Poèmes de ce thème
Bonheur et joie
Denis Diderot
Le code Denis
Dans ses États, à tout ce qui respire
Un souverain prétend donner la loi ;
C’est le contraire en mon empire ;
Le sujet règne sur son roi.
Diviser pour régner, la maxime est ancienne ;
Elle fut d’un tyran : ce n’est donc pas la mienne.
Vous unir est mon vœu : j’aime la liberté ;
Et si j’ai quelque volonté,
C’est que chacun fasse la sienne.
Amis, qui composez ma cour,
Au dieu du vin rendez hommage :
Rendez hommage au dieu d’amour :
Aimez et buvez tour à tour,
Buvez pour aimer davantage.
Que j’entende, au gré du désir,
Et les éclats de l’allégresse,
Et l’accent doux de la tendresse,
Le choc du verre et le bruit du soupir.
Au frontispice de mon code
Il est écrit : Sois heureux à ta mode,
Car tel est notre bon plaisir.
Fait l’an septante et mil sept cent,
Au petit Carrousel en la cour de Marsan ;
Assis près d’une femme aimable,
Le cœur nu sur la main, les coudes sur la table.
Signé : Denis, sans terre ni château,
Roi par la grâce du gâteau.
Un souverain prétend donner la loi ;
C’est le contraire en mon empire ;
Le sujet règne sur son roi.
Diviser pour régner, la maxime est ancienne ;
Elle fut d’un tyran : ce n’est donc pas la mienne.
Vous unir est mon vœu : j’aime la liberté ;
Et si j’ai quelque volonté,
C’est que chacun fasse la sienne.
Amis, qui composez ma cour,
Au dieu du vin rendez hommage :
Rendez hommage au dieu d’amour :
Aimez et buvez tour à tour,
Buvez pour aimer davantage.
Que j’entende, au gré du désir,
Et les éclats de l’allégresse,
Et l’accent doux de la tendresse,
Le choc du verre et le bruit du soupir.
Au frontispice de mon code
Il est écrit : Sois heureux à ta mode,
Car tel est notre bon plaisir.
Fait l’an septante et mil sept cent,
Au petit Carrousel en la cour de Marsan ;
Assis près d’une femme aimable,
Le cœur nu sur la main, les coudes sur la table.
Signé : Denis, sans terre ni château,
Roi par la grâce du gâteau.
Georges Schehadé
Je marche a cété d’une joie
Je marche a cété d’une joie
D’une joie qui n’est pas a moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre
Je marche à cété de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche a cété de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-la
D’une joie qui n’est pas a moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre
Je marche à cété de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche a cété de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-la
Jacques Prévert
Le Cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
Jean de La Fontaine
Les Amours de Psyché et de Cupidon
… Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse
Du plus bel esprit de la Grèce,
Ne me dédaigne pas, viens-t-en loger chez moi ;
Tu n’y seras pas sans emploi.
J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.
Viens donc ; et de ce bien, ô douce Volupté,
Veux-tu savoir du vrai la mesure certaine ?
Il m’en faut tout au moins un siècle bien compté ;
Car trente ans, ce n’est pas la peine.
Du plus bel esprit de la Grèce,
Ne me dédaigne pas, viens-t-en loger chez moi ;
Tu n’y seras pas sans emploi.
J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.
Viens donc ; et de ce bien, ô douce Volupté,
Veux-tu savoir du vrai la mesure certaine ?
Il m’en faut tout au moins un siècle bien compté ;
Car trente ans, ce n’est pas la peine.
Marc-Antoine Girard de Saint-Amant
Le paresseux
Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.
Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,
Et hais tant le travail, que, les yeux entr’ouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.
Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.
Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,
Et hais tant le travail, que, les yeux entr’ouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.
Paul Éluard
Je suis la bête
Je vous le dis vous le crie vous le chante
Un rire court sous la neige mortelle
Un rire l’aube et la joie d’être au monde
Les fleurs ont les fruits pour miroir
J’ai mille amis sous la neige mortelle
J’ai mille amours dont le cœur palpitant
Gonfle l’été qui travaille la terre
Pour mieux régner en jour ouvert
Mille soleils mille fourrures
Mille caresses sous le froid
Plutôt que de mourir j’efface
Ce que j’ai mis de temps à vivre
Tous les remous d’un sang rebelle.
Un rire court sous la neige mortelle
Un rire l’aube et la joie d’être au monde
Les fleurs ont les fruits pour miroir
J’ai mille amis sous la neige mortelle
J’ai mille amours dont le cœur palpitant
Gonfle l’été qui travaille la terre
Pour mieux régner en jour ouvert
Mille soleils mille fourrures
Mille caresses sous le froid
Plutôt que de mourir j’efface
Ce que j’ai mis de temps à vivre
Tous les remous d’un sang rebelle.
Paul-Jean Toulet
Cople CVII
C’est Dimanche aujourd’hui. L’air est couleur du miel.
Le rire d’un enfant perce la cour aride:
On dirait un glaîeul élancé vers le ciel.
Un orgue au loin se tait. L’heure est plate et sans ride.
Le rire d’un enfant perce la cour aride:
On dirait un glaîeul élancé vers le ciel.
Un orgue au loin se tait. L’heure est plate et sans ride.
Pierre de Ronsard
J’ay l’esprit tout ennuyé
J’ay l’esprit tout ennuyé
D’avoir trop estudié
Les Phenomenes d’Arate :
Il est temps que je m’esbate,
Et que j’aille aux champs jouër.
Bons Dieux ! qui voudrait louer
Ceux qui collez sus un livre
N’ont jamais soucy de vivre ?
. . . . . .
Corydon, marche davant,
Sçache où le bon vin se vend,
Fay refraischir la bouteille,
Cerche une ombrageuse treille
Pour souz elle me coucher :
Ne m’achete point de chair,
Car tant soit elle friande,
L’Esté je hay la viande.
Achete des abricôs,
Des pompons, des artichôs,
Des fraises, et de la crème :
C’est en Esté ce que j’aime,
Quand sur le bord d’un ruisseau
Je la mange au bruit de l’eau,
Estendu sus le rivage,
Ou dans un antre sauvage.
. . . . . .
D’avoir trop estudié
Les Phenomenes d’Arate :
Il est temps que je m’esbate,
Et que j’aille aux champs jouër.
Bons Dieux ! qui voudrait louer
Ceux qui collez sus un livre
N’ont jamais soucy de vivre ?
. . . . . .
Corydon, marche davant,
Sçache où le bon vin se vend,
Fay refraischir la bouteille,
Cerche une ombrageuse treille
Pour souz elle me coucher :
Ne m’achete point de chair,
Car tant soit elle friande,
L’Esté je hay la viande.
Achete des abricôs,
Des pompons, des artichôs,
Des fraises, et de la crème :
C’est en Esté ce que j’aime,
Quand sur le bord d’un ruisseau
Je la mange au bruit de l’eau,
Estendu sus le rivage,
Ou dans un antre sauvage.
. . . . . .
Pierre Mac Orlan
Le manège d’aéroplanes
A la fête de Montmartre, au milieu de l’année 1906, Guillaume Apollinaire, Salmon, Jacques Vaillant, Julien Callé et moi, nous montâmes sur ce manège de monoplans dans le but de participer au progrès tout en restant attachés au sol par des traditions littéraires et par le pignon de ce manège.
Comme nous étions riches et naturellement bienveillants, nous jetâmes sur la foule qui criait « Noël » des cigares allumés, des épluchures de bananes, des oranges sucées et des billes de bil-
Une musique angélique nous entraînait dans son vertige et les monoplans tournaient comme les volants d’un jupon de dan-
Il fallut enfin descendre. Et c’est depuis ce jour que j’ai fait l’acquisition d’un râtelier, de deux béquilles en bois et d’une perruque discrète. A cette époque nous savions accumuler les souvenirs.
Comme nous étions riches et naturellement bienveillants, nous jetâmes sur la foule qui criait « Noël » des cigares allumés, des épluchures de bananes, des oranges sucées et des billes de bil-
Une musique angélique nous entraînait dans son vertige et les monoplans tournaient comme les volants d’un jupon de dan-
Il fallut enfin descendre. Et c’est depuis ce jour que j’ai fait l’acquisition d’un râtelier, de deux béquilles en bois et d’une perruque discrète. A cette époque nous savions accumuler les souvenirs.