Poèmes de ce thème
Souvenirs et réminiscences
Alfred de Musset
Sonnet à Madame M. N.
« Je vous ai vue enfant, maintenant que j’y pense,
Fraîche comme une rose et le cœur dans les yeux.
Je vous ai vu bambin, boudeur et paresseux ;
Vous aimiez lord Byron, les grands vers et la danse. »
Ainsi nous revenaient les jours de notre enfance,
Et nous parlions déjà le langage des vieux ;
Ce jeune souvenir riait entre nous deux,
Léger comme un écho, gai comme l’espérance.
Le lâche craint le temps parce qu’il fait mourir ;
Il croit son mur gâté lorsqu’une fleur y pousse.
O voyageur ami, père du souvenir !
C’est ta main consolante, et si sage et si douce,
Qui consacre à jamais un pas fait sur la mousse,
Le hochet d’un enfant, un regard, un soupir.
Fraîche comme une rose et le cœur dans les yeux.
Je vous ai vu bambin, boudeur et paresseux ;
Vous aimiez lord Byron, les grands vers et la danse. »
Ainsi nous revenaient les jours de notre enfance,
Et nous parlions déjà le langage des vieux ;
Ce jeune souvenir riait entre nous deux,
Léger comme un écho, gai comme l’espérance.
Le lâche craint le temps parce qu’il fait mourir ;
Il croit son mur gâté lorsqu’une fleur y pousse.
O voyageur ami, père du souvenir !
C’est ta main consolante, et si sage et si douce,
Qui consacre à jamais un pas fait sur la mousse,
Le hochet d’un enfant, un regard, un soupir.
Alphonse de Lamartine
La vigne et la maison
Efface ce séjour, ô Dieu ! de ma paupière,
Ou rends-le-moi semblable à celui d’autrefois,
Quand la maison vibrait comme un grand cœur de pierre
De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits !
À l’heure où la rosée au soleil s’évapore,
Tous ces volets fermés s’ouvraient à sa chaleur,
Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore,
Les nocturnes parfums de nos vignes en fleur.
On eût dit que ces murs respiraient comme un être
Des pampres réjouis la jeune exhalaison ;
La vie apparaissait rose, à chaque fenêtre,
Sous les beaux traits d’enfants nichés dans la maison.
Leurs blonds cheveux épars au vent de la montagne,
Les filles, se passant leurs deux mains sur les yeux,
Jetaient des cris de joie à l’écho des montagnes,
Ou sur leurs seins naissants croisaient leurs doigts pieux.
La mère, de sa couche à ces doux bruits levée,
Sur ces fronts inégaux se penchait tour à tour,
Comme la poule heureuse assemble sa couvée,
Leur apprenant les mots qui bénissent le jour.
Moins de balbutiements sortent du nid sonore,
Quand, au rayon d’été qui vient la réveiller,
L’hirondelle au plafond qui les abrite encore,
À ses petits sans plume apprend à gazouiller.
Et les bruits du foyer que l’aube fait renaître,
Les pas des serviteurs sur les degrés de bois,
Les aboiements du chien qui voit sortir son maître,
Le mendiant plaintif qui fait pleurer sa voix,
Montaient avec le jour ; et, dans les intervalles,
Sous des doigts de quinze ans répétant leur leçon,
Les claviers résonnaient ainsi que des cigales
Qui font tinter l’oreille au temps de la moisson !
Puis ces bruits d’année en année
Baissèrent d’une vie, hélas ! et d’une voix ;
Une fenêtre en deuil, à l’ombre condamnée,
Se ferma sous le bord des toits.
Printemps après printemps, de belles fiancées
Suivirent de chers ravisseurs,
Et, par la mère en pleurs sur le seuil embrassées,
Partirent en baisant leurs sœurs.
Puis sortit un matin pour le champ où l’on pleure
Le cercueil tardif de l’aïeul,
Puis un autre, et puis deux ; et puis dans la demeure
Un vieillard morne resta seul !
Puis la maison glissa sur la pente rapide
Où le temps entasse les jours ;
Puis la porte à jamais se ferma sur le vide,
Et l’ortie envahit les cours !…
Ou rends-le-moi semblable à celui d’autrefois,
Quand la maison vibrait comme un grand cœur de pierre
De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits !
À l’heure où la rosée au soleil s’évapore,
Tous ces volets fermés s’ouvraient à sa chaleur,
Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore,
Les nocturnes parfums de nos vignes en fleur.
On eût dit que ces murs respiraient comme un être
Des pampres réjouis la jeune exhalaison ;
La vie apparaissait rose, à chaque fenêtre,
Sous les beaux traits d’enfants nichés dans la maison.
