. . . . . .
L’amoureuse Nature estoit un jour fâchée
De se voir sans rien faire, auprès du Temps couchée :
« Il y a, ce disoit, tant de siecles passez
Que du Temps, mon mary, les membres sont cassez,
Froids, perclus, impotens, la charge de ma couche ;
. . . . . .

J’ay beau passer ma main tres-delicate et blanche
Ores dessus son ventre, ores dessus sa hanche,
J’ay beau fourcher ma jambe et chatouiller sa chair,
Il demeure immobile, aussi froid qu’un rocher,
Descharné, deshallé, sans puissance ny force,
N’ayant plus rien de vif sinon un peu d’escorce.
En lieu de me respondre il ronfle, et si ne puis
En tirer seulement un baiser en trois nuicts.
Las ! il n’estoit pas tel, quand, pour sa chere espouse,
Il me prist chez mon pere : il n’aimoit autre chouse
Que l’amoureux deduit, duquel les mariez
Se trouvent bras-à-bras à leurs femmes liez.
Tousjours il m’accoloit d’une chaude ambrassée,
Tousjours ma bouche estoit à la sienne pressée,
Et fusmes si gaillars que ce grand Univers
Fut peuplé tout soudain de nos enfans divers,
Car tout cela qui vit et qui habite au monde,
Est yssu du plaisir de nostre amour feconde.
Maintenant il est vieil et je ne le suis pas !
Je sens encor en moy les gracieux appas,
Dont Amour, mon enfant, chatouille la pensée,
Et sa flame en mon cœur n’est encor effacée.
Bref, j’ay delibéré de me donner plaisir,
Aupres de mon mary, je ne veux plus gesir,
La foy de mariage est pour les hommes faite
Grossiers, mal-advisez et de race imparfaite,
Assujettis aux lois, et non pas pour les Dieux
Qui pleins de liberté habitent dans les Cieux.
Quant-à-moy, je suis franche, et Deesse j’estime
Autant un fils bastard, comme un fils legitime. »
Ainsi disoit Nature, et de ce pas alla
Au palais du Soleil, auquel ainsi parla :
« Soleil, de ce grand Tout, l’ame, l’œil et la vie,
Je suis de tes beautez en l’ame si ravie,
Que tu me verras toute en larmes consommer,
S'il ne te plaist guarir mon mal, qui vient d’aimer.
. . . . . .

Te voyant l’autre jour chez mon pere, à la table,
Sans barbe et chevelu, de visage accointable,
Jeune, doux et courtois, tu me gaignas le cœur ;
Depuis je n’ay vescu qu’en peine et en langueur,
Souspirante pour toy et pour ton beau visage,
Qui m’a dedans l’esprit imprimé ton image ;
Je ne fais que gémir, et pense nuit et jour
Le moyen de guarir mes pleurs et mon amour.
Aux charmes, pour l’oster, j’ay mis ma fantaisie,
Mais mon ame, qui vit de trop d’amour saisie,
Refuse tout confort ; mon extreme secours
Est d’avoir, sans tarder, à ta grace recours,
Et t’embrasser tout nud, pendant que la Nuict brune
Conduira par le Ciel les chevaux de la Lune. »
. . . . . .
Partager

Commentaires (0)

Se connecter pour publier un commentaire.

Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter.