Poèmes de ce thème
Relations et famille
Louise Labé
D’un tel vouloir le serf point ne désire…
D’un tel vouloir le serf point ne désire
La liberté, ou son port le navire,
Comme j’attends, hélas, de jour en jour
De toi, ami, le gracieux retour.
Là j’avais mis le but de ma douleur,
Qui finirait quand j’aurais ce bonheur
De te revoir : mais de la longue attente,
Hélas, en vain mon désir se lamente.
Cruel, cruel, qui te faisait promettre
Ton bref retour en ta première lettre ?
As-tu si peu de mémoire de moi
Que de m’avoir si tôt rompu la foi ?
Comme oses-tu ainsi abuser celle
Qui de tout temps t’a été si fidèle ?
Or’ que tu es auprès de ce rivage
Du Pô cornu, peut-être ton courage
S’est embrasé d’une nouvelle flamme,
En me changeant pour prendre une autre dame :
Jà en oubli inconstamment est mise
La loyauté que tu m’avais promise.
S’il est ainsi, et que déjà la foi
Et la bonté se retirent de toi :
Il ne me faut émerveiller si ores
Toute pitié tu as perdue encore.
Ô combien a de pensée et de crainte,
Tout à part soi, l’âme d’amour atteinte !
Ores je crois, vu notre amour passée,
Qu’impossible est que tu m’aies laissée :
Et de nouveau ta foi je me fiance,
Et plus qu’humaine estime ta constance.
Tu es, peut-être, en chemin inconnu
Outre ton gré malade retenu.
Je crois que non : car tant suis coutumière
De faire aux dieux pour ta santé prière
Que plus cruels que tigres ils seraient
Quand maladie ils te prochasseraient,
Bien que ta folle et volage inconstance
Mériterait avoir quelque souffrance.
Telle est ma foi qu’elle pourra suffire
À te garder d’avoir mal et martyre.
Celui qui tient au haut Ciel son empire
Ne me saurait, ce me semble, dédire :
Mais quand mes pleurs et larmes entendrait
Pour toi priant, son ire il retiendrait.
J’ai de tout temps vécu en son service,
Sans me sentir coupable d’autre vice
Que de t’avoir bien souvent en son lieu,
D’amour forcé, adoré comme Dieu.
Déjà deux fois depuis le promis terme
De ton retour, Phébé ses cornes ferme,
Sans que, de bonne ou mauvaise fortune,
De toi, ami, j’aie nouvelle aucune.
Si toutefois, pour être enamouré
En autre lieu, tu as tant demeuré,
Si sais-je bien que t’amie nouvelle
À peine aura le renom d’être telle,
Soit en beauté, vertu, grâce et faconde,
Comme plusieurs gens savants par le monde
M’ont fait à tort, ce crois-je, être estimée.
Mais qui pourra garder la renommée ?
Non seulement en France suis flattée,
Et beaucoup plus que ne veux exaltée,
La terre aussi que Calpe et Pyrénée
Avec la mer tiennent environnée,
Du large Rhin les roulantes arènes,
Le beau pays auquel or’ te promènes,
Ont entendu (tu me l’as fait accroire)
Que gens d’esprit me donnent quelque gloire.
Goûte le bien que tant d’hommes désirent,
Demeure au but où tant d’autres aspirent,
Et crois qu’ailleurs n’en auras une telle.
Je ne dis pas qu’elle ne soit plus belle,
Mais que jamais femme ne t’aimera,
Ni, plus que moi, d’honneur te portera.
Maints grands seigneurs à mon amour prétendent,
Et à me plaire et servir prêts se rendent,
Joutes et jeux, maintes belles devises,
En ma faveur sont par eux entreprises :
Et néanmoins, tant peu je m’en soucie
Que seulement ne les en remercie :
Tu es tout seul tout mon mal et mon bien ;
Avec toi tout, et sans toi je n’ai rien ;
Et n’ayant rien qui plaise à ma pensée,
De tout plaisir me trouve délaissée,
Et pour plaisir ennui saisir me vient.
Le regretter et pleurer me convient,
Et sur ce point entre en tel déconfort
Que mille fois je souhaite la mort.
Ainsi, ami, ton absence lointaine
Depuis deux mois me tient en cette peine,
Ne vivant pas, mais mourant d’un amour
Lequel m’occit dix mille fois le jour.
Reviens donc tôt, si tu as quelque envie
De me revoir encore un coup en vie.
Et si la mort avant ton arrivée
A de mon corps l’aimante âme privée,
Au moins un jour viens, habillé de deuil,
Environner le tour de mon cercueil.
Que plût à Dieu que lors fussent trouvés
Ces quatre vers en blanc marbre engravés :
par toi, ami, tant vécus enflammée
qu’en languissant par feu suis consumée
qui couve encor sous ma cendre embrasée
si ne la rends de tes pleurs apaisée.
La liberté, ou son port le navire,
Comme j’attends, hélas, de jour en jour
De toi, ami, le gracieux retour.
Là j’avais mis le but de ma douleur,
Qui finirait quand j’aurais ce bonheur
De te revoir : mais de la longue attente,
Hélas, en vain mon désir se lamente.
Cruel, cruel, qui te faisait promettre
Ton bref retour en ta première lettre ?
As-tu si peu de mémoire de moi
Que de m’avoir si tôt rompu la foi ?
Comme oses-tu ainsi abuser celle
Qui de tout temps t’a été si fidèle ?
Or’ que tu es auprès de ce rivage
Du Pô cornu, peut-être ton courage
S’est embrasé d’une nouvelle flamme,
En me changeant pour prendre une autre dame :
Jà en oubli inconstamment est mise
La loyauté que tu m’avais promise.
S’il est ainsi, et que déjà la foi
Et la bonté se retirent de toi :
Il ne me faut émerveiller si ores
Toute pitié tu as perdue encore.
Ô combien a de pensée et de crainte,
Tout à part soi, l’âme d’amour atteinte !
Ores je crois, vu notre amour passée,
Qu’impossible est que tu m’aies laissée :
Et de nouveau ta foi je me fiance,
Et plus qu’humaine estime ta constance.
Tu es, peut-être, en chemin inconnu
Outre ton gré malade retenu.
Je crois que non : car tant suis coutumière
De faire aux dieux pour ta santé prière
Que plus cruels que tigres ils seraient
Quand maladie ils te prochasseraient,
Bien que ta folle et volage inconstance
Mériterait avoir quelque souffrance.
Telle est ma foi qu’elle pourra suffire
À te garder d’avoir mal et martyre.
Celui qui tient au haut Ciel son empire
Ne me saurait, ce me semble, dédire :
Mais quand mes pleurs et larmes entendrait
Pour toi priant, son ire il retiendrait.
J’ai de tout temps vécu en son service,
Sans me sentir coupable d’autre vice
Que de t’avoir bien souvent en son lieu,
D’amour forcé, adoré comme Dieu.
Déjà deux fois depuis le promis terme
De ton retour, Phébé ses cornes ferme,
Sans que, de bonne ou mauvaise fortune,
De toi, ami, j’aie nouvelle aucune.
Si toutefois, pour être enamouré
En autre lieu, tu as tant demeuré,
Si sais-je bien que t’amie nouvelle
À peine aura le renom d’être telle,
Soit en beauté, vertu, grâce et faconde,
Comme plusieurs gens savants par le monde
M’ont fait à tort, ce crois-je, être estimée.
Mais qui pourra garder la renommée ?
Non seulement en France suis flattée,
Et beaucoup plus que ne veux exaltée,
La terre aussi que Calpe et Pyrénée
Avec la mer tiennent environnée,
Du large Rhin les roulantes arènes,
Le beau pays auquel or’ te promènes,
Ont entendu (tu me l’as fait accroire)
Que gens d’esprit me donnent quelque gloire.
Goûte le bien que tant d’hommes désirent,
Demeure au but où tant d’autres aspirent,
Et crois qu’ailleurs n’en auras une telle.
Je ne dis pas qu’elle ne soit plus belle,
Mais que jamais femme ne t’aimera,
Ni, plus que moi, d’honneur te portera.
Maints grands seigneurs à mon amour prétendent,
Et à me plaire et servir prêts se rendent,
Joutes et jeux, maintes belles devises,
En ma faveur sont par eux entreprises :
Et néanmoins, tant peu je m’en soucie
Que seulement ne les en remercie :
Tu es tout seul tout mon mal et mon bien ;
Avec toi tout, et sans toi je n’ai rien ;
Et n’ayant rien qui plaise à ma pensée,
De tout plaisir me trouve délaissée,
Et pour plaisir ennui saisir me vient.
Le regretter et pleurer me convient,
Et sur ce point entre en tel déconfort
Que mille fois je souhaite la mort.
Ainsi, ami, ton absence lointaine
Depuis deux mois me tient en cette peine,
Ne vivant pas, mais mourant d’un amour
Lequel m’occit dix mille fois le jour.
Reviens donc tôt, si tu as quelque envie
De me revoir encore un coup en vie.
Et si la mort avant ton arrivée
A de mon corps l’aimante âme privée,
Au moins un jour viens, habillé de deuil,
Environner le tour de mon cercueil.
Que plût à Dieu que lors fussent trouvés
Ces quatre vers en blanc marbre engravés :
par toi, ami, tant vécus enflammée
qu’en languissant par feu suis consumée
qui couve encor sous ma cendre embrasée
si ne la rends de tes pleurs apaisée.
Louise Labé
Je vis, je meurs…
Je vis, je meurs : je me brûle et me noie.
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène,
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène,
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Louise Labé
Ô beaux yeus bruns, Ô regars destournez
Ô beaux yeus bruns, Ô regars destournez,
Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
Ô noires nuits vainement atendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Ô tristes pleins, Ô desirs obstinez,
Ô tems perdus, Ô peines despendues,
Ô mile morts en mile rets tendues,
Ô pires maus contre moy destinez :
Ô ris, Ô front, cheveus, bras, mains et doits :
Ô lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !
De toy me plein, que, tant de feus portant,
En tant d’endrois, diceus mon cœur tatant,
N’en est sur toy volé quelque estincelle.
Ô chaus soupirs, ô larmes espandues,
Ô noires nuits vainement atendues,
Ô jours luisans vainement retournez :
Ô tristes pleins, Ô desirs obstinez,
Ô tems perdus, Ô peines despendues,
Ô mile morts en mile rets tendues,
Ô pires maus contre moy destinez :
Ô ris, Ô front, cheveus, bras, mains et doits :
Ô lut pleintif, viole, archet et vois :
Tant de flambeaus pour ardre une femmelle !
De toy me plein, que, tant de feus portant,
En tant d’endrois, diceus mon cœur tatant,
N’en est sur toy volé quelque estincelle.
Louise Labé
Ô longs désirs…
Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
À engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ;
Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi, ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?
Qu’encore Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse,
Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer ne pourrait trouver place.
Tristes soupirs et larmes coutumières
À engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ;
Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi, ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?
Qu’encore Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse,
Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer ne pourrait trouver place.
Louise Labé
Oh, si j’étais en ce beau sein ravie
Oh, si j’étais en ce beau sein ravie
De celui-là pour lequel vais mourant :
Si avec lui vivre le demeurant
De mes courts jours ne m’empêchait envie :
Si m’accolant me disait : chère Amie,
Contentons-nous l’un l’autre ! s’assurant
Que jà tempête, Euripe, ni Courant
Ne nous pourra disjoindre en notre vie :
Si de mes bras le tenant accolé,
Comme du lierre est l’arbre encercelé,
La mort venait, de mon aise envieuse,
Lors que, souef, plus il me baiserait,
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.
De celui-là pour lequel vais mourant :
Si avec lui vivre le demeurant
De mes courts jours ne m’empêchait envie :
Si m’accolant me disait : chère Amie,
Contentons-nous l’un l’autre ! s’assurant
Que jà tempête, Euripe, ni Courant
Ne nous pourra disjoindre en notre vie :
Si de mes bras le tenant accolé,
Comme du lierre est l’arbre encercelé,
La mort venait, de mon aise envieuse,
Lors que, souef, plus il me baiserait,
Et mon esprit sur ses lèvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.
Louise Labé
On voit mourir toute chose animée
On voit mourir toute chose animée,
Lors que du corps l’âme subtile part :
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?
Ne me laissez pas si longtemps pâmée :
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las ! ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends-lui sa part et moitié estimée.
Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité,
Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.
Lors que du corps l’âme subtile part :
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?
Ne me laissez pas si longtemps pâmée :
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las ! ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends-lui sa part et moitié estimée.
Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité,
Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.
Louise Labé
Tant que mes yeux pourront larmes épandre
Tant que mes yeux pourront larmes épandre
À l’heur passé avec toi regretter :
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre :
Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard Luth, pour tes grâces chanter :
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre :
Je ne souhaite encore point mourir.
Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
À l’heur passé avec toi regretter :
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre :
Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard Luth, pour tes grâces chanter :
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre :
Je ne souhaite encore point mourir.
Mais quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante :
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
Louise Labé
Tout aussi tot que je commence à prendre
Tout aussitôt que je commence à prendre
Dans le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit, hors de moi retiré,
S’en va vers toi incontinent se rendre.
Lors m’est avis que dedans mon sein tendre
Je tiens le bien où j’ai tant aspiré,
Et pour lequel j’ai si haut soupiré
Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.
O doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe ;
Et si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité,
Faites au moins qu’elle en ait en mensonge.
Dans le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit, hors de moi retiré,
S’en va vers toi incontinent se rendre.
Lors m’est avis que dedans mon sein tendre
Je tiens le bien où j’ai tant aspiré,
Et pour lequel j’ai si haut soupiré
Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.
O doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe ;
Et si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité,
Faites au moins qu’elle en ait en mensonge.
Madeleine de L'Aubépine
Berger tant rempli de finesse…
Berger tant rempli de finesse
Contentez-vous d’être inconstant
Sans accuser votre maîtresse
D’un péché que vous aimez tant.
La nouveauté, qui vous commande,
Vous fait à toute heure changer :
Mais ce n’est pas perte fort grande
De perdre un ami si léger.
Si vous eussiez eu souvenance
De l’œil par le vôtre adoré,
En dépit de votre inconstance
Constant vous fussiez demeuré.
Mais vous n’étiez à six pas d’elle
Que votre cœur s’en retira.
Nous verrons, monsieur le fidèle,
Qui premier s’en repentira.
Ces pleurs et ces plaintes cuisantes
Dont tout le ciel elle enflammait,
C’étaient des preuves suffisantes
Pour montrer qu’elle vous aimait.
Mais vous, plein d’inconstance extrême,
Oubliâtes pleurs et amour.
Donc, si Rosette en fait de même,
Ce n’est qu’à beau jeu beau retour.
Cette si constante et si belle
Que vos propos vont décevant,
S’elle arrête votre cervelle
Peut aussi arrêter le vent.
Mais je ne poste point d’envie
Au bien que par vous elle aura :
C’est elle, je gage ma vie,
Qui premier s’en repentira.
Contentez-vous d’être inconstant
Sans accuser votre maîtresse
D’un péché que vous aimez tant.
La nouveauté, qui vous commande,
Vous fait à toute heure changer :
Mais ce n’est pas perte fort grande
De perdre un ami si léger.
Si vous eussiez eu souvenance
De l’œil par le vôtre adoré,
En dépit de votre inconstance
Constant vous fussiez demeuré.
Mais vous n’étiez à six pas d’elle
Que votre cœur s’en retira.
Nous verrons, monsieur le fidèle,
Qui premier s’en repentira.
Ces pleurs et ces plaintes cuisantes
Dont tout le ciel elle enflammait,
C’étaient des preuves suffisantes
Pour montrer qu’elle vous aimait.
Mais vous, plein d’inconstance extrême,
Oubliâtes pleurs et amour.
Donc, si Rosette en fait de même,
Ce n’est qu’à beau jeu beau retour.
Cette si constante et si belle
Que vos propos vont décevant,
S’elle arrête votre cervelle
Peut aussi arrêter le vent.
Mais je ne poste point d’envie
Au bien que par vous elle aura :
C’est elle, je gage ma vie,
Qui premier s’en repentira.
Marc de Papillon de Lasphrise
Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy
Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy
Si ce n’est l’amitié, la pitié vous convie,
Ô l’ame de mon ame : hé! n’as-tu point d’envie
De secourir celuy qui trespasse pour toy?
Pourquoy m’es-tu cruelle? hé! je ne sçay pourquoy :
Si j’ay failly en rien dy-le je te supplie,
Mais haste-toy m’Amour, mais haste-toy m’Amie :
Car ja desja me talonne chez soy.
Vrayment ce te sera une pauvre victoire
D’esteindre le flambeau qui fait luyre ta gloire,
Tu perdrois ton honneur : approche donc, mon TOUT,
Et me baisotte un peu de ta bouche mignonne,
Frayant mignardement langue bout contre bout.
Vien, l’Amour en bon lieu ne redoute personne.
Si ce n’est l’amitié, la pitié vous convie,
Ô l’ame de mon ame : hé! n’as-tu point d’envie
De secourir celuy qui trespasse pour toy?
Pourquoy m’es-tu cruelle? hé! je ne sçay pourquoy :
Si j’ay failly en rien dy-le je te supplie,
Mais haste-toy m’Amour, mais haste-toy m’Amie :
Car ja desja me talonne chez soy.
Vrayment ce te sera une pauvre victoire
D’esteindre le flambeau qui fait luyre ta gloire,
Tu perdrois ton honneur : approche donc, mon TOUT,
Et me baisotte un peu de ta bouche mignonne,
Frayant mignardement langue bout contre bout.
Vien, l’Amour en bon lieu ne redoute personne.
Marc de Papillon de Lasphrise
J’ay mille et mille fois baisé et rebaisé
J’ay mille et mille fois baisé et rebaisé
Le beau petit connin de ma gente Maistresse,
Je l’ay tant caressé de si douce caresse,
Que mon feu violent s’est un peu appaisé.
Mais si je suis un jour de son jour devisé,
Je brusle à petit feu ayant triste liesse ;
Car je pers maugré moy la feconde richesse,
Ce doux flux qui d’Amour a son nom déguisé.
Je ne fay, je ne dy, je ne pense, et ne songe
Qu’en elle toute en moy, qui toute en moy se plonge,
Sans elle les plaisirs deplaisent à mes yeux.
Sans elle je ne suis, je ne suis point sans elle,
Je suis comme en extase en un goulfre orgueilleux,
Il me faut donc pour estre, accompaigner ma Belle.
Le beau petit connin de ma gente Maistresse,
Je l’ay tant caressé de si douce caresse,
Que mon feu violent s’est un peu appaisé.
Mais si je suis un jour de son jour devisé,
Je brusle à petit feu ayant triste liesse ;
Car je pers maugré moy la feconde richesse,
Ce doux flux qui d’Amour a son nom déguisé.
Je ne fay, je ne dy, je ne pense, et ne songe
Qu’en elle toute en moy, qui toute en moy se plonge,
Sans elle les plaisirs deplaisent à mes yeux.
Sans elle je ne suis, je ne suis point sans elle,
Je suis comme en extase en un goulfre orgueilleux,
Il me faut donc pour estre, accompaigner ma Belle.
Marc de Papillon de Lasphrise
Quoy”? qu’est-ce que cecy, ma Mignonne, es-tu folle ?
Quoy”? qu’est-ce que cecy, ma Mignonne, es-tu folle ?
Ne te mocques-tu point? penses-tu appaiser
L’audace de mon feu par un simple baiser,
D’un gracieux regard, d’une douce parolle ?
Ni pour la compagnie, il faut que je t’accolle,
Ne crai
ans qu’on le descouvre, on ne p eut I adviser,
Selon qu’il me plaist ore avec toy deviser
Assis sur ceste chaire aggreablement molle.
Puis chacun parle à part s’entretenant tout bas,
Faisons ainsi afin qu’on ne s’en doute pas,
Prenons l’occasion qui douce nous saluë.
Là feignant d’admirer ton bel entendement,
Te serrant pres de moy j’hausseray vistement
Ton linge délié par ta juppe fenduèë.
Ne te mocques-tu point? penses-tu appaiser
L’audace de mon feu par un simple baiser,
D’un gracieux regard, d’une douce parolle ?
Ni pour la compagnie, il faut que je t’accolle,
Ne crai
ans qu’on le descouvre, on ne p eut I adviser,
Selon qu’il me plaist ore avec toy deviser
Assis sur ceste chaire aggreablement molle.
Puis chacun parle à part s’entretenant tout bas,
Faisons ainsi afin qu’on ne s’en doute pas,
Prenons l’occasion qui douce nous saluë.
Là feignant d’admirer ton bel entendement,
Te serrant pres de moy j’hausseray vistement
Ton linge délié par ta juppe fenduèë.
Marcel Thiry
La belle aurore
En avril, au petit matin, avant le Puy,
Une femme ouvrait ses volets sur la lumière,
Ses deux bras nus en croix dans l’espérance.
On passe il faut passer c’est dommage adieu France.
O ouvreuse de tes beaux bras à la lumière,
Ecarteuse de nuit,
Aurons-nous tout perdu en passant, et pour qui
Ks-tu encor l’espérance et la France ?
Une femme ouvrait ses volets sur la lumière,
Ses deux bras nus en croix dans l’espérance.
On passe il faut passer c’est dommage adieu France.
O ouvreuse de tes beaux bras à la lumière,
Ecarteuse de nuit,
Aurons-nous tout perdu en passant, et pour qui
Ks-tu encor l’espérance et la France ?
Marceline Desbordes-Valmore
Bonsoir
Il a demandé l’heure ; oh ! le triste présage !
Autrefois j’étais seule attentive à ce soin.
Qui peut avant le soir l’appeler au village ?
Hélas ! pour me répondre, il est déjà si loin !
Je l’ai suivi des yeux pour rencontrer sa vue,
Et sans me regarder il a doublé ses pas.
Il n’a donc pas senti ma douleur imprévue ?
Je le devinais mieux quand il souffrait tout bas !
Eh bien, je ne veux pas lui dire que je l’aime ;
Je ne l’aimerai plus, j’en aurai le pouvoir ;
Je l’ai déjà ; déjà, je ne suis plus la même…
Ah ! pour le lui prouver, que je voudrais le voir !
Non, qu’il ne vienne pas ! il prévient mon envie.
Bonsoir… pourquoi mes pleurs tombent-ils sur ma main ?
Il m’a repris son cœur, je lui reprends ma vie…
Mais, si je le pensais, vivrais-je encor demain !
Autrefois j’étais seule attentive à ce soin.
Qui peut avant le soir l’appeler au village ?
Hélas ! pour me répondre, il est déjà si loin !
Je l’ai suivi des yeux pour rencontrer sa vue,
Et sans me regarder il a doublé ses pas.
Il n’a donc pas senti ma douleur imprévue ?
Je le devinais mieux quand il souffrait tout bas !
Eh bien, je ne veux pas lui dire que je l’aime ;
Je ne l’aimerai plus, j’en aurai le pouvoir ;
Je l’ai déjà ; déjà, je ne suis plus la même…
Ah ! pour le lui prouver, que je voudrais le voir !
Non, qu’il ne vienne pas ! il prévient mon envie.
Bonsoir… pourquoi mes pleurs tombent-ils sur ma main ?
Il m’a repris son cœur, je lui reprends ma vie…
Mais, si je le pensais, vivrais-je encor demain !
Marceline Desbordes-Valmore
Élégie
Ma sœur, il est parti! ma sœur, il m’abandonne !
Je sais qu’il m’abandonne, et j’attends, et je meurs,
Je meurs. Embrasse-moi, pleure pour moi. pardonne.
Je n’ai pas une larme, et j’ai besoin de pleurs.
Tu gémis? Que je t’aime! Oh! jamais le sourire
Ne te rendit plus belle aux plus beaux de nos jours.
Tourne vers moi les yeux, si tu plains mon délire ;
Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours.
Mais retiens tes sanglots ; il m’appelle, il me touche;
Son souffle en me cherchant vient d’effleurer ma bouche.
Laisse, tandis qu’il brûle et passe autour de nous,
Laisse-moi reposer mon front sur tes genoux.
Écoute! ici, ce soir, à moi-même cachée,
Je ne sais quelle force attirait mon ennui :
Ce n’était plus son ombre à mes pas attachée,
Oh! ma sœur, c’était lui!
C’était lui, mais changé, mais triste. Sa voix tendre
Avait pris des accents inconnus aux mortels,
Plus ravissants, plus purs, comme on croit les entendre
Quand on rêve des cieux aux pieds des saints autels.
Il parlait, et ma vie était près de s’éteindre.
L’étonnement, l’effroi, ce doux effroi du cœur,
M’enchaînait devant lui. Je l’écoutais se plaindre,
Et, mourante pour lui, je plaignais mon vainqueur.
Il parlait, il rendait la nature attentive ;
Tout se taisait. Des vents l’haleine était captive ;
Du rossignol ému le chant semblait mourir ;
On eût dit que l’eau même oubliait de courir.
Hélas! qu’avait-il fait alors pour me déplaire ?
Il gémissait, me cherchait comme toi.
Non, je n’avais plus de colère,
Il sait pleurer, ma sœur!
«Je ne te verrai plus! »
Je sais qu’il m’abandonne, et j’attends, et je meurs,
Je meurs. Embrasse-moi, pleure pour moi. pardonne.
Je n’ai pas une larme, et j’ai besoin de pleurs.
Tu gémis? Que je t’aime! Oh! jamais le sourire
Ne te rendit plus belle aux plus beaux de nos jours.
Tourne vers moi les yeux, si tu plains mon délire ;
Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours.
Mais retiens tes sanglots ; il m’appelle, il me touche;
Son souffle en me cherchant vient d’effleurer ma bouche.
Laisse, tandis qu’il brûle et passe autour de nous,
Laisse-moi reposer mon front sur tes genoux.
Écoute! ici, ce soir, à moi-même cachée,
Je ne sais quelle force attirait mon ennui :
Ce n’était plus son ombre à mes pas attachée,
Oh! ma sœur, c’était lui!
C’était lui, mais changé, mais triste. Sa voix tendre
Avait pris des accents inconnus aux mortels,
Plus ravissants, plus purs, comme on croit les entendre
Quand on rêve des cieux aux pieds des saints autels.
Il parlait, et ma vie était près de s’éteindre.
L’étonnement, l’effroi, ce doux effroi du cœur,
M’enchaînait devant lui. Je l’écoutais se plaindre,
Et, mourante pour lui, je plaignais mon vainqueur.
Il parlait, il rendait la nature attentive ;
Tout se taisait. Des vents l’haleine était captive ;
Du rossignol ému le chant semblait mourir ;
On eût dit que l’eau même oubliait de courir.
Hélas! qu’avait-il fait alors pour me déplaire ?
Il gémissait, me cherchait comme toi.
Non, je n’avais plus de colère,
Il sait pleurer, ma sœur!
