Poèmes de ce thème
Amour romantique
Stéphane Mallarmé
Apparition
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.
Stéphane Mallarmé
Sonnet
Parce que de la viande était à point rôtie,
Parce que le journal détaillait un viol,
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col,
Parce que d’un lit, grand comme une sacristie,
Il voit, sur la pendule, un couple antique et fol,
Ou qu’il n’a pas sommeil, et que, sans modestie,
Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,
Un niais met sous lui sa femme froide et sèche,
Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche
Et travaille en soufflant inexorablement :
Et de ce qu’une nuit, sans rage et sans tempête,
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,
Ô Shakespeare et toi, Dante, il peut naître un poëte !
Parce que le journal détaillait un viol,
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col,
Parce que d’un lit, grand comme une sacristie,
Il voit, sur la pendule, un couple antique et fol,
Ou qu’il n’a pas sommeil, et que, sans modestie,
Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,
Un niais met sous lui sa femme froide et sèche,
Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche
Et travaille en soufflant inexorablement :
Et de ce qu’une nuit, sans rage et sans tempête,
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,
Ô Shakespeare et toi, Dante, il peut naître un poëte !
Agrippa d'Aubigné
À l’éclair violent de ta face divine…
À l’éclair violent de ta face divine,
N’étant qu’homme mortel, ta céleste beauté
Me fit goûter la mort, la mort et la ruine,
Pour de nouveau venir à l’immortalité.
Ton feu divin brûla mon essence mortelle,
Ton céleste m’éprit et me ravit aux Cieux,
Ton âme était divine et la mienne fut telle :
Déesse, tu me mis au rang des autres Dieux.
Ma bouche osa toucher la bouche cramoisie
Pour cueillir sans la mort l’immortelle beauté,
J’ai vécu de nectar, j’ai sucé l’ambroisie,
Savourant le plus doux de la divinité.
Aux yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,
J’ai des autels fumants comme les autres Dieux,
Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie
Quand mon astre inconnu a déguisé les Cieux.
Même un Dieu contrefait, refusé de la bouche,
Venge à coups de marteaux son impuissant courroux,
Tandis que j’ai cueilli le baiser et la couche
Et le cinquième fruit du nectar le plus doux.
Ces humains aveuglés, envieux me font guerre
Dressant contre le ciel l’échelle : ils ont monté,
Mais de mon Paradis je méprise leur terre
Et le ciel ne m’est rien au prix de ta beauté.
N’étant qu’homme mortel, ta céleste beauté
Me fit goûter la mort, la mort et la ruine,
Pour de nouveau venir à l’immortalité.
Ton feu divin brûla mon essence mortelle,
Ton céleste m’éprit et me ravit aux Cieux,
Ton âme était divine et la mienne fut telle :
Déesse, tu me mis au rang des autres Dieux.
Ma bouche osa toucher la bouche cramoisie
Pour cueillir sans la mort l’immortelle beauté,
J’ai vécu de nectar, j’ai sucé l’ambroisie,
Savourant le plus doux de la divinité.
Aux yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,
J’ai des autels fumants comme les autres Dieux,
Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie
Quand mon astre inconnu a déguisé les Cieux.
Même un Dieu contrefait, refusé de la bouche,
Venge à coups de marteaux son impuissant courroux,
Tandis que j’ai cueilli le baiser et la couche
Et le cinquième fruit du nectar le plus doux.
Ces humains aveuglés, envieux me font guerre
Dressant contre le ciel l’échelle : ils ont monté,
Mais de mon Paradis je méprise leur terre
Et le ciel ne m’est rien au prix de ta beauté.
Agrippa d'Aubigné
Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux…
Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :
J’en serai laboureur, vous dame et gardienne.
Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,
Afin que son honneur soit commun à nous deux.
Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux
Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,
Mes yeux l’arroseront et seront sa fontaine,
Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.
Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,
Soucis, œillets et lys, sans épines les roses,
Ancolie et pensée, et pourrez y choisir
Fruits sucrés de durée, après des fleurs d’attente,
Et puis nous partirons à votre choix la rente :
À moi toute la peine, et à vous le plaisir.
J’en serai laboureur, vous dame et gardienne.
Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,
Afin que son honneur soit commun à nous deux.
Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux
Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,
Mes yeux l’arroseront et seront sa fontaine,
Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.
Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,
Soucis, œillets et lys, sans épines les roses,
Ancolie et pensée, et pourrez y choisir
Fruits sucrés de durée, après des fleurs d’attente,
Et puis nous partirons à votre choix la rente :
À moi toute la peine, et à vous le plaisir.
Théodore de Banville
Oh ! quand la Mort, que rien ne saurait apaiser
Oh ! quand la Mort, que rien ne saurait apaiser,
Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser
Et jettera sur nous le manteau de ses ailes,
Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles !
Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés
Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés,
Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes
Se becqueter longtemps d’amoureuses colombes !
Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser
Et jettera sur nous le manteau de ses ailes,
Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles !
Puissent les fleurs de rose aux parfums embaumés
Sortir de nos deux corps qui se sont tant aimés,
Et nos âmes fleurir ensemble, et sur nos tombes
Se becqueter longtemps d’amoureuses colombes !
Théophile de Viau
Stances
Maintenant que Cloris a juré de me plaire
Et de m’aimer mieux que devant,
Je despite le sort, et crains moins sa colere
Que le soleil ne craint le vent.
Cloris, renouvellant ma chaisne presque usée
Et renforçant mes doux liens,
M’a rendu plus heureux que l’amy de Thesée,
Quant Pluton relascha les siens.
Desja ma liberté faisoit trembler mon ame,
Mon salut me faisoit perir ;
Je mourois du regret d’avoir tué ma flamme,
Combien qu’elle me fist mourir.
Sortant de ma prison, je me trouvois sauvage,
J’estois tout esblouy du jour ;
De tous mes sentimens j’avois perdu l’usage,
En perdant celuy de l’amour.
Ainsi l’oyseau de cage, alors qu’il se delivre
Pour se remettre dans les bois,
Treuve qu’il a perdu l’usage de son vivre,
De ses aisles et de sa voix.
Dieux ! où cet adventure avoit porté ma vie !
Je fremissois de son orgueil ;
Cependant je sentois que je mourois d’envie
De l’adorer jusqu’au cercueil.
Cloris, travaillez bien à desnouer ma chaisne :
Mon joug est très bien asseuré ;
Vous seriez fort long-temps pour me mettre en la peine
Dont vous m’avez si tost tiré.
Je ne suis pas si fol que d’escouter encore
Les censures de ma raison,
Et, combien que mon mal eust besoin d’ellebore,
Je prendrois plustost du poison.
Et de m’aimer mieux que devant,
Je despite le sort, et crains moins sa colere
Que le soleil ne craint le vent.
Cloris, renouvellant ma chaisne presque usée
Et renforçant mes doux liens,
M’a rendu plus heureux que l’amy de Thesée,
Quant Pluton relascha les siens.
Desja ma liberté faisoit trembler mon ame,
Mon salut me faisoit perir ;
Je mourois du regret d’avoir tué ma flamme,
Combien qu’elle me fist mourir.
Sortant de ma prison, je me trouvois sauvage,
J’estois tout esblouy du jour ;
De tous mes sentimens j’avois perdu l’usage,
En perdant celuy de l’amour.
Ainsi l’oyseau de cage, alors qu’il se delivre
Pour se remettre dans les bois,
Treuve qu’il a perdu l’usage de son vivre,
De ses aisles et de sa voix.
Dieux ! où cet adventure avoit porté ma vie !
Je fremissois de son orgueil ;
Cependant je sentois que je mourois d’envie
De l’adorer jusqu’au cercueil.
Cloris, travaillez bien à desnouer ma chaisne :
Mon joug est très bien asseuré ;
Vous seriez fort long-temps pour me mettre en la peine
Dont vous m’avez si tost tiré.