Leurs blonds cheveux épars au vent de la montagne,
Les filles, se passant leurs deux mains sur les yeux,
Jetaient des cris de joie à l’écho des montagnes,
Ou sur leurs seins naissants croisaient leurs doigts pieux.
La mère, de sa couche à ces doux bruits levée,
Sur ces fronts inégaux se penchait tour à tour,
Comme la poule heureuse assemble sa couvée,
Leur apprenant les mots qui bénissent le jour.
Moins de balbutiements sortent du nid sonore,
Quand, au rayon d’été qui vient la réveiller,
L’hirondelle au plafond qui les abrite encore,
À ses petits sans plume apprend à gazouiller.
Et les bruits du foyer que l’aube fait renaître,
Les pas des serviteurs sur les degrés de bois,
Les aboiements du chien qui voit sortir son maître,
Le mendiant plaintif qui fait pleurer sa voix,
Montaient avec le jour ; et, dans les intervalles,
Sous des doigts de quinze ans répétant leur leçon,
Les claviers résonnaient ainsi que des cigales
Qui font tinter l’oreille au temps de la moisson !
Puis ces bruits d’année en année
Baissèrent d’une vie, hélas ! et d’une voix ;
Une fenêtre en deuil, à l’ombre condamnée,
Se ferma sous le bord des toits.
Printemps après printemps, de belles fiancées
Suivirent de chers ravisseurs,
Et, par la mère en pleurs sur le seuil embrassées,
Partirent en baisant leurs sœurs.
Puis sortit un matin pour le champ où l’on pleure
Le cercueil tardif de l’aïeul,
Puis un autre, et puis deux ; et puis dans la demeure
Un vieillard morne resta seul !
Puis la maison glissa sur la pente rapide
Où le temps entasse les jours ;
Puis la porte à jamais se ferma sur le vide,
Et l’ortie envahit les cours !…
Alphonse de Lamartine
Milly ou la terre natale
Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?
Dans son brillant exil mon cœur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d’un ami.
Montagnes que voilait le brouillard de l’automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l’émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,
Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s’entretenaient du jour.
Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?…
Dans son brillant exil mon cœur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d’un ami.
Montagnes que voilait le brouillard de l’automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l’émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,
Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s’entretenaient du jour.
Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?…
André Salmon
Ode à marcel proust
Ombre
née de la fumée de vos fumigations,
le visage et la voix
mangés
par l’usage de la nuit,
Céleste,
avec 8a rigueur, douce, me trempe dans le jus noir
de votre chambre
qui sent le bouchon tiède et la cheminée morte.
Derrière l’écran des cahiers,
sous la lampe blonde et poisseuse comme une confiture,
votre visage gît sur un traversin de craie.
Vous me tendez des mains gantées de filoselle ;
silencieusement votre barbe repousse
au fond de vos joues.
Je dis :
— Vous avez l’air d’aller fort bien.
Vous répondez :
— Cher ami, j’ai failli mourir trois fois dans la journée.
Vos fenêtres à tout jamais fermées
vous refusent au boulevard Haussmann
rempli a pleins bords,
comme une auge brillante,
du fracas de télé des tramways.
Peut-étre n’avez-vous jamais vu le soleil ?
née de la fumée de vos fumigations,
le visage et la voix
mangés
par l’usage de la nuit,
Céleste,
avec 8a rigueur, douce, me trempe dans le jus noir
de votre chambre
qui sent le bouchon tiède et la cheminée morte.
Derrière l’écran des cahiers,
sous la lampe blonde et poisseuse comme une confiture,
votre visage gît sur un traversin de craie.
Vous me tendez des mains gantées de filoselle ;
silencieusement votre barbe repousse
au fond de vos joues.
Je dis :
— Vous avez l’air d’aller fort bien.
Vous répondez :
— Cher ami, j’ai failli mourir trois fois dans la journée.
Vos fenêtres à tout jamais fermées
vous refusent au boulevard Haussmann
rempli a pleins bords,
comme une auge brillante,
du fracas de télé des tramways.
Peut-étre n’avez-vous jamais vu le soleil ?
Cécile Coulon
Les herbes sauvages
Dans les herbes sauvages où nous avons dormi
Jusqu’à ce que la brûlure de l’été
réduise ma lourde chevelure à la couleur des foins,
à la sècheresse des pailles,
aux tiges nouées comme des racines sur la tête des prodiges
qui vont bientôt
tomber,
dans les forêts millénaires qui protégèrent longtemps les natifs,
enroulés dans les branches, pendus aux lèvres des sapins
qu’agitaient en automne des vents moins furieux
que les gestes d’une main secouée de désir s’avançant
timidement
sous le tissu léger d’une longue chemise,
dans les ravins profonds où sont tombés mille fois
des garçons délirants de vitesse et d’amnésie
avec des filles sauvages à qui le soleil offrait au printemps
des taches de rousseur entre les yeux et l’arête du nez,
dans les églises abandonnées, dans les prairies ouvertes
que l’orage a retournées
de ses griffes de grêle et d’électricité,
dans la paume trouée d’un dieu auquel nous ne croyons
que par intermittence,
dans les larmes tièdes d’un enfant qui ne veut pas vivre
autrement qu’en vacances,
dans les fermes écroulées où nous avons vu mourir,
une par une, les lucioles paysannes,
dans le rythme du troupeau qui traverse la vallée et emporte
avec lui le chant sacré
de la terre qu’on refuse, à présent, de saluer,
dans les greniers remplis, dans les peurs d’avant l’aube
et les tables débordantes
d’assiettes vides et de verres marqués aux rebords
par des bouches
qui auraient tant voulu s’amarrer au quai d’un nouveau
corps,
dans les vêtements trempés sur une chaise
devant la cheminée,
où les flammes tordues font des guirlandes de lumière
dans tes pupilles mouillées,
dans les rivières étroites où nous avons suivi le torrent,
les pieds couverts de boue et les doigts de piqûres
d’araignées,
dans l’eau glaciale qui apaisait le cœur des femmes déçues
de tout cet amour qu’elles auraient voulu faire, qu’elles
ont souvent donné
et qui ne fut jamais rendu,
dans les draps propres et les couvertures piquées de plumes
d’oie,
d’odeurs de ventres et de jambes écartées,
dans les chambres d’enfance, derrière les volets entrouverts,
là où les ombres se déplacent
et jouent la même mélodie, toujours, sur un piano imaginaire,
dans les nuits qui tombent plus vite qu’une gifle,
dans les aubes qui se lèvent en couleurs,
plus flamboyantes que les plumes d’un oiseau merveilleux,
dans les palais du bout du monde,
dans les caresses qui chuchotent,
dans les souffles qui grondent,
ma fièvre, mon amour,
garde moi encore un peu.
Jusqu’à ce que la brûlure de l’été
réduise ma lourde chevelure à la couleur des foins,
à la sècheresse des pailles,
aux tiges nouées comme des racines sur la tête des prodiges
qui vont bientôt
tomber,
dans les forêts millénaires qui protégèrent longtemps les natifs,
enroulés dans les branches, pendus aux lèvres des sapins
qu’agitaient en automne des vents moins furieux
que les gestes d’une main secouée de désir s’avançant
timidement
sous le tissu léger d’une longue chemise,
dans les ravins profonds où sont tombés mille fois
des garçons délirants de vitesse et d’amnésie
avec des filles sauvages à qui le soleil offrait au printemps
des taches de rousseur entre les yeux et l’arête du nez,
dans les églises abandonnées, dans les prairies ouvertes
que l’orage a retournées
de ses griffes de grêle et d’électricité,
dans la paume trouée d’un dieu auquel nous ne croyons
que par intermittence,
dans les larmes tièdes d’un enfant qui ne veut pas vivre
autrement qu’en vacances,
dans les fermes écroulées où nous avons vu mourir,
une par une, les lucioles paysannes,
dans le rythme du troupeau qui traverse la vallée et emporte
avec lui le chant sacré
de la terre qu’on refuse, à présent, de saluer,
dans les greniers remplis, dans les peurs d’avant l’aube
et les tables débordantes
d’assiettes vides et de verres marqués aux rebords
par des bouches
qui auraient tant voulu s’amarrer au quai d’un nouveau
corps,
dans les vêtements trempés sur une chaise
devant la cheminée,
où les flammes tordues font des guirlandes de lumière
dans tes pupilles mouillées,
dans les rivières étroites où nous avons suivi le torrent,
les pieds couverts de boue et les doigts de piqûres
d’araignées,
dans l’eau glaciale qui apaisait le cœur des femmes déçues
de tout cet amour qu’elles auraient voulu faire, qu’elles
ont souvent donné
et qui ne fut jamais rendu,
dans les draps propres et les couvertures piquées de plumes
d’oie,
d’odeurs de ventres et de jambes écartées,
dans les chambres d’enfance, derrière les volets entrouverts,
là où les ombres se déplacent
et jouent la même mélodie, toujours, sur un piano imaginaire,
dans les nuits qui tombent plus vite qu’une gifle,
dans les aubes qui se lèvent en couleurs,
plus flamboyantes que les plumes d’un oiseau merveilleux,
dans les palais du bout du monde,
dans les caresses qui chuchotent,
dans les souffles qui grondent,
ma fièvre, mon amour,
garde moi encore un peu.
Joachim Du Bellay
Comme on passe en été le torrent sans danger
Comme on passe en été le torrent sans danger,
Qui soulait en hiver être roi de la plaine,
Et ravir par les champs d’une fuite hautaine
L’espoir du laboureur et l’espoir du berger :
Comme on voit les couards animaux outrager
Le courageux lion gisant dessus l’arène,
Ensanglanter leurs dents, et d’une audace vaine
Provoquer l’ennemi qui ne se peut venger :
Et comme devant Troie on vit des Grecs encor
Braver les moins vaillants autour du corps d’Hector
Ainsi ceux qui jadis soulaient, à tête basse,
Du triomphe Romain la gloire accompagner,
Sur ces poudreux tombeaux exercent leur audace,
Et osent les vaincus les vainqueurs dédaigner.
Qui soulait en hiver être roi de la plaine,
Et ravir par les champs d’une fuite hautaine
L’espoir du laboureur et l’espoir du berger :
Comme on voit les couards animaux outrager
Le courageux lion gisant dessus l’arène,
Ensanglanter leurs dents, et d’une audace vaine
Provoquer l’ennemi qui ne se peut venger :
Et comme devant Troie on vit des Grecs encor
Braver les moins vaillants autour du corps d’Hector
Ainsi ceux qui jadis soulaient, à tête basse,
Du triomphe Romain la gloire accompagner,
Sur ces poudreux tombeaux exercent leur audace,
Et osent les vaincus les vainqueurs dédaigner.
Jules Supervielle
Le retour
Le petit trot des gauchos me façonne,
Les oreilles fixés de mon cheval m’aident à me situer.
Je retrouve dans sa plénitude ce que je n’osais plus envisager,
même par une petite lucarne,
Toute la Pampa étendue à mes pieds comme il y a sept ans.
O Mort! me voici revenu.
Les oreilles fixés de mon cheval m’aident à me situer.
Je retrouve dans sa plénitude ce que je n’osais plus envisager,
même par une petite lucarne,
Toute la Pampa étendue à mes pieds comme il y a sept ans.
O Mort! me voici revenu.
Léon-Paul Fargue
Postface
Un long bras timbré d’or glisse du haut des arbres
Et commence à descendre et tinte dans les branches.
Les fleurs et les feuilles se pressent et s’entendent.
J’ai vu l’orvet glisser dans la douceur du soir.
Diane sur l’étang se penche et met son masque.
Un soulier de satin court dans la clairière
Comme un rappel du ciel qui rejoint l’horizon.
Les barques de la nuit sont prêtes à partir.
D’autres viendront s’asseoir sur la chaise de fer.
D’autres verront cela quand je ne serai plus.
La lumière oubliera ceux qui l’ont tant aimée.
Nul appel ne viendra rallumer nos visages.
Nul sanglot ne fera retentir notre amour.
Nos fenêtres seront éteintes.
Un couple d’étrangers longera la rue grise.
Les voix
D’autres voix chanteront, d’autres yeux pleureront
Dans une maison neuve.
Tout sera consommé, tout sera pardonné.
La peine sera fraîche et la forêt nouvelle,
Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis,
Dieu tiendra ce bonheur qu’il nous avait promis.
Et commence à descendre et tinte dans les branches.
Les fleurs et les feuilles se pressent et s’entendent.
J’ai vu l’orvet glisser dans la douceur du soir.
Diane sur l’étang se penche et met son masque.
Un soulier de satin court dans la clairière
Comme un rappel du ciel qui rejoint l’horizon.
Les barques de la nuit sont prêtes à partir.
D’autres viendront s’asseoir sur la chaise de fer.
D’autres verront cela quand je ne serai plus.
La lumière oubliera ceux qui l’ont tant aimée.
Nul appel ne viendra rallumer nos visages.
Nul sanglot ne fera retentir notre amour.
Nos fenêtres seront éteintes.
Un couple d’étrangers longera la rue grise.
Les voix
D’autres voix chanteront, d’autres yeux pleureront
Dans une maison neuve.
Tout sera consommé, tout sera pardonné.
La peine sera fraîche et la forêt nouvelle,
Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis,
Dieu tiendra ce bonheur qu’il nous avait promis.
Paul Verlaine
Les chères mains qui furent miennes…
Les chères mains qui furent miennes,
Toutes petites, toutes belles,
Après ces méprises mortelles
Et toutes ces choses païennes,
Après les rades et les grèves,
Et les pays et les provinces,
Royales mieux qu’au temps des princes,
Les chères mains m’ouvrent les rêves.
Mains en songe, mains sur mon âme,
Sais-je, moi, ce que vous daignâtes,
Parmi ces rumeurs scélérates,
Dire à cette âme qui se pâme ?
Ment-elle, ma vision chaste
D’affinité spirituelle,
De complicité maternelle,
D’affection étroite et vaste ?
Remords si chers, peine très bonne,
Rêves bénis, mains consacrées,
O ces mains, ses mains vénérées,
Faites le geste qui pardonne !
Toutes petites, toutes belles,
Après ces méprises mortelles
Et toutes ces choses païennes,
Après les rades et les grèves,
Et les pays et les provinces,
Royales mieux qu’au temps des princes,
Les chères mains m’ouvrent les rêves.
Mains en songe, mains sur mon âme,
Sais-je, moi, ce que vous daignâtes,
Parmi ces rumeurs scélérates,
Dire à cette âme qui se pâme ?
Ment-elle, ma vision chaste
D’affinité spirituelle,
De complicité maternelle,
D’affection étroite et vaste ?
Remords si chers, peine très bonne,
Rêves bénis, mains consacrées,
O ces mains, ses mains vénérées,
Faites le geste qui pardonne !
René Daumal
Mémorables
Souviens-toi : de ta mère et de ton père, et de ton premier mensonge, dont l’indiscrète odeur rampe dans ta mémoire.
Souviens-toi de ta première insulte à ceux qui te firent : la graine de l’orgueil était semée, la cassure luisait, rompant la nuit
Souviens-toi des soirs de terreur où la pensée du néant te griffait au ventre, et revenait toujours te le ronger, comme un vautour ; et souviens-toi des matins de soleil dans la chambre.
Souviens-toi de la nuit de délivrance, où, ton corps dénoué tombant comme une voile, tu respiras un peu de l’air incorruptible ; et souviens-toi des animaux gluants qui t’ont repris.
Souviens-toi des magies, des poisons et des rêves tenaces; — tu voulais voir, tu bouchais tes deux yeux pour voir, sans savoir
Souviens-toi de tes complices et de vos tromperies, et de ce grand désir de sortir de la cage.
Souviens-toi du jour où tu crevas la toile et fus pris vivant, fixé sur place dans le vacarme de vacarmes des roues de roues tournant sans tourner, toi dedans, happé toujours par le même moment immobile, répété, répété et le temps ne faisait qu’un tour, tout tournait en trois sens innombrables, le temps se bouclait à rebours —, et les yeux de chair ne voyaient qu’un rêve, il n’existait que le silence dévorant, les mots étaient des peaux séchées, et le bruit, le oui, le bruit, le non, le hurlement visible et noir de la machine te niait, — le cri silencieux « je suis » que l’os entend, dont la pierre meurt, dont croit mourir ce qui ne fut jamais, — et tu ne renaissais à chaque instant que pour être nié par le grand cercle sans bornes, tout pur, tout centre, pur sauf toi.
Et souviens-toi des jours qui suivirent, quand tu marchais comme un cadavre ensorcelé, avec la certitude d’être mangé par l’infini, d’être annulé par le seul existant Absurde.
Et surtout souviens-toi du jour où tu voulus tout jeter, n’importe comment, — mais un gardien veillait dans ta nuit, il veillait quand tu rêvais, il te fit toucher ta chair, il te fit souvenir des tiens, il te fit ramasser tes loques, — souviens-toi de ton gardien.
Souviens-toi du beau mirage des concepts, et des mots émouvants, palais de miroirs bâti dans une cave; et souviens-toi de l’homme qui vint, qui cassa tout, qui te prit de sa rude main, te tira de tes rêves et te fit asseoir dans les épines du plein jour; et souviens-toi que tu ne sais te souvenir.
Souviens-toi que tout se paie, souviens-toi de ton bonheur, mais quand fut écrasé ton cœur, il était trop tard pour payer d’avance.
Souviens-toi de l’ami qui tendait sa raison pour recueillir tes larmes, jaillies de la source gelée que violait le soleil du printemps.
Souviens-toi que l’amour triompha quand elle et toi vous sûtes vous soumettre à son feu jaloux, priant de mourir dans la même flamme.
Mais souviens-toi qu’amour n’est de personne, qu’en ton cœur de chair n’est personne, que le soleil n’est à personne, rougis en regardant le bourbier de ton cœur.
Souviens-toi des matins où la grâce était comme un bâton brandi, qui te menait, soumis, par tes journées, — heureux le bétail sous le joug!
Et souviens-toi que ta pauvre mémoire entre ses doigts gourds laissa filer le poisson d’or.
Souviens-toi de ceux qui te disent : souviens-toi, — souviens-toi de la voix qui te disait : ne tombe pas, — et souviens-toi du plaisir douteux de la chute.
Souviens-toi, pauvre mémoire mienne, des deux faces de la médaille, — et de son métal unique.
Souviens-toi de ta première insulte à ceux qui te firent : la graine de l’orgueil était semée, la cassure luisait, rompant la nuit
Souviens-toi des soirs de terreur où la pensée du néant te griffait au ventre, et revenait toujours te le ronger, comme un vautour ; et souviens-toi des matins de soleil dans la chambre.
Souviens-toi de la nuit de délivrance, où, ton corps dénoué tombant comme une voile, tu respiras un peu de l’air incorruptible ; et souviens-toi des animaux gluants qui t’ont repris.
Souviens-toi des magies, des poisons et des rêves tenaces; — tu voulais voir, tu bouchais tes deux yeux pour voir, sans savoir
Souviens-toi de tes complices et de vos tromperies, et de ce grand désir de sortir de la cage.
Souviens-toi du jour où tu crevas la toile et fus pris vivant, fixé sur place dans le vacarme de vacarmes des roues de roues tournant sans tourner, toi dedans, happé toujours par le même moment immobile, répété, répété et le temps ne faisait qu’un tour, tout tournait en trois sens innombrables, le temps se bouclait à rebours —, et les yeux de chair ne voyaient qu’un rêve, il n’existait que le silence dévorant, les mots étaient des peaux séchées, et le bruit, le oui, le bruit, le non, le hurlement visible et noir de la machine te niait, — le cri silencieux « je suis » que l’os entend, dont la pierre meurt, dont croit mourir ce qui ne fut jamais, — et tu ne renaissais à chaque instant que pour être nié par le grand cercle sans bornes, tout pur, tout centre, pur sauf toi.
Et souviens-toi des jours qui suivirent, quand tu marchais comme un cadavre ensorcelé, avec la certitude d’être mangé par l’infini, d’être annulé par le seul existant Absurde.
Et surtout souviens-toi du jour où tu voulus tout jeter, n’importe comment, — mais un gardien veillait dans ta nuit, il veillait quand tu rêvais, il te fit toucher ta chair, il te fit souvenir des tiens, il te fit ramasser tes loques, — souviens-toi de ton gardien.
Souviens-toi du beau mirage des concepts, et des mots émouvants, palais de miroirs bâti dans une cave; et souviens-toi de l’homme qui vint, qui cassa tout, qui te prit de sa rude main, te tira de tes rêves et te fit asseoir dans les épines du plein jour; et souviens-toi que tu ne sais te souvenir.
Souviens-toi que tout se paie, souviens-toi de ton bonheur, mais quand fut écrasé ton cœur, il était trop tard pour payer d’avance.
Souviens-toi de l’ami qui tendait sa raison pour recueillir tes larmes, jaillies de la source gelée que violait le soleil du printemps.
Souviens-toi que l’amour triompha quand elle et toi vous sûtes vous soumettre à son feu jaloux, priant de mourir dans la même flamme.
Mais souviens-toi qu’amour n’est de personne, qu’en ton cœur de chair n’est personne, que le soleil n’est à personne, rougis en regardant le bourbier de ton cœur.
Souviens-toi des matins où la grâce était comme un bâton brandi, qui te menait, soumis, par tes journées, — heureux le bétail sous le joug!
Et souviens-toi que ta pauvre mémoire entre ses doigts gourds laissa filer le poisson d’or.
Souviens-toi de ceux qui te disent : souviens-toi, — souviens-toi de la voix qui te disait : ne tombe pas, — et souviens-toi du plaisir douteux de la chute.
Souviens-toi, pauvre mémoire mienne, des deux faces de la médaille, — et de son métal unique.
René Ménard
Beau marbre...
Beau marbre vieux bois que j’aime fibre a fibre
Fleurs qui donnez la jeunesse à mes lèvres
Laines ou je m’enveloppe encore de mon enfance
Parfums qui suscitez des lumières dans mes yeux
Musique auréolant les arbres des jardins
Je vis! Je crois vivre! Des frères pleins d’aventure
Chantent a tue-tête sur les chemins de ]’éternité
Des femmes de leur corps me font une patrie
Voici des pierres debout qui soulèvent des villes
Sérieuses de tous les gestes de la patience humaine
Et le passé des hommes
Comme la géographie de ma mémoire.
Fleurs qui donnez la jeunesse à mes lèvres
Laines ou je m’enveloppe encore de mon enfance
Parfums qui suscitez des lumières dans mes yeux
Musique auréolant les arbres des jardins
Je vis! Je crois vivre! Des frères pleins d’aventure
Chantent a tue-tête sur les chemins de ]’éternité
Des femmes de leur corps me font une patrie
Voici des pierres debout qui soulèvent des villes
Sérieuses de tous les gestes de la patience humaine
Et le passé des hommes
Comme la géographie de ma mémoire.
Stéphane Mallarmé
Est morte
se détacha de la suspension fatidique plus inutilement en le vide de signification. Je fis des pas dans la rue et reconnus en le son nul la corde tendue de l’instrument de musique, qui était oublié et que le glorieux Souvenir certainement venait de visiter de son aile ou d’une palme et, le doigt sur l’artifice du mystère, je souris et implorai de voeux intellectuels une spéculation différente. La phrase revint, virtuelle, dégagée
I left my apartment with the clear sensation of a wing gliding over the strings of an instrument, lingering and light, replaced by a voice uttering with a falling intonation the words: ‘The Penultimate is dead’, in such a way that The Penultimate ended the line and Is dead stood out from the fateful suspension more uselessly within the void of meaning. I took some steps in the street and recognized in the nul sound the taut string of the musical instrument, which was forgotten and which glorious Memory had certainly just visited with its wing or with a palm and, with my finger on the contrivance of the mystery, I smiled and with intellectual desires begged for a different subject for conjecture. The phrase came back, virtual, dislodged d’une chute antérieure de plume ou de rameau, dorénavant à travers la voix entendue, jusqu’à ce qu’enfin elle s’articula seule, vivant de sa personnalité. J’allais (ne me contentant plus d’une perception) la lisant en fin de vers, et, une fois, comme un essai, l’adaptant à mon parler; bientôt la prononçant avec un silence après “Pénultième” dans lequel je trouvais une pénible jouissance: “La Pénultième” puis la corde de l’instrument, si tendue en l’oubli sur le son nul, cassait sans doute et j’ajoutais en maniére d’oraison: “Est morte”, Je ne discontinuai pas de tenter un retour à des pensées de prédilection, alléguant, pour me calmer, que, certes, pénultième est le terme du lexique qui signifie l’avant-dernière syllabe des vocables, et son apparition, le reste mal abjuré d’un labeur de linguistique par lequel
Mais où s’installe l’irrécusable intervention du surnaturel, et le commencement de l’angoisse sous laquelle agonise mon esprit naguère seigneur c’est quand je vis, levant les yeux, dans la rue des antiquaires instinctivement suivie, que j’étais devant la boutique d’un luthier vendeur de vieux instruments pendus au mur, et, à terre, des palmes jaunes et les ailes enfouies en l’ombre, d’oiseaux anciens. Je m’enfuis, bizarre, personne condamnée à porter probablement de deuil de l’inexplicable Pénultième.
I left my apartment with the clear sensation of a wing gliding over the strings of an instrument, lingering and light, replaced by a voice uttering with a falling intonation the words: ‘The Penultimate is dead’, in such a way that The Penultimate ended the line and Is dead stood out from the fateful suspension more uselessly within the void of meaning. I took some steps in the street and recognized in the nul sound the taut string of the musical instrument, which was forgotten and which glorious Memory had certainly just visited with its wing or with a palm and, with my finger on the contrivance of the mystery, I smiled and with intellectual desires begged for a different subject for conjecture. The phrase came back, virtual, dislodged d’une chute antérieure de plume ou de rameau, dorénavant à travers la voix entendue, jusqu’à ce qu’enfin elle s’articula seule, vivant de sa personnalité. J’allais (ne me contentant plus d’une perception) la lisant en fin de vers, et, une fois, comme un essai, l’adaptant à mon parler; bientôt la prononçant avec un silence après “Pénultième” dans lequel je trouvais une pénible jouissance: “La Pénultième” puis la corde de l’instrument, si tendue en l’oubli sur le son nul, cassait sans doute et j’ajoutais en maniére d’oraison: “Est morte”, Je ne discontinuai pas de tenter un retour à des pensées de prédilection, alléguant, pour me calmer, que, certes, pénultième est le terme du lexique qui signifie l’avant-dernière syllabe des vocables, et son apparition, le reste mal abjuré d’un labeur de linguistique par lequel
Mais où s’installe l’irrécusable intervention du surnaturel, et le commencement de l’angoisse sous laquelle agonise mon esprit naguère seigneur c’est quand je vis, levant les yeux, dans la rue des antiquaires instinctivement suivie, que j’étais devant la boutique d’un luthier vendeur de vieux instruments pendus au mur, et, à terre, des palmes jaunes et les ailes enfouies en l’ombre, d’oiseaux anciens. Je m’enfuis, bizarre, personne condamnée à porter probablement de deuil de l’inexplicable Pénultième.
