Poèmes de ce thème
Ville et vie quotidienne
Pierre Mac Orlan
Tel était Paris avec sa grande tour où, chaque nuit, crépite la che-
Tel était Paris avec sa grande tour où, chaque nuit, crépite la che-
et ses étincelles qui laissent sur le mur de la nuit
des traces d’allumettes chimiques ;
avec ses vieux meubles en pierre de taille,
ses parapets où les suicidés bleus et roses
font des rétablissements sur les poignets
et ratent leur numéro;
avec son grand cirque où le public descend sur la piste,
où les femmes, folles de l’odeur des chevaux,
jaillissent du Moulin Rouge
comme les grains d’une grenade aux muqueuses amarante.
Et maintenant que les minutes nous échappent
en fine poussière,
maintenant que nous les serrons de toute la force de nos doigts,
Paris dresse sa tour
ainsi qu’une grande girafe inquiète,
sa tour
qui, le soir venu,
craint les fantômes
et promène dans tous les coins les jets de ses projecteurs
transformant le ciel parisien en une épure adroitement lavée.
Et l’Arc de Triomphe n’est plus qu’un petit banc
où Tamerlan en vareuse kaki
rêve de reboucler ses leggins.
Et l’étudiante attentive hésite
entre le Bouic ou la Sorbonne,
non pour le’plaisir de se faire remarquer,
mais afin de passer inaperçue,
le temps de terminer son livre.
Oh Paris!
Ici la reine Dactylo
se mêle comme l’eau tiède au vin généreux des hommes.
Les petites filles d’autrefois
qui rêvaient du Prince d’Annam,
en traversant les bois peuplés de satyres médiocres,
ne voient plus,
sur la route tendre de leur avenir en fleurs,
que le bonheur industriel
qu’elles pourront créer de leurs dix doigts
sur l’Underwood
d’où sortira la circulaire
qui arrêtera, encore une fois, le sang de nos artères
et le tic tac familier de la montre ou du cœur.
Si nous regrettons un coin paisible : c’est l’étuve
où Colin de Cayeux jargonnait le jobelin,
où Jacquot de la Mer meurtrissait les fillettes
où Jean d’Arras affirmait : « Menys vous chante. »;
c’est La Courtille où les tonnelles sentaient le raisin sur,
où les Gardes-Françaises remouchaient Petit-Louis
(dit Cartouche) baisant, le soir, en godinette
les lèvres parisiennes de Madame Bourguignon ;
c’est le dangereux passé de notre vieille Europe
déballant ses trésors charmants et surannés
sous le pied délicat des gousses patriotes
que les révolutions chassent de leurs foyers.
Ainsi c’est pour la gloire des filles cérébrales ;
celles de Berlin W.,
celles de la Cinquième Avenue,
celles qui, à peine nubiles, fréquentent Hyde-Park
pour des spasmes à cran d’arrêt ;
ainsi c’est pour la gloire des femmes de Paris
dont l’éducation paraissait si raisonnable
c’est pour la reine des abeilles sur l’Europe régnant
qu’un soir de printemps, au bord de la route de Béthune,
sous un ciel noir d’âmes de Parpaillots fanatiques,
quand les obus se répandaient comme des cruches de feu,
que nous avancions, ô Agrippa d’Aubigné! fantômes parmi les morts
à la conquête d’un vieil arbre tragique
figurant un gibet avec une âme d’enfant.
Les morts déculottés dans l’eau des fossés de la route
craignaient les mains des fossoyeurs de l’Époque Élisabeth,
La nature sans femmes gardait sa dignité.
Une fille, une seule fille égarée, morte, dans cette bagarre
et la route de Béthune n’était plus qu’une foire saccagée.
Dans ces conditions,
à d’autres de faire le militaire.
Retournons à la source de tant d’émotions…
les maisons de la rue ancienne et familière,
comme les conscrits de village,
arborent à leurs chapeaux des numéros géants.
Mais, le soir, au bord de l’eau, tous leurs feux allumés,
Les maisons lèvent l’ancre pour la grande course nocturne,
(tangage à domicile et roulis)
Madame à la passerelle, autoritaire et souriante,
rappelle ces dames à leurs postes de combat.
