Joachim Du Bellay

Joachim Du Bellay

1522–1560 · a vécu 37 ans FR FR

n. 1522-05-01, Liré · m. 1560-01-01, Paris

Astres cruels, et vous dieux inhumains…

Astres cruels, et vous dieux inhumains,
Ciel envieux, et marâtre nature,
Soit que par ordre ou soit qu’à l’aventure
Voise le cours des affaires humains,

Pourquoi jadis ont travaillé vos mains
À façonner ce monde qui tant dure ?
Ou que ne fut de matière aussi dure
Le brave front de ces palais romains ?

Je ne dis plus la sentence commune,
Que toute chose au-dessous de la lune
Est corrompable et sujette à mourir :

Mais bien je dis (et n’en veuille déplaire
À qui s’efforce enseigner le contraire)
Que ce Grand Tout doit quelquefois périr.
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Poèmes

32

Telle que dans son char la Bérécynthienne

Telle que dans son char la Bérécynthienne
Couronnée de tours, et joyeuse d’avoir
Enfanté tant de dieux, telle se faisait voir
En ses jours plus heureux cette ville ancienne :

Cette ville, qui fut plus que la Phrygienne
Foisonnante en enfants, et de qui le pouvoir
Fut le pouvoir du monde, et ne se peut revoir
Pareille à sa grandeur, grandeur sinon la sienne.

Rome seule pouvait à Rome ressembler,
Rome seule pouvait Rome faire trembler :
Aussi n’avait permis l’ordonnance fatale

Qu’autre pouvoir humain, tant fût audacieux,
Se vantât d’égaler celle qui fit égale
Sa puissance à la terre, et son courage aux cieux.

Tombeau de marguerite de navarre

. . . . . .
Devant le Siege eternel
Du grand Throne de viâoire
Au SEUL qui est supernel
Tu chantes salut et gloire.

Ores tu as en ta main
Les offrandes qui sont sainctes,
Le vrai encens, le vrai pain,
Et les prieres non faintes.

La fain, la soif, et le chault,
Et les froidures malignes
Ne te suyvront point la hault
Parmy les trouppes divines.
. . . . . .

Ja l’AIGNAU qui va devant
Te guide aux fontaines vives.
Ja du Pain qui est vivant
L’ETERNEL veult que tu vives.

Qui contera les plaisirs
De la couche composée
Qui joinct d’eternelz désirs
Et l’EPOUX et l’EPOUSÉE ?

Qui contera les baisers
Conjoinctz d’une saincte flâme,
Et les delices tant chers
De l'ETERNEL et de l’AME ?

Qui dira combien seront
De faveurs applaudissantes,
Qui par tout resonneront
Aux salles resplendissantes ?

Tu orras la saincte voix
De la feste nuptiale,
Et le SAINCT dit par trois fois
Sera la voix geniale.

Chante Lumiere et Honneur,
Grace, Vertu et Sagesse,
Ainsi qu’elle est au SEIGNEUR,
Estoit, et sera sans cesse.

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