En verrai-je jamais la fin
En verrai-je jamais la fin,
De vos œuvres, Mélancolie,
Quand au soir de vous me délie
Me rattachez au matin.
J’aimasse mieux autre voisin
Que vous, qui si fort me guerrie ;
En verrai-je jamais la fin ?
Vers moi venez en larrecin
Et me robez Plaisance lie ;
Suis-je destiné en ma vie
D’être toujours en tel hutin ?
En verrai-je jamais la fin ?
Ici, puis là…
Ici, puis là,
En haut, en bas,
De plus en plus
Tout vient et va.
On verra tous,
Grands et menus,
Ici, puis là,
En haut, en bas.
Les temps déjà
Sont révolus,
Les neufs venus,
Eh là ! eh là !
Ici, puis là.
Je meurs de soif auprès de la fontaine…
Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Tremblant de froid au feu des amoureux ;
Je suis aveugle et je conduis les autres ;
Pauvre en bon sens, l’un des gens avertis ;
Très négligent, souvent soucieux pour rien :
Ma situation est comme ensorcelée,
Conduite au pire et au mieux par Fortune.
Gagnant du temps, je perds mainte semaine ;
Je joue et ris quand la douleur m’étreint ;
Mon déplaisir est comblé d’espérance ;
J’attends ma chance aux affres du regret ;
Rien ne me plaît et pourtant je désire ;
Joie et chagrin je trouve à ma pensée
Conduite au pire et au mieux par Fortune.
Je suis bavard et me tais à grand peine ;
Déconcerté sans manquer de courage ;
Mon réconfort est aux mains de Tristesse :
Je ne peux pas les esquiver tous deux ;
Dans l’affliction, je fais bonne figure ;
La maladie m’échoit dans la santé
Conduite au pire et au mieux par Fortune.
Envoi
Prince, je dis que mon cas désastreux
Et mon profit aussi avantageux,
Je les jouerai au hasard, quelque année
Conduite au pire et au mieux par Fortune.
Las ! Mort, qui t’a fait si hardie
Las ! Mort, qui t’a fait si hardie
De prendre la noble Princesse
Qui était mon confort, ma vie,
Mon bien, mon plaisir, ma richesse !
Puisque tu as pris ma maitresse,
Prends-moi aussi son serviteur,
Car j’aime mieux prochainement
Mourir que languir en tourment,
En peine, souci et douleur !
Las ! de tous biens était garnie
Et en droite fleur de jeunesse !
Je prie à Dieu qu’il te maudie,
Fausse Mort, pleine de rudesse !
Si prise l’eusses en vieillesse,
Ce ne fût pas si grand rigueur ;
Mais prise l’as hâtivement,
Et m’as laissé piteusement
En peine, souci et douleur !
Las ! je suis seul, sans compagnie !
Adieu ma Dame, ma liesse !
Or est notre amour departie,
Non pourtant, je vous fais promesse
Que de prières, à largesse,
Morte vous servirai de cœur,
Sans oublier aucunement ;
Et vous regretterai souvent
En peine, souci et douleur !
Dieu, sur tout souverain Seigneur,
Ordonnez, par grâce et douceur,
De l’âme d’elle, tellement
Qu’elle ne soit pas longuement
En peine, souci et douleur !
Le temps a laissé son manteau
Le temps a quitté son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Pour revêtir la broderie
Du soleil qui luit, clair et beau.
Il n’y a bête ni oiseau
Qui ne chante ou crie dans sa langue :
« Le temps a quitté son manteau
De vent, de froidure et de pluie ! »
Rivière, source et ruisseau portent,
Pour coquette livrée, des gouttes
D’argent d’un ouvrage d’orfèvre ;
Chacun prend de nouveaux habits :
Le temps a quitté son manteau.
Les fourriers d’Été sont venus
Les fourriers d’Été sont venus
Pour appareiller son logis,
Et ont fait tendre ses tapis,
De fleurs et verdure tissus.
En étendant tapis velus,
De vert herbe par le pays,
Les fourriers d’Été sont venus.
Cœurs d’ennui piéça morfondus,
Dieu merci, sont sains et jolis ;
Allez-vous-en, prenez pays,
Hiver, vous ne demeurez plus ;
Les fourriers d’Été sont venus !
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu’il me fault loing de vous demorer,
Je n’ay plus riens, a me réconforter,
Qu’un souvenir pour retenir lyesse.
. En allegant, par Espoir, ma destresse,
Me couvendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu’il me fault loing de vous demorer.
Car mon las cueur, bien garny de tristesse,
S’en est voulu avecques vous aler,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusques verray vostre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse.
Ma seule, plaisant, doulce joye
Ma seule, plaisant, doulce joye,
La maistresse de mon vouloir,
J’ay tel désir de vous veoir,
Que mander ne le vous sauroye.
Helas ! pensez que ne pourroye
Aucun bien, sans vous, recevoir,
Ma seule, plaisant, doulce joye,
La maistresse de mon vouloir.
Car, quant Desplaisir me guerroye,
Souventesfois, de son povoir,
Et je vueil réconfort avoir,
Esperance vers vous m’envoye,
Ma seule, plaisant, doulce joye!