Poèmes de ce thème
Émotions et sentiments
Guillaume de Lorris
Certains disent que dans les songes
Certains disent que dans les songes
il n’y a que fables et mensonges,
mais l’on peut bien faire des rêves
qui ne sont pas mensongers
et sont par la suite bien vérifiés :
j’en puis prendre pour garant
un auteur qui s’appelait Macrobe :
il ne considérait pas les songes comme
des mensonges,
mais il a décrit ce que le roi Scipion
une fois vit en rêve.
On peut penser et dire
que c’est folie et niaiserie
de croire qu’un songe puisse se réaliser ;
qu’aussi on me tienne, si l’on veut, pour fou,
car pour moi je suis certain
qu’un songe est une façon d’annoncer
aux humains des événements propices ou fâcheux :
la plupart des gens songent de nuit,
dans le secret de leur esprit, maintes choses
que l’on voit par la suite manifestement.
il n’y a que fables et mensonges,
mais l’on peut bien faire des rêves
qui ne sont pas mensongers
et sont par la suite bien vérifiés :
j’en puis prendre pour garant
un auteur qui s’appelait Macrobe :
il ne considérait pas les songes comme
des mensonges,
mais il a décrit ce que le roi Scipion
une fois vit en rêve.
On peut penser et dire
que c’est folie et niaiserie
de croire qu’un songe puisse se réaliser ;
qu’aussi on me tienne, si l’on veut, pour fou,
car pour moi je suis certain
qu’un songe est une façon d’annoncer
aux humains des événements propices ou fâcheux :
la plupart des gens songent de nuit,
dans le secret de leur esprit, maintes choses
que l’on voit par la suite manifestement.
Henri de Régnier
La Prisonnière
Tu m’as fui; mais j’ai vu tes yeux quand tu m’as fui;
Je sais ce qu’à la main pèse ta gorge dure
Et le goût, la couleur, la ligne et la courbure
De ton corps disparu que mon désir poursuit.
Tu mets entre nous deux la forêt et la nuit;
Mais, malgré toi, fidèle à ta beauté parjure,
J’ai médité ta forme éparse en l’ombre obscure
Et je te referai la même. L’aube luit;
J’y dresserai le bloc debout de ta statue
Pour en remplir l’espace exact où tu fus nue.
Captive en la matière inerte, désormais,
Tu t’y tordras muette et encor furieuse
D’être prise, vivante et morte pour jamais,
Dans la pierre marbrée ou la terre argileuse.
Je sais ce qu’à la main pèse ta gorge dure
Et le goût, la couleur, la ligne et la courbure
De ton corps disparu que mon désir poursuit.
Tu mets entre nous deux la forêt et la nuit;
Mais, malgré toi, fidèle à ta beauté parjure,
J’ai médité ta forme éparse en l’ombre obscure
Et je te referai la même. L’aube luit;
J’y dresserai le bloc debout de ta statue
Pour en remplir l’espace exact où tu fus nue.
Captive en la matière inerte, désormais,
Tu t’y tordras muette et encor furieuse
D’être prise, vivante et morte pour jamais,
Dans la pierre marbrée ou la terre argileuse.
Henri de Régnier
Le secret
Prends garde. Si tu veux parler à ma tristesse,
Ne lui demande pas le secret de mes pleurs,
Ni pourquoi son regard se détourne et s’abaisse
Et se fixe longtemps sur le pavé sans fleurs.
Pour distraire son mal, sa peine et son silence,
N’évoque de l’oubli taciturne et glacé
Nul fantéme d’amour, d’orgueil ou d’espérance
Dont le visage obscur soit l’ombre du passé.
Parle-lui du soleil, des arbres, des fontaines,
De la mer lumineuse et du bois ténébreux
D’où monte dans le ciel la lune souterraine,
Et de tout ce qu’on voit quand on ouvre les yeux.
Dis-lui que le printemps porte toujours des roses ‘
En lui prenant les mains doucement, et tout bas,
Car la forme, l’odeur et la beauté des choses
Sont le seul souvenir dont on ne souffre pas.
Ne lui demande pas le secret de mes pleurs,
Ni pourquoi son regard se détourne et s’abaisse
Et se fixe longtemps sur le pavé sans fleurs.
Pour distraire son mal, sa peine et son silence,
N’évoque de l’oubli taciturne et glacé
Nul fantéme d’amour, d’orgueil ou d’espérance
Dont le visage obscur soit l’ombre du passé.
Parle-lui du soleil, des arbres, des fontaines,
De la mer lumineuse et du bois ténébreux
D’où monte dans le ciel la lune souterraine,
Et de tout ce qu’on voit quand on ouvre les yeux.
Dis-lui que le printemps porte toujours des roses ‘
En lui prenant les mains doucement, et tout bas,
Car la forme, l’odeur et la beauté des choses
Sont le seul souvenir dont on ne souffre pas.
Henri de Régnier
Le Socle
L’Amour qui souriait en son bronze d’or clair
Au centre du bassin qu’enfeuille, soir à soir,
L’automne, a chancelé en se penchant pour voir
En l’onde son reflet lui rire, inverse et vert.
Le prestige mystérieux s’est entr’ouvert;
Sa chute, par sa ride, a brisé le miroir,
Et dans la transparence en paix du cristal noir
On l’aperçoit qui dort sous l’eau qui l’a couvert.
Le lieu est triste; l’if est dur; le cyprès nu.
L’allée au loin s’enfonce où nul n’est revenu,
Dont le pas à jamais vibre au fond de l’écho;
Et, de l’Amour tombé du socle qu’il dénude,
Il reste un bloc ègal qui semble le tombeau
Du songe, du silence et de la solitude.
Au centre du bassin qu’enfeuille, soir à soir,
L’automne, a chancelé en se penchant pour voir
En l’onde son reflet lui rire, inverse et vert.
Le prestige mystérieux s’est entr’ouvert;
Sa chute, par sa ride, a brisé le miroir,
Et dans la transparence en paix du cristal noir
On l’aperçoit qui dort sous l’eau qui l’a couvert.
Le lieu est triste; l’if est dur; le cyprès nu.
L’allée au loin s’enfonce où nul n’est revenu,
Dont le pas à jamais vibre au fond de l’écho;
Et, de l’Amour tombé du socle qu’il dénude,
Il reste un bloc ègal qui semble le tombeau
Du songe, du silence et de la solitude.
Henri de Régnier
Un petit roseau m’a suffi
Un petit roseau m’a suffi
Pour faire frémir l’herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m’a suffi
À faire chanter la forêt.
Ceux qui passent l’ont entendu
Au fond du soir, en leurs pensées,
Dans le silence et dans le vent,
Clair ou perdu,
Proche ou lointain…
Ceux qui passent en leurs pensées
En écoutant, au fond d’eux-mêmes,
L’entendront encore et l’entendent
Toujours qui chante.
Il m’a suffi
De ce petit roseau cueilli,
À la fontaine où vint l’Amour
Mirer, un jour,
Sa face grave
Et qui pleurait,
Pour faire pleurer ceux qui passent
Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;
Et j’ai, du souffle d’un roseau,
Fait chanter toute la forêt.
Pour faire frémir l’herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi ;
Un petit roseau m’a suffi
À faire chanter la forêt.
Ceux qui passent l’ont entendu
Au fond du soir, en leurs pensées,
Dans le silence et dans le vent,
Clair ou perdu,
Proche ou lointain…
Ceux qui passent en leurs pensées
En écoutant, au fond d’eux-mêmes,
L’entendront encore et l’entendent
Toujours qui chante.
Il m’a suffi
De ce petit roseau cueilli,
À la fontaine où vint l’Amour
Mirer, un jour,
Sa face grave
Et qui pleurait,
Pour faire pleurer ceux qui passent
Et trembler l’herbe et frémir l’eau ;
Et j’ai, du souffle d’un roseau,
Fait chanter toute la forêt.
Henri Michaux
Crier
Le panaris est une souffrance atroce. Mais ce qui me faisait souffrir le plus, c’était que je ne pouvais crier. Car j’étais à l’hôtel. La nuit venait de tomber et ma chambre était prise entre deux autres où l’on dormait.
Alors, je me mis à sortir de mon crâne des grosses caisses, des cuivres, et un instrument qui résonnait plus que des orgues. Et profitant de la force prodigieuse que me donnait la fièvre, j’en fis un orchestre assourdissant. Tout tremblait de vibrations.
Alors, enfin assuré que dans ce tumulte ma voix ne serait pas entendue, je me mis à hurler, à hurler pendant des heures, et parvins à me soulager petit à petit.
Alors, je me mis à sortir de mon crâne des grosses caisses, des cuivres, et un instrument qui résonnait plus que des orgues. Et profitant de la force prodigieuse que me donnait la fièvre, j’en fis un orchestre assourdissant. Tout tremblait de vibrations.
Alors, enfin assuré que dans ce tumulte ma voix ne serait pas entendue, je me mis à hurler, à hurler pendant des heures, et parvins à me soulager petit à petit.
Henri Michaux
Dragon
Un dragon est sorti de moi. Cent queues de flammes et de nerfs il sortit.
Quel effort je fis pour le contraindre à s’élever, le fouettant par-dessus moi! Le bas était prison d’acier où j’étais enfermé. Mais je m’obstinai et soutins fureur et les tôles de l’implacable geôle finirent par se disjoindre petit à petit, forcées par l’impétueux mouvement giratoire.
C’était parce que tout allait si mal, c’était en septembre (1938), c’était le mardi, c’était pour ça que j’étais obligé pour vivre de prendre cette forme si étrange. Ainsi donc je livrai bataille pour moi seul, quand l’Europe hésitait encore, et partis comme dragon, contre les forces mauvaises, contre les paralysies sans nombre qui montaient des événements, par-dessus la voix de l’océan des médiocres, dont la gigantesque importance se démasquait soudain à nouveau vertigineusement.
Quel effort je fis pour le contraindre à s’élever, le fouettant par-dessus moi! Le bas était prison d’acier où j’étais enfermé. Mais je m’obstinai et soutins fureur et les tôles de l’implacable geôle finirent par se disjoindre petit à petit, forcées par l’impétueux mouvement giratoire.
C’était parce que tout allait si mal, c’était en septembre (1938), c’était le mardi, c’était pour ça que j’étais obligé pour vivre de prendre cette forme si étrange. Ainsi donc je livrai bataille pour moi seul, quand l’Europe hésitait encore, et partis comme dragon, contre les forces mauvaises, contre les paralysies sans nombre qui montaient des événements, par-dessus la voix de l’océan des médiocres, dont la gigantesque importance se démasquait soudain à nouveau vertigineusement.
Henri Michaux
Emportez-moi
Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.
Dans l’attelage d’un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l’haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.
Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.
Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l’étrave, ou si l’on veut, dans l’écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.
Dans l’attelage d’un autre âge.
Dans le velours trompeur de la neige.
Dans l’haleine de quelques chiens réunis.
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.
Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.
Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.
Henri Michaux
Et c’est toujours
Et c’est toujours le percement par la lance
l’essaim de guêpes qui fond sur l’œil
la lèpre
et c’est toujours le flanc ouvert
et c’est toujours l’enseveli vivant
et c’est toujours le tabernacle brisé
le bras faible comme un cil qui lutte contre le fleuve
et c’est toujours la nuit qui revient
l’espace vide mais qui guette
et c’est toujours la vieille sangle
et c’est toujours l’enseveli vivant
et c’est toujours le balcon écroulé.
Le nerf pincé au fond du cœur qui se souvient
l’oiseau-baobab qui fouaille le cerveau
le torrent où l’être se précipite
et c’est toujours la rencontre dans l’orage
et c’est toujours le bord de l’éclipse
et c’est toujours derrière la palissade des cellules
l’horizon qui recule, qui recule.
l’essaim de guêpes qui fond sur l’œil
la lèpre
et c’est toujours le flanc ouvert
et c’est toujours l’enseveli vivant
et c’est toujours le tabernacle brisé
le bras faible comme un cil qui lutte contre le fleuve
et c’est toujours la nuit qui revient
l’espace vide mais qui guette
et c’est toujours la vieille sangle
et c’est toujours l’enseveli vivant
et c’est toujours le balcon écroulé.
Le nerf pincé au fond du cœur qui se souvient
l’oiseau-baobab qui fouaille le cerveau
le torrent où l’être se précipite
et c’est toujours la rencontre dans l’orage
et c’est toujours le bord de l’éclipse
et c’est toujours derrière la palissade des cellules
l’horizon qui recule, qui recule.
Henri Michaux
La seance de sac
Cela commença quand j’étais enfant. Il y avait un grand adulte encombrant.
Comment me venger de lui? Je le mis dans un sac. La je pouvais le battre à mon aise. Il criait, mais je ne l’écoutais pas. Il n’était pas intéressant.
Cette habitude de mon enfance, je l’ai sagement gardée. Les possibilités d’intervention qu’on acquiert en devenant adulte, outre qu’elles ne vont pas loin, je m’en méfiais.
A qui est au lit, on n’offre pas une chaise.
Cette habitude, dis-je, je l’ai justement gardée, et jusqu’aujourd’hui gardée secrète. C’était plus stir.
Son inconvénient — car il y en a un — c’est que grâce à elle, je supporte trop facilement des gens impossibles.
Je sais que je les attends au sac. Voila qui donne une merveilleuse patience.
Je laisse exprès durer des situations ridicules et s’attarder mes empêcheurs de vivre. ‘
La joie que j’aurais à les mettre à la porte en réalité est retenue au moment de l’action par les délices incomparablement plus grandes de les tenir prochainement dans le sac. Dans le sac où je les roue de coups impunément et avec une fougue & lasser dix hommes robustes se relayant méthodiquement.
Sans ce petit art à moi, comment aurais-je passé ma vie décourageante, pauvre souvent, toujours dans les coudes des autres ? :
Comment aurais-je pu la continuer des dizaines d’années à travers tant de déboires, sous tant de maîtres, proches ou lointains, sous deux guerres, deux longues occupations par un peuple en armes et qui croit aux quilles abattues, sous d’autres innombrables ennemis.
Mais l’habitude libératrice me sauva. De justesse il est vrai, et je résistai au désespoir qui semblait ‘devoir ne me laisser rien. Des médiocres, des raseuses, une brute dont j’eusse pu me défaire cent fois, je me les gardais pour la séance de sac.
Liberté d’ Action
Voicr qu’est venue l’Époque dure, plus dure que la dure condition de l’homme.
Elle est venue l’Époque.
Je ferai de leurs maisons des lieux de décombre, dit une Voix.
Je ferai de leurs vaisseaux qui voguent sur l’eau des pierres qui coulent rapidement.
Je ferai de leurs familles des hordes terrifiées.
Je ferai de leurs richesses ce que d’une fourrure font les mites, n’en laissant que le spectre, lequel tombe en poussière au moindre geste.
Je ferai de leur bonheur une sale éponge qu’il faut jeter, et leurs projets d’autrefois plus comprimés que le corps de la punaise persécuteront leurs jours et leurs nuits.
Je ferai planer la mort en vérité et en réalité et malheur à qui se trouvera sous ses ailes.
Je culbuterai leurs dieux d’une monstrueuse culbute et dans ses débris éparpillés ils trouveront des dieux quils ne se savaient pas et dont la perte les fera souffrir encore davantage.
Lugubres, lugubres mois!
Lugubres comme cantonnement inondé par surprise.
Lugubres comme le blockhaus aperçu tout à coup et trop tard, trop tard son embrasure mince semblable à un mauvais œil plissé, mais ce qui en sort est autrement pénétrant.
Lugubres comme un croiseur sans escorte aérienne, le soir, prés des unités ennemies tandis qu’on entend des bruits dans le ciel que l’on identifie que trop bien quoiqu’encore faibles, mais ils grossissent si épouvantablement vite, et le croiseur sen va, zigzaguant comme une phrase maladroite qui ne rencontre pas le lit de Vhistoire.
Lugubres ... et pas finis.
Chant Dans Le Labyrinthe (Extract)
Comment me venger de lui? Je le mis dans un sac. La je pouvais le battre à mon aise. Il criait, mais je ne l’écoutais pas. Il n’était pas intéressant.
Cette habitude de mon enfance, je l’ai sagement gardée. Les possibilités d’intervention qu’on acquiert en devenant adulte, outre qu’elles ne vont pas loin, je m’en méfiais.
A qui est au lit, on n’offre pas une chaise.
Cette habitude, dis-je, je l’ai justement gardée, et jusqu’aujourd’hui gardée secrète. C’était plus stir.
Son inconvénient — car il y en a un — c’est que grâce à elle, je supporte trop facilement des gens impossibles.
Je sais que je les attends au sac. Voila qui donne une merveilleuse patience.
Je laisse exprès durer des situations ridicules et s’attarder mes empêcheurs de vivre. ‘
La joie que j’aurais à les mettre à la porte en réalité est retenue au moment de l’action par les délices incomparablement plus grandes de les tenir prochainement dans le sac. Dans le sac où je les roue de coups impunément et avec une fougue & lasser dix hommes robustes se relayant méthodiquement.
Sans ce petit art à moi, comment aurais-je passé ma vie décourageante, pauvre souvent, toujours dans les coudes des autres ? :
Comment aurais-je pu la continuer des dizaines d’années à travers tant de déboires, sous tant de maîtres, proches ou lointains, sous deux guerres, deux longues occupations par un peuple en armes et qui croit aux quilles abattues, sous d’autres innombrables ennemis.
Mais l’habitude libératrice me sauva. De justesse il est vrai, et je résistai au désespoir qui semblait ‘devoir ne me laisser rien. Des médiocres, des raseuses, une brute dont j’eusse pu me défaire cent fois, je me les gardais pour la séance de sac.
Liberté d’ Action
Voicr qu’est venue l’Époque dure, plus dure que la dure condition de l’homme.
Elle est venue l’Époque.
Je ferai de leurs maisons des lieux de décombre, dit une Voix.
Je ferai de leurs vaisseaux qui voguent sur l’eau des pierres qui coulent rapidement.
Je ferai de leurs familles des hordes terrifiées.
Je ferai de leurs richesses ce que d’une fourrure font les mites, n’en laissant que le spectre, lequel tombe en poussière au moindre geste.
Je ferai de leur bonheur une sale éponge qu’il faut jeter, et leurs projets d’autrefois plus comprimés que le corps de la punaise persécuteront leurs jours et leurs nuits.
Je ferai planer la mort en vérité et en réalité et malheur à qui se trouvera sous ses ailes.
Je culbuterai leurs dieux d’une monstrueuse culbute et dans ses débris éparpillés ils trouveront des dieux quils ne se savaient pas et dont la perte les fera souffrir encore davantage.
Lugubres, lugubres mois!
Lugubres comme cantonnement inondé par surprise.
Lugubres comme le blockhaus aperçu tout à coup et trop tard, trop tard son embrasure mince semblable à un mauvais œil plissé, mais ce qui en sort est autrement pénétrant.
Lugubres comme un croiseur sans escorte aérienne, le soir, prés des unités ennemies tandis qu’on entend des bruits dans le ciel que l’on identifie que trop bien quoiqu’encore faibles, mais ils grossissent si épouvantablement vite, et le croiseur sen va, zigzaguant comme une phrase maladroite qui ne rencontre pas le lit de Vhistoire.
Lugubres ... et pas finis.
Chant Dans Le Labyrinthe (Extract)
Henri Michaux
La vision de Plume
Un fromage lent, jaune, à pas de chevaux de catafalque, un fromage lent, jaune, à pas de chevaux de catafalque, circulait en luimême comme un pied du monde. C’était plutôt une énorme mamelle, une vieille meule de chair et, accroupie se tenait sur une région immense qui devait être terriblement moite.
Sur la gauche descendait la cavalerie. Il fallait voir les chevaux freiner sur leurs sabots de derrière. Ces cavaliers si fiers ne remonteraient donc jamais? Non, jamais.
Et le chef faisait force gestes de protestations, mais sa voix était devenue si petite qu’on se demandait qui aurait accepté de tenir compte de ce qu’il disait, comme si un grain de riz s’était
Enfin, ils parurent sembourber et on ne les revit plus. Puis, tout à coup, comme un déclic, comme un débrayage se fit dans l’énorme chose molle et des débris rejetés de tous côtés se forma après un certain temps un ruban si long, si long et cependant si ferme que toute la cavalerie y aurait pu passer à grande allure. Mais ses éléments avaient disparu. Seule la silhouette du chef se distinguait. On aurait même été tenté de lui voir encore son attitude de protestation, si sa tête orgueilleuse ne s’était affaissée. Alors, comme si elle seule jusqu’à ce moment l’avait tenu debout, il tomba de tout son long. Ce fut un cylindre si léger qui roula sur le ruban, qui descendait avec un bruit clair, et qui semblait parfaitement creux et gai.
Quant à Plume, assis au pied de son lit, il regardait ce spectacle en réfléchissant silencieusement…
Sur la gauche descendait la cavalerie. Il fallait voir les chevaux freiner sur leurs sabots de derrière. Ces cavaliers si fiers ne remonteraient donc jamais? Non, jamais.
Et le chef faisait force gestes de protestations, mais sa voix était devenue si petite qu’on se demandait qui aurait accepté de tenir compte de ce qu’il disait, comme si un grain de riz s’était
Enfin, ils parurent sembourber et on ne les revit plus. Puis, tout à coup, comme un déclic, comme un débrayage se fit dans l’énorme chose molle et des débris rejetés de tous côtés se forma après un certain temps un ruban si long, si long et cependant si ferme que toute la cavalerie y aurait pu passer à grande allure. Mais ses éléments avaient disparu. Seule la silhouette du chef se distinguait. On aurait même été tenté de lui voir encore son attitude de protestation, si sa tête orgueilleuse ne s’était affaissée. Alors, comme si elle seule jusqu’à ce moment l’avait tenu debout, il tomba de tout son long. Ce fut un cylindre si léger qui roula sur le ruban, qui descendait avec un bruit clair, et qui semblait parfaitement creux et gai.
Quant à Plume, assis au pied de son lit, il regardait ce spectacle en réfléchissant silencieusement…
Henri Michaux
Mes Occupations
Je peux rarement voir quelqu’un sans le battre. D’autres préfèrent le monologue intérieur. Moi, non. J’aime mieux battre.
Il y a des gens qui s’assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l’agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le redécroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l’étouffe.
Je le salis, je l’inonde.
Il revit.
Je le rince, je l’étire (je commence à m’énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l’introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis
Mais je me sens mal, je règle promptement l’addition et je m’en vais.
Il y a des gens qui s’assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l’agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le redécroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l’étouffe.
Je le salis, je l’inonde.
Il revit.
Je le rince, je l’étire (je commence à m’énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l’introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis
Mais je me sens mal, je règle promptement l’addition et je m’en vais.
Henri Michaux
Quand les motocyclettes rentrent à l’horizon
La seule chose que j’apprécie vraiment, c’est une motocyclette. Oh! Quelles jambes fines, fines! A peine si on les voit.
Et pendant qu’on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l’horizon qu’elles ne quittent jamais qu’à
C’est ça qui fait rêver! C’est ça qui fait pisser rêveusement les chiens contre le pied des arbres! C’est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.
Et pendant qu’on admire, déjà, tant elles sont rapides, elles regagnent prestement l’horizon qu’elles ne quittent jamais qu’à
C’est ça qui fait rêver! C’est ça qui fait pisser rêveusement les chiens contre le pied des arbres! C’est ça qui nous endort à tout le reste, et toujours nous ramène, recueillis aux fenêtres, aux fenêtres, aux fenêtres aux grands horizons.
Henri Pichette
A la dame du temps des borgia
Les crimes qu’au peuple on propose
nécessitent que tu gardes
un petit poignard en ton sein,
que même boutonnant ton gant
jusqu’a la saignée d’un bras blanc
un seul instant ne te trahisse
Pivresse d’une jeune gorge
et qu’aussi tes cheveux ardents
craignent les peignes empoisonnés 5
le démon qui réde
sous les ciels de lit
pour boire a leurs lèvres
renverse les femmes,
celles qui quand
elles cambrent seules
des corps orangés,
voient l’aube bleuir.
nécessitent que tu gardes
un petit poignard en ton sein,
que même boutonnant ton gant
jusqu’a la saignée d’un bras blanc
un seul instant ne te trahisse
Pivresse d’une jeune gorge
et qu’aussi tes cheveux ardents
craignent les peignes empoisonnés 5
le démon qui réde
sous les ciels de lit
pour boire a leurs lèvres
renverse les femmes,
celles qui quand
elles cambrent seules
des corps orangés,
voient l’aube bleuir.
Henri Pichette
Proies du sommeil
Sommeil enfin tu les prends
tous ces méticuleux
fins renards et vieux compéres.
tous ces méticuleux
fins renards et vieux compéres.
Jacques Davy du Perron
Au bord tristement doux des eaux, je me retire
Au bord tristement doux des eaux, je me retire
Et vois couler ensemble et les eaux, et mes jours,
Je m’y vois sec, et pâle, et si j’aime toujours
Leur rêveuse mollesse où ma peine se mire.
Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j’aime les bois, et les bois les plus sourds
Quand j’ai jeté mes cris, me les viennent redire.
Dame dont les beautés me possèdent si fort
Qu'étant absent de vous, je n’aime que la mort,
Les eaux, en votre absence, et les bois me consolent :
Je vois dedans les eaux, j’entends dedans les bois
L'image de mon teint, et celle de ma voix
Toutes peintes de mort qui nagent et qui volent.
Et vois couler ensemble et les eaux, et mes jours,
Je m’y vois sec, et pâle, et si j’aime toujours
Leur rêveuse mollesse où ma peine se mire.
Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j’aime les bois, et les bois les plus sourds
Quand j’ai jeté mes cris, me les viennent redire.
Dame dont les beautés me possèdent si fort
Qu'étant absent de vous, je n’aime que la mort,
Les eaux, en votre absence, et les bois me consolent :
Je vois dedans les eaux, j’entends dedans les bois
L'image de mon teint, et celle de ma voix
Toutes peintes de mort qui nagent et qui volent.
Jacques Delille
Les jardins : l’automne
… Bientôt les aquilons
Des dépouilles des bois vont joncher les vallons :
De moment en moment la feuille sur la terre
En tombant interrompt le rêveur solitaire.
Mais ces ruines même ont pour moi des attraits.
Là, si mon cœur nourrit quelques profonds regrets,
Si quelque souvenir vient rouvrir ma blessure,
J’aime à mêler mon deuil au deuil de la nature ;
De ces bois desséchés, de ces rameaux flétris,
Seul, errant, je me plais à fouler les débris,
Ils sont passés, les jours d’ivresse et de folie :
Viens, je me livre à toi, tendre mélancolie ;
Viens, non le front chargé de nuages affreux,
Dont marche enveloppé le chagrin ténébreux,
Mais l’œil demi-voilé, mais telle qu’en automne
À travers des vapeurs un jour plus doux rayonne ;
Viens, le regard pensif, le front calme, et les yeux
Tout prêts à s’humecter de pleurs délicieux.
Des dépouilles des bois vont joncher les vallons :
De moment en moment la feuille sur la terre
En tombant interrompt le rêveur solitaire.
Mais ces ruines même ont pour moi des attraits.
Là, si mon cœur nourrit quelques profonds regrets,
Si quelque souvenir vient rouvrir ma blessure,
J’aime à mêler mon deuil au deuil de la nature ;
De ces bois desséchés, de ces rameaux flétris,
Seul, errant, je me plais à fouler les débris,
Ils sont passés, les jours d’ivresse et de folie :
Viens, je me livre à toi, tendre mélancolie ;
Viens, non le front chargé de nuages affreux,
Dont marche enveloppé le chagrin ténébreux,
Mais l’œil demi-voilé, mais telle qu’en automne
À travers des vapeurs un jour plus doux rayonne ;
Viens, le regard pensif, le front calme, et les yeux
Tout prêts à s’humecter de pleurs délicieux.
Jacques Grévin
Je me ris de ce monde…
Je me ris de ce monde, et n’y trouve que rire,
Je le pleure, et si rien ne doit être pleuré,
J’y espère, et si rien ne doit être espéré,
Je vois tout être entier, et rien n’est qui n’empire.
J’y reprends toute chose, et n’y vois que redire,
Je me plains de ce temps, et rien n’est empiré,
Je redoute un désastre, et tout est assuré,
Je vois la paix partout, et tout bouillonne d’ire.
Je déplore mes ris, je me ris de mes pleurs,
Je ris mon passe-temps, je pleure mes douleurs,
Tout me tire à pleurer, tout à rire m’excite.
Dont vient cela, Mouret ? c’est pourtant que je veux
Entreprendre tout seul les ouvrages de deux,
Ore de Démocrite et ore d’Héraclite.
Je le pleure, et si rien ne doit être pleuré,
J’y espère, et si rien ne doit être espéré,
Je vois tout être entier, et rien n’est qui n’empire.
J’y reprends toute chose, et n’y vois que redire,
Je me plains de ce temps, et rien n’est empiré,
Je redoute un désastre, et tout est assuré,
Je vois la paix partout, et tout bouillonne d’ire.
Je déplore mes ris, je me ris de mes pleurs,
Je ris mon passe-temps, je pleure mes douleurs,
Tout me tire à pleurer, tout à rire m’excite.
Dont vient cela, Mouret ? c’est pourtant que je veux
Entreprendre tout seul les ouvrages de deux,
Ore de Démocrite et ore d’Héraclite.
1
Jacques Grévin
Je vais, je viens…
Je vais, je viens, je cours, et partout je tracasse,
Je ne fais que jeter mes yeux vagues en l’air,
Je crie à haute voix, et ne fais que parler,
Et tout pour parvenir au but que je pourchasse.
Je suis aussi certain que le veneur qui chasse,
Qu’un aveugle qui veut les couleurs contempler,
Qu’un muet s’efforçant de quelqu’un appeler,
J’ai les pieds et les yeux et la langue jà lasse.
Si je marche, l’on dit que je suis furieux,
Quand je regarde un peu, que je suis curieux,
Et si j’ouvre les dents, soudain on les rebouche.
On m’enferre, on me bande, on damne mon savoir :
Or pour me délivrer, je dis qu’il faut avoir
Ronsard, bon pied, bon œil, et surtout bonne bouche.
Je ne fais que jeter mes yeux vagues en l’air,
Je crie à haute voix, et ne fais que parler,
Et tout pour parvenir au but que je pourchasse.
Je suis aussi certain que le veneur qui chasse,
Qu’un aveugle qui veut les couleurs contempler,
Qu’un muet s’efforçant de quelqu’un appeler,
J’ai les pieds et les yeux et la langue jà lasse.
Si je marche, l’on dit que je suis furieux,
Quand je regarde un peu, que je suis curieux,
Et si j’ouvre les dents, soudain on les rebouche.
On m’enferre, on me bande, on damne mon savoir :
Or pour me délivrer, je dis qu’il faut avoir
Ronsard, bon pied, bon œil, et surtout bonne bouche.
Jacques Prévert
Complainte de vincent
A Artes où roule le Rhéne
Dans l’atroce lumière de midi
Un homme de phosphore et de sang
Pousse une obsédante plainte
Comme une femme qui fait son enfant
Et le linge devient rouge
Et ’homme s’enfuit en hurlant
Pourchassé par le soleil
Un soleil d’un jaune strident
Au bordel tout prés du Rhéne
L’homme arrive comme un roi mage
Avec son absurde présent
Il a le regard bleu et doux
Le vrai regard lucide et fou
De ceux qui donnent tout à la vie
De ceux qui ne sont pas jaloux
Et montre à la pauvre enfant
Son oreille couchée dans le linge
Et elle pleure sans rien comprendre
Songeant a de tristes présages
Et regarde sans oser le prendre
L’affreux et tendre coquillage
Où les plaintes de l’amour mort
Et les voix inhumaines de l’art
Se mêlent aux murmures de la mer
Et vont mourir sur le carrelage
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
De Vincent à demi mort
Et sage comme l’image même
De la misére et de l’amour
L’enfant nue toute seule sans age
Regarde le pauvre Vincent
Foudroyé par son propre orage
Qui s’écroule sur le carreau
Couché dans son plus beau tableau
Et l’orage s’en va calmé indifférent
En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang
L’éblouissant orage du génie de Vincent
Et Vincent reste LA dormant rêvant ralant
Et le soleil au-dessus du bordel
Comme une orange folle dans un désert sans nom
Le soleil sur Arles
En hurlant tourne en rond.
Dans l’atroce lumière de midi
Un homme de phosphore et de sang
Pousse une obsédante plainte
Comme une femme qui fait son enfant
Et le linge devient rouge
Et ’homme s’enfuit en hurlant
Pourchassé par le soleil
Un soleil d’un jaune strident
Au bordel tout prés du Rhéne
L’homme arrive comme un roi mage
Avec son absurde présent
Il a le regard bleu et doux
Le vrai regard lucide et fou
De ceux qui donnent tout à la vie
De ceux qui ne sont pas jaloux
Et montre à la pauvre enfant
Son oreille couchée dans le linge
Et elle pleure sans rien comprendre
Songeant a de tristes présages
Et regarde sans oser le prendre
L’affreux et tendre coquillage
Où les plaintes de l’amour mort
Et les voix inhumaines de l’art
Se mêlent aux murmures de la mer
Et vont mourir sur le carrelage
Dans la chambre où l’édredon rouge
D’un rouge soudain éclatant
Mélange ce rouge si rouge
Au sang bien plus rouge encore
De Vincent à demi mort
Et sage comme l’image même
De la misére et de l’amour
L’enfant nue toute seule sans age
Regarde le pauvre Vincent
Foudroyé par son propre orage
Qui s’écroule sur le carreau
Couché dans son plus beau tableau
Et l’orage s’en va calmé indifférent
En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang
L’éblouissant orage du génie de Vincent
Et Vincent reste LA dormant rêvant ralant
Et le soleil au-dessus du bordel
Comme une orange folle dans un désert sans nom
Le soleil sur Arles
En hurlant tourne en rond.
Jacques Prévert
Le Cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
Jean Aicard
À Lamartine
Le temps heureux n’est plus où rayonnait la Grèce,
Où Périclès vivait, étoile du plein jour !
Où les peuples, ardents de force et de jeunesse,
Voyant un Dieu partout, sentaient partout l’amour !
Le temps, le temps est mort des couronnes civiques,
Où l’on n’oubliait plus le poëte vainqueur !
Il est bien mort, ce temps des vieilles républiques
Qui payaient largement les cœurs avec le cœur !
L’orgie en ses festins n’a même plus de roses !
Les âmes sont de cire, et les fleurs de métal ;
Des dieux et de l’amour il nous reste deux choses :
La pâle indifférence et le désir brutal !
Les jeunes d’aujourd’hui vaudraient-ils ceux d’Athènes ?
Eux qu’on voit, dédaigneux du juste en cheveux blancs,
Récolter ces moissons hâtives de leurs graines :
Des nouveau-nés déjà blêmes et tout tremblants !
D’autres l’ont dit : plus rien ne bat dans les poitrines !
Et s’il est quelque part, triste, sur les sommets,
Un héros de jadis, meurtri de nos ruines,
Et tel que notre temps n’en verra plus jamais !
S’il reste un grand poëte et s’il reste un grand homme,
Ô miracle ! si grand qu’en un dernier effort
La foule, par hasard, s’en souvienne et le nomme,
Un dormeur, réveillé, l’insulte, et se rendort !
Ah ! comme il faut vouloir, pour garder l’espérance !…
Père, des bruits confus sont venus jusqu’à moi ;
On a cru t’émouvoir et troubler ton silence,
Mais, te sachant trop haut, j’ai répondu pour toi.
Où Périclès vivait, étoile du plein jour !
Où les peuples, ardents de force et de jeunesse,
Voyant un Dieu partout, sentaient partout l’amour !
Le temps, le temps est mort des couronnes civiques,
Où l’on n’oubliait plus le poëte vainqueur !
Il est bien mort, ce temps des vieilles républiques
Qui payaient largement les cœurs avec le cœur !
L’orgie en ses festins n’a même plus de roses !
Les âmes sont de cire, et les fleurs de métal ;
Des dieux et de l’amour il nous reste deux choses :
La pâle indifférence et le désir brutal !
Les jeunes d’aujourd’hui vaudraient-ils ceux d’Athènes ?
Eux qu’on voit, dédaigneux du juste en cheveux blancs,
Récolter ces moissons hâtives de leurs graines :
Des nouveau-nés déjà blêmes et tout tremblants !
D’autres l’ont dit : plus rien ne bat dans les poitrines !
Et s’il est quelque part, triste, sur les sommets,
Un héros de jadis, meurtri de nos ruines,
Et tel que notre temps n’en verra plus jamais !
S’il reste un grand poëte et s’il reste un grand homme,
Ô miracle ! si grand qu’en un dernier effort
La foule, par hasard, s’en souvienne et le nomme,
Un dormeur, réveillé, l’insulte, et se rendort !
Ah ! comme il faut vouloir, pour garder l’espérance !…
Père, des bruits confus sont venus jusqu’à moi ;
On a cru t’émouvoir et troubler ton silence,
Mais, te sachant trop haut, j’ai répondu pour toi.
Jean Aicard
Amours
De tout temps mes amours furent des songes vagues ;
Je n’ai causé tout bas qu’aux nymphes, dans les bois,
Et, sur le bord des mers, ces sirènes, les vagues,
Me font seules vibrer aux accords de leur voix.
Mon âme est fiancée à l’humble solitude :
Son chaste baiser plaît à mon front sérieux ;
Je connais de profonds ombrages où l’étude
A des charmes plus doux pour l’esprit et les yeux.
Je suis l’amant rêveur des récifs et des grèves,
L’insatiable amant du grand ciel inconnu ;
Je ne retrouverai la vierge de mes rêves
Qu’en l’immortel pays d’où mon cœur est venu.
La vertu de l’amour, l’homme en a fait un crime !
Je ne veux pas aimer comme on aime ici-bas,
Et ce cœur, façonné pour un élan sublime,
Tant qu’il pourra monter ne se posera pas !
J’ai pourtant vu passer dans le vol de mes stances
De blanches visions, filles de mon désir,
Mais je n’aime d’amour que mes jeunes croyances :
Espoir dans le printemps, et foi dans l’avenir !
Je n’ai causé tout bas qu’aux nymphes, dans les bois,
Et, sur le bord des mers, ces sirènes, les vagues,
Me font seules vibrer aux accords de leur voix.
Mon âme est fiancée à l’humble solitude :
Son chaste baiser plaît à mon front sérieux ;
Je connais de profonds ombrages où l’étude
A des charmes plus doux pour l’esprit et les yeux.
Je suis l’amant rêveur des récifs et des grèves,
L’insatiable amant du grand ciel inconnu ;
Je ne retrouverai la vierge de mes rêves
Qu’en l’immortel pays d’où mon cœur est venu.
La vertu de l’amour, l’homme en a fait un crime !
Je ne veux pas aimer comme on aime ici-bas,
Et ce cœur, façonné pour un élan sublime,
Tant qu’il pourra monter ne se posera pas !
J’ai pourtant vu passer dans le vol de mes stances
De blanches visions, filles de mon désir,
Mais je n’aime d’amour que mes jeunes croyances :
Espoir dans le printemps, et foi dans l’avenir !
Jean Amrouche
Bienheureux qui pourrait te suivre...
Bienheureux qui pourrait te suivre
O lune!
Il prendrait passage sur ton navire,
Il s’arrêterait prés du bien-aimé,
Et partagerait son déjeuner.
Bienheureux qui pourrait te suivre,
Etoile!
Il voguerait par le clair de lune,
Il s’arrêterait prés du bien-aimé,
Et prendrait avec lui son repas du soir.
CHANTS BERBERES DE KABYLIE, Chants du berceau, IL
O lune!
Il prendrait passage sur ton navire,
Il s’arrêterait prés du bien-aimé,
Et partagerait son déjeuner.
Bienheureux qui pourrait te suivre,
Etoile!
Il voguerait par le clair de lune,
Il s’arrêterait prés du bien-aimé,
Et prendrait avec lui son repas du soir.
CHANTS BERBERES DE KABYLIE, Chants du berceau, IL