Poèmes de ce thème
Tristesse et mélancolie
Maurice Scève
Arion églogue sur le trépas de feu monsieur le dauphin
. . . . . .
Donc pour plourer une si grande perte
J’habiteray ceste terre deserte,
Ou ce mien corps de peu, à peu, mourra,
Et avec moy seulement demourra
Pour compaignon sus ceste triste rive,
Ung doulx languir jusqu’à la mort tardive.
Donc pour plourer une si grande perte
J’habiteray ceste terre deserte,
Ou ce mien corps de peu, à peu, mourra,
Et avec moy seulement demourra
Pour compaignon sus ceste triste rive,
Ung doulx languir jusqu’à la mort tardive.
Max Jacob
Ballade de la campagne-exil
Les paysans m’appellent par mon nom sur les routes,
comme ils reconnaissent une alouette d’une grive
mais ils connaissent mieux les noms des gibiers que le mien car
mon nom est Douleur.
Si ce que j’aime s’appesantit sur ma blessure, il la gêne,
s’il ne s’appesantit que sur l’été, c’est la plaine qui souffre.
Qui nourrira mon amour et l’été si ce n’est cette douleur,
puisque mon amour et l’été ne peuvent plus se nourrir de joie.
Le cygne s’en va dans le sens des branches
et les muses nues me prennent les bras;
le cheval ailé comprend ma souffrance
et les fleurs des prés s’écartent de moi.
comme ils reconnaissent une alouette d’une grive
mais ils connaissent mieux les noms des gibiers que le mien car
mon nom est Douleur.
Si ce que j’aime s’appesantit sur ma blessure, il la gêne,
s’il ne s’appesantit que sur l’été, c’est la plaine qui souffre.
Qui nourrira mon amour et l’été si ce n’est cette douleur,
puisque mon amour et l’été ne peuvent plus se nourrir de joie.
Le cygne s’en va dans le sens des branches
et les muses nues me prennent les bras;
le cheval ailé comprend ma souffrance
et les fleurs des prés s’écartent de moi.
Paul Verlaine
Chanson d’automne
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
Paul Verlaine
Il pleure dans mon coeur…
Il pleut doucement sur la ville.
(ARTHUR RIMBAUD)
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville:
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s’ennuie
O le chant de la pluie!
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi! nulle trahison?…
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!
(ARTHUR RIMBAUD)
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville:
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s’ennuie
O le chant de la pluie!
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s’écoeure.
Quoi! nulle trahison?…
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!
Paul Verlaine
Le ciel est, par-dessus le toit…
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
— Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
— Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?
Paul Verlaine
O triste, triste était mon âme
O triste, triste était mon âme
À cause, à cause d’une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s’en soit allé,
Bien que mon cœur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon cœur s’en soit allé.
Et mon cœur, mon cœur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, – le fût-il,
— Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon cœur : Sais-je,
Moi-même, que nous veut ce piège
D’être présents bien qu’exilés,
Encore que loin en allés ? »
À cause, à cause d’une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s’en soit allé,
Bien que mon cœur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon cœur s’en soit allé.
Et mon cœur, mon cœur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, – le fût-il,
— Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon cœur : Sais-je,
Moi-même, que nous veut ce piège
D’être présents bien qu’exilés,
Encore que loin en allés ? »
Renée Vivien
Les couleurs
Éloignez de mes yeux les flamboiements barbares
Du Rouge, cri de sang que jettent les fanfares.
Éteignez la splendeur du Jaune, cri de l’or,
Où le soleil persiste et ressurgit encor.
Écartez le sourire invincible du Rose,
Qui jaillit de la fleur ingénument déclose,
Et le regard serein et limpide du Bleu, –
Car mon âme est, ce soir, triste comme un adieu.
Elle adore le charme atténué du Mauve,
Pareil aux songes purs qui parfument l’alcôve,
Et la mysticité du profond Violet,
Plus grave qu’un chant d’orgue et plus doux qu’un reflet.
Versez-lui l’eau du Vert, qui calme le supplice
Des paupières, fraîcheur des yeux de Béatrice.
Entourez-la du rêve et de la paix du Gris,
Crépuscule de l’âme et des chauves-souris.
Le Brun des bois anciens, favorable à l’étude,
Sait encadrer mon silence et ma solitude.
Venez ensevelir mon ancien désespoir
Sous la neige du Blanc et dans la nuit du Noir.
Du Rouge, cri de sang que jettent les fanfares.
Éteignez la splendeur du Jaune, cri de l’or,
Où le soleil persiste et ressurgit encor.
Écartez le sourire invincible du Rose,
Qui jaillit de la fleur ingénument déclose,
Et le regard serein et limpide du Bleu, –
Car mon âme est, ce soir, triste comme un adieu.
Elle adore le charme atténué du Mauve,
Pareil aux songes purs qui parfument l’alcôve,
Et la mysticité du profond Violet,
Plus grave qu’un chant d’orgue et plus doux qu’un reflet.
Versez-lui l’eau du Vert, qui calme le supplice
Des paupières, fraîcheur des yeux de Béatrice.
Entourez-la du rêve et de la paix du Gris,
Crépuscule de l’âme et des chauves-souris.
Le Brun des bois anciens, favorable à l’étude,
Sait encadrer mon silence et ma solitude.
Venez ensevelir mon ancien désespoir
Sous la neige du Blanc et dans la nuit du Noir.
Théophile Gautier
Tristesse en mer
Les mouettes volent et jouent ;
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l’air.
Le jour tombe ; une fine pluie
Éteint les fournaises du soir,
Et le steam-boat crachant la suie
Rabat son long panache noir.
Plus pâle que le ciel livide
Je vais au pays du charbon,
Du brouillard et du suicide ;
— Pour se tuer le temps est bon.
Mon désir avide se noie
Dans le gouffre amer qui blanchit ;
Le vaisseau danse, l’eau tournoie,
Le vent de plus en plus fraîchit.
Oh ! je me sens l’âme navrée ;
L’Océan gonfle, en soupirant,
Sa poitrine désespérée,
Comme un ami qui me comprend.
Et les blancs coursiers de la mer,
Cabrés sur les vagues, secouent
Leurs crins échevelés dans l’air.
Le jour tombe ; une fine pluie
Éteint les fournaises du soir,
Et le steam-boat crachant la suie
Rabat son long panache noir.
Plus pâle que le ciel livide
Je vais au pays du charbon,
Du brouillard et du suicide ;
— Pour se tuer le temps est bon.
Mon désir avide se noie
Dans le gouffre amer qui blanchit ;
Le vaisseau danse, l’eau tournoie,
Le vent de plus en plus fraîchit.
Oh ! je me sens l’âme navrée ;
L’Océan gonfle, en soupirant,
Sa poitrine désespérée,
Comme un ami qui me comprend.
Tristan Corbière
Paysage mauvais
Sables de vieux os – Le flot râle
Des glas: crevant bruit sur bruit…
– Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit.
– Calme de peste, où la fièvre
Cuit… Le follet damné languit.
– Herbe puante où le lièvre
Est un sorcier poltron qui fuit…
– La Lavandière blanche étale
Des trépassés le linge sale,
Au soleil des loups… – Les crapauds,
Petits chantres mélancoliques
Empoisonnent de leurs coliques,
Les champignons, leurs escabeaux.
Des glas: crevant bruit sur bruit…
– Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit.
– Calme de peste, où la fièvre
Cuit… Le follet damné languit.
– Herbe puante où le lièvre
Est un sorcier poltron qui fuit…
– La Lavandière blanche étale
Des trépassés le linge sale,
Au soleil des loups… – Les crapauds,
Petits chantres mélancoliques
Empoisonnent de leurs coliques,
Les champignons, leurs escabeaux.
Victoire Babois
Agnès. Romance
D’où vient ce tourment plein de charmes,
Qui trouble mon cœur abattu ?
Je cherche, et je n’ai rien perdu ;
Mais pour qui donc coulent mes larmes ?
Douleur que j’aime est avec moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Le murmure des eaux m’attire
Au bord des ruisseaux gémissants.
Je fuis les jeux, les feux brillants,
Pour Philomèle qui soupire :
Elle se plaint tout comme moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Je crains l’éclatante harmonie
De nos belliqueuses chansons ;
J’aime et je retiens tous les sons
De la douce Mélancolie :
Elle soupire comme moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Assise seule au pied d’un chêne,
Mon front s’incline sur ma main,
Puis je sens se gonfler mon sein ;
Mes nœuds, mon voile, tout me gêne :
En vain je demande pourquoi ;
Le savez-vous ? dites-le-moi.
Si j’aime une grotte bien sombre,
Si je cherche un obscur sentier,
Si je veux fuir le monde entier,
Ah ! voyez-vous, c’est que dans l’ombre
Ma douleur est mieux avec moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Le soir, je me plais en silence
À contempler un ciel d’azur.
Ah ! comme lui mon cœur est pur ;
Mais quelle est donc cette souffrance,
Que j’aime et qui me fait languir ?
Dites-le-moi, dois-je en mourir ?
Qui trouble mon cœur abattu ?
Je cherche, et je n’ai rien perdu ;
Mais pour qui donc coulent mes larmes ?
Douleur que j’aime est avec moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Le murmure des eaux m’attire
Au bord des ruisseaux gémissants.
Je fuis les jeux, les feux brillants,
Pour Philomèle qui soupire :
Elle se plaint tout comme moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Je crains l’éclatante harmonie
De nos belliqueuses chansons ;
J’aime et je retiens tous les sons
De la douce Mélancolie :
Elle soupire comme moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Assise seule au pied d’un chêne,
Mon front s’incline sur ma main,
Puis je sens se gonfler mon sein ;
Mes nœuds, mon voile, tout me gêne :
En vain je demande pourquoi ;
Le savez-vous ? dites-le-moi.
Si j’aime une grotte bien sombre,
Si je cherche un obscur sentier,
Si je veux fuir le monde entier,
Ah ! voyez-vous, c’est que dans l’ombre
Ma douleur est mieux avec moi ;
Hélas ! dites-moi donc pourquoi.
Le soir, je me plais en silence
À contempler un ciel d’azur.
Ah ! comme lui mon cœur est pur ;
Mais quelle est donc cette souffrance,
Que j’aime et qui me fait languir ?
Dites-le-moi, dois-je en mourir ?
Victor Hugo
Veni, vidi, vixi
J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;
Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête
J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;
Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
O ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes,
Puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu.
Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J’ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.
J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé,
Et j’ai vu bien souvent qu’on riait de ma peine.
Je me suis étonné d’être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.
Dans ce bagne terrestre où ne s’ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J’ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.
Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d’ennui, comme un homme
Qui se lève avant l’aube et qui n’a pas dormi.
Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
O Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !
Avril 1848.
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;
Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête
J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;
Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
O ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes,
Puisque mon cœur est mort, j’ai bien assez vécu.
Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J’ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.
J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé,
Et j’ai vu bien souvent qu’on riait de ma peine.
Je me suis étonné d’être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.
Dans ce bagne terrestre où ne s’ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J’ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.
Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d’ennui, comme un homme
Qui se lève avant l’aube et qui n’a pas dormi.
Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
O Seigneur ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !
Avril 1848.
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