François De Malherbe

François De Malherbe

1555–1628 · a vécu 73 ans FR FR

n. 1555-01-01, Caen · m. 1628-10-16, Paris

Chanson (1614)

Sus debout la merveille des belles,
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un esmail dont la vive peinture
Deffend à l’art d’imiter la nature.

L’air est plein d’une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes,
Et le Soleil semble sortir de l’onde
Pour quelque amour plus que pour luire au monde.

On diroit, à luy voir sur la teste
Ses rayons comme un chapeau de feste,
Qu’il s’en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
. . . . . .

Il fait chaud, mais un fueillage sombre
Loin du bruit nous fournira quelque ombre,
Où nous ferons, parmy les violettes,
Mespris de l’ambre et de ses cassolettes.

Près de nous, sur les branches voisines
Des genets, des houx et des espines,
Le rossignol, desployant ses merveilles,
Jusqu’aux rochers donnera des oreilles.

Et peut-être, à travers des fougeres,
Verrons-nous de bergers à bergeres,
Sein contre sein et bouche contre bouche,
Naistre et finir quelque douce escarmouche.
. . . . . .
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Poèmes

15

Prière pour le Roi Henri le Grand, allant en Limousin

… La terreur de son nom rendra nos villes fortes,
On n’en gardera plus ni les murs ni les portes,
Les veilles cesseront aux sommets de nos tours ;
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n’est pour danser, n’orra plus de tambours.

Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,
L’oisive nonchalance et les molles délices
Qui nous avaient portés jusqu’aux derniers hasards ;
Les vertus reviendront de palmes couronnées,
Et ses justes faveurs aux mérites données
Feront ressusciter l’excellence des arts…

Tu nous rendras alors nos douces destinées :
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs…

Sonnet

Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle :
C’est un œuvre où Nature a fait tous ses efforts :
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.

La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors :
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.

La blancheur de sa gorge éblouit les regards :
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle visible.

En ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas?

Stances au roi henri le grand pour de petites nymphes qui mènent l’amour prisonnier (1610)

A la fin tant d’amants, dont les ames blessees
Languissent nuit et jour,
Verront sur leur auteur leurs peines renversees,
Et seront consolez aux despens de l’Amour.

Ce publicque ennemy, cette peste du monde,
Que l’erreur des humains
Fait le maistre absolu de la terre et de l’onde,
Se treuve à la mercy de nos petites mains.

Nous le vous amenons dépoüillé de ses armes ;
O Roy, l’astre des rois,
Quittez vostre bonté, mocquez-vous de ses larmes,
Et luy faites sentir la rigueur de vos lois.

. . . . . .
Mars, qui met sa loüange à deserter la terre
Par des meurtres espais,
N’a rien de si tragique aux fureurs de la guerre
Comme ce desloyal aux douceurs de la paix.
. . . . . .

Ne meslez rien de lasche à vos hautes pensees,
Et par quelques appas
Qu’il demande mercy de ses fautes passees,
Imitez son exemple à ne pardonner pas.
. . . . . .

Stances aux ombres de damon (1604)

. . . . . .
L'Orne comme autre-fois nous reverroit encore,
Ravis de ces pensers que le vulgaire ignore,
Égarer à l’écart nos pas et nos discours ;
Et, couchez sur les fleurs comme estoilles semées,
Rendre en si doux ébat les heures consumées
Que les soleils nous seroient cours.

Mais, ô loy rigoureuse à la race des hommes !
C'est un point arresté, que tout ce que nous sommes,
Yssus de peres roys et de peres bergers
La Parque également sous la tombe nous serre ;
Et les mieux établis au repos de la terre
N’y sont qu’hostes et passagers.

Tout ce que la grandeur a de vains équipages,
D'habillements de pourpre et de suitte de pages,
Quand le terme est écheu, n’alonge point nos jours ;
Il faut aller tout nus où le destin commande ;
Et de toutes douleurs la douleur la plus grande,
C’est qu’il faut laisser nos amours.
. . . . . .

Vers funèbres sur la mort de henri le grand (1610)

En fin l’ire du ciel et sa fatale envie,
Dont j’avois repoussé tant d’injustes efforts,
Ont détruit ma fortune, et, sans m’oster la vie,
M’ont mis entre les morts.

Henry, ce grand Henry, que les soins de nature
Avoient fait un miracle aux yeux de l’univers
Comme un homme vulgaire est dans la sepulture
A la mercy des vers !

Belle ame, beau patron des celestes ouvrages,
Qui fus de mon espoir l’infaillible recours,
Quelle nuict fut pareille aux funestes ombrages
Où tu laisses mes jours !

C’est bien à tout le monde une commune playe,
Et le malheur que j’ay, chacun l’estime sien ;
Mais en quel autre cœur est la douleur si vraye
Comme elle est dans le mien ?

Ta fidele compagne, aspirant à la gloire
Que son affliction ne se puisse imiter,
Seule de cet ennuy me debat la victoire,
Et me la fait quitter.
. . . . . .

Nulle heure de beau temps ses orages n’essuye,
Et sa grace divine endure en ce tourment
Ce qu’endure une fleur que la bise ou la pluie
Bat excessivement.
. . . . . .

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