Stéphane Mallarmé
Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos,
Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos,
Il m’amuse d’élire avec le seul génie
Une ruine, par mille écumes bénie
Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.
Goure le froid avec ses silences de faux,
Je n’y hululerai pas de vide nénie
Si ce très blanc ébat au ras du sol dénie
À tout site l’honneur du paysage faux.
Ma faim qui d’aucuns fruits ici ne se régale
Trouve en leur docte manque une saveur égale :
Qu’un éclate de chair humain et parfumant !
Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonne,
Je pense plus longtemps peut-être éperdument
À l’autre, au sein brûlé d’une antique amazone.
Il m’amuse d’élire avec le seul génie
Une ruine, par mille écumes bénie
Sous l’hyacinthe, au loin, de ses jours triomphaux.
Goure le froid avec ses silences de faux,
Je n’y hululerai pas de vide nénie
Si ce très blanc ébat au ras du sol dénie
À tout site l’honneur du paysage faux.
Ma faim qui d’aucuns fruits ici ne se régale
Trouve en leur docte manque une saveur égale :
Qu’un éclate de chair humain et parfumant !
Le pied sur quelque guivre où notre amour tisonne,
Je pense plus longtemps peut-être éperdument
À l’autre, au sein brûlé d’une antique amazone.
Victor Hugo
Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte
Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l’empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l’air qui vole,
Naquit d’un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu’il fut, ainsi qu’une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n’avait pas même un lendemain à vivre,
C’est moi. —
. . . . . .
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l’empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l’air qui vole,
Naquit d’un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu’il fut, ainsi qu’une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n’avait pas même un lendemain à vivre,
C’est moi. —
. . . . . .
Victor Segalen
Les trois Hymnes primitifs
Les trois hymnes primitifs que les trois Régents avaient nommés:
Les Lacs, L’Abîme, Nuées, sont effacés de toutes les mémoires.
Qu’ils soient ainsi recomposés:
Les Lacs, L’Abîme, Nuées, sont effacés de toutes les mémoires.
Qu’ils soient ainsi recomposés:
Yves Bonnefoy
Ici, toujours ici
Ici, c’est le lieu clair. Ce n’est plus l’aube,
C’est déja la journée aux dicibles désirs.
Des mirages d’un chant dans ton rêve il ne reste
Que ce scintillement de pierres a venir.
Ici, et jusqu’au soir. La rose d’ombres
Tournera sur les murs. La rose d’heures
Défleurira sans bruit. Les dalles claires
Méneront a leur gré ces pas épris du jour.
Ici, toujours ici. Pierres sur pierres
Ont bâti le pays dit par le souvenir.
A peine si le bruit de fruits simples qui tombent
Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.
HIER RÉGNANT DESERT, À une Terre d’ Aube. 1958.
C’est déja la journée aux dicibles désirs.
Des mirages d’un chant dans ton rêve il ne reste
Que ce scintillement de pierres a venir.
Ici, et jusqu’au soir. La rose d’ombres
Tournera sur les murs. La rose d’heures
Défleurira sans bruit. Les dalles claires
Méneront a leur gré ces pas épris du jour.
Ici, toujours ici. Pierres sur pierres
Ont bâti le pays dit par le souvenir.
A peine si le bruit de fruits simples qui tombent
Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.
HIER RÉGNANT DESERT, À une Terre d’ Aube. 1958.
Yves Bonnefoy
Jean et jeanne
Tu demandes le nom
De cette maison basse délabrée,
C’est Jean et Jeanne en un autre pays.
Quand les larges vents passent
Le seuil où rien ne chante ni paraît.
C’est Jean et Jeanne et de leurs faces grises
Le plâtre du jour tombe, et je revois
La vitre des étés anciens. Te souviens-tu ?
La plus brillante au loin, l’arche fille des ombres.
Aujourd’hui, ce soir, nous ferons un feu
Dans la grande salle.
Nous nous éloignerons,
Nous le laisserons vivre pour les morts.
PIERRE ÉCRITE. 1959.
De cette maison basse délabrée,
C’est Jean et Jeanne en un autre pays.
Quand les larges vents passent
Le seuil où rien ne chante ni paraît.
C’est Jean et Jeanne et de leurs faces grises
Le plâtre du jour tombe, et je revois
La vitre des étés anciens. Te souviens-tu ?
La plus brillante au loin, l’arche fille des ombres.
Aujourd’hui, ce soir, nous ferons un feu
Dans la grande salle.
Nous nous éloignerons,
Nous le laisserons vivre pour les morts.
PIERRE ÉCRITE. 1959.