musique ?
Je sais que la parole est toujours un remords.
S’il faut que le poème écrive son poète,
Dis-moi, mon livre, est-ce de toi que je suis né?
Quelle page a prévu ma naissance indiscrète?
Et prédit mille fois: «Tu seras condamné»
Alain Bosquet
Les silences d’andré du bouchet
(mé en 1924)
Dans l’obscurité du jour, tout n’est, sur cette
route, que chute, et éclats. Jusqu’d ce que le
soir ait fusé.
Dans l’obscurité du jour, tout n’est, sur cette
route, que chute, et éclats. Jusqu’d ce que le
soir ait fusé.
Alfred de Musset
A la malibran
. . . . . .
O Maria-Felicia ! le peintre et le poète
Laissent, en expirant, d’immortels héritiers ;
Jamais l’affreuse nuit ne les prend tout entiers.
A défaut d’action, leur grande âme inquiète
De la mort et du temps entreprend la conquête,
Et, frappés dans la lutte, ils tombent en guerriers.
Celui-là sur l’airain a gravé sa pensée ;
Dans un rythme doré l’autre l’a cadencée ;
Du moment qu’on l’écoute, on lui devient ami.
Sur sa toile, en mourant, Raphaël l’a laissée ;
Et, pour que le néant ne touche point à lui,
C’est assez d’un enfant sur sa mère endormi.
Comme dans une lampe une flamme fidèle,
Au fond du Parthénon le marbre inhabité
Garde de Phidias la mémoire éternelle,
Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle,
Sourit encor, debout dans sa divinité,
Aux siècles impuissants qu’a vaincus sa beauté.
. . . . . .
O Maria-Felicia ! le peintre et le poète
Laissent, en expirant, d’immortels héritiers ;
Jamais l’affreuse nuit ne les prend tout entiers.
A défaut d’action, leur grande âme inquiète
De la mort et du temps entreprend la conquête,
Et, frappés dans la lutte, ils tombent en guerriers.
Celui-là sur l’airain a gravé sa pensée ;
Dans un rythme doré l’autre l’a cadencée ;
Du moment qu’on l’écoute, on lui devient ami.
Sur sa toile, en mourant, Raphaël l’a laissée ;
Et, pour que le néant ne touche point à lui,
C’est assez d’un enfant sur sa mère endormi.
Comme dans une lampe une flamme fidèle,
Au fond du Parthénon le marbre inhabité
Garde de Phidias la mémoire éternelle,
Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle,
Sourit encor, debout dans sa divinité,
Aux siècles impuissants qu’a vaincus sa beauté.
. . . . . .
Alfred de Musset
Impromptu
Chasser tout souvenir et fixer la pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant ;
Éterniser peut-être un rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écoûter dans son cœur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme ;
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie, et son ambition.
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant ;
Éterniser peut-être un rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écoûter dans son cœur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme ;
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie, et son ambition.
Alfred de Musset
Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique
Quand, sur le Cithéron, la Bacchanale antique
Des filles de Cadmus dénouait les cheveux,
On laissait la beauté danser devant les dieux ;
Et si quelque profane, au son de la musique,
S’élançait dans les chœurs, la prêtresse impudique
De son thyrse de fer frappait l’audacieux.
. . . . . .
Des filles de Cadmus dénouait les cheveux,
On laissait la beauté danser devant les dieux ;
Et si quelque profane, au son de la musique,
S’élançait dans les chœurs, la prêtresse impudique
De son thyrse de fer frappait l’audacieux.
. . . . . .
Alphonse de Lamartine
L’enthousiasme
Ainsi, quand l’aigle du tonnerre
Enlevait Ganymède aux cieux,
L’enfant, s’attachant à la terre,
Luttait contre l’oiseau des dieux ;
Mais entre ses serres rapides
L’aigle pressant ses flancs timides,
L’arrachait aux champs paternels ;
Et, sourd à la voix qui l’implore,
Il le jetait, tremblant encore,
Jusques aux pieds des immortels.
Ainsi quand tu fonds sur mon âme,
Enthousiasme, aigle vainqueur,
Au bruit de tes ailes de flamme
Je frémis d’une sainte horreur ;
Je me débats sous ta puissance,
Je fuis, je crains que ta présence
N’anéantisse un cœur mortel,
Comme un feu que la foudre allume,
Qui ne s’éteint plus, et consume
Le bûcher, le temple, et l’autel.
