Poèmes de ce thème
Tristesse et mélancolie
Agrippa d'Aubigné
Stances
Pleurez avec moi tendres fleurs,
Aportez, ormeaux, les rosees
De vos mignardes espousees,
Meslez vos pleurs avec les pleurs
De moy desolé qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennuis !
Pleurez aussi, aube du jour :
Belle Aurore, je vous convie
A mesler une doulce pluye
Parmi les pleurs de mon amour,
D’un amour pour qui je ne puis
Trouver tant de pleurs que d’ennuis !
Cignes mourans, à ceste foys
Quittez la Touvre Eugoumoisine
Et meslez la plainte divine
Et l’aer de vos divines voys,
Avec moy chetif qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennus !
Oiseaux qui languissez marris,
Et vous, Tourterelles fachees,
Ne comptez aux branches sechees
Le veuvage de vos maris
Et pleurez pour moy qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennuis !
Pleurez, o rochers, mes douleurs
De vos argentines fonteines
Pour moy qui souffre plus de peines
Que je ne puis trouver de pleurs,
Pour moy douloureux qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennuis !
Aportez, ormeaux, les rosees
De vos mignardes espousees,
Meslez vos pleurs avec les pleurs
De moy desolé qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennuis !
Pleurez aussi, aube du jour :
Belle Aurore, je vous convie
A mesler une doulce pluye
Parmi les pleurs de mon amour,
D’un amour pour qui je ne puis
Trouver tant de pleurs que d’ennuis !
Cignes mourans, à ceste foys
Quittez la Touvre Eugoumoisine
Et meslez la plainte divine
Et l’aer de vos divines voys,
Avec moy chetif qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennus !
Oiseaux qui languissez marris,
Et vous, Tourterelles fachees,
Ne comptez aux branches sechees
Le veuvage de vos maris
Et pleurez pour moy qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennuis !
Pleurez, o rochers, mes douleurs
De vos argentines fonteines
Pour moy qui souffre plus de peines
Que je ne puis trouver de pleurs,
Pour moy douloureux qui ne puis
Pleurer autant que j’ay d’ennuis !
Agrippa d'Aubigné
Stances
…ÔJ’ayme à voir de beautez la branche deschargée,
A fouller le feuillage estendu par l’effort
D’automne, sans espoir leur couleur orangée
Me donne pour plaisir l’ymage de la mort.
Un éternel horreur, une nuit éternelle
M’enpesche de fuir et de sortir dehors :
Que de l’air courroucé une guerre cruelle,
Ainsi comme l’esprit, m’enprisonne le cors!
Jamais le cler soleil ne raionne ma teste,
Que le ciel impiteux me refuse son œil,
S’il pleut qu’avec la pluie il crève de tempeste,
Avare du beau temps et jaloux du soleil.
Mon estre soit yver et les saisons troublées,
De mes afflictions se sente l’univers,
Et l’oubly oste encor’ à mes pennes doublées
L’usage de mon lut et celuy de mes vers.
Ainsi comme le temps frissonnera sans cesse
Un printemps de glaçons et tout l’an orageux,
Ainsi hors de saison une froide vieillesse
Dès l’esté de mes ans neige sur mes cheveux.
Si quelque fois poussé d’une âme impatiente
Je vois précipitant mes fureurs dans les bois,
M’eschauffant sur la mort d’une beste innocente,
Ou effraiant les eaux et les montz de ma voix,
Mille oiseaux de nuit, mille chansons mortelles
M’environnent, vollans par ordre sur mon front :
Que l’air en contrepoix fasché de mes querelles
Soit noircy de hiboux et de corbeaux en ront.
Les herbes sécheront soubz mes pas, à la veue
Des misérables yeux dont les tristes regars
Feront tomber les fleurs et cacher dans la nue
La lune et le soleil et les astres espars.
Ma présence fera dessécher les fontaines
Et les oiseaux passans tomber mortz à mes pieds,
Estouffez de l’odeur et du vent de mes peines :
Ma peine estouffe moy, comme ilz sont étouffez !…
A fouller le feuillage estendu par l’effort
D’automne, sans espoir leur couleur orangée
Me donne pour plaisir l’ymage de la mort.
Un éternel horreur, une nuit éternelle
M’enpesche de fuir et de sortir dehors :
Que de l’air courroucé une guerre cruelle,
Ainsi comme l’esprit, m’enprisonne le cors!
Jamais le cler soleil ne raionne ma teste,
Que le ciel impiteux me refuse son œil,
S’il pleut qu’avec la pluie il crève de tempeste,
Avare du beau temps et jaloux du soleil.
Mon estre soit yver et les saisons troublées,
De mes afflictions se sente l’univers,
Et l’oubly oste encor’ à mes pennes doublées
L’usage de mon lut et celuy de mes vers.
Ainsi comme le temps frissonnera sans cesse
Un printemps de glaçons et tout l’an orageux,
Ainsi hors de saison une froide vieillesse
Dès l’esté de mes ans neige sur mes cheveux.
Si quelque fois poussé d’une âme impatiente
Je vois précipitant mes fureurs dans les bois,
M’eschauffant sur la mort d’une beste innocente,
Ou effraiant les eaux et les montz de ma voix,
Mille oiseaux de nuit, mille chansons mortelles
M’environnent, vollans par ordre sur mon front :
Que l’air en contrepoix fasché de mes querelles
Soit noircy de hiboux et de corbeaux en ront.
Les herbes sécheront soubz mes pas, à la veue
Des misérables yeux dont les tristes regars
Feront tomber les fleurs et cacher dans la nue
La lune et le soleil et les astres espars.
Ma présence fera dessécher les fontaines
Et les oiseaux passans tomber mortz à mes pieds,
Estouffez de l’odeur et du vent de mes peines :
Ma peine estouffe moy, comme ilz sont étouffez !…
Alfred de Musset
Tristesse
J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaîté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.
Et mes amis et ma gaîté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.
Antonin Artaud
Poète noir
Poète noir, un sein de pucelle
te hante,
poète aigri, la vie bout
et la ville brûle,
et le ciel se résorbe en pluie,
ta plume gratte au cœur de la vie.
Forêt, forêt, des yeux fourmillent
sur les pignons multipliés ;
cheveux d’orage, les poètes
enfourchent des chevaux, des chiens.
Les yeux ragent, les langues tournent
le ciel afflue dans les narines
comme un lait nourricier et bleu ;
je suis suspendu à vos bouches
femmes, cœurs de vinaigre durs.
te hante,
poète aigri, la vie bout
et la ville brûle,
et le ciel se résorbe en pluie,
ta plume gratte au cœur de la vie.
Forêt, forêt, des yeux fourmillent
sur les pignons multipliés ;
cheveux d’orage, les poètes
enfourchent des chevaux, des chiens.
Les yeux ragent, les langues tournent
le ciel afflue dans les narines
comme un lait nourricier et bleu ;
je suis suspendu à vos bouches
femmes, cœurs de vinaigre durs.
Blaise Cendrars
Journal
Voici plus d’un an que je n’ai plus pensé à Vous
Depuis que j’ai écrit mon avant-dernier poème Pâques
Ma vie a bien changé depuis
Mais je suis toujours le même
J’ai même voulu devenir peintre
Voici les tableaux que j’ai faits et qui ce soir pendent
aux murs
Ils m’ouvrent d’étranges vues sur moi-même qui me
font penser à Vous.
Christ
La vie
Voilà ce que j’ai fouillé
Mes peintures me font mal
Je suis trop passionné
Tout est orangé.
J’ai passé une triste journée à penser à mes amis
Et à lire le journal
Christ
Vie crucifiée dans le journal grand ouvert que je tiens
les bras tendus
Envergures
Fusées
Ébullition
Cris.
On dirait un aéroplane qui tombe.
C’est moi.
Passion
Feu
Roman-feuilleton
Journal
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même
Il faut parfois crier
Je suis l’autre
Trop sensible
Depuis que j’ai écrit mon avant-dernier poème Pâques
Ma vie a bien changé depuis
Mais je suis toujours le même
J’ai même voulu devenir peintre
Voici les tableaux que j’ai faits et qui ce soir pendent
aux murs
Ils m’ouvrent d’étranges vues sur moi-même qui me
font penser à Vous.
Christ
La vie
Voilà ce que j’ai fouillé
Mes peintures me font mal
Je suis trop passionné
Tout est orangé.
J’ai passé une triste journée à penser à mes amis
Et à lire le journal
Christ
Vie crucifiée dans le journal grand ouvert que je tiens
les bras tendus
Envergures
Fusées
Ébullition
Cris.
On dirait un aéroplane qui tombe.
C’est moi.
Passion
Feu
Roman-feuilleton
Journal
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même
Il faut parfois crier
Je suis l’autre
Trop sensible
Cécile Sauvage
Mélancolie
Je suis née au milieu du jour,
La chair tremblante et l’âme pure,
Mais ni l’homme ni la nature
N’ont entendu mon chant d’amour.
Depuis, je marche solitaire,
Pareille à ce ruisseau qui fuit
Rêveusement dans les fougères
Et mon cœur s’éloigne sans bruit.
[…]
Mélancolie, ô ma colombe
À l’œil tendre, à la plume grise,
Toi qui me suis quand le jour tombe
Vers l’étang que la lune irise ;
Toi qui becquètes mon bras frêle
Comme une sœur encor mutine
Et dont le baiser me rappelle
L’ongle pointu d’une main fine.
La chair tremblante et l’âme pure,
Mais ni l’homme ni la nature
N’ont entendu mon chant d’amour.
Depuis, je marche solitaire,
Pareille à ce ruisseau qui fuit
Rêveusement dans les fougères
Et mon cœur s’éloigne sans bruit.
[…]
Mélancolie, ô ma colombe
À l’œil tendre, à la plume grise,
Toi qui me suis quand le jour tombe
Vers l’étang que la lune irise ;
Toi qui becquètes mon bras frêle
Comme une sœur encor mutine
Et dont le baiser me rappelle
L’ongle pointu d’une main fine.
Charles Baudelaire
Brumes et pluies
O fins d’automne, hivers, printemps trempés de boue,
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.
Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s’enroue,
Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.
Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
O blafardes saisons, reines de nos climats,
Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
— Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux,
D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.
Endormeuses saisons ! je vous aime et vous loue
D’envelopper ainsi mon cœur et mon cerveau
D’un linceul vaporeux et d’un vague tombeau.
Dans cette grande plaine où l’autan froid se joue,
Où par les longues nuits la girouette s’enroue,
Mon âme mieux qu’au temps du tiède renouveau
Ouvrira largement ses ailes de corbeau.
Rien n’est plus doux au cœur plein de choses funèbres,
Et sur qui dès longtemps descendent les frimas,
O blafardes saisons, reines de nos climats,
Que l’aspect permanent de vos pâles ténèbres,
— Si ce n’est, par un soir sans lune, deux à deux,
D’endormir la douleur sur un lit hasardeux.
Charles Baudelaire
La cloche fêlée
Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente !
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente !
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.
Charles Baudelaire
Le Goût du Néant
Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L’Espoir, dont l’éperon attisait ton ardeur
Ne veut plus t’enfourcher ! Couche-toi sans pudeur
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.
Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute.
Esprit vaincu, fourbu ! Pour toi, vieux maraudeur,
L’amour n’a plus de goût, non plus que la dispute
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte !
Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur !
Le Printemps adorable a perdu son odeur !…
L’Espoir, dont l’éperon attisait ton ardeur
Ne veut plus t’enfourcher ! Couche-toi sans pudeur
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.
Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute.
Esprit vaincu, fourbu ! Pour toi, vieux maraudeur,
L’amour n’a plus de goût, non plus que la dispute
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte !
Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur !
Le Printemps adorable a perdu son odeur !…
Charles Baudelaire
Spleen
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s’acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.
Rien n’égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L’ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l’immortalité.
— Désormais tu n’es plus, ô matière vivante !
Qu’un granit entouré d’une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d’un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l’humeur farouche
Ne chante qu’aux rayons du soleil qui se couche.
Charles Baudelaire
Spleen
Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.
Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux;
L’âme d’un vieux poëte erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.
Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums,
Héritage fatal d’une vieille hydropique,
Le beau valet de coeur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.
Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux;
L’âme d’un vieux poëte erre dans la gouttière
Avec la triste voix d’un fantôme frileux.
Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu’en un jeu plein de sales parfums,
Héritage fatal d’une vieille hydropique,
Le beau valet de coeur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.
Charles d'Orléans
En verrai-je jamais la fin
En verrai-je jamais la fin,
De vos œuvres, Mélancolie,
Quand au soir de vous me délie
Me rattachez au matin.
J’aimasse mieux autre voisin
Que vous, qui si fort me guerrie ;
En verrai-je jamais la fin ?
Vers moi venez en larrecin
Et me robez Plaisance lie ;
Suis-je destiné en ma vie
D’être toujours en tel hutin ?
En verrai-je jamais la fin ?
De vos œuvres, Mélancolie,
Quand au soir de vous me délie
Me rattachez au matin.
J’aimasse mieux autre voisin
Que vous, qui si fort me guerrie ;
En verrai-je jamais la fin ?
Vers moi venez en larrecin
Et me robez Plaisance lie ;
Suis-je destiné en ma vie
D’être toujours en tel hutin ?
En verrai-je jamais la fin ?
Charles Péguy
La Ballade du cœur qui a tant battu
… De toutes parts usé,
Ô cœur flétri,
Ami désabusé,
Fleuve tari.
Ô miroir de vertu,
Glace sans tain,
Te rallumeras-tu
Ô cœur éteint.
Cœur par un long retour
Au même creux,
O cœur de jour en jour
Plus malheureux.
Cœur qui as tant battu
Ô cœur profond
Ô cœur trouveras-tu
Jamais le fond.
Cœur qui as tant battu,
D’amour, d’espoir,
Ô cœur trouveras-tu
La paix du soir.
Ô cœur flétri,
Ami désabusé,
Fleuve tari.
Ô miroir de vertu,
Glace sans tain,
Te rallumeras-tu
Ô cœur éteint.
Cœur par un long retour
Au même creux,
O cœur de jour en jour
Plus malheureux.
Cœur qui as tant battu
Ô cœur profond
Ô cœur trouveras-tu
Jamais le fond.
Cœur qui as tant battu,
D’amour, d’espoir,
Ô cœur trouveras-tu
La paix du soir.
Charles Péguy
Quatrains
Cœur dur comme une tour,
Ô cœur de pierre,
Donjon de jour en jour
Vêtu de lierre.
De tous liens lié
À cette terre,
Ô cœur humilié,
Cœur solitaire.
Cœur qui as tant crevé
De pleurs secrets,
Buveur inabreuvé,
Cendre et regrets.
Cœur tant de fois baigné
Dans la lumière,
Et tant de fois noyé
Source première.
Ô cœur laissé pour mort
Dans le fossé,
Cœur tu battais encore,
Ô trépassé.
Ô cœur inexploré,
Vaste univers,
Idole dédorée,
Jardin d’hiver.
Ô vase de regret
Plein jusqu’aux bords
Du venin d’un remords
Inespéré…
Ô vieil arbre écorcé,
Rongé des vers,
Vieux sanglier forcé,
Ô cœur pervers…
Cœur qui as tant battu,
D’amour, d’espoir,
Ô cœur trouveras-tu
La paix du soir…
Cœur dévoré d’amour,
Te tairas-tu,
Ô cœur de jour en jour
Inentendu…
Cœur plein d’un seul amour,
Désaccordé,
Ô cœur de jour en jour
Plus hasardé…
Tu avais tout pourvu,
Ô confident,
Tu avais tout prévu,
Ô provident.
Tu avais tout pourvu,
Fors une fièvre,
Tu avais tout prévu
Fors que deux lèvres…
Tu avais tout pourvu,
Fors une flamme,
Tu avais tout prévu,
Fors une autre âme.
Tu avais fait ton compte,
Ô Prévoyant,
Tu n’avais oublié
Qu’un cœur battant…
Ô cœur de pierre,
Donjon de jour en jour
Vêtu de lierre.
De tous liens lié
À cette terre,
Ô cœur humilié,
Cœur solitaire.
Cœur qui as tant crevé
De pleurs secrets,
Buveur inabreuvé,
Cendre et regrets.
Cœur tant de fois baigné
Dans la lumière,
Et tant de fois noyé
Source première.
Ô cœur laissé pour mort
Dans le fossé,
Cœur tu battais encore,
Ô trépassé.
Ô cœur inexploré,
Vaste univers,
Idole dédorée,
Jardin d’hiver.
Ô vase de regret
Plein jusqu’aux bords
Du venin d’un remords
Inespéré…
Ô vieil arbre écorcé,
Rongé des vers,
Vieux sanglier forcé,
Ô cœur pervers…
Cœur qui as tant battu,
D’amour, d’espoir,
Ô cœur trouveras-tu
La paix du soir…
Cœur dévoré d’amour,
Te tairas-tu,
Ô cœur de jour en jour
Inentendu…
Cœur plein d’un seul amour,
Désaccordé,
Ô cœur de jour en jour
Plus hasardé…
Tu avais tout pourvu,
Ô confident,
Tu avais tout prévu,
Ô provident.
Tu avais tout pourvu,
Fors une fièvre,
Tu avais tout prévu
Fors que deux lèvres…
Tu avais tout pourvu,
Fors une flamme,
Tu avais tout prévu,
Fors une autre âme.
Tu avais fait ton compte,
Ô Prévoyant,
Tu n’avais oublié
Qu’un cœur battant…
Dominique Sampiero
Visage de tige basse
Quand l’horizon entre dans les yeux
d’un homme, il incline son front sous les labours
des sourcils. La tendresse d’être nu et seul
au monde dévaste, dans son regard, toute forme
d’orgueil et de dureté. Toute mémoire.
Toute appartenance à l’ordre des choses.
Le visage ainsi blessé retourne à l’air, à l’eau
aux mouvements imperceptibles du ciel.
Les pupilles s’endorment comme des chiennes
aux pieds du maître. Les mousses, les forêts, les lichens
envahissent les cheveux, la barbe, les aspérités.
La peau de mouton de l’âme se serre en écharpe autour du cou.
Quand l’horizon entre dans les yeux d’un homme, rien
il ne se passe rien, sauf un autre jour, une semaine
puis un mois, une vie entière. On a tort de croire
aux anges, aux esprits, à l’apparition du miracle.
Il suffit de croiser un visage de tige basse,
de verger qui pleure au fond des yeux,
de fumée sur les étangs, pour vaciller à son tour
résister à l’envie de se jeter à genoux.
Y a-t-il des prières pour les flaques,
les hommes sans gestes, les outils rouillés ?
Je prends ce visage pour moi, je le supplie
de m’accueillir. Il me répond tout entier.
Les mots qu’il prononce dans son silence
portent le regard que je raconte ici.
d’un homme, il incline son front sous les labours
des sourcils. La tendresse d’être nu et seul
au monde dévaste, dans son regard, toute forme
d’orgueil et de dureté. Toute mémoire.
Toute appartenance à l’ordre des choses.
Le visage ainsi blessé retourne à l’air, à l’eau
aux mouvements imperceptibles du ciel.
Les pupilles s’endorment comme des chiennes
aux pieds du maître. Les mousses, les forêts, les lichens
envahissent les cheveux, la barbe, les aspérités.
La peau de mouton de l’âme se serre en écharpe autour du cou.
Quand l’horizon entre dans les yeux d’un homme, rien
il ne se passe rien, sauf un autre jour, une semaine
puis un mois, une vie entière. On a tort de croire
aux anges, aux esprits, à l’apparition du miracle.
Il suffit de croiser un visage de tige basse,
de verger qui pleure au fond des yeux,
de fumée sur les étangs, pour vaciller à son tour
résister à l’envie de se jeter à genoux.
Y a-t-il des prières pour les flaques,
les hommes sans gestes, les outils rouillés ?
Je prends ce visage pour moi, je le supplie
de m’accueillir. Il me répond tout entier.
Les mots qu’il prononce dans son silence
portent le regard que je raconte ici.
Émile Verhaeren
Le Moulin
Le moulin tourne au fond du soir, très lentement,
Sur un ciel de tristesse et de mèlancolie,
Il tourne et tourne, et sa voile, couleur de lie,
Est triste et faible et lourde et lesse, infiniment.
Depuis l’aube, ses bras, comme des bras de plainte,
Se sont tendus et sont tombés; et les voici
Qui retombent encor, là-bas, dans l’air noirci
Et le silence entier de la nature éteinte.
Un jour souffrant d’hiver sur les hameaux s’endort,
Les nuages sont las de leurs voyages sombres,
Et le long des taillis qui ramassent leurs ombres
Les ornières s’en vont vers un horizon mort.
Sous un ourlet de sol, quelques huttes de hêtre
Très misérablement sont assises en rond;
Une lampe de cuivre est pendue au plafond
Et patine de feu le mur et la fenêtre.
Et dans la plaine immense et le vide dormeur
Elles fixent – les très souffreteuses bicoques! –
Avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques,
Le vieux moulin qui tourne et, las, qui tourne et meurt.
Sur un ciel de tristesse et de mèlancolie,
Il tourne et tourne, et sa voile, couleur de lie,
Est triste et faible et lourde et lesse, infiniment.
Depuis l’aube, ses bras, comme des bras de plainte,
Se sont tendus et sont tombés; et les voici
Qui retombent encor, là-bas, dans l’air noirci
Et le silence entier de la nature éteinte.
Un jour souffrant d’hiver sur les hameaux s’endort,
Les nuages sont las de leurs voyages sombres,
Et le long des taillis qui ramassent leurs ombres
Les ornières s’en vont vers un horizon mort.
Sous un ourlet de sol, quelques huttes de hêtre
Très misérablement sont assises en rond;
Une lampe de cuivre est pendue au plafond
Et patine de feu le mur et la fenêtre.
Et dans la plaine immense et le vide dormeur
Elles fixent – les très souffreteuses bicoques! –
Avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques,
Le vieux moulin qui tourne et, las, qui tourne et meurt.
Eustache Deschamps
Virelai sur la tristesse du temps présent
Je ne vois ami n’amie
Ni personne qui bien die ;
Toute liesse défaut,
Tous cœurs ont pris par assaut
Tristesse et mélancolie.
Aujourd’hui n’est âme lie,
On ne chante n’esbanie,
Chacun cuide avoir défaut ;
Li uns a sur l’autre envie
Et médit par jonglerie,
Toute loyauté défaut ;
Honneur, amour, courtoisie,
Pitié, largesse est périe,
Mais convoitise est en haut
Qui fait de chacun versaut,
Dont joie est anéantie :
Je ne vois ami n’amie.
Trop règne dolente vie ;
Cet âge ne durra mie,
Car d’honneur à nul ne chaut ;
Connaissance est endormie,
Vaillance n’est à demie
Connue ni mise en haut.
Loyauté, sens, prud’homie
Ni bonté n’est remerie.
On lève ce qui ne vaut,
Et ainsi tout perdre faut,
Par non sens et par folie.
Je ne vois ami n’amie.
Ni personne qui bien die ;
Toute liesse défaut,
Tous cœurs ont pris par assaut
Tristesse et mélancolie.
Aujourd’hui n’est âme lie,
On ne chante n’esbanie,
Chacun cuide avoir défaut ;
Li uns a sur l’autre envie
Et médit par jonglerie,
Toute loyauté défaut ;
Honneur, amour, courtoisie,
Pitié, largesse est périe,
Mais convoitise est en haut
Qui fait de chacun versaut,
Dont joie est anéantie :
Je ne vois ami n’amie.
Trop règne dolente vie ;
Cet âge ne durra mie,
Car d’honneur à nul ne chaut ;
Connaissance est endormie,
Vaillance n’est à demie
Connue ni mise en haut.
Loyauté, sens, prud’homie
Ni bonté n’est remerie.
On lève ce qui ne vaut,
Et ainsi tout perdre faut,
Par non sens et par folie.
Je ne vois ami n’amie.
François De Malherbe
Vers funèbres sur la mort de henri le grand (1610)
En fin l’ire du ciel et sa fatale envie,
Dont j’avois repoussé tant d’injustes efforts,
Ont détruit ma fortune, et, sans m’oster la vie,
M’ont mis entre les morts.
Henry, ce grand Henry, que les soins de nature
Avoient fait un miracle aux yeux de l’univers
Comme un homme vulgaire est dans la sepulture
A la mercy des vers !
Belle ame, beau patron des celestes ouvrages,
Qui fus de mon espoir l’infaillible recours,
Quelle nuict fut pareille aux funestes ombrages
Où tu laisses mes jours !
C’est bien à tout le monde une commune playe,
Et le malheur que j’ay, chacun l’estime sien ;
Mais en quel autre cœur est la douleur si vraye
Comme elle est dans le mien ?
Ta fidele compagne, aspirant à la gloire
Que son affliction ne se puisse imiter,
Seule de cet ennuy me debat la victoire,
Et me la fait quitter.
. . . . . .
Nulle heure de beau temps ses orages n’essuye,
Et sa grace divine endure en ce tourment
Ce qu’endure une fleur que la bise ou la pluie
Bat excessivement.
. . . . . .
Dont j’avois repoussé tant d’injustes efforts,
Ont détruit ma fortune, et, sans m’oster la vie,
M’ont mis entre les morts.
Henry, ce grand Henry, que les soins de nature
Avoient fait un miracle aux yeux de l’univers
Comme un homme vulgaire est dans la sepulture
A la mercy des vers !
Belle ame, beau patron des celestes ouvrages,
Qui fus de mon espoir l’infaillible recours,
Quelle nuict fut pareille aux funestes ombrages
Où tu laisses mes jours !
C’est bien à tout le monde une commune playe,
Et le malheur que j’ay, chacun l’estime sien ;
Mais en quel autre cœur est la douleur si vraye
Comme elle est dans le mien ?
Ta fidele compagne, aspirant à la gloire
Que son affliction ne se puisse imiter,
Seule de cet ennuy me debat la victoire,
Et me la fait quitter.
. . . . . .
Nulle heure de beau temps ses orages n’essuye,
Et sa grace divine endure en ce tourment
Ce qu’endure une fleur que la bise ou la pluie
Bat excessivement.
. . . . . .
Gérard de Nerval
El Desdichado
Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encore du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…
Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.
Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encore du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène…
Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Germain Nouveau
Pourrières
Que triste tombe un soir de novembre !
La Bougie rayonne dans la chambre.
Je rêve, et mon cœur n’y est pour rien :
Vraiment, ah vraiment, ce n’est pas bien.
Ni joie autour de nous, ni souffrance ;
Sur le front pas l’aile d’une Espérance !
Suis-je mort ? je n’entends ni ne vois.
Nul écho de la plus charmante voix.
La flamme s’allonge, et tremblotte.
Dans la chambre un novembre triste flotte.
Qui donc crois-je entendre par instants ?
Dans la mer imaginaire que j’entends,
C’est, voyez-vous, mon âme esseulée
Qui, ce soir, - novembre gronde - est ensablée !
La Bougie rayonne dans la chambre.
Je rêve, et mon cœur n’y est pour rien :
Vraiment, ah vraiment, ce n’est pas bien.
Ni joie autour de nous, ni souffrance ;
Sur le front pas l’aile d’une Espérance !
Suis-je mort ? je n’entends ni ne vois.
Nul écho de la plus charmante voix.
La flamme s’allonge, et tremblotte.
Dans la chambre un novembre triste flotte.
Qui donc crois-je entendre par instants ?
Dans la mer imaginaire que j’entends,
C’est, voyez-vous, mon âme esseulée
Qui, ce soir, - novembre gronde - est ensablée !
Jean Cocteau
Fleuves qui deroulez....
Fleuves qui déroulez un cortège de vaches
Vaches dont l’œil voyage au fond des lourdes mers
Fleurs dont l’Ame cruelle organise les taches
Miroirs qui détestez qu’on vous passe au travers.
Salle des pas perdus, portes de la justice
Chambres owt l’accusé se change en innocent,
Embellissez vos cours (vous me rendrez service)
De ces géraniums qui décorent mon sang.
Décorez-vous. Mentez. Menez de gloire en gloire
Les victimes du bouc qui trompe le troupeau.
Je ne veux même pas vivre dans la mémoire
De la fille aux huit sœurs drapée en son drapeau.
Je crache sur vos lys, vos robes d’innocence,
Sur les bustes du pare de la célébrité.
Je suis, figurez-vous, moins bête qu’on ne pense
Et pour dormir me tourne de l’autre cété.
eoovrereeeee eee eeeereeeeeseeereeeereseeeeeseeseeeseeeeeeeeeeee
Vaches dont l’œil voyage au fond des lourdes mers
Fleurs dont l’Ame cruelle organise les taches
Miroirs qui détestez qu’on vous passe au travers.
Salle des pas perdus, portes de la justice
Chambres owt l’accusé se change en innocent,
Embellissez vos cours (vous me rendrez service)
De ces géraniums qui décorent mon sang.
Décorez-vous. Mentez. Menez de gloire en gloire
Les victimes du bouc qui trompe le troupeau.
Je ne veux même pas vivre dans la mémoire
De la fille aux huit sœurs drapée en son drapeau.
Je crache sur vos lys, vos robes d’innocence,
Sur les bustes du pare de la célébrité.
Je suis, figurez-vous, moins bête qu’on ne pense
Et pour dormir me tourne de l’autre cété.
eoovrereeeee eee eeeereeeeeseeereeeereseeeeeseeseeeseeeeeeeeeeee
Jean Moréas
Je me compare aux morts, à la source tarie
Je me compare aux morts, à la source tarie,
A l’obscur horizon,
A la fleur effeuillée, à la feuille pourrie
Sur un pâle gazon,
A l’arbre qu’on abat dans un bois sans verdure
Pour former un cercueil,
Aux brouillards de l’hiver, à toute la nature
De tristesse et de deuil.
Mais ne suis-je plutôt à l’Océan semblable,
Qui, toujours florissant,
Laisse le vol du temps passer, et sur le sable
Écume en gémissant ?
A l’obscur horizon,
A la fleur effeuillée, à la feuille pourrie
Sur un pâle gazon,
A l’arbre qu’on abat dans un bois sans verdure
Pour former un cercueil,
Aux brouillards de l’hiver, à toute la nature
De tristesse et de deuil.
Mais ne suis-je plutôt à l’Océan semblable,
Qui, toujours florissant,
Laisse le vol du temps passer, et sur le sable
Écume en gémissant ?
Jules Laforgue
Complainte sur certains Temps déplacés
Le couchant de sang est taché
Comme un tablier de boucher;
Oh! qui veut aussi m’écorcher!
– Maintenant c’est comme une rade!
Ça vous fait le coeur tout nomade,
A cingler vers mille Lusiades!
Passez, ô nuptials appels,
Vers les comptoirs, les Archipels
Où l’on mastique le bétel!
Je n’aurai jamais d’aventures;
Qu’il est petit, dans la Nature,
Le chemin d’fer Paris-Ceinture!
– V’là la fontainier! il siffle l’air
(Connu) du bon roi Dagobert;
Oh! ces matins d’avril en mer!
– Le vent galope ventre à terre,
En vain voudrait-on le fair’taire!
Ah! nom de Dieu quelle misère!
– Le Soleil est mirobolant
Comme un poitrail de chambellan,
J’en demeure les bras ballants;
Mais jugez si ça m’importune,
Je rêvais en plein de lagunes
De Venise au clair de la lune!
– Vrai! la vie est pour les badauds;
Quand on a du dieu sous la peau,
On cuve ça sans dire mot.
L’obélisque quadrangulaire,
De mon spleen monte; j’y digère,
En stylite, ce gros Mystère.
Comme un tablier de boucher;
Oh! qui veut aussi m’écorcher!
– Maintenant c’est comme une rade!
Ça vous fait le coeur tout nomade,
A cingler vers mille Lusiades!
Passez, ô nuptials appels,
Vers les comptoirs, les Archipels
Où l’on mastique le bétel!
Je n’aurai jamais d’aventures;
Qu’il est petit, dans la Nature,
Le chemin d’fer Paris-Ceinture!
– V’là la fontainier! il siffle l’air
(Connu) du bon roi Dagobert;
Oh! ces matins d’avril en mer!
– Le vent galope ventre à terre,
En vain voudrait-on le fair’taire!
Ah! nom de Dieu quelle misère!
– Le Soleil est mirobolant
Comme un poitrail de chambellan,
J’en demeure les bras ballants;
Mais jugez si ça m’importune,
Je rêvais en plein de lagunes
De Venise au clair de la lune!
– Vrai! la vie est pour les badauds;
Quand on a du dieu sous la peau,
On cuve ça sans dire mot.
L’obélisque quadrangulaire,
De mon spleen monte; j’y digère,
En stylite, ce gros Mystère.
Jules Laforgue
simple agonie
— Et revoici les sympathies de mai.
Mais tu ne peux que te répéter, ô honte!
Et tu te gonflés et ne créves jamais.
Et tu sais fort bien, ô paria,
Que ce n’est pas du tout ça.
Oh! que
Devinant l instant le plus seul de la nature,
Ma mélodie, toute et unique, monte,
Dans le soir et redouble, et fasse tout ce qu’elle peut
Et dise la chose qu’est la chose,
Et retombe, et reprenne,
Et fasse de la peine,
O solo de sanglots,
Et reprenne et retombe
Selon la tache qui lui incombe.
Oh! que ma musique
Se crucifie,
Selon sa photographie
Accoudée et mélancolique !...
Il faut trouver d’autres thémes,
Plus mortels et plus suprêmes.
Oh! bien, avec le monde tel quel,
Je vais me faire un monde plus mortel!
Les ames y seront à musique,
Et tous les intérêts puérilement charnels,
O fanfares dans les soirs,
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Enquétes, enquétes,
Seront l’unique fête !
Qui m’en défie?
Jentasse sur mon lit, les journaux, linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.
Que nul n’intercéde,
Ce ne sera jamais assez,
Il n’y a qu’un remède,
C’est de tout casser.
O fanfares dans les soirs !
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Et nous aurons beau la piétiner à l’envi,
Nous ne serons jamais plus cruels que la vie,
Qui fait qu’il est des animaux injustement rossés,
Et des femmes à jamais laides ...
Que nul n’intercéde,
Il faut tout casser.
Alléluia, Terre paria.
Ce sera sans espoir,
De l’aurore au soir,
Quand il n’y en aura plus il y en aura encore,
Du soir à l’aurore.
Alléluia, Terre paria!
Les hommes de l’art
Ont dit: ‘Vrai, c’est trop tard.’
Pas de raison,
Pour ne pas activer sa crevaison.
Aux armes, citoyens! I] n’y yap a plus de RAISON:
Il prit froid l’autre automne,
S’étant attardé vers les peines des cors,
Sur la fin d’un beau jour.
Oh! ce fut pour vos cors, et ce fut pour l’automne,
Qu’il nous montra qu’ ‘on meurt d’amour’! l
On ne le verra plus aux fêtes nationales,
S’enfermer dans l’Histoire et tirer les verrous,
Il vint trop tét, il est reparti sans scandale;
O vous qui m’écoutez, rentrez chacun chez vous.
Mais tu ne peux que te répéter, ô honte!
Et tu te gonflés et ne créves jamais.
Et tu sais fort bien, ô paria,
Que ce n’est pas du tout ça.
Oh! que
Devinant l instant le plus seul de la nature,
Ma mélodie, toute et unique, monte,
Dans le soir et redouble, et fasse tout ce qu’elle peut
Et dise la chose qu’est la chose,
Et retombe, et reprenne,
Et fasse de la peine,
O solo de sanglots,
Et reprenne et retombe
Selon la tache qui lui incombe.
Oh! que ma musique
Se crucifie,
Selon sa photographie
Accoudée et mélancolique !...
Il faut trouver d’autres thémes,
Plus mortels et plus suprêmes.
Oh! bien, avec le monde tel quel,
Je vais me faire un monde plus mortel!
Les ames y seront à musique,
Et tous les intérêts puérilement charnels,
O fanfares dans les soirs,
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Enquétes, enquétes,
Seront l’unique fête !
Qui m’en défie?
Jentasse sur mon lit, les journaux, linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.
Que nul n’intercéde,
Ce ne sera jamais assez,
Il n’y a qu’un remède,
C’est de tout casser.
O fanfares dans les soirs !
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Et nous aurons beau la piétiner à l’envi,
Nous ne serons jamais plus cruels que la vie,
Qui fait qu’il est des animaux injustement rossés,
Et des femmes à jamais laides ...
Que nul n’intercéde,
Il faut tout casser.
Alléluia, Terre paria.
Ce sera sans espoir,
De l’aurore au soir,
Quand il n’y en aura plus il y en aura encore,
Du soir à l’aurore.
Alléluia, Terre paria!
Les hommes de l’art
Ont dit: ‘Vrai, c’est trop tard.’
Pas de raison,
Pour ne pas activer sa crevaison.
Aux armes, citoyens! I] n’y yap a plus de RAISON:
Il prit froid l’autre automne,
S’étant attardé vers les peines des cors,
Sur la fin d’un beau jour.
Oh! ce fut pour vos cors, et ce fut pour l’automne,
Qu’il nous montra qu’ ‘on meurt d’amour’! l
On ne le verra plus aux fêtes nationales,
S’enfermer dans l’Histoire et tirer les verrous,
Il vint trop tét, il est reparti sans scandale;
O vous qui m’écoutez, rentrez chacun chez vous.
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