«Je ne te verrai plus! »
Marceline Desbordes-Valmore
L’absence
Quand je me sens mourir du poids de ma pensée,
Quand sur moi tout mon sort assemble sa rigueur,
D’un courage inutile affranchie et lassée,
Je me sauve avec toi dans le fond de mon cœur !
Je ne sais ; mais je crois qu’à tes regrets rendue,
Dans ces seuls entretiens tu m’as bien entendue.
Tu ne dis pas : « Ce soir ! » Tu ne dis pas : « Demain ! »
Non ! mais tu dis : « Toujours ! » en pleurant sur ma main.
Quand sur moi tout mon sort assemble sa rigueur,
D’un courage inutile affranchie et lassée,
Je me sauve avec toi dans le fond de mon cœur !
Je ne sais ; mais je crois qu’à tes regrets rendue,
Dans ces seuls entretiens tu m’as bien entendue.
Tu ne dis pas : « Ce soir ! » Tu ne dis pas : « Demain ! »
Non ! mais tu dis : « Toujours ! » en pleurant sur ma main.
Marceline Desbordes-Valmore
La Couronne effeuillée
J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée
Au jardin de mon père où revit toute fleur;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée:
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.
J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes:
“Regardez, j’ai souffert…” Il me regardera
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.
Il dira: “C’est donc vous, chère âme désolée!
La terre manque-t-elle à vos pas égarés?
Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée;
Voici votre maison, voici mon coeur, entrez!”
O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père!
Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu!
Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.
Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle,
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.
Au jardin de mon père où revit toute fleur;
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée:
Mon père a des secrets pour vaincre la douleur.
J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes:
“Regardez, j’ai souffert…” Il me regardera
Et sous mes jours changés, sous mes pâleurs sans charmes,
Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.
Il dira: “C’est donc vous, chère âme désolée!
La terre manque-t-elle à vos pas égarés?
Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée;
Voici votre maison, voici mon coeur, entrez!”
O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père!
Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu!
Je vous obtiens déjà puisque je vous espère
Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.
Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle,
Ce crime de la terre au ciel est pardonné.
Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle,
Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné.
Marceline Desbordes-Valmore
La fiancée du marin
Tristesse amère
Ne peut crier :
Pourtant, ma mère,
Je veux prier.
Là-haut peut-être
On m’entendra :
Qui m’a fait naître
Me soutiendra.
Jame qui m’aime
Va me quitter ;
Cette nuit même
Doit l’emporter.
Le temps est sombre,
Et sur les flots
Voyez-vous l’ombre
Des matelots ?
Dans leur nacelle
Il s’engagea ;
C’est encor elle
Qui naufragea !
On tend la voile ;
Ô désespoir !
Pas une étoile
Pour l’entrevoir.
À la chapelle,
Avant le jour,
Un vœu m’appelle,
Un vœu d’amour.
Il doit m’attendre ;
J’y porte encor
Un baiser tendre,
Un anneau d’or.
Don de mon père,
C’est le dernier :
Qu’il soit prospère
Au marinier !
C’est le symbole
De mon lien ;
Pour mon idole
Je n’ai plus rien.
Mais j’entends Jame
Qui crie : « Adieu ! »
Et ma pauvre âme
S’en va vers Dieu !
Ne peut crier :
Pourtant, ma mère,
Je veux prier.
Là-haut peut-être
On m’entendra :
Qui m’a fait naître
Me soutiendra.
Jame qui m’aime
Va me quitter ;
Cette nuit même
Doit l’emporter.
Le temps est sombre,
Et sur les flots
Voyez-vous l’ombre
Des matelots ?
Dans leur nacelle
Il s’engagea ;
C’est encor elle
Qui naufragea !
On tend la voile ;
Ô désespoir !
Pas une étoile
Pour l’entrevoir.
À la chapelle,
Avant le jour,
Un vœu m’appelle,
Un vœu d’amour.
Il doit m’attendre ;
J’y porte encor
Un baiser tendre,
Un anneau d’or.
Don de mon père,
C’est le dernier :
Qu’il soit prospère
Au marinier !
C’est le symbole
De mon lien ;
Pour mon idole
Je n’ai plus rien.
Mais j’entends Jame
Qui crie : « Adieu ! »
Et ma pauvre âme
S’en va vers Dieu !
Marceline Desbordes-Valmore
Les séparés
N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteiridre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas!
N’écris pas: N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu. qu’à toi, si je t’aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas!
N’écris pas. Je te crains; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas!
N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas!
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas!
N’écris pas: N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu. qu’à toi, si je t’aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas!
N’écris pas. Je te crains; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas!
N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas!
Marceline Desbordes-Valmore
Qu’en avez-vous fait ?
Vous aviez mon cœur,
Moi, j’avais le vôtre :
Un cœur pour un cœur ;
Bonheur pour bonheur !
Le vôtre est rendu,
Je n’en ai plus d’autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !
La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L’encens, la couleur :
Qu’en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu’en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?
Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,
Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !
Savez-vous qu’un jour
L’homme est seul au monde ?
Savez-vous qu’un jour
Il revoit l’amour ?
Vous appellerez,
Sans qu’on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !…
Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte ;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.
Et l’on vous dira :
« Personne !… elle est morte. »
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ?
Moi, j’avais le vôtre :
Un cœur pour un cœur ;
Bonheur pour bonheur !
Le vôtre est rendu,
Je n’en ai plus d’autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !
La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L’encens, la couleur :
Qu’en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu’en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?
Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,
Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !
Savez-vous qu’un jour
L’homme est seul au monde ?
Savez-vous qu’un jour
Il revoit l’amour ?
Vous appellerez,
Sans qu’on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !…
Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte ;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.
Et l’on vous dira :
« Personne !… elle est morte. »
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ?
Marceline Desbordes-Valmore
Souvenir
Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante
S’éteignit tout à coup dans un mot commencé;
Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante,
Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé;
Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme
Qui ne s’éteint jamais,
S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme,
Il n’aimait pas, j’aimais!
S’éteignit tout à coup dans un mot commencé;
Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante,
Me blessèrent d’un mal dont je le crus blessé;
Quand ses traits plus touchants, éclairés d’une flamme
Qui ne s’éteint jamais,
S’imprimèrent vivants dans le fond de mon âme,
Il n’aimait pas, j’aimais!
Marceline Desbordes-Valmore
Une lettre de femme
Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J’écris pourtant,
Afin que dans mon cœur au loin tu puisses lire
Comme en partant.
Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.
Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.
Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.
Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.
Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.
Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.
J’écris pourtant,
Afin que dans mon cœur au loin tu puisses lire
Comme en partant.
Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.
Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.
Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.
Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.
Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.
Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.
Marie de France
Le chèvrefeuille
J’ai bien envie de vous raconter
la véritable histoire
du lai qu’on appelle Le chèvrefeuille
et de vous dire comment il fut composé et quelle fut son origine.
On m’a souvent relaté
L’histoire de Tristan et de la reine,
et je l’ai aussi trouvée dans un livre,
l’histoire de leur amour si parfait,
qui leur valut tant de souffrances
puis les fit mourir le même jour.
Le roi Marc, furieux
contre son neveu Tristan,
l’avait chassé de sa cour
à cause de son amour pour la reine.
Tristan a regagné son pays natal,
le sud du pays de Galles,
pour y demeurer une année entière
sans pouvoir revenir.
Il s’est pourtant ensuite exposé sans hésiter
au tourment et à la mort.
N’en soyez pas surpris :
l’amant loyal
est triste et affligé
loin de l’objet de son désir.
Tristan, désespéré,
a donc quitté son pays
pour aller tout droit en Cornouaille,
là où vit la reine.
Il se réfugie, seul, dans la forêt,
pour ne pas être vu.
Il en sort le soir
pour chercher un abri
et se fait héberger pour la nuit
chez des paysans, de pauvres gens.
Il leur demande
des nouvelles du roi
et ils répondent
que les barons, dit-on,
sont convoqués à Tintagel.
Ils y seront tous pour la Pentecôte
car le roi veut y célébrer une fête :
il y aura de grandes réjouissances
et la reine accompagnera le roi.
Cette nouvelle remplit Tristan de joie :
elle ne pourra pas se rendre à Tintagel
sans qu’il la voie passer !
Le jour du départ du roi,
il revient dans la forêt,
sur le chemin que le cortège
doit emprunter, il le sait.
Il coupe par le milieu une baguette de noisetier
Qu’il taille pour l’équarrir.
Sur le bâton ainsi préparé,
il grave son nom avec son couteau.
La reine est très attentive à ce genre de signal :
si elle aperçoit le bâton,
elle y reconnaîtra bien
aussitôt un message de son ami.
Elle l’a déjà reconnu,
un jour, de cette manière.
Ce que disait le message
écrit par Tristan,
c’était qu’il attendait
depuis longtemps dans la forêt
à épier et à guetter
le moyen de la voir
car il ne pouvait pas vivre sans elle.
Ils étaient tous deux
comme le chèvrefeuille
qui s’enroule autour du noisetier :
quand il s’y est enlacé
et qu’il entoure la tige,
ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps.
Mais si l’on veut ensuite les séparer,
le noisetier a tôt fait de mourir,
tout comme le chèvrefeuille.
« Belle amie, ainsi en va-t-il de nous :
ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »
La reine s’avance à cheval,
regardant devant elle.
Elle aperçoit le bâton
et en reconnaît toutes les lettres.
Elle donne l’ordre de s’arrêter
aux chevaliers de son escorte,
qui font route avec elle :
elle veut descendre de cheval et se reposer.
On lui obéit
et elle s’éloigne de sa suite,
appelant près d’elle
Brangien, sa loyale suivante.
S’écartant un peu du chemin,
elle découvre dans la forêt
l’être qu’elle aime le plus au monde.
Ils ont enfin la joie de se retrouver !
Il peut lui parler à son aise
et elle, lui dire tout ce qu’elle veut.
Puis elle lui explique
comment se réconcilier avec le roi :
elle a bien souffert
de le voir ainsi congédié,
mais c’est qu’on l’avait accusé auprès du roi.
Puis il lui faut partir, laisser son ami :
au moment de se séparer,
ils se mettent à pleurer.
Tristan regagne le pays de Galles
en attendant d’être rappelé par son oncle.
Pour la joie qu’il avait eue
de retrouver son amie,
et pour préserver le souvenir du message qu’il avait écrit
et des paroles échangées,
Tristan, qui était bon joueur de harpe,
composa, à la demande de la reine,
un nouveau lai.
D’un seul mot je vous le nommerai :
les Anglais l’appellent Goatleaf
et les Français Chèvrefeuille.
Vous venez d’entendre la véritable histoire
du lai que je vous ai raconté.
la véritable histoire
du lai qu’on appelle Le chèvrefeuille
et de vous dire comment il fut composé et quelle fut son origine.
On m’a souvent relaté
L’histoire de Tristan et de la reine,
et je l’ai aussi trouvée dans un livre,
l’histoire de leur amour si parfait,
qui leur valut tant de souffrances
puis les fit mourir le même jour.
Le roi Marc, furieux
contre son neveu Tristan,
l’avait chassé de sa cour
à cause de son amour pour la reine.
Tristan a regagné son pays natal,
le sud du pays de Galles,
pour y demeurer une année entière
sans pouvoir revenir.
Il s’est pourtant ensuite exposé sans hésiter
au tourment et à la mort.
N’en soyez pas surpris :
l’amant loyal
est triste et affligé
loin de l’objet de son désir.
Tristan, désespéré,
a donc quitté son pays
pour aller tout droit en Cornouaille,
là où vit la reine.
Il se réfugie, seul, dans la forêt,
pour ne pas être vu.
Il en sort le soir
pour chercher un abri
et se fait héberger pour la nuit
chez des paysans, de pauvres gens.
Il leur demande
des nouvelles du roi
et ils répondent
que les barons, dit-on,
sont convoqués à Tintagel.
Ils y seront tous pour la Pentecôte
car le roi veut y célébrer une fête :
il y aura de grandes réjouissances
et la reine accompagnera le roi.
Cette nouvelle remplit Tristan de joie :
elle ne pourra pas se rendre à Tintagel
sans qu’il la voie passer !
Le jour du départ du roi,
il revient dans la forêt,
sur le chemin que le cortège
doit emprunter, il le sait.
Il coupe par le milieu une baguette de noisetier
Qu’il taille pour l’équarrir.
Sur le bâton ainsi préparé,
il grave son nom avec son couteau.
La reine est très attentive à ce genre de signal :
si elle aperçoit le bâton,
elle y reconnaîtra bien
aussitôt un message de son ami.
Elle l’a déjà reconnu,
un jour, de cette manière.
Ce que disait le message
écrit par Tristan,
c’était qu’il attendait
depuis longtemps dans la forêt
à épier et à guetter
le moyen de la voir
car il ne pouvait pas vivre sans elle.
Ils étaient tous deux
comme le chèvrefeuille
qui s’enroule autour du noisetier :
quand il s’y est enlacé
et qu’il entoure la tige,
ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps.
Mais si l’on veut ensuite les séparer,
le noisetier a tôt fait de mourir,
tout comme le chèvrefeuille.
« Belle amie, ainsi en va-t-il de nous :
ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »
La reine s’avance à cheval,
regardant devant elle.
Elle aperçoit le bâton
et en reconnaît toutes les lettres.
Elle donne l’ordre de s’arrêter
aux chevaliers de son escorte,
qui font route avec elle :
elle veut descendre de cheval et se reposer.
On lui obéit
et elle s’éloigne de sa suite,
appelant près d’elle
Brangien, sa loyale suivante.
S’écartant un peu du chemin,
elle découvre dans la forêt
l’être qu’elle aime le plus au monde.
Ils ont enfin la joie de se retrouver !
Il peut lui parler à son aise
et elle, lui dire tout ce qu’elle veut.
Puis elle lui explique
comment se réconcilier avec le roi :
elle a bien souffert
de le voir ainsi congédié,
mais c’est qu’on l’avait accusé auprès du roi.
Puis il lui faut partir, laisser son ami :
au moment de se séparer,
ils se mettent à pleurer.
Tristan regagne le pays de Galles
en attendant d’être rappelé par son oncle.
Pour la joie qu’il avait eue
de retrouver son amie,
et pour préserver le souvenir du message qu’il avait écrit
et des paroles échangées,
Tristan, qui était bon joueur de harpe,
composa, à la demande de la reine,
un nouveau lai.
D’un seul mot je vous le nommerai :
les Anglais l’appellent Goatleaf
et les Français Chèvrefeuille.
Vous venez d’entendre la véritable histoire
du lai que je vous ai raconté.
Marie de France
Le Lai du Chèvrefeuille
… Le jour que le roi parti fut,
Tristan est au bois revenu
Sur le chemin où il savait
Que la route passer devait.
Un coudrier tailla parmi,
Et tout carrément le fendit.
Quand il a paré le bâton,
De son couteau écrit son nom.
Si la reine l’apercevait,
Qui grande garde en prenait —
Autrefois était advenu
Qu’ainsi l’avait aperçu —
De son ami bien connaîtra
Le bâton quand elle verra.
Ci fut la somme de l’écrit
Qu’il lui avait mandé et dit :
Qu’il a longtemps, tout cet été,
Et attendu et séjourné
Pour épier et pour savoir
Comment il la pourrait revoir
Car sans elle il n’a point de vie.
De ces deux, il en fut ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier s’attachait :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Qui plus tard les veut détacher,
Le coudrier tue vivement
Et chèvrefeuille mêmement.
« Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous! »…
Tristan est au bois revenu
Sur le chemin où il savait
Que la route passer devait.
Un coudrier tailla parmi,
Et tout carrément le fendit.
Quand il a paré le bâton,
De son couteau écrit son nom.
Si la reine l’apercevait,
Qui grande garde en prenait —
Autrefois était advenu
Qu’ainsi l’avait aperçu —
De son ami bien connaîtra
Le bâton quand elle verra.
Ci fut la somme de l’écrit
Qu’il lui avait mandé et dit :
Qu’il a longtemps, tout cet été,
Et attendu et séjourné
Pour épier et pour savoir
Comment il la pourrait revoir
Car sans elle il n’a point de vie.
De ces deux, il en fut ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier s’attachait :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Qui plus tard les veut détacher,
Le coudrier tue vivement
Et chèvrefeuille mêmement.
« Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous! »…