André du Bouchet

André du Bouchet

C’est un visage

Au fond du temps, ce temps qui n’a plus rien à dire,
J’écoute le silence d’un merveilleux visage.
Il est de feuille verte, il est de feuille morte,
C’est un rien qui soupire en frappant à la porte
De mon cœur dépouillé de serrures, de chaînes ;

C’est un visage blanc, sans ombre, aux cheveux blonds,
Si frais que le mystère en dérange les boucles ;
Des grilles m’en séparent, ce sont des cils, des rides,
Un masque de métal ouvragé sur mes joues.

Au fond du temps tué, je marche si souvent
Que je ne suis plus seul avec ma solitude ;
Je me fais des amis dans le passé d’autrui,
J’ai mes saules, mes rues, mes hautes croix martyres
Dans ce que vous jetez de vos lourds souvenirs.

Mais ce visage-là m’appartient comme une île,
Comme la folle pluie lorsqu’elle déshabille
Les arbres de leurs chants, comme l’eau des étoiles
Quand la soif a fermé ses volets pour dormir ;

C’est un visage sans histoire, un astre tendre
Qui veille sur mon Ame et la tient par la main
Pour la garder du froid, des failles et des hommes.

BRÛLER LE FEU, Lumière de l’Ombre.
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Poèmes

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C’est un visage

Au fond du temps, ce temps qui n’a plus rien à dire,
J’écoute le silence d’un merveilleux visage.
Il est de feuille verte, il est de feuille morte,
C’est un rien qui soupire en frappant à la porte
De mon cœur dépouillé de serrures, de chaînes ;

C’est un visage blanc, sans ombre, aux cheveux blonds,
Si frais que le mystère en dérange les boucles ;
Des grilles m’en séparent, ce sont des cils, des rides,
Un masque de métal ouvragé sur mes joues.

Au fond du temps tué, je marche si souvent
Que je ne suis plus seul avec ma solitude ;
Je me fais des amis dans le passé d’autrui,
J’ai mes saules, mes rues, mes hautes croix martyres
Dans ce que vous jetez de vos lourds souvenirs.

Mais ce visage-là m’appartient comme une île,
Comme la folle pluie lorsqu’elle déshabille
Les arbres de leurs chants, comme l’eau des étoiles
Quand la soif a fermé ses volets pour dormir ;

C’est un visage sans histoire, un astre tendre
Qui veille sur mon Ame et la tient par la main
Pour la garder du froid, des failles et des hommes.

BRÛLER LE FEU, Lumière de l’Ombre.

L’élégie

Je n’écrirai jamais l’élégie du bonheur,
Le calme poème des yeux apaisés,
La stance dorée comme un fruit qui veille
Au tendre sourire du verger des mots.

Je n’écrirai jamais l’élégie, l’élégie
Que je porte en mon sang depuis le premier jour,
Trop de chemins me tentent et trop de mains me perdent;
Je n’écrirai jamais ]’élégie de la paix.

Je mourrai de l’amour comme un feu de sa cendre,
Désespéré de n’avoir su, de n’avoir pu mener a ciel
La perle unique de ma nuit.

Mais l’élégie, ah ! l’élégie!
Mourra-t-elle en ces lèvres qui ne l’auront pas prononcée
Mais qui l’auront veillée, la fraîche, la sublime,
Dernier espoir de souffle pur,
Ou bien d’autres que moi la saisiront-ils par les ailes
Pour la torturer d’immortalité ?

BRULER LE FEU, Lumière de l’Ombre.

Le mort que je serai...

Le mort que je serai, dans sa prison de veines
S’agite et me dévore doucement, fil a fil ;
Il rêve d’un futur de terres et de pluies
Ou je ne serai pas, moi qui lui donne asile.

Le paysage change ow son regard se pose,
Tl asséché les mares et comble les volcans,
Il détisse en riant les rideaux de ma rage
Et tient lieu de vacances à mes membres lassés.

Nous sommes deux en moi pour dévorer le jour,
Deux bouches a gaver de sucs et de soleils,
Mais pourquoi faut-il donc, à Pheure de l’amour,
Que ce soit l’éternel, le mort qui s’émerveillé ?

Quand je veux dire l’or, il parle de dents séchés,
Le moindre mot, taillé dans l’étoffe de l’eau
Porte son coup de griffe ; il m’enlève l’espoir
D’étre jamais ruisseau dans la prairie du soir.

Je ne lui parle pas, il se venge en brouillant
Les cartes de mon ceeur a l’instant du poème
Et je souffre en songeant que cet arbre de peine
Jusqu’a la fin des temps, terrible, fleurira.

BRULER LE FEU, Lumière de l’Ombre.

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