Poèmes de ce thème
Littérature et mots
Patrice de La Tour du Pin
Ou la rédemption par la parole
Les poètes sont les murs nus de La maison
crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages
fondés sur l’infini des larmes et jetés à l’infini
du ciel errant...
Paes
crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages
fondés sur l’infini des larmes et jetés à l’infini
du ciel errant...
Paes
Paul Claudel
Saint jerome patron des hommes de lettres
Le Bon Dieu lui a donné un lion pour lui tenir compagnie,
Le lion le regarde d’un cil jaune pendant que le bonhomme
grogne de l’hébreu, et il a trouvé le mot latin! — et il écrit.
Le lion le regarde d’un cil jaune pendant que le bonhomme
grogne de l’hébreu, et il a trouvé le mot latin! — et il écrit.
Paul Valéry
La Jeune Parque (1917), Album de Vers anciens, 1890-1900
La Jeune Parque (1917), Album de Vers anciens, 1890-1900
(1920), Le Cimetière Marin (1920), Charmes (1922), Ange (1946).
PROSES ;
Introduction à la méthode de Léonard de Vinci (1895), la
Conquête allemande (1897), la Soirée avec M. Teste (1906),
(1920), Le Cimetière Marin (1920), Charmes (1922), Ange (1946).
PROSES ;
Introduction à la méthode de Léonard de Vinci (1895), la
Conquête allemande (1897), la Soirée avec M. Teste (1906),
Paul Valéry
La Pythie
Honneur des Hommes, Saint LANGAGE,
Discours prophétique et paré,
Belles chaînes en qui s’engage
Le dieu dans la chair égaré,
Illumination, largesse !
Voici parler une Sagesse
Et sonner cette auguste Voix
Qui se connaît quand elle sonne
N’être plus la voix de personne
Tant que des ondes et des bois !
Discours prophétique et paré,
Belles chaînes en qui s’engage
Le dieu dans la chair égaré,
Illumination, largesse !
Voici parler une Sagesse
Et sonner cette auguste Voix
Qui se connaît quand elle sonne
N’être plus la voix de personne
Tant que des ondes et des bois !
Paul Verlaine
Art poétique
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.
C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?
De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.
Paul Verlaine
Une histoire vivante de la littérature d’aujourd’hui
(1939-1964) — cinquième édition revue et mise & jour au 15 mars 1964,
Sous mille.
Sous mille.
Pierre de Ronsard
Vœu
Divines Sœurs, qui sur les rives molles
De Castalie, et sur le mont natal,
Et sur le bord du chevalin crystal
M’avez d’enfance instruit en vos escoles ;
Si tout ravy des saults de vos caroles,
D’un pied nombreux j’ay guidé vostre bal,
Plus dur qu’en fer, qu’en cuivre et qu’en metal,
Dans vostre Temple engravez ces paroles :
Ronsard, afin que le siècle avenir
De temps en temps se puisse souvenir
Que sa jeunesse à l’amour fist homage,
De la main dextre apand à vostre autel
L’humble présent de son livre immortel
Son cœur de l’autre aux pieds de ceste image.
De Castalie, et sur le mont natal,
Et sur le bord du chevalin crystal
M’avez d’enfance instruit en vos escoles ;
Si tout ravy des saults de vos caroles,
D’un pied nombreux j’ay guidé vostre bal,
Plus dur qu’en fer, qu’en cuivre et qu’en metal,
Dans vostre Temple engravez ces paroles :
Ronsard, afin que le siècle avenir
De temps en temps se puisse souvenir
Que sa jeunesse à l’amour fist homage,
De la main dextre apand à vostre autel
L’humble présent de son livre immortel
Son cœur de l’autre aux pieds de ceste image.
René Guy Cadou
Destin du poète
Le soir qui bouge son oreille
Comme un vieil âne abandonné
Le dernier corset d’une abeille
Oublié sur la cheminée
La cloche triste de l’asile
Kt le pas qui répond au pas
Dans la mesure où ce qui veille
Encourage ce qui n’est pas
L’oiseau qui tombe sur la pierre
Le sang qui tombe sur le cœur
La bonne pluie des réverbéres
Qui donne a boire au malfaiteur
Le trou d’aiguille par où passe
Le fil ténu de la clarté
La bobine du temps qui roule
Sous les lauriers sous les sommiers
Mais se savoir parmi les hommes
En un présent aventureux
Une petite lampe a huile
Qui peut encore mettre le feu.
Comme un vieil âne abandonné
Le dernier corset d’une abeille
Oublié sur la cheminée
La cloche triste de l’asile
Kt le pas qui répond au pas
Dans la mesure où ce qui veille
Encourage ce qui n’est pas
L’oiseau qui tombe sur la pierre
Le sang qui tombe sur le cœur
La bonne pluie des réverbéres
Qui donne a boire au malfaiteur
Le trou d’aiguille par où passe
Le fil ténu de la clarté
La bobine du temps qui roule
Sous les lauriers sous les sommiers
Mais se savoir parmi les hommes
En un présent aventureux
Une petite lampe a huile
Qui peut encore mettre le feu.
René Guy Cadou
Les secrets de l’écriture
Je n’écris pas pour quelques-uns retirés sous la lampe
Ni pour les habitués d’une cité lacustre
Pour l’écolier attentif à son coeur
Non plus pour cet enfant paresseux qui sommeille
Entre mes bras depuis cent ans
Mais pour cet homme qui dépassé par l’orage
N’entend pas la rumeur terrestre de son sang
Ni herbe le flatter doucement au visage
J’écris pour divulguer ce qui vient des saisons
La neige pure ainsi qu’une main féminine
Et le pollen éparpillé sur les gazons
Aussi l’agneau qui fait le calme des montagnes
J’écris pour dépasser la crue noire du temps
Tandis que les oiseaux et les fleurs me précèdent
A cette auberge au bord du ciel où les passants
Trouvent des couches étoilées et des vaisselles
Pleines de fruits et des soleils encourageants
Mais reste au fond de moi le plus clair de ma vie
Qui ne supporte pas le poids de la parole
Ces mots d’amour qui ne seront jamais écrits
Et la lumière de mon cœur toujours plus haute
Aveuglante comme une poignée de sel gris.
INEDIT.
Ni pour les habitués d’une cité lacustre
Pour l’écolier attentif à son coeur
Non plus pour cet enfant paresseux qui sommeille
Entre mes bras depuis cent ans
Mais pour cet homme qui dépassé par l’orage
N’entend pas la rumeur terrestre de son sang
Ni herbe le flatter doucement au visage
J’écris pour divulguer ce qui vient des saisons
La neige pure ainsi qu’une main féminine
Et le pollen éparpillé sur les gazons
Aussi l’agneau qui fait le calme des montagnes
J’écris pour dépasser la crue noire du temps
Tandis que les oiseaux et les fleurs me précèdent
A cette auberge au bord du ciel où les passants
Trouvent des couches étoilées et des vaisselles
Pleines de fruits et des soleils encourageants
Mais reste au fond de moi le plus clair de ma vie
Qui ne supporte pas le poids de la parole
Ces mots d’amour qui ne seront jamais écrits
Et la lumière de mon cœur toujours plus haute
Aveuglante comme une poignée de sel gris.
INEDIT.
Robert Desnos
Saint-john perse, pierre jean jouve, henri michaux, rené char
Finalement, le surréalisme fut une entreprise de purification.
Il avait fait table rase de tout ce qui encombrait encore la poésie :
l’éloquence, la morale, l’anecdote, l’histoire. Il avait exalté l’amour
Il avait fait table rase de tout ce qui encombrait encore la poésie :
l’éloquence, la morale, l’anecdote, l’histoire. Il avait exalté l’amour
Stéphane Mallarmé
Le Démon de l’analogie
Des paroles inconnues chantérent-elles sur vos lèvres, lambeaux maudits d’une phrase absurde?
Je sortis de mon appartement avec la sensation propre d’une aile glissant sur les cordes d’un instrument, traînante et légère, que remplaça une voix prononçant les mots sur un ton descendant: “La Pénultième est morte”, de façon que
Je sortis de mon appartement avec la sensation propre d’une aile glissant sur les cordes d’un instrument, traînante et légère, que remplaça une voix prononçant les mots sur un ton descendant: “La Pénultième est morte”, de façon que
Stéphane Mallarmé
Les Révolutions ont leurs Thermidor et leurs 18-Brumaire
Les Révolutions ont leurs Thermidor et leurs 18-Brumaire.
Les Révolutions littéraires connaissent, elles aussi, leurs bonaces.
ll a fallu du temps pour que la poésie française reconnaisse, puis
assimile, des œuvres aussi étranges, aussi perturbatrices, aussi
« scandaleuses » que celles de Lautréamont, de Rimbaud ou de
Les Révolutions littéraires connaissent, elles aussi, leurs bonaces.
ll a fallu du temps pour que la poésie française reconnaisse, puis
assimile, des œuvres aussi étranges, aussi perturbatrices, aussi
« scandaleuses » que celles de Lautréamont, de Rimbaud ou de
Victor Hugo
Pourquoi donc faites-vous des prêtres
Pourquoi donc faites-vous des prêtres
Quand vous en avez parmi vous ?
Les esprits conducteurs des êtres
Portent un signe sombre et doux.
Nous naissons tous ce que nous sommes.
Dieu de ses mains sacre des hommes
Dans les ténèbres des berceaux ;
Son effrayant doigt invisible
Écrit sous leur crâne la bible
Des arbres, des monts et des eaux.
Ces hommes, ce sont les poètes ;
Ceux dont l’aile monte et descend ;
Toutes les bouches inquiètes
Qu’ouvre le verbe frémissant ;
Les Virgiles, les Isaïes ;
Toutes les âmes envahies
Par les grandes brumes du sort ;
Tous ceux en qui Dieu se concentre ;
Tous les yeux où la lumière entre,
Tous les fronts d’où le rayon sort.
Ce sont ceux qu’attend Dieu propice
Sur les Horebs et les Thabors ;
Ceux que l’horrible précipice
Retient blêmissants à ses bords ;
Ceux qui sentent la pierre vivre ;
Ceux que Pan formidable enivre ;
Ceux qui sont tout pensifs devant
Les nuages, ces solitudes
Où passent en mille attitudes
Les groupes sonores du vent.
Ce sont les sévères artistes
Que l’aube attire à ses blancheurs,
Les savants, les inventeurs tristes,
Les puiseurs d’ombre, les chercheurs,
Qui ramassent dans les ténèbres
Les faits, les chiffres, les algèbres,
Le nombre où tout est contenu,
Le doute où nos calculs succombent,
Et tous les morceaux noirs qui tombent
Du grand fronton de l’inconnu !
Ce sont les têtes fécondées
Vers qui monte et croît pas à pas
L’océan confus des idées,
Flux que la foule ne voit pas,
Mer de tous les infinis pleine,
Que Dieu suit, que la nuit amène,
Qui remplit l’homme de clarté,
Jette aux rochers l’écume amère,
Et lave les pieds nus d’Homère
Avec un flot d’éternité…
Quand vous en avez parmi vous ?
Les esprits conducteurs des êtres
Portent un signe sombre et doux.
Nous naissons tous ce que nous sommes.
Dieu de ses mains sacre des hommes
Dans les ténèbres des berceaux ;
Son effrayant doigt invisible
Écrit sous leur crâne la bible
Des arbres, des monts et des eaux.
Ces hommes, ce sont les poètes ;
Ceux dont l’aile monte et descend ;
Toutes les bouches inquiètes
Qu’ouvre le verbe frémissant ;
Les Virgiles, les Isaïes ;
Toutes les âmes envahies
Par les grandes brumes du sort ;
Tous ceux en qui Dieu se concentre ;
Tous les yeux où la lumière entre,
Tous les fronts d’où le rayon sort.
Ce sont ceux qu’attend Dieu propice
Sur les Horebs et les Thabors ;
Ceux que l’horrible précipice
Retient blêmissants à ses bords ;
Ceux qui sentent la pierre vivre ;
Ceux que Pan formidable enivre ;
Ceux qui sont tout pensifs devant
Les nuages, ces solitudes
Où passent en mille attitudes
Les groupes sonores du vent.
Ce sont les sévères artistes
Que l’aube attire à ses blancheurs,
Les savants, les inventeurs tristes,
Les puiseurs d’ombre, les chercheurs,
Qui ramassent dans les ténèbres
Les faits, les chiffres, les algèbres,
Le nombre où tout est contenu,
Le doute où nos calculs succombent,
Et tous les morceaux noirs qui tombent
Du grand fronton de l’inconnu !
Ce sont les têtes fécondées
Vers qui monte et croît pas à pas
L’océan confus des idées,
Flux que la foule ne voit pas,
Mer de tous les infinis pleine,
Que Dieu suit, que la nuit amène,
Qui remplit l’homme de clarté,
Jette aux rochers l’écume amère,
Et lave les pieds nus d’Homère
Avec un flot d’éternité…
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