Mais à l’essor de la pensée
L’instinct des sens s’oppose en vain ;
Sous le dieu, mon âme oppressée
Bondit, s’élance, et bat mon sein.
La foudre en mes veines circule :
Étonné du feu qui me brûle,
Je l’irrite en le combattant,
Et la lave de mon génie
Déborde en torrents d’harmonie,
Et me consume en s’échappant.
Muse, contemple ta victime !
Ce n’est plus ce front inspiré,
Ce n’est plus ce regard sublime
Qui lançait un rayon sacré :
Sous ta dévorante influence,
A peine un reste d’existence
A ma jeunesse est échappé.
Mon front, que la pâleur efface,
Ne conserve plus que la trace
De la foudre qui m’a frappé.
Heureux le poète insensible !
Son luth n’est point baigné de pleurs,
Son enthousiasme paisible
N’a point ces tragiques fureurs.
De sa veine féconde et pure
Coulent, avec nombre et mesure,
Des ruisseaux de lait et de miel ;
Et ce pusillanime Icare
Trahi par l’aile de Pindare,
Ne retombe jamais du ciel.
Mais vous, pour embraser les âmes,
Il faut brûler, il faut ravir
Au ciel jaloux ses triples flammes.
Pour tout peindre, il faut tout sentir.
Foyers brûlants de la lumière,
Nos cœurs, de la nature entière,
Doivent concentrer les rayons ;
Et l’on accuse notre vie !
Mais ce flambeau qu’on nous envie
S’allume au feu des passions.
Enlevait Ganymède aux cieux,
L’enfant, s’attachant à la terre,
Luttait contre l’oiseau des dieux ;
Mais entre ses serres rapides
L’aigle pressant ses flancs timides,
L’arrachait aux champs paternels ;
Et, sourd à la voix qui l’implore,
Il le jetait, tremblant encore,
Jusques aux pieds des immortels.
Ainsi quand tu fonds sur mon âme,
Enthousiasme, aigle vainqueur,
Au bruit de tes ailes de flamme
Je frémis d’une sainte horreur ;
Je me débats sous ta puissance,
Je fuis, je crains que ta présence
N’anéantisse un cœur mortel,
Comme un feu que la foudre allume,
Qui ne s’éteint plus, et consume
Le bûcher, le temple, et l’autel.
Mais à l’essor de la pensée
L’instinct des sens s’oppose en vain ;
Sous le dieu, mon âme oppressée
Bondit, s’élance, et bat mon sein.
La foudre en mes veines circule :
Étonné du feu qui me brûle,
Je l’irrite en le combattant,
Et la lave de mon génie
Déborde en torrents d’harmonie,
Et me consume en s’échappant.
Muse, contemple ta victime !
Ce n’est plus ce front inspiré,
Ce n’est plus ce regard sublime
Qui lançait un rayon sacré :
Sous ta dévorante influence,
A peine un reste d’existence
A ma jeunesse est échappé.
Mon front, que la pâleur efface,
Ne conserve plus que la trace
De la foudre qui m’a frappé.
Heureux le poète insensible !
Son luth n’est point baigné de pleurs,
Son enthousiasme paisible
N’a point ces tragiques fureurs.
De sa veine féconde et pure
Coulent, avec nombre et mesure,
Des ruisseaux de lait et de miel ;
Et ce pusillanime Icare
Trahi par l’aile de Pindare,
Ne retombe jamais du ciel.
Mais vous, pour embraser les âmes,
Il faut brûler, il faut ravir
Au ciel jaloux ses triples flammes.
Pour tout peindre, il faut tout sentir.
Foyers brûlants de la lumière,
Nos cœurs, de la nature entière,
Doivent concentrer les rayons ;
Et l’on accuse notre vie !
Mais ce flambeau qu’on nous envie
S’allume au feu des passions.
Amable Tastu
À M. Victor Hugo
Heureux qui, dans l’essor d’une verve facile,
Soumet à ses pensers un langage docile ;
Qui ne sent point sa voix expirer dans son sein,
Ni la lyre impuissante échapper à sa main,
Et cherchant cet accord, où l’âme se révèle,
Jamais n’a dû maudire une note rebelle !…
Hélas ! ce n’est pas moi !… D’un cri de liberté
Jamais comme mon cœur mon vers n’a palpité ;
Jamais le rythme heureux, la cadence constante,
N’ont traduit ma pensée au gré de mon attente ;
Jamais les pleurs réels à mes yeux arrachés
N’ont pu mouiller ces chants de ma veine épanchés.
Quelquefois me berçant d’espérances lointaines,
J’aurais voulu tenter ces régions hautaines
Où sous l’azur des cieux nos aigles rassemblés,
Tracent d’un vol hardi les cercles redoublés ;
Mais jamais dans les airs mon aile balancée
N’a fermé sans fléchir la courbe commencée ;
Toujours mon vol tendait au terrestre séjour,
Et mon œil s’est baissé devant l’éclat du jour.
Soumet à ses pensers un langage docile ;
Qui ne sent point sa voix expirer dans son sein,
Ni la lyre impuissante échapper à sa main,
Et cherchant cet accord, où l’âme se révèle,
Jamais n’a dû maudire une note rebelle !…
Hélas ! ce n’est pas moi !… D’un cri de liberté
Jamais comme mon cœur mon vers n’a palpité ;
Jamais le rythme heureux, la cadence constante,
N’ont traduit ma pensée au gré de mon attente ;
Jamais les pleurs réels à mes yeux arrachés
N’ont pu mouiller ces chants de ma veine épanchés.
Quelquefois me berçant d’espérances lointaines,
J’aurais voulu tenter ces régions hautaines
Où sous l’azur des cieux nos aigles rassemblés,
Tracent d’un vol hardi les cercles redoublés ;
Mais jamais dans les airs mon aile balancée
N’a fermé sans fléchir la courbe commencée ;
Toujours mon vol tendait au terrestre séjour,
Et mon œil s’est baissé devant l’éclat du jour.
André Breton
Sur la route de San Romano
La poésie se fait dans un lit comme l’amour
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
La poésie se fait dans les bois
Elle a l’espace qu’il lui faut
Pas celui-ci mais l’autre que conditionnent
L’œil du milan
La rosée sur une prèle
Le souvenir d’une bouteille de Traminer embuée sur un plateau d’argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l’aventure mentale
Qui monte à pic
Une halte elle s’embroussaille aussitôt
Cela ne se crie pas sur les toits
Il est inconvenant de laisser la porte ouverte
Ou d’appeler des témoins
Les bancs de poissons les haies de mésanges
Les rails à l’entrée d’une grande gare
Les reflets des deux rives
Les sillons dans le pain
Les bulles du ruisseau
Les jours du calendrier
Le millepertuis
L’acte d’amour et l’acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix
Le sens du rayon de soleil
La lueur bleue qui relie les coups de hache du bûcheron
Le fil du cerf-volant en forme de coeur ou de nasse
Le battement en mesure de la queue des castors
La diligence de l’éclair
Le jet de dragées du haut des vieilles marches
L’avalanche
La chambre aux prestiges
Non messieurs ce n’est pas la huitième Chambre
Ni les vapeurs de la chambrée un dimanche soir
Les figures de danse exécutées en transparence au-dessus des mares
La délimitation contre un mur d’un corps de femme au lancer de poignards
Les volutes claires de la fumée
Les boucles de tes cheveux
La courbe de l’éponge des Philippines
Les lacés du serpent corail
L’entrée du lierre dans les ruines
Elle a tout le temps devant elle
L’étreinte poétique comme l’étreinte de chair
Tant qu’elle dure
Défend toute échappée sur la misère du monde
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
La poésie se fait dans les bois
Elle a l’espace qu’il lui faut
Pas celui-ci mais l’autre que conditionnent
L’œil du milan
La rosée sur une prèle
Le souvenir d’une bouteille de Traminer embuée sur un plateau d’argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l’aventure mentale
Qui monte à pic
Une halte elle s’embroussaille aussitôt
Cela ne se crie pas sur les toits
Il est inconvenant de laisser la porte ouverte
Ou d’appeler des témoins
Les bancs de poissons les haies de mésanges
Les rails à l’entrée d’une grande gare
Les reflets des deux rives
Les sillons dans le pain
Les bulles du ruisseau
Les jours du calendrier
Le millepertuis
L’acte d’amour et l’acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix
Le sens du rayon de soleil
La lueur bleue qui relie les coups de hache du bûcheron
Le fil du cerf-volant en forme de coeur ou de nasse
Le battement en mesure de la queue des castors
La diligence de l’éclair
Le jet de dragées du haut des vieilles marches
L’avalanche
La chambre aux prestiges
Non messieurs ce n’est pas la huitième Chambre
Ni les vapeurs de la chambrée un dimanche soir
Les figures de danse exécutées en transparence au-dessus des mares
La délimitation contre un mur d’un corps de femme au lancer de poignards
Les volutes claires de la fumée
Les boucles de tes cheveux
La courbe de l’éponge des Philippines
Les lacés du serpent corail
L’entrée du lierre dans les ruines
Elle a tout le temps devant elle
L’étreinte poétique comme l’étreinte de chair
Tant qu’elle dure
Défend toute échappée sur la misère du monde
Andrée Chedid
Pas de clef à la poésie
Pas de clef à la poésie
Pas de ciel
Pas de fond
Pas de nid
Pas de nom
Ni lieu
Ni but
Ni raison
Aucune borne
Aucun fortin
Aucun axe
Aucun grain
Mais ce souffle
Qui s’infiltre
Dans l’étoffe des âmes
Pour délier leurs saisons :
Peuple d’hirondelles
Au regard pénétrant
À la vue déployée.
Pas de ciel
Pas de fond
Pas de nid
Pas de nom
Ni lieu
Ni but
Ni raison
Aucune borne
Aucun fortin
Aucun axe
Aucun grain
Mais ce souffle
Qui s’infiltre
Dans l’étoffe des âmes
Pour délier leurs saisons :
Peuple d’hirondelles
Au regard pénétrant
À la vue déployée.
Arthur Rimbaud
Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— Ô l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
— Ô l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
Blaise Cendrars
Construction
De la couleur, de la couleur et des couleurs…
Voici Léger qui grandit comme le soleil de l’époque tertiaire
Et qui durcit
Et qui fixe
La nature morte
La croûte terrestre
Le liquide
Le brumeux
Tout ce qui se ternit
La géométric nuageuse
Le fil à plomb qui se résorbe
Ossification.
Locomotion.
Tout grouille
L’esprit s’anime soudain et s’habille à son tour comme les animaux et les plantes
Prodigieusement
Et voici
La peinture devient cette chose énorme qui bouge
ORION
La roue
La vie
La machine
L’âme humaine
Une culasse de 7
Mon portrait
Voici Léger qui grandit comme le soleil de l’époque tertiaire
Et qui durcit
Et qui fixe
La nature morte
La croûte terrestre
Le liquide
Le brumeux
Tout ce qui se ternit
La géométric nuageuse
Le fil à plomb qui se résorbe
Ossification.
Locomotion.
Tout grouille
L’esprit s’anime soudain et s’habille à son tour comme les animaux et les plantes
Prodigieusement
Et voici
La peinture devient cette chose énorme qui bouge
ORION
La roue
La vie
La machine
L’âme humaine
Une culasse de 7
Mon portrait
Charles Baudelaire
Correspondances
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
Charles Baudelaire
Je te donne ces vers afin que si mon nom
Je te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines,
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,
Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu’un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;
Être maudit à qui, de l’abîme profond
Jusqu’au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !
— O toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,
Foules d’un pied léger et d’un regard serein
Les stupides mortels qui t’ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d’airain !
Aborde heureusement aux époques lointaines,
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,
Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu’un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;
Être maudit à qui, de l’abîme profond
Jusqu’au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !
— O toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,
Foules d’un pied léger et d’un regard serein
Les stupides mortels qui t’ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d’airain !
Charles Baudelaire
La Beauté
Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poëte un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poëtes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études;
Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poëte un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.
Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris;
J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.
Les poëtes, devant mes grandes attitudes,
Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d’austères études;
Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles!
Charles Baudelaire
La Musique
La Musique souvent me prend comme une mer 1 Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaéte éther, Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre Me bercent.
D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Les Fleurs du Ma/, Spleen et ïdéal
Sous un plafond de brume ou dans un vaéte éther, Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre Me bercent.
D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Les Fleurs du Ma/, Spleen et ïdéal
Charles Baudelaire
Les phares
Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ;
Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;
Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;
Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats ;
Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;
Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De fœtus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;
Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;
Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les cœurs mortels un divin opium !
C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ;
Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ;
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ;
Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ;
Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats ;
Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;
Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De fœtus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;
Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;
Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
C’est pour les cœurs mortels un divin opium !
C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité !
Charles Cros
Excuse
Aux arbres il faut un ciel clair,
L’espace, le soleil et l’air,
L’eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret
Au rossignol, pour qu’il gazouille.
Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe ; il te faut des yeux
Éblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d’idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.
Mais quand mauvaise est la saison,
L’arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé,
L’oiseau, grelottant et mouillé,
Reste muet, tête sous l’aile.
Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l’art de demain, s’efface.
Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.
L’espace, le soleil et l’air,
L’eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret
Au rossignol, pour qu’il gazouille.
Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe ; il te faut des yeux
Éblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d’idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.
Mais quand mauvaise est la saison,
L’arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé,
L’oiseau, grelottant et mouillé,
Reste muet, tête sous l’aile.
Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l’art de demain, s’efface.
Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.
Charles Cros
Sonnet
J’ai bâti dans ma fantaisie
Un théâtre aux décors divers:
– Magiques palais, grands bois verts –
Pour y jouer ma poésic.
Un peu trop au hasard choisie,
La jeune-première à l’envers
Récite quelquefois mes vers.
Faute de mieux je m’extasie.
Et je déclame avec tant d’art
Qu’on me croirait pris à son fard,
Au fard que je lui mets moi-même.
Non. Sous le faux air virginal
Je vois l’être inepte et vénal.
Mais c’est le rôle seul que j’aime.
Un théâtre aux décors divers:
– Magiques palais, grands bois verts –
Pour y jouer ma poésic.
Un peu trop au hasard choisie,
La jeune-première à l’envers
Récite quelquefois mes vers.
Faute de mieux je m’extasie.
Et je déclame avec tant d’art
Qu’on me croirait pris à son fard,
Au fard que je lui mets moi-même.
Non. Sous le faux air virginal
Je vois l’être inepte et vénal.
Mais c’est le rôle seul que j’aime.
Charles Le Quintrec
La chute des corps
Déchainé dans ma chair où le démon demeure
J’appréhende les pluies qui polissent les pierres
Je vis pour le moment de vivre à contre-cœur
Pour le moment de croire encore à ma misére
Et par les arbres qui circulent sous la terre
Je renonce à la nuit qui remue ses rumeurs.
Je vis, je meurs, je vis... C’est ainsi que j’existe
Je lance sur le monde un Dieu déja sauveur
Déchainé dans ma chair, je l’aime et lui résiste
Soulevé par mon sang, je veux avec ferveur
Une femme moins nue, moins mortelle, moins triste
Que celle qui m’aimait dans les limbes en fleurs.
Déchainé dans ma chair, je me retrouve tel
Que je serai demain dans la chute des choses
Je vis, je me transforme avec amour et j’ose
Prendre a l’arbre les fruits qui flambent au soleil
Kt je cache à la terre où le tumulte règne
Le multiple serpent qui me gagne à sa cause.
Déchainé, divisé souvent contre moi-même
Je sème dans mon sang les poivres, les pollens,
Que l’insecte au ventre vorace a visités
Kt j’écoute en mon corps maintenant mutilé
Le chant charnu d’une Ame a l’affiit de l’été
Qui s’apaise parmi les pulpes qui se prennent.
J’appréhende les pluies qui polissent les pierres
Je vis pour le moment de vivre à contre-cœur
Pour le moment de croire encore à ma misére
Et par les arbres qui circulent sous la terre
Je renonce à la nuit qui remue ses rumeurs.
Je vis, je meurs, je vis... C’est ainsi que j’existe
Je lance sur le monde un Dieu déja sauveur
Déchainé dans ma chair, je l’aime et lui résiste
Soulevé par mon sang, je veux avec ferveur
Une femme moins nue, moins mortelle, moins triste
Que celle qui m’aimait dans les limbes en fleurs.
Déchainé dans ma chair, je me retrouve tel
Que je serai demain dans la chute des choses
Je vis, je me transforme avec amour et j’ose
Prendre a l’arbre les fruits qui flambent au soleil
Kt je cache à la terre où le tumulte règne
Le multiple serpent qui me gagne à sa cause.
Déchainé, divisé souvent contre moi-même
Je sème dans mon sang les poivres, les pollens,
Que l’insecte au ventre vorace a visités
Kt j’écoute en mon corps maintenant mutilé
Le chant charnu d’une Ame a l’affiit de l’été
Qui s’apaise parmi les pulpes qui se prennent.
Charles Maurras
Beauté
Toi qui brille enfoncée au plus tendre du cœur
Beauté, fer éclatant, ne me sois que douceur
Ou si tu me devais être une chose amère
En aucun temps du moins ne me sois étrangère
Brûle et consume-toi, mon unique soleil
Que, ton dur javelot, ton javelot vermeil
Dardant de jour en jour une plus pure flamme
Je sois régénéré jusques au fard de l’âme
Et même ma raison folle de te sentir
Ne reconnaisse plus si c’est vivre ou mourir.
Beauté, fer éclatant, ne me sois que douceur
Ou si tu me devais être une chose amère
En aucun temps du moins ne me sois étrangère
Brûle et consume-toi, mon unique soleil
Que, ton dur javelot, ton javelot vermeil
Dardant de jour en jour une plus pure flamme
Je sois régénéré jusques au fard de l’âme
Et même ma raison folle de te sentir
Ne reconnaisse plus si c’est vivre ou mourir.
Charles Péguy
L’aveugle
Sept villes se vantaient d’avoir produit Homère.
Mais il n’était pas né dans les sept à la fois.
Smyme l’avait nourri dans le fin fond des bois.
Chios l’avait bercé dans les bras de sa mère.
Mais il n’était pas né dans les sept à la fois.
Smyme l’avait nourri dans le fin fond des bois.
Chios l’avait bercé dans les bras de sa mère.
Charlotte Bourette
À Voltaire, de qui elle avait reçu une tasse de porcelaine
Législateur du goût, dieu de la poésie,
Je tiens de vous une coupe choisie,
Digne de recevoir le breuvage des cieux.
Je voudrais, pour vous louer mieux,
Y puiser les eaux d’Hippocrène ;
Mais vous seul les buvez, comme moi l’eau de Seine.
Je tiens de vous une coupe choisie,
Digne de recevoir le breuvage des cieux.
Je voudrais, pour vous louer mieux,
Y puiser les eaux d’Hippocrène ;
Mais vous seul les buvez, comme moi l’eau de Seine.
Christine de Pizan
Ici commencent…
Ici commencent Cent ballades d’amant et de dame
Bien que je n’eusse ni le cœur ni l’intention
Pour l’heure de faire des dits amoureux
Car en ce moment je suis occupée ailleurs,
Sur l’ordre d’une personne qui doit bien plaire
À tous, j’ai entrepris d’exécuter
Au sujet d’un amoureux et de sa dame,
Pour obéir à autrui et lui plaire,
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Comment ils ont leur vie passé
En amour, qui leur a fait endurer maint mal
Et mainte joie aussi, entrelacée
De piqûre, de souffrance et d’obstacle,
Il me faut tout raconter sans me rétracter
Dans ce petit livre, ici, maintenant,
Où j’écrirai de joie et de son contraire
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Dieu, faites que je ne m’en lasse pas :
Il me plairait mieux de m’occuper d’un sujet
De plus grande étude, mais j’y suis condamnée
Par une personne douce et de grande naissance
En amende de ce que j’ai dit que doit se retirer
De la pensée amoureuse
Toute dame d’honneur ; pour cela, il me faut écrire
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Prince, je vois bien qu’il vaudrait mieux se taire
Plutôt que de ne parler de bon gré.
Il me faut donc m’acquitter d’une amende volontaire :
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Bien que je n’eusse ni le cœur ni l’intention
Pour l’heure de faire des dits amoureux
Car en ce moment je suis occupée ailleurs,
Sur l’ordre d’une personne qui doit bien plaire
À tous, j’ai entrepris d’exécuter
Au sujet d’un amoureux et de sa dame,
Pour obéir à autrui et lui plaire,
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Comment ils ont leur vie passé
En amour, qui leur a fait endurer maint mal
Et mainte joie aussi, entrelacée
De piqûre, de souffrance et d’obstacle,
Il me faut tout raconter sans me rétracter
Dans ce petit livre, ici, maintenant,
Où j’écrirai de joie et de son contraire
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Dieu, faites que je ne m’en lasse pas :
Il me plairait mieux de m’occuper d’un sujet
De plus grande étude, mais j’y suis condamnée
Par une personne douce et de grande naissance
En amende de ce que j’ai dit que doit se retirer
De la pensée amoureuse
Toute dame d’honneur ; pour cela, il me faut écrire
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Prince, je vois bien qu’il vaudrait mieux se taire
Plutôt que de ne parler de bon gré.
