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Poèmes de ce thème

Tristesse et mélancolie

Agrippa d'Aubigné

Agrippa d'Aubigné

Stances

…ÔJ’ayme à voir de beautez la branche deschargée,
A fouller le feuillage estendu par l’effort
D’automne, sans espoir leur couleur orangée
Me donne pour plaisir l’ymage de la mort.

Un éternel horreur, une nuit éternelle
M’enpesche de fuir et de sortir dehors :
Que de l’air courroucé une guerre cruelle,
Ainsi comme l’esprit, m’enprisonne le cors!

Jamais le cler soleil ne raionne ma teste,
Que le ciel impiteux me refuse son œil,
S’il pleut qu’avec la pluie il crève de tempeste,
Avare du beau temps et jaloux du soleil.

Mon estre soit yver et les saisons troublées,
De mes afflictions se sente l’univers,
Et l’oubly oste encor’ à mes pennes doublées
L’usage de mon lut et celuy de mes vers.

Ainsi comme le temps frissonnera sans cesse
Un printemps de glaçons et tout l’an orageux,
Ainsi hors de saison une froide vieillesse
Dès l’esté de mes ans neige sur mes cheveux.

Si quelque fois poussé d’une âme impatiente
Je vois précipitant mes fureurs dans les bois,
M’eschauffant sur la mort d’une beste innocente,
Ou effraiant les eaux et les montz de ma voix,

Mille oiseaux de nuit, mille chansons mortelles
M’environnent, vollans par ordre sur mon front :
Que l’air en contrepoix fasché de mes querelles
Soit noircy de hiboux et de corbeaux en ront.

Les herbes sécheront soubz mes pas, à la veue
Des misérables yeux dont les tristes regars
Feront tomber les fleurs et cacher dans la nue
La lune et le soleil et les astres espars.

Ma présence fera dessécher les fontaines
Et les oiseaux passans tomber mortz à mes pieds,
Estouffez de l’odeur et du vent de mes peines :
Ma peine estouffe moy, comme ilz sont étouffez !…
Jules Laforgue

Jules Laforgue

simple agonie

— Et revoici les sympathies de mai.
Mais tu ne peux que te répéter, ô honte!
Et tu te gonflés et ne créves jamais.
Et tu sais fort bien, ô paria,
Que ce n’est pas du tout ça.

Oh! que
Devinant l instant le plus seul de la nature,
Ma mélodie, toute et unique, monte,
Dans le soir et redouble, et fasse tout ce qu’elle peut
Et dise la chose qu’est la chose,
Et retombe, et reprenne,
Et fasse de la peine,
O solo de sanglots,

Et reprenne et retombe
Selon la tache qui lui incombe.
Oh! que ma musique
Se crucifie,
Selon sa photographie
Accoudée et mélancolique !...

Il faut trouver d’autres thémes,
Plus mortels et plus suprêmes.
Oh! bien, avec le monde tel quel,
Je vais me faire un monde plus mortel!
Les ames y seront à musique,
Et tous les intérêts puérilement charnels,
O fanfares dans les soirs,
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.

Enquétes, enquétes,
Seront l’unique fête !
Qui m’en défie?
Jentasse sur mon lit, les journaux, linge sale,
Dessins de mode, photographies quelconques,
Toute la capitale,
Matrice sociale.
Que nul n’intercéde,
Ce ne sera jamais assez,
Il n’y a qu’un remède,
C’est de tout casser.
O fanfares dans les soirs !
Ce sera barbare,
Ce sera sans espoir.
Et nous aurons beau la piétiner à l’envi,
Nous ne serons jamais plus cruels que la vie,
Qui fait qu’il est des animaux injustement rossés,
Et des femmes à jamais laides ...
Que nul n’intercéde,
Il faut tout casser.
Alléluia, Terre paria.
Ce sera sans espoir,
De l’aurore au soir,
Quand il n’y en aura plus il y en aura encore,
Du soir à l’aurore.
Alléluia, Terre paria!
Les hommes de l’art
Ont dit: ‘Vrai, c’est trop tard.’
Pas de raison,
Pour ne pas activer sa crevaison.
Aux armes, citoyens! I] n’y yap a plus de RAISON:

Il prit froid l’autre automne,
S’étant attardé vers les peines des cors,
Sur la fin d’un beau jour.
Oh! ce fut pour vos cors, et ce fut pour l’automne,
Qu’il nous montra qu’ ‘on meurt d’amour’! l
On ne le verra plus aux fêtes nationales,
S’enfermer dans l’Histoire et tirer les verrous,
Il vint trop tét, il est reparti sans scandale;
O vous qui m’écoutez, rentrez chacun chez vous.
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