Poèmes de ce thème
Espoir et optimisme
Aimé Césaire
la force de regarder demain
les baisers des météorites
le féroce dépoitraillement des volcans à partir
de jeux d’aigle
la poussée des sous-continents arc-boutés
eux aussi aux passions sous-marines
la montagne qui descend ses cavalcades à grand galop
de roches contagieuses
ma parole capturant des colères
soleils à calculer mon être
natif natal
cyclopes violets des cyclones
n’importe l’insolent tison
silex haut à brûler la nuit
épuisée d’un doute à renaître
la force de regarder demain
le féroce dépoitraillement des volcans à partir
de jeux d’aigle
la poussée des sous-continents arc-boutés
eux aussi aux passions sous-marines
la montagne qui descend ses cavalcades à grand galop
de roches contagieuses
ma parole capturant des colères
soleils à calculer mon être
natif natal
cyclopes violets des cyclones
n’importe l’insolent tison
silex haut à brûler la nuit
épuisée d’un doute à renaître
la force de regarder demain
Émile Verhaeren
Un Soir
Celui qui me lira dans les siècles, un soir,
Troublant mes vers, dans leur sommeil et sous leur cendre,
Et ranimant leur sens lointain pour mieux comprendre
Comment ceux d’aujourd’hui s’étaient armés d’espoir,
Qu’il sache, avec quel violent élan, ma joie
S’est, à travers les cris, les révoltes, les pleurs,
Ruée au combat fier et mâle des douleurs,
Pour en tirer l’amour, comme on conquiert sa proie.
J’aime mes yeux fiévreux, ma cervelle, mes nerfs,
Le sang dont vit mon coeur, le coeur dont vit mon torse;
J’aime l’homme et le monde et j’adore la force
Que donne et prend ma force à l’homme et l’univers.
Car vivre, c’est prendre et donner avec liesse.
Mes pairs, ce sont ceux-là qui s’exaltent autant
Que je me sens moi-même avide et haletant
Devant la vie intense et sa rouge sagesse.
Heures de chute ou de grandeur! – tout se confond
Et se transforme en ce brasier qu’est l’existence;
Seul importe que le désir reste en partance
Jusqu’à la mort, devant l’éveil des horizons.
Celui qui trouve est un cerveau qui communie
Avec la fourmillante et large humanité.
L’esprit plonge et s’enivre en pleine immensité:
Il faut aimer, pour dérouvrir avec génie.
Une tendresse énorme emplit l’âpre savoir,
Il exalte la force et la beauté des mondes,
Il devine les liens et les causes profondes;
O vous qui me lirez, dans les siècles, un soir,
Comprenez-vous pourquoi mon vers vous interpelle?
C’est qu’en vos temps quelqu’un d’ardent aura tiré
Du coeur de la nécessité même, le vrai,
Bloc clair, pour y dresser l’entente universelle.
Troublant mes vers, dans leur sommeil et sous leur cendre,
Et ranimant leur sens lointain pour mieux comprendre
Comment ceux d’aujourd’hui s’étaient armés d’espoir,
Qu’il sache, avec quel violent élan, ma joie
S’est, à travers les cris, les révoltes, les pleurs,
Ruée au combat fier et mâle des douleurs,
Pour en tirer l’amour, comme on conquiert sa proie.
J’aime mes yeux fiévreux, ma cervelle, mes nerfs,
Le sang dont vit mon coeur, le coeur dont vit mon torse;
J’aime l’homme et le monde et j’adore la force
Que donne et prend ma force à l’homme et l’univers.
Car vivre, c’est prendre et donner avec liesse.
Mes pairs, ce sont ceux-là qui s’exaltent autant
Que je me sens moi-même avide et haletant
Devant la vie intense et sa rouge sagesse.
Heures de chute ou de grandeur! – tout se confond
Et se transforme en ce brasier qu’est l’existence;
Seul importe que le désir reste en partance
Jusqu’à la mort, devant l’éveil des horizons.
Celui qui trouve est un cerveau qui communie
Avec la fourmillante et large humanité.
L’esprit plonge et s’enivre en pleine immensité:
Il faut aimer, pour dérouvrir avec génie.
Une tendresse énorme emplit l’âpre savoir,
Il exalte la force et la beauté des mondes,
Il devine les liens et les causes profondes;
O vous qui me lirez, dans les siècles, un soir,
Comprenez-vous pourquoi mon vers vous interpelle?
C’est qu’en vos temps quelqu’un d’ardent aura tiré
Du coeur de la nécessité même, le vrai,
Bloc clair, pour y dresser l’entente universelle.
Jean Aicard
À Lamartine
Le temps heureux n’est plus où rayonnait la Grèce,
Où Périclès vivait, étoile du plein jour !
Où les peuples, ardents de force et de jeunesse,
Voyant un Dieu partout, sentaient partout l’amour !
Le temps, le temps est mort des couronnes civiques,
Où l’on n’oubliait plus le poëte vainqueur !
Il est bien mort, ce temps des vieilles républiques
Qui payaient largement les cœurs avec le cœur !
L’orgie en ses festins n’a même plus de roses !
Les âmes sont de cire, et les fleurs de métal ;
Des dieux et de l’amour il nous reste deux choses :
La pâle indifférence et le désir brutal !
Les jeunes d’aujourd’hui vaudraient-ils ceux d’Athènes ?
Eux qu’on voit, dédaigneux du juste en cheveux blancs,
Récolter ces moissons hâtives de leurs graines :
Des nouveau-nés déjà blêmes et tout tremblants !
D’autres l’ont dit : plus rien ne bat dans les poitrines !
Et s’il est quelque part, triste, sur les sommets,
Un héros de jadis, meurtri de nos ruines,
Et tel que notre temps n’en verra plus jamais !
S’il reste un grand poëte et s’il reste un grand homme,
Ô miracle ! si grand qu’en un dernier effort
La foule, par hasard, s’en souvienne et le nomme,
Un dormeur, réveillé, l’insulte, et se rendort !
Ah ! comme il faut vouloir, pour garder l’espérance !…
Père, des bruits confus sont venus jusqu’à moi ;
On a cru t’émouvoir et troubler ton silence,
Mais, te sachant trop haut, j’ai répondu pour toi.
Où Périclès vivait, étoile du plein jour !
Où les peuples, ardents de force et de jeunesse,
Voyant un Dieu partout, sentaient partout l’amour !
Le temps, le temps est mort des couronnes civiques,
Où l’on n’oubliait plus le poëte vainqueur !
Il est bien mort, ce temps des vieilles républiques
Qui payaient largement les cœurs avec le cœur !
L’orgie en ses festins n’a même plus de roses !
Les âmes sont de cire, et les fleurs de métal ;
Des dieux et de l’amour il nous reste deux choses :
La pâle indifférence et le désir brutal !
Les jeunes d’aujourd’hui vaudraient-ils ceux d’Athènes ?
Eux qu’on voit, dédaigneux du juste en cheveux blancs,
Récolter ces moissons hâtives de leurs graines :
Des nouveau-nés déjà blêmes et tout tremblants !
D’autres l’ont dit : plus rien ne bat dans les poitrines !
Et s’il est quelque part, triste, sur les sommets,
Un héros de jadis, meurtri de nos ruines,
Et tel que notre temps n’en verra plus jamais !
S’il reste un grand poëte et s’il reste un grand homme,
Ô miracle ! si grand qu’en un dernier effort
La foule, par hasard, s’en souvienne et le nomme,
Un dormeur, réveillé, l’insulte, et se rendort !
Ah ! comme il faut vouloir, pour garder l’espérance !…
Père, des bruits confus sont venus jusqu’à moi ;
On a cru t’émouvoir et troubler ton silence,
Mais, te sachant trop haut, j’ai répondu pour toi.
Louis Aragon
Tant que j’aurai le pouvoir de frémir...
Tant que j’aurai le pouvoir de frémir
Et sentirai le souffle de la vie
Jusqu’en sa menace
Tant que le mal m/’astreindra de gémir
Tant que j’aurai mon cœur et ma folie
Ma vieille carcasse
Tant que j’aurai le froid de la sueur
Tant que ma main l’essuiera sur mon front
Comme du salpêtre
Tant que mes yeux suivront une lueur
Tant que mes pieds meurtris me porteront
Jusqu’a la fenêtre
Quand ma nuit serait un long cauchemar
L’angoisse du jour sans rémission
Même une seconde
Avec la douleur pour seul étendard
Sans rien espérer les désertions
Ni la fin du monde
Quand je ne pourrais veiller ni dormir
Ni battre les murs quand je ne pourrais
Plus être moi-même
Penser ni rêver ni me souvenir
Ni départager la peur du regret
Les mots du blasphème
Ni battre les murs ni rompre ma tête
Ni briser mes bras ni crever les cieux
Que cela finisse
Que l’homme triomphe enfin de la bête
Que l’Ame a jamais survive à ses yeux
Et le cri jaillisse
Je resterai le sujet du bonheur
Se consumer pour la flamme au brasier
C’est l’apothéose
Je resterai fidèle à mon seigneur
La rose naît du mal qu’a le rosier
Mais elle est la rose
Déchirez ma chair partagez mon corps
Qu’y verrez-vous sinon le paradis
Elsa ma lumière
Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore
Comme un jeune monde encore au lundi
Sa douceur première
Fouillez fouillez bien le fond des blessures
Disséquez les nerfs et craquez les os
Comme des noix tendres
Une chose seule une chose est sire
Comme l’eau profonde au pied des roseaux
Le feu sous la cendre
Vous y trouverez le bonheur du jour
Le parfum nouveau des premiers lilas
La source et la rive
Vous y trouverez Elsa mon amour
Vous y trouverez son air et son pas
Elsa mon eau vive
Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs
Vous retrouverez dans mon chant sa voix
Ses yeux dans mes veines
Et tout l’avenir de homme et des fleurs
Toute la tendresse et toute la joie
Et toutes les peines
Tout ce qui confond d’un même soupir
Plaisir et douleur aux doigts des amants
Comme dans leur bouche
Et qui fait pareil au tourment le pire
Cette chose en eux cet étonnement
Quand l’autre vous touche
Fegrenez le fruit la grenade mire
grenez ce cœur a la fin calmé
De toutes ses plaintes
Il n’en restera qu’un nom sur le mur
Et sous le portrait de la bien-aimée
Et sentirai le souffle de la vie
Jusqu’en sa menace
Tant que le mal m/’astreindra de gémir
Tant que j’aurai mon cœur et ma folie
Ma vieille carcasse
Tant que j’aurai le froid de la sueur
Tant que ma main l’essuiera sur mon front
Comme du salpêtre
Tant que mes yeux suivront une lueur
Tant que mes pieds meurtris me porteront
Jusqu’a la fenêtre
Quand ma nuit serait un long cauchemar
L’angoisse du jour sans rémission
Même une seconde
Avec la douleur pour seul étendard
Sans rien espérer les désertions
Ni la fin du monde
Quand je ne pourrais veiller ni dormir
Ni battre les murs quand je ne pourrais
Plus être moi-même
Penser ni rêver ni me souvenir
Ni départager la peur du regret
Les mots du blasphème
Ni battre les murs ni rompre ma tête
Ni briser mes bras ni crever les cieux
Que cela finisse
Que l’homme triomphe enfin de la bête
Que l’Ame a jamais survive à ses yeux
Et le cri jaillisse
Je resterai le sujet du bonheur
Se consumer pour la flamme au brasier
C’est l’apothéose
Je resterai fidèle à mon seigneur
La rose naît du mal qu’a le rosier
Mais elle est la rose
Déchirez ma chair partagez mon corps
Qu’y verrez-vous sinon le paradis
Elsa ma lumière
Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore
Comme un jeune monde encore au lundi
Sa douceur première
Fouillez fouillez bien le fond des blessures
Disséquez les nerfs et craquez les os
Comme des noix tendres
Une chose seule une chose est sire
Comme l’eau profonde au pied des roseaux
Le feu sous la cendre
Vous y trouverez le bonheur du jour
Le parfum nouveau des premiers lilas
La source et la rive
Vous y trouverez Elsa mon amour
Vous y trouverez son air et son pas
Elsa mon eau vive
Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs
Vous retrouverez dans mon chant sa voix
Ses yeux dans mes veines
Et tout l’avenir de homme et des fleurs
Toute la tendresse et toute la joie
Et toutes les peines
Tout ce qui confond d’un même soupir
Plaisir et douleur aux doigts des amants
Comme dans leur bouche
Et qui fait pareil au tourment le pire
Cette chose en eux cet étonnement
Quand l’autre vous touche
Fegrenez le fruit la grenade mire
grenez ce cœur a la fin calmé
De toutes ses plaintes
Il n’en restera qu’un nom sur le mur
Et sous le portrait de la bien-aimée
Paul Éluard
La puissance de l’espoir
Autant parler pour avouer mon sort :
Je n’ai rien mien, on m’a dépossédé
Et les chemins où je finirai mort
Je les parcours en esclave courbé ;
Seule ma peine est ma propriété :
Larmes, sueurs et le plus dur effort.
Je ne suis plus qu’un objet de pitié
Sinon de honte aux yeux d’un monde fort.
J’ai de manger et de boire l’envie
Autant qu’un autre à en perdre la tête ;
J’ai de dormir l’ardente nostalgie :
Dans la chaleur, sans fin, comme une bête.
Je dors trop peu, ne fais jamais la fête,
Jamais ne baise une femme jolie ;
Pourtant mon cœur, vide, point ne s’arrête,
Malgré douleur mon cœur point ne dévie.
J’aurais pu rire, ivre de mon caprice.
L’aurore en moi pouvait creuser son nid
Et rayonner, subtile et protectrice,
Sur mes semblables qui auraient fleuri.
N’ayez pitié, si vous avez choisi
D’être bornés et d’être sans justice :
Un jour viendra où je serai parmi
Les constructeurs d’un vivant édifice,
La foule immense où l’homme est un ami.
Je n’ai rien mien, on m’a dépossédé
Et les chemins où je finirai mort
Je les parcours en esclave courbé ;
Seule ma peine est ma propriété :
Larmes, sueurs et le plus dur effort.
Je ne suis plus qu’un objet de pitié
Sinon de honte aux yeux d’un monde fort.
J’ai de manger et de boire l’envie
Autant qu’un autre à en perdre la tête ;
J’ai de dormir l’ardente nostalgie :
Dans la chaleur, sans fin, comme une bête.
Je dors trop peu, ne fais jamais la fête,
Jamais ne baise une femme jolie ;
Pourtant mon cœur, vide, point ne s’arrête,
Malgré douleur mon cœur point ne dévie.
J’aurais pu rire, ivre de mon caprice.
L’aurore en moi pouvait creuser son nid
Et rayonner, subtile et protectrice,
Sur mes semblables qui auraient fleuri.
N’ayez pitié, si vous avez choisi
D’être bornés et d’être sans justice :
Un jour viendra où je serai parmi
Les constructeurs d’un vivant édifice,
La foule immense où l’homme est un ami.
Paul Verlaine
L’espoir luit...
L’espoir luit comme un brin de paille dans ]’étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t’endormais-iu, le coude sur la table ?
Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.
Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C’est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.
Midi sonne. J’ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors! L’espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah! quand refleuriront les roses de septembre!
SAGESSE, III, ITT, 1811.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t’endormais-iu, le coude sur la table ?
Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.
Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C’est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.
Midi sonne. J’ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors! L’espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah! quand refleuriront les roses de septembre!
SAGESSE, III, ITT, 1811.
Pierre Jean Jouve
Esperance
Espérance plus sacrée que n’est une épée dans le corps
Et dans le corps vidé de vie de qui vécut pour espérer
Et dans le sein vidé de sang qui se souleva pour l’épée!
Espérance dont je suis verbe, dur comme silex éclaté,
Espérance dont je ne veux et qui me veut ventre adoré
Et dans le corps vidé de vie de qui vécut pour espérer
Et dans le sein vidé de sang qui se souleva pour l’épée!
Espérance dont je suis verbe, dur comme silex éclaté,
Espérance dont je ne veux et qui me veut ventre adoré
Robert Desnos
Demain
Age de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons a la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.
ÉTAT DE VEILLE.
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons a la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.
ÉTAT DE VEILLE.
Robert Desnos
La voix
Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.
Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau
Elle ne parle que d’été et de printemps,
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.
Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.
Et vous ? ne l’entendez-vous pas ?
Elle dit « La peine sera de peu de durée »
Elle dit « La belle saison est proche ».
Ne l’entendez-vous pas ?
Qu’elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée
Parvient pourtant, distinctement, jusqu’à nous.
Bien qu’elle semble sortir d’un tombeau
Elle ne parle que d’été et de printemps,
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.
Je l’écoute. Ce n’est qu’une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L’écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.
Et vous ? ne l’entendez-vous pas ?
Elle dit « La peine sera de peu de durée »
Elle dit « La belle saison est proche ».
Ne l’entendez-vous pas ?
Sophie d'Arbouville
Je crois
Pourquoi, du doux éclat des croyances du cœur
Vouloir éteindre en moi la dernière lueur ?
Pourquoi, lorsque la brise à l’aurore m’arrive,
Me dire de rester pleurante sur la rive ?
Pourquoi, lorsque des fleurs je veux chercher le miel,
Portez-vous à ma bouche et l’absinthe et le fiel ?
Pourquoi, si je souris au murmure de l’onde,
Dites-vous que plus loin c’est un torrent qui gronde ?
Pourquoi de nos saisons n’admettre que l’hiver,
Ou lorsque l’or reluit ne parler que du fer ?
Pourquoi, brisant la coupe où j’essaye de boire,
Enlever à mon cœur le doux bonheur de croire ;
Lui crier que, pour tous, tout s’altère ici-bas,
Que l’amour, par l’oubli, se donne un prompt trépas ;
Qu’une idole adorée ou se brise ou se change,
Que tout commence au ciel et finit dans la fange !…
Vous que je nomme amis, vous qui serrez ma main,
Votre bouche me dit : « Rien n’arrive à demain. »
Vous parlez en riant et j’écoute avec larmes !
Vous brisez de mes jours les poétiques charmes.
À côté de la Foi, s’envolera l’Espoir…
Ces deux anges partis, le ciel sera bien noir !
Laissez-moi le soleil ; que son disque de flamme
Descende en longs rayons et réchauffe mon âme !
Vous qui doutez de tout, je lutte contre vous,
L’armure de mon cœur résiste sous vos coups.
De vos glaives cruels brisant la froide lame,
Radieuse d’espoir, vous échappe mon âme !
Loin des climats glacés l’instinct la guidera,
Et sans jeter ses fleurs, son vol se poursuivra.
Vous qui doutez de tout, niant votre blasphème,
Malgré vous, en ce jour, je crois même en vous-même !
Il est, à votre insu, dans le fond de vos cœurs,
Des parfums ignorés, des calices de fleurs
Qui, dans vos jours bruyants, n’ont pu fleurir encore,
Et qu’un soleil plus doux ferait peut-être éclore.
Oui, je crois au printemps, au matin, au réveil ;
À l’étoile, la nuit ; et le jour, au soleil.
Je crois que la chaleur vient souvent sans orage,
Qu’un arbre peut tomber avec son vert feuillage,
Que les fleurs de la terre ont encore du miel,
Qu’il est, à l’horizon, un peu d’azur au ciel !
Je crois aux nobles cœurs, je crois aux nobles âmes,
Chez qui l’amour du bien n’éteint jamais ses flammes ;
Je crois aux dévouements qui poursuivent leurs cours,
Vieillissant en disant ce mot béni : « Toujours. »
Je crois à l’Amitié, sœur aimante et fidèle,
Sur les flots en courroux suivant notre nacelle,
Debout à nos côtés quand frappe le destin…
Sommeillant à nos pieds quand le ciel est serein !
Puis je crois à l’Amour, merveilleuse harmonie
Dont le céleste chant suit le cours de la vie,
Amour que rien n’atteint, sainte et divine foi
Qui fait croire en un autre et surtout croire à soi !
D’un noble dévouement source vive et féconde,
Qui trouve trop étroits et la vie et le monde.
Je crois au Souvenir, au long regret du cœur,
Regret que l’on bénit comme un dernier bonheur,
Crépuscule d’amour, triste après la lumière…
Mais plus brillant encor que le jour de la terre !
Je crois à la Vertu, mais voilée ici-bas ;
C’est un ange cachant la trace de ses pas.
Sous ses voiles épais, Dieu seul sait qu’elle est belle,
Et vous la blasphémez, en passant auprès d’elle !
La terre sous nos pieds cache ses mines d’or :
Comme elle, croyez-moi, le cœur a son trésor,
Mais il faut le creuser ; souvent, à sa surface,
De ses veines d’or pur rien ne trahit la trace.
Oh ! croyez comme moi que sur l’immense mer
Il est des bords lointains dont le feuillage est vert ;
Cherchez-les, et ramez vers ces heureux rivages…
Tendez la voile au vent, saisissez les cordages ;
Debout au gouvernail, portez au loin vos yeux,
Prenez pour votre guide une étoile des cieux !
Ne courbez pas vos fronts pour sonder les abîmes,
Mais levez les regards pour découvrir les cimes.
Marchez, marchez toujours, et quand viendra la mort,
En regardant les cieux, amis, croyez encor !
Vouloir éteindre en moi la dernière lueur ?
Pourquoi, lorsque la brise à l’aurore m’arrive,
Me dire de rester pleurante sur la rive ?
Pourquoi, lorsque des fleurs je veux chercher le miel,
Portez-vous à ma bouche et l’absinthe et le fiel ?
Pourquoi, si je souris au murmure de l’onde,
Dites-vous que plus loin c’est un torrent qui gronde ?
Pourquoi de nos saisons n’admettre que l’hiver,
Ou lorsque l’or reluit ne parler que du fer ?
Pourquoi, brisant la coupe où j’essaye de boire,
Enlever à mon cœur le doux bonheur de croire ;
Lui crier que, pour tous, tout s’altère ici-bas,
Que l’amour, par l’oubli, se donne un prompt trépas ;
Qu’une idole adorée ou se brise ou se change,
Que tout commence au ciel et finit dans la fange !…
Vous que je nomme amis, vous qui serrez ma main,
Votre bouche me dit : « Rien n’arrive à demain. »
Vous parlez en riant et j’écoute avec larmes !
Vous brisez de mes jours les poétiques charmes.
À côté de la Foi, s’envolera l’Espoir…
Ces deux anges partis, le ciel sera bien noir !
Laissez-moi le soleil ; que son disque de flamme
Descende en longs rayons et réchauffe mon âme !
Vous qui doutez de tout, je lutte contre vous,
L’armure de mon cœur résiste sous vos coups.
De vos glaives cruels brisant la froide lame,
Radieuse d’espoir, vous échappe mon âme !
Loin des climats glacés l’instinct la guidera,
Et sans jeter ses fleurs, son vol se poursuivra.
Vous qui doutez de tout, niant votre blasphème,
Malgré vous, en ce jour, je crois même en vous-même !
Il est, à votre insu, dans le fond de vos cœurs,
Des parfums ignorés, des calices de fleurs
Qui, dans vos jours bruyants, n’ont pu fleurir encore,
Et qu’un soleil plus doux ferait peut-être éclore.
Oui, je crois au printemps, au matin, au réveil ;
À l’étoile, la nuit ; et le jour, au soleil.
Je crois que la chaleur vient souvent sans orage,
Qu’un arbre peut tomber avec son vert feuillage,
Que les fleurs de la terre ont encore du miel,
Qu’il est, à l’horizon, un peu d’azur au ciel !
Je crois aux nobles cœurs, je crois aux nobles âmes,
Chez qui l’amour du bien n’éteint jamais ses flammes ;
Je crois aux dévouements qui poursuivent leurs cours,
Vieillissant en disant ce mot béni : « Toujours. »
Je crois à l’Amitié, sœur aimante et fidèle,
Sur les flots en courroux suivant notre nacelle,
Debout à nos côtés quand frappe le destin…
Sommeillant à nos pieds quand le ciel est serein !
Puis je crois à l’Amour, merveilleuse harmonie
Dont le céleste chant suit le cours de la vie,
Amour que rien n’atteint, sainte et divine foi
Qui fait croire en un autre et surtout croire à soi !
D’un noble dévouement source vive et féconde,
Qui trouve trop étroits et la vie et le monde.
Je crois au Souvenir, au long regret du cœur,
Regret que l’on bénit comme un dernier bonheur,
Crépuscule d’amour, triste après la lumière…
Mais plus brillant encor que le jour de la terre !
Je crois à la Vertu, mais voilée ici-bas ;
C’est un ange cachant la trace de ses pas.
Sous ses voiles épais, Dieu seul sait qu’elle est belle,
Et vous la blasphémez, en passant auprès d’elle !
La terre sous nos pieds cache ses mines d’or :
Comme elle, croyez-moi, le cœur a son trésor,
Mais il faut le creuser ; souvent, à sa surface,
De ses veines d’or pur rien ne trahit la trace.
Oh ! croyez comme moi que sur l’immense mer
Il est des bords lointains dont le feuillage est vert ;
Cherchez-les, et ramez vers ces heureux rivages…
Tendez la voile au vent, saisissez les cordages ;
Debout au gouvernail, portez au loin vos yeux,
Prenez pour votre guide une étoile des cieux !
Ne courbez pas vos fronts pour sonder les abîmes,
Mais levez les regards pour découvrir les cimes.
Marchez, marchez toujours, et quand viendra la mort,
En regardant les cieux, amis, croyez encor !
Victor Hugo
Stella
Je m’étais endormi la nuit près de la grève.
Un vent frais m’éveilla, je sortis de mon rêve,
J’ouvris les yeux, je vis l’étoile du matin.
Elle resplendissait au fond du ciel lointain
Dans une blancheur molle, infinie et charmante.
Aquilon s’enfuyait emportant la tourmente.
L’astre éclatant changeait la nuée en duvet.
C’était une clarté qui pensait, qui vivait;
Elle apaisait l’écueil où la vague déferle;
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encor, l’ombre régnait en vain,
Le ciel s’illuminait d’un sourire divin.
La lueur argentait le haut du mât qui penche;
Le navire était noir, mais la voile était blanche;
Des goélands debout sur un escarpement
Attentifs, contemplaient l’étoile gravement
Comme un oiseau céleste et fait d’une étincelle.
L’océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle.
Et, rugissant tout bas, la regardait briller,
Et semblait avoir peur de la faire envoler.
Un ineffable amour emplissait l’étendue.
L’herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue.
Les oiseaux se parlaient dans les nids; une fleur
Qui s’éveillait me dit: c’est l’étoile ma soeur.
Et pendant qu’à longs plis l’ombre levait son voile,
J’entendis une voix qui venait de l’étoile
Et qui disait: – Je suis l’astre qui vient d’abord.
Je suis celle qu’on croit dans la tombe et qui sort.
J’ai lui sur le Sina, j’ai lui sur le Taygète;
Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.
O nations! je suis la Poésie ardente.
J’ai brillé sur Moïse et j’ai brillé sur Dante.
Le lion océan est amoureux de moi.
J’arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi!
Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles!
Paupières, ouvrez-vous! allumez-vous, prunelles!
Terre, émeus le sillon; vie, éveille le bruit;
Debout, vous qui dormez! – car celui qui me suit,
Car celui qui m’envoie en avant la première,
C’est l’ange Liberté, c’est le géant Lumière!
Un vent frais m’éveilla, je sortis de mon rêve,
J’ouvris les yeux, je vis l’étoile du matin.
Elle resplendissait au fond du ciel lointain
Dans une blancheur molle, infinie et charmante.
Aquilon s’enfuyait emportant la tourmente.
L’astre éclatant changeait la nuée en duvet.
C’était une clarté qui pensait, qui vivait;
Elle apaisait l’écueil où la vague déferle;
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encor, l’ombre régnait en vain,
Le ciel s’illuminait d’un sourire divin.
La lueur argentait le haut du mât qui penche;
Le navire était noir, mais la voile était blanche;
Des goélands debout sur un escarpement
Attentifs, contemplaient l’étoile gravement
Comme un oiseau céleste et fait d’une étincelle.
L’océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle.
Et, rugissant tout bas, la regardait briller,
Et semblait avoir peur de la faire envoler.
Un ineffable amour emplissait l’étendue.
L’herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue.
Les oiseaux se parlaient dans les nids; une fleur
Qui s’éveillait me dit: c’est l’étoile ma soeur.
Et pendant qu’à longs plis l’ombre levait son voile,
J’entendis une voix qui venait de l’étoile
Et qui disait: – Je suis l’astre qui vient d’abord.
Je suis celle qu’on croit dans la tombe et qui sort.
J’ai lui sur le Sina, j’ai lui sur le Taygète;
Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.
O nations! je suis la Poésie ardente.
J’ai brillé sur Moïse et j’ai brillé sur Dante.
Le lion océan est amoureux de moi.
J’arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi!
Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles!
Paupières, ouvrez-vous! allumez-vous, prunelles!
Terre, émeus le sillon; vie, éveille le bruit;
Debout, vous qui dormez! – car celui qui me suit,
Car celui qui m’envoie en avant la première,
C’est l’ange Liberté, c’est le géant Lumière!