Il me faut donc m’acquitter d’une amende volontaire :
Cent ballades d’amoureuse pensée.
Claude Garnier
Ode à Monsieur Marcil, Lecteur du Roi
Comme un cygne qui vole entre mille corneilles,
Pressé de leurs rumeurs,
Je vais parmi la France, accompli de merveilles,
Entre mille Rimeurs.
De bec, d’aile, de griffe et de voix continue
Ces monstres jour et nuit
Combattent ma louange en tout lieu reconnue,
En dépit de leur bruit.
Tels furent jadis ceux qui, rebours au mérite
Du Cygne vendomois,
Approuvèrent MELIN, pour être leur conduite
Au siècle des VALOIS.
Je suis comme une roche au milieu des orages
Contre leur vain discours,
Et tel qu’un beau Soleil entouré de nuages,
Quand il refait son cours.
Tant que luiront les jours et tant que la nuit brune
Épandra ses horreurs,
La terre enfantera, d’une suite commune,
Des chardons et des fleurs.
Ils ont beau forcener, ils ont beau mettre en vante
Leur mensonge effronté,
La vérité demeure et la gloire est vivante
À la postérité.
Les chantres de la Grèce, en dépit des Zoïles,
Sont passés jusqu’à nous,
Et les Romains encore au pourpris de nos villes
Sont admirés de tous.
Que leur bouche devienne un foudre, une tempête,
Mille horreurs, mille morts ;
J’affermirai le pas et lèverai la tête,
Invincible en efforts
Je dédaigne leur fougue et ris de leur audace,
J’ai les muses pour moi ;
J’ai ceux qui, par aveu, sur le mont de Parnasse
Ont dormi comme toi.
En si chère conduite, à mes vœux favorable
Je ne redout’rai pas
Ni l’ardente Chimère aux humains effroyable,
Ni le monstre à cent bras.
Fléchirai-je aux corbeaux avoué par les Cygnes ?
Le Chantre des Lys d’or
À des Chantres communs, entre le peuple insignes,
Fléchirait-il encor ?
Non, non, je veux leur blâme et ne veux d’autre gloire
En faveur de mon art,
Pour être un jour assis au Temple de Mémoire,
Compagnon de Ronsard.
Pressé de leurs rumeurs,
Je vais parmi la France, accompli de merveilles,
Entre mille Rimeurs.
De bec, d’aile, de griffe et de voix continue
Ces monstres jour et nuit
Combattent ma louange en tout lieu reconnue,
En dépit de leur bruit.
Tels furent jadis ceux qui, rebours au mérite
Du Cygne vendomois,
Approuvèrent MELIN, pour être leur conduite
Au siècle des VALOIS.
Je suis comme une roche au milieu des orages
Contre leur vain discours,
Et tel qu’un beau Soleil entouré de nuages,
Quand il refait son cours.
Tant que luiront les jours et tant que la nuit brune
Épandra ses horreurs,
La terre enfantera, d’une suite commune,
Des chardons et des fleurs.
Ils ont beau forcener, ils ont beau mettre en vante
Leur mensonge effronté,
La vérité demeure et la gloire est vivante
À la postérité.
Les chantres de la Grèce, en dépit des Zoïles,
Sont passés jusqu’à nous,
Et les Romains encore au pourpris de nos villes
Sont admirés de tous.
Que leur bouche devienne un foudre, une tempête,
Mille horreurs, mille morts ;
J’affermirai le pas et lèverai la tête,
Invincible en efforts
Je dédaigne leur fougue et ris de leur audace,
J’ai les muses pour moi ;
J’ai ceux qui, par aveu, sur le mont de Parnasse
Ont dormi comme toi.
En si chère conduite, à mes vœux favorable
Je ne redout’rai pas
Ni l’ardente Chimère aux humains effroyable,
Ni le monstre à cent bras.
Fléchirai-je aux corbeaux avoué par les Cygnes ?
Le Chantre des Lys d’or
À des Chantres communs, entre le peuple insignes,
Fléchirait-il encor ?
Non, non, je veux leur blâme et ne veux d’autre gloire
En faveur de mon art,
Pour être un jour assis au Temple de Mémoire,
Compagnon de Ronsard.
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