Et la petite veilleuse intime
qui, dans notre tête, met un peu de la lumière de l’enfer
tout doucement se ranime.
A quel havre, Seigneur, irons-nous aborder!
et ses étincelles qui laissent sur le mur de la nuit
des traces d’allumettes chimiques ;
avec ses vieux meubles en pierre de taille,
ses parapets où les suicidés bleus et roses
font des rétablissements sur les poignets
et ratent leur numéro;
avec son grand cirque où le public descend sur la piste,
où les femmes, folles de l’odeur des chevaux,
jaillissent du Moulin Rouge
comme les grains d’une grenade aux muqueuses amarante.
Et maintenant que les minutes nous échappent
en fine poussière,
maintenant que nous les serrons de toute la force de nos doigts,
Paris dresse sa tour
ainsi qu’une grande girafe inquiète,
sa tour
qui, le soir venu,
craint les fantômes
et promène dans tous les coins les jets de ses projecteurs
transformant le ciel parisien en une épure adroitement lavée.
Et l’Arc de Triomphe n’est plus qu’un petit banc
où Tamerlan en vareuse kaki
rêve de reboucler ses leggins.
Et l’étudiante attentive hésite
entre le Bouic ou la Sorbonne,
non pour le’plaisir de se faire remarquer,
mais afin de passer inaperçue,
le temps de terminer son livre.
Oh Paris!
Ici la reine Dactylo
se mêle comme l’eau tiède au vin généreux des hommes.
Les petites filles d’autrefois
qui rêvaient du Prince d’Annam,
en traversant les bois peuplés de satyres médiocres,
ne voient plus,
sur la route tendre de leur avenir en fleurs,
que le bonheur industriel
qu’elles pourront créer de leurs dix doigts
sur l’Underwood
d’où sortira la circulaire
qui arrêtera, encore une fois, le sang de nos artères
et le tic tac familier de la montre ou du cœur.
Si nous regrettons un coin paisible : c’est l’étuve
où Colin de Cayeux jargonnait le jobelin,
où Jacquot de la Mer meurtrissait les fillettes
où Jean d’Arras affirmait : « Menys vous chante. »;
c’est La Courtille où les tonnelles sentaient le raisin sur,
où les Gardes-Françaises remouchaient Petit-Louis
(dit Cartouche) baisant, le soir, en godinette
les lèvres parisiennes de Madame Bourguignon ;
c’est le dangereux passé de notre vieille Europe
déballant ses trésors charmants et surannés
sous le pied délicat des gousses patriotes
que les révolutions chassent de leurs foyers.
Ainsi c’est pour la gloire des filles cérébrales ;
celles de Berlin W.,
celles de la Cinquième Avenue,
celles qui, à peine nubiles, fréquentent Hyde-Park
pour des spasmes à cran d’arrêt ;
ainsi c’est pour la gloire des femmes de Paris
dont l’éducation paraissait si raisonnable
c’est pour la reine des abeilles sur l’Europe régnant
qu’un soir de printemps, au bord de la route de Béthune,
sous un ciel noir d’âmes de Parpaillots fanatiques,
quand les obus se répandaient comme des cruches de feu,
que nous avancions, ô Agrippa d’Aubigné! fantômes parmi les morts
à la conquête d’un vieil arbre tragique
figurant un gibet avec une âme d’enfant.
Les morts déculottés dans l’eau des fossés de la route
craignaient les mains des fossoyeurs de l’Époque Élisabeth,
La nature sans femmes gardait sa dignité.
Une fille, une seule fille égarée, morte, dans cette bagarre
et la route de Béthune n’était plus qu’une foire saccagée.
Dans ces conditions,
à d’autres de faire le militaire.
Retournons à la source de tant d’émotions…
les maisons de la rue ancienne et familière,
comme les conscrits de village,
arborent à leurs chapeaux des numéros géants.
Mais, le soir, au bord de l’eau, tous leurs feux allumés,
Les maisons lèvent l’ancre pour la grande course nocturne,
(tangage à domicile et roulis)
Madame à la passerelle, autoritaire et souriante,
rappelle ces dames à leurs postes de combat.
Et la petite veilleuse intime
qui, dans notre tête, met un peu de la lumière de l’enfer
tout doucement se ranime.
A quel havre, Seigneur, irons-nous aborder!
Pierre Mac Orlan
Un’ Bell’ Dam’ vint à passer
Un’ bell’ dam’ vint à passer, tournez les gros sous république, empire au plus profond de la poche; sur le fleuve de vos yeux, l’étoile ricoche et le soleil est un décime en cuivre roux.
Un’ bell’ dam’ vint à passer en triples croches au coup d’archet parmi les bocks et les sirops et les flons-flons avec des plumes au chapeau toutes ses dents, et les deux mains sur le sein gauche.
N’irons-nous plus au bar cueillir les prétentaines carguons la nef, l’aiguille au cœur, la voile aux yeux la barque frêle a vent d’espoir sur les flots bleus.
Comme un long sanglot d’orgue hydraulique et chrétien avec nos sous coiffés de leur bonnet phrygien un’ bell’ dam’ vint à passer sur le gazon des plaines.
Un’ bell’ dam’ vint à passer en triples croches au coup d’archet parmi les bocks et les sirops et les flons-flons avec des plumes au chapeau toutes ses dents, et les deux mains sur le sein gauche.
N’irons-nous plus au bar cueillir les prétentaines carguons la nef, l’aiguille au cœur, la voile aux yeux la barque frêle a vent d’espoir sur les flots bleus.
Comme un long sanglot d’orgue hydraulique et chrétien avec nos sous coiffés de leur bonnet phrygien un’ bell’ dam’ vint à passer sur le gazon des plaines.
Pierre Reverdy
Saltimbanques
Au milieu de cet attroupement il y a avec un enfant qui danse un homme qui soulève des poids. Ses bras tatoués de bleu prennent le ciel à témoin de leur force inutile.
L’enfant danse, léger, dans un maillot trop grand; plus léger que les boules od il se tient en équilibre. Et quand il tend son escarcelle, personne ne donne. Personne ne donne de peur de la remplir d’un poids trop lourd. Il est si maigre.
‘ Poèmes en Prose
L’enfant danse, léger, dans un maillot trop grand; plus léger que les boules od il se tient en équilibre. Et quand il tend son escarcelle, personne ne donne. Personne ne donne de peur de la remplir d’un poids trop lourd. Il est si maigre.
‘ Poèmes en Prose
Raymond Queneau
Cris de Paris
On n’entend plus guère le repasseur de couteaux
le réparateur de porcelaines le rempailleur de chaises
on n’entend plus guère que les radios qui bafouillent
des tourne-disques des transistors et des télés
ou bien encore le faible aye ayc auye QUYe
QUe pousse un piéton écrasé.
le réparateur de porcelaines le rempailleur de chaises
on n’entend plus guère que les radios qui bafouillent
des tourne-disques des transistors et des télés
ou bien encore le faible aye ayc auye QUYe
QUe pousse un piéton écrasé.
Raymond Queneau
Les erreurs judiciaires
Le courrier de Lyon a son café rue du Bac
c’est d’une triste banalité
c’est le genre de chose que tout le monde sait
c’est aussi plat que de faire rimer pointe bic et tic-tac
c’est d’une triste banalité
c’est le genre de chose que tout le monde sait
c’est aussi plat que de faire rimer pointe bic et tic-tac
Robert Desnos
Couplet de la rue de Bagnolet
Le soleil de la rue de Bagnolet
N’est pas un soleil comme les autres.
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules,
C’est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue de Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu’aux portes des palais.
Soleil, soleil ni beau ni laid,
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Soleil d’hiver et de printemps,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Pas comme les autres.
N’est pas un soleil comme les autres.
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules,
C’est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue de Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu’aux portes des palais.
Soleil, soleil ni beau ni laid,
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Soleil d’hiver et de printemps,
Soleil de la rue de Bagnolet,
Pas comme les autres.
Stuart Merrill
La Ville moribonde
C’est la Ville malade et lasse comme une mère,
Qui dort d’un lourd sommeil au bord d’un fleuve de mort.
Tant de ses fils, jadis, casqués d’ailes de chimère,
Sont partis, poings crispés à leur bannière éphémère,
Qu’elle a peur, ce soir-ci, des souvenirs du sort.
Aussi dort-elle, au son monotone de ses cloches,
Auprès du pont de pierre où nul voyageur ne va
Plus. Et tous ses chemins qui mènent, par bois et roches,
Avec des croix de fer aux bornes, vers les champs proches,
Sont déserts, car bientôt l’Effroi va passer là.
Ses petites maisons s’accroupissent sur la rue,
Pignons penchés, fenêtres closes comme des yeux,
Afin de retenir dans l’ombre soudain accrue
Leurs larmes de lumière. Et la vie est disparue
Avec le bruit des pas des vieilles et des vieux.
Ceux-ci, lents, ont gravi la pente de la colline
Pour aller à l’église où la Vierge, lourde d’or,
N’exauce plus les vœux de leur foule qui décline
La parole et le chant de la prière latine
Dont le sens leur est clos comme un ancien trésor.
Parfois l’orgue s’éveille en des sanglots que saccade
Tout le regret des temps; et jusqu’au fleuve de mort,
Et par-delà le pont de pierre et l’estacade
Tonne sa voix pleurant les pompes de la croisade
De jadis, où la Foi rendait tout homme fort.
Et les‘bateaux pourris que retiennent les amarres
Au bord du quai moussu, semblent alors tressaillir
Dans un désir d’essor vers la terre des Barbares,
Là-bas sur la mer noire où l’on ne voit plus les phares,
Loin de la Ville, enfin, qui ne sait que vieillir.
Qui dort d’un lourd sommeil au bord d’un fleuve de mort.
Tant de ses fils, jadis, casqués d’ailes de chimère,
Sont partis, poings crispés à leur bannière éphémère,
Qu’elle a peur, ce soir-ci, des souvenirs du sort.
Aussi dort-elle, au son monotone de ses cloches,
Auprès du pont de pierre où nul voyageur ne va
Plus. Et tous ses chemins qui mènent, par bois et roches,
Avec des croix de fer aux bornes, vers les champs proches,
Sont déserts, car bientôt l’Effroi va passer là.
Ses petites maisons s’accroupissent sur la rue,
Pignons penchés, fenêtres closes comme des yeux,
Afin de retenir dans l’ombre soudain accrue
Leurs larmes de lumière. Et la vie est disparue
Avec le bruit des pas des vieilles et des vieux.
Ceux-ci, lents, ont gravi la pente de la colline
Pour aller à l’église où la Vierge, lourde d’or,
N’exauce plus les vœux de leur foule qui décline
La parole et le chant de la prière latine
Dont le sens leur est clos comme un ancien trésor.
Parfois l’orgue s’éveille en des sanglots que saccade
Tout le regret des temps; et jusqu’au fleuve de mort,
Et par-delà le pont de pierre et l’estacade
Tonne sa voix pleurant les pompes de la croisade
De jadis, où la Foi rendait tout homme fort.
Et les‘bateaux pourris que retiennent les amarres
Au bord du quai moussu, semblent alors tressaillir
Dans un désir d’essor vers la terre des Barbares,
Là-bas sur la mer noire où l’on ne voit plus les phares,
Loin de la Ville, enfin, qui ne sait que vieillir.
Tristan Tzara
Dimanche
L’avion tisse les fils télégraphiques
et la source chante la même chanson
Au rendez-vous des cochers l’apéritif est orangé
mais les mécaniciens des locomotives ont les yeux blancs
la dame a perdu son sourire dans les bois
et la source chante la même chanson
Au rendez-vous des cochers l’apéritif est orangé
mais les mécaniciens des locomotives ont les yeux blancs
la dame a perdu son sourire dans les bois
Victor Hugo
Fenêtres ouvertes
J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près! plus loin! non, par ici!
Non, par là! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faulx qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près! plus loin! non, par ici!
Non, par là! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faulx qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.
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