Je ne suis pas si fol que d’escouter encore
Les censures de ma raison,
Et, combien que mon mal eust besoin d’ellebore,
Je prendrois plustost du poison.
Théophile Gautier
Au bord de la mer
La lune de ses mains distraites
A laissé choir, du haut de l’air,
Son grand éventail à paillettes
Sur le bleu tapis de la mer.
Pour le ravoir elle se penche
Et tend son beau bras argenté ;
Mais l’éventail fuit sa main blanche,
Par le flot qui passe emporté.
Au gouffre amer pour te le rendre,
Lune, j’irais bien me jeter,
Si tu voulais du ciel descendre,
Au ciel si je pouvais monter !
A laissé choir, du haut de l’air,
Son grand éventail à paillettes
Sur le bleu tapis de la mer.
Pour le ravoir elle se penche
Et tend son beau bras argenté ;
Mais l’éventail fuit sa main blanche,
Par le flot qui passe emporté.
Au gouffre amer pour te le rendre,
Lune, j’irais bien me jeter,
Si tu voulais du ciel descendre,
Au ciel si je pouvais monter !
Théophile Gautier
Chinoiserie
Ce n’est pas vous, non, madame, que j’aime,
Ni vous non plus, Juliette, ni vous,
Ophélia, ni Béatrix, ni même
Laure la blonde, avec ses grands yeux doux.
Celle que j’aime, à prèsent, est en Chine;
Elle demeure avec ses vieux parents,
Dans une tour de porcelaine fine,
Au fleuve Jaune, où sont les cormorans.
Elle a des yeux retroussés vers les tempes,
Un pied petit à tenir dans la main,
Le teint plus clair que le cuivre des lampes,
Les ongles longs et rougis de carmin.
Par son treillis elle passe sa tête,
Que l’hirondelle, en volant, vient toucher,
Et, chaque soir, aussi bien qu’un poète,
Chante le saule et la fleur du pêcher.
Ni vous non plus, Juliette, ni vous,
Ophélia, ni Béatrix, ni même
Laure la blonde, avec ses grands yeux doux.
Celle que j’aime, à prèsent, est en Chine;
Elle demeure avec ses vieux parents,
Dans une tour de porcelaine fine,
Au fleuve Jaune, où sont les cormorans.
Elle a des yeux retroussés vers les tempes,
Un pied petit à tenir dans la main,
Le teint plus clair que le cuivre des lampes,
Les ongles longs et rougis de carmin.
Par son treillis elle passe sa tête,
Que l’hirondelle, en volant, vient toucher,
Et, chaque soir, aussi bien qu’un poète,
Chante le saule et la fleur du pêcher.
Tristan L'Hermite
La belle en deuil
Que vous avez d’appas, belle nuit animée !
Que vous nous apportez de merveille et d’amour.
Il faut bien confesser que vous êtes formée
Pour donner de l’envie et de la honte au jour.
La flamme éclate moins à travers la fumée
Que ne font vos beaux yeux sous un funeste atour,
Et de tous les mortels, en ce sacré séjour,
Comme un céleste objet vous êtes réclamée.
Mais ce n’est point ainsi que ces Divinités
Qui n’ont plus ni de vœux, ni de solennités
Et dont l’Autel glacé ne reçoit point de presse,
Car vous voyant si belle, on pense à votre abord
Que par quelque gageure où Vénus s’intéresse,
L’Amour s’est déguisé sous l’habit de la Mort.
Que vous nous apportez de merveille et d’amour.
Il faut bien confesser que vous êtes formée
Pour donner de l’envie et de la honte au jour.
La flamme éclate moins à travers la fumée
Que ne font vos beaux yeux sous un funeste atour,
Et de tous les mortels, en ce sacré séjour,
Comme un céleste objet vous êtes réclamée.
Mais ce n’est point ainsi que ces Divinités
Qui n’ont plus ni de vœux, ni de solennités
Et dont l’Autel glacé ne reçoit point de presse,
Car vous voyant si belle, on pense à votre abord
Que par quelque gageure où Vénus s’intéresse,
L’Amour s’est déguisé sous l’habit de la Mort.
Tristan L'Hermite
La Belle esclave more
Beau monstre de nature, il est vrai, ton visage
Est noir au dernier point, mais beau parfaitement,
Et l’Ébène poli qui te sert d’ornement
Sur le plus blanc ivoire emporte l’avantage.
Ô merveille divine inconnue à notre âge
Qu’un objet ténébreux luise si clairement
Et qu’un charbon ardent brûle plus vivement
Que ceux qui de la flamme entretiennent l’usage,
Entre ces noires mains je mets ma liberté.
Moi qui fus invincible à toute autre beauté,
Une More m’embrase, une esclave me dompte,
Mais cache-toi, soleil, toi qui viens de ces lieux
D’où cet astre est venu, qui portes pour ta honte
La nuit sur son visage et le jour dans ses yeux.
Est noir au dernier point, mais beau parfaitement,
Et l’Ébène poli qui te sert d’ornement
Sur le plus blanc ivoire emporte l’avantage.
Ô merveille divine inconnue à notre âge
Qu’un objet ténébreux luise si clairement
Et qu’un charbon ardent brûle plus vivement
Que ceux qui de la flamme entretiennent l’usage,
Entre ces noires mains je mets ma liberté.
Moi qui fus invincible à toute autre beauté,
Une More m’embrase, une esclave me dompte,
Mais cache-toi, soleil, toi qui viens de ces lieux
D’où cet astre est venu, qui portes pour ta honte
La nuit sur son visage et le jour dans ses yeux.
Tristan L'Hermite
Le promenoir des deux amants
Auprès de cette grotte sombre
Où l’on respire un air si doux,
L’onde lutte avec les cailloux,
Et la lumière avecque l’ombre.
Ces flots lassés de l’exercice
Qu’ils ont fait dessus ce gravier,
Se reposent dans ce vivier
Où mourut autrefois Narcisse…
L’ombre de cette fleur vermeille
Et celle de ces joncs pendants
Paraissent être là dedans
Les songes de l’eau qui sommeille.
Les plus aimables influences
Qui rajeunissent l’univers,
Ont relevé ces tapis verts
De fleurs de toutes les nuances.
Dans ce bois ni dans ces montagnes
Jamais chasseur ne vint encor :
Si quelqu’un y sonne du cor,
C’est Diane avec ses compagnes.
Ce vieux chêne a des marques saintes :
Sans doute qui le couperait,
Le sang chaud en découlerait,
Et l’arbre pousserait des plaintes.
Ce rossignol, mélancolique
Du souvenir de son malheur,
Tâche de charmer sa douleur,
Mettant son histoire en musique.
Il reprend sa note première
Pour chanter, d’un art sans pareil,
Sous ce rameau que le soleil
À doré d’un trait de lumière.
Sur ce frêne deux tourterelles
S’entretiennent de leurs tourments,
Et font les doux appointements
De leurs amoureuses querelles…
Dans toutes ces routes divines,
Les nymphes dansent aux chansons,
Et donnent la grâce aux buissons
De porter des fleurs sans épines.
Jamais les vents ni le tonnerre
N’ont troublé la paix de ces lieux,
Et la complaisance des dieux
Y sourit toujours à la terre.
Crois mon conseil, chère Climène ;
Pour laisser arriver le soir,
Je te prie, allons nous asseoir
Sur le bord de cette fontaine.
N’ois-tu pas soupirer Zéphire,
De merveille et d’amour atteint,
Voyant des roses sur ton teint,
Qui ne sont pas de son Empire ?
Sa bouche, d’odeur toute pleine,
À soufflé sur notre chemin,
Mêlant un esprit de jasmin
À l’ambre de ta douce haleine.
Penche la tête sur cette onde
Dont le cristal paraît si noir ;
Je t’y veux faire apercevoir
L’objet le plus charmant du monde.
Tu ne dois pas être étonnée
Si, vivant sous tes douces lois,
J’appelle ces beaux yeux mes Rois,
Mes Astres et ma Destinée…
Vois mille Amours qui se vont prendre
Dans les filets de tes cheveux,
Et d’autres qui cachent leurs feux
Dessous une si belle cendre…
Je tremble en voyant ton visage
Flotter avecque mes désirs,
Tant j’ai de peur que mes soupirs
Ne lui fassent faire naufrage…
Veux-tu par un doux privilège
Me mettre au-dessus des humains ?
Fais-moi boire au creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout point la neige…
Climène, ce baiser m’enivre,
Cet autre me rend tout transi.
Si je ne meurs de celui-ci,
Je ne suis pas digne de vivre.
Où l’on respire un air si doux,
L’onde lutte avec les cailloux,
Et la lumière avecque l’ombre.
Ces flots lassés de l’exercice
Qu’ils ont fait dessus ce gravier,
Se reposent dans ce vivier
Où mourut autrefois Narcisse…
L’ombre de cette fleur vermeille
Et celle de ces joncs pendants
Paraissent être là dedans
Les songes de l’eau qui sommeille.
Les plus aimables influences
Qui rajeunissent l’univers,
Ont relevé ces tapis verts
De fleurs de toutes les nuances.
Dans ce bois ni dans ces montagnes
Jamais chasseur ne vint encor :
Si quelqu’un y sonne du cor,
C’est Diane avec ses compagnes.
Ce vieux chêne a des marques saintes :
Sans doute qui le couperait,
Le sang chaud en découlerait,
Et l’arbre pousserait des plaintes.
Ce rossignol, mélancolique
Du souvenir de son malheur,
Tâche de charmer sa douleur,
Mettant son histoire en musique.
Il reprend sa note première
Pour chanter, d’un art sans pareil,
Sous ce rameau que le soleil
À doré d’un trait de lumière.
Sur ce frêne deux tourterelles
S’entretiennent de leurs tourments,
Et font les doux appointements
De leurs amoureuses querelles…
Dans toutes ces routes divines,
Les nymphes dansent aux chansons,
Et donnent la grâce aux buissons
De porter des fleurs sans épines.
Jamais les vents ni le tonnerre
N’ont troublé la paix de ces lieux,
Et la complaisance des dieux
Y sourit toujours à la terre.
Crois mon conseil, chère Climène ;
Pour laisser arriver le soir,
Je te prie, allons nous asseoir
Sur le bord de cette fontaine.
N’ois-tu pas soupirer Zéphire,
De merveille et d’amour atteint,
Voyant des roses sur ton teint,
Qui ne sont pas de son Empire ?
Sa bouche, d’odeur toute pleine,
À soufflé sur notre chemin,
Mêlant un esprit de jasmin
À l’ambre de ta douce haleine.
Penche la tête sur cette onde
Dont le cristal paraît si noir ;
Je t’y veux faire apercevoir
L’objet le plus charmant du monde.
Tu ne dois pas être étonnée
Si, vivant sous tes douces lois,
J’appelle ces beaux yeux mes Rois,
Mes Astres et ma Destinée…
Vois mille Amours qui se vont prendre
Dans les filets de tes cheveux,
Et d’autres qui cachent leurs feux
Dessous une si belle cendre…
Je tremble en voyant ton visage
Flotter avecque mes désirs,
Tant j’ai de peur que mes soupirs
Ne lui fassent faire naufrage…
Veux-tu par un doux privilège
Me mettre au-dessus des humains ?
Fais-moi boire au creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout point la neige…
Climène, ce baiser m’enivre,
Cet autre me rend tout transi.
Si je ne meurs de celui-ci,
Je ne suis pas digne de vivre.
Tristan L'Hermite
Les agréables pensées
Mon plus secret conseil et mon cher entretien,
Pensées, chers confidents d’une amour si fidèle,
Tenez-moi compagnie et parlons d’Isabelle
Puisque aujourd’hui sa vue est mon souverain bien.
Représentez-la-moi, dites-moi s’il est rien
D’aimable, de charmant et de rare comme Elle :
Et s’il peut jamais naître une fille assez belle
Pour avoir un Empire aussi grand que le sien.
Un cœur se peut-il rendre à de plus belles choses ?
Ses yeux sont de Saphirs et sa bouche de Roses
De qui le vif éclat dure en toute saison.
Ô que ce réconfort flatte mes rêveries !
De voir comme les Cieux pour faire ma prison
Mirent des fleurs en œuvre avec des pierreries.
Pensées, chers confidents d’une amour si fidèle,
Tenez-moi compagnie et parlons d’Isabelle
Puisque aujourd’hui sa vue est mon souverain bien.
Représentez-la-moi, dites-moi s’il est rien
D’aimable, de charmant et de rare comme Elle :
Et s’il peut jamais naître une fille assez belle
Pour avoir un Empire aussi grand que le sien.
Un cœur se peut-il rendre à de plus belles choses ?
Ses yeux sont de Saphirs et sa bouche de Roses
De qui le vif éclat dure en toute saison.
Ô que ce réconfort flatte mes rêveries !
De voir comme les Cieux pour faire ma prison
Mirent des fleurs en œuvre avec des pierreries.
Tristan Tzara
Bifurcation
je ne veux pas te quitter
mon sourire est attaché à ton corps
et le baiser de l’algue à la pierre
à l’intérieur de mon âge je porte un enfant gai et bruyant
il n’y a que toi qui saches le faire sortir du coquillage
comme l’escargot avec de fines voix
parmi l’herbe il y a
les mains fraîches des fleurs qui se tendent vers moi
mais il n’y a que ta voix qui soit fine
comme ta main est fine comme le soir est impalpable comme le
repos
mon sourire est attaché à ton corps
et le baiser de l’algue à la pierre
à l’intérieur de mon âge je porte un enfant gai et bruyant
il n’y a que toi qui saches le faire sortir du coquillage
comme l’escargot avec de fines voix
parmi l’herbe il y a
les mains fraîches des fleurs qui se tendent vers moi
mais il n’y a que ta voix qui soit fine
comme ta main est fine comme le soir est impalpable comme le
repos
Tristan Tzara
Sur une ride du soleil
noyez matins les soifs les muscles et les fruits
dans la liqueur crue et secrète
la suie tissée en lingots d’or
couvre la nuit lacérée par les motifs brefs
à l’horizon remis à neuf
une draperie d’eau courante large vivante
grince petit coefficient particulier
de mon amour
dans la porte soudain éclaircie
harcelée par les désirs éclipses
pleureuse accélérée palpitante
tu t’effeuilles en prospectus d’accords privés
l’inconstance de l’eau glisse sur ton corps avec le soleil
par le miracle fendu on entrevoit le masque
jamais claire jamais neuve
tu marches c’est la vie qui fait marcher la bielle
et voilà pourquoi les yeux roulent dans leur pourquoi
l’avantage du sang à travers le cri de la vapeur
un éventail de flammes sur le volcan tu sais
que les veines de la tombe
ont conduit tant de chansons d’ardeur
à l’échappée
le monde
un chapeau avec des fleurs
le monde
un violon jouant sur une fleur
le monde
une bague faite pour une fleur
une fleur fleur pour le bouquet de fleurs fleurs
un porte-cigarette rempli de fleurs
une petite locomotive aux yeux de fleurs
une paire de gants pour des fleurs
en peau de fleurs comme nos fleurs fleurs fleurs de fleurs
et un œuf
dans la liqueur crue et secrète
la suie tissée en lingots d’or
couvre la nuit lacérée par les motifs brefs
à l’horizon remis à neuf
une draperie d’eau courante large vivante
grince petit coefficient particulier
de mon amour
dans la porte soudain éclaircie
harcelée par les désirs éclipses
pleureuse accélérée palpitante
tu t’effeuilles en prospectus d’accords privés
l’inconstance de l’eau glisse sur ton corps avec le soleil
par le miracle fendu on entrevoit le masque
jamais claire jamais neuve
tu marches c’est la vie qui fait marcher la bielle
et voilà pourquoi les yeux roulent dans leur pourquoi
l’avantage du sang à travers le cri de la vapeur
un éventail de flammes sur le volcan tu sais
que les veines de la tombe
ont conduit tant de chansons d’ardeur
à l’échappée
le monde
un chapeau avec des fleurs
le monde
un violon jouant sur une fleur
le monde
une bague faite pour une fleur
une fleur fleur pour le bouquet de fleurs fleurs
un porte-cigarette rempli de fleurs
une petite locomotive aux yeux de fleurs
une paire de gants pour des fleurs
en peau de fleurs comme nos fleurs fleurs fleurs de fleurs
et un œuf
Tristan Tzara
Voie
Quel est ce chemin qui nous sépare
à travers lequel je tends la main de ma pensée
une fleur est écrite au bout de chaque doigt
et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi
à travers lequel je tends la main de ma pensée
une fleur est écrite au bout de chaque doigt
et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi
Victor Brodeau
La Bouche
… Parquoy je dy, ô bouche amye,
Bouche à qui tu veulx ennemye,
Bouche qui faict vivre ou mourir
Tous ceulx qu’elle peult secourir,
Bouche amyable, bouche entiere,
Non variable, non legiere.
Bouche se mourant d’un baiser,
Pour toute douleur appaiser,
Bouche riant, plaisante bouche,
Qui baille devant qu’on la touche.
Bouche vouldrois tu emboucher
Celui qui vouldroit te boucher ?...
Bouche à qui tu veulx ennemye,
Bouche qui faict vivre ou mourir
Tous ceulx qu’elle peult secourir,
Bouche amyable, bouche entiere,
Non variable, non legiere.
Bouche se mourant d’un baiser,
Pour toute douleur appaiser,
Bouche riant, plaisante bouche,
Qui baille devant qu’on la touche.
Bouche vouldrois tu emboucher
Celui qui vouldroit te boucher ?...
Victor Hugo
À une femme
Enfant, si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous!
Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi!
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous!
Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi!
Victor Hugo
André Chénier
O belle, le charmant scandale des oiseaux
Dans les arbres, les fleurs, les prés et les roseaux,
Les rayons rencontrant les aigles dans les nues,
L’orageuse gaîté des néréides nues
Se jetant de l’écume et dansant dans les flots,
Blancheurs qui font rêver au loin les matelots,
Ces ébats glorieux des déesses mouillées
Prenant pour lit les mers comme toi les feuillées,
Tout ce qui joue, éclate et luit sur l’horizon
N’a pas plus de splendeur que ta fière chanson.
Ton chant ajouterait de la joie aux dieux mêmes.
Tu te dresses superbe. En même temps tu m’aimes ;
Et tu viens te rasseoir sur mes genoux. Psyché
Par moments comme toi prenait un air fâché,
Puis se jetait au cou du jeune dieu son maître.
Est-ce qu’on peut bouder l’amour ? Aimer, c’est naître ;
Aimer, c’est savourer, aux bras d’un être cher,
La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair ;
C’est être un ange avec la gloire d’être un homme.
Oh ! ne refuse rien. Ne sois pas économe.
Aimons ! Ces instants-là sont les seuls bons et sûrs.
O volupté mêlée aux éternels azurs !
Extase ! ô volonté de là-haut ! Je soupire,
Tu songes. Ton cœur bat près du mien. Laissons dire
Les oiseaux, et laissons les ruisseaux murmurer.
Ce sont des envieux. Belle, il faut s’adorer.
Il faut aller se perdre au fond des bois farouches.
Le ciel étoile veut la rencontre des bouches ;
Une lionne cherche un lion sur les monts.
Chante ! il faut chanter ! Aime ! il faut aimer. Aimons.
Pendant que tu souris, pendant que mon délire
Abuse de ce doux consentement du rire,
Pendant que d’un baiser complice tu m’absous,
La vaste nuit funèbre est au-dessous de nous,
Et les morts, dans l’Hadès plein d’effrayants décombres, Regardent se lever, sur l’horizon des ombres,
Les astres ténébreux de l’Erèbe qui font
Trembler leurs feux sanglants dans l’eau du Styx profond.
Dans les arbres, les fleurs, les prés et les roseaux,
Les rayons rencontrant les aigles dans les nues,
L’orageuse gaîté des néréides nues
Se jetant de l’écume et dansant dans les flots,
Blancheurs qui font rêver au loin les matelots,
Ces ébats glorieux des déesses mouillées
Prenant pour lit les mers comme toi les feuillées,
Tout ce qui joue, éclate et luit sur l’horizon
N’a pas plus de splendeur que ta fière chanson.
Ton chant ajouterait de la joie aux dieux mêmes.
Tu te dresses superbe. En même temps tu m’aimes ;
Et tu viens te rasseoir sur mes genoux. Psyché
Par moments comme toi prenait un air fâché,
Puis se jetait au cou du jeune dieu son maître.
Est-ce qu’on peut bouder l’amour ? Aimer, c’est naître ;
Aimer, c’est savourer, aux bras d’un être cher,
La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair ;
C’est être un ange avec la gloire d’être un homme.
Oh ! ne refuse rien. Ne sois pas économe.
Aimons ! Ces instants-là sont les seuls bons et sûrs.
O volupté mêlée aux éternels azurs !
Extase ! ô volonté de là-haut ! Je soupire,
Tu songes. Ton cœur bat près du mien. Laissons dire
Les oiseaux, et laissons les ruisseaux murmurer.
Ce sont des envieux. Belle, il faut s’adorer.
Il faut aller se perdre au fond des bois farouches.
Le ciel étoile veut la rencontre des bouches ;
Une lionne cherche un lion sur les monts.
Chante ! il faut chanter ! Aime ! il faut aimer. Aimons.
Pendant que tu souris, pendant que mon délire
Abuse de ce doux consentement du rire,
Pendant que d’un baiser complice tu m’absous,
La vaste nuit funèbre est au-dessous de nous,
Et les morts, dans l’Hadès plein d’effrayants décombres, Regardent se lever, sur l’horizon des ombres,
Les astres ténébreux de l’Erèbe qui font
Trembler leurs feux sanglants dans l’eau du Styx profond.
Victor Hugo
Apparition
Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
— Qu’est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. — Il répondit : — Je viens prendre ton âme —
Et j’eus peur, car je vis que c’était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
— Que me restera-t-il ? car tu t’envoleras. —
Il ne répondit pas ; le ciel que l’ombre assiège
S’éteignait… — Si tu prends mon âme, m’écriai-je,
Où l’emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu —
Il se taisait toujours. — O passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? —
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l’ange devint noir, et dit : — Je suis l’amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l’ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
— Qu’est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. — Il répondit : — Je viens prendre ton âme —
Et j’eus peur, car je vis que c’était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
— Que me restera-t-il ? car tu t’envoleras. —
Il ne répondit pas ; le ciel que l’ombre assiège
S’éteignait… — Si tu prends mon âme, m’écriai-je,
Où l’emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu —
Il se taisait toujours. — O passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? —
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l’ange devint noir, et dit : — Je suis l’amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l’ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.
Victor Hugo
Au bord de la mer
Oh oui! la terre est belle et le ciel est superbe ;
Mais quand ton sein palpite et quand ton œil reluit,
Quand ton pas gracieux court si léger sur l’herbe
Que le bruit d’une lyre est moins doux que son bruit;
Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme,
Se lève rayonnant sur moi qu’il rajeunit,
Et de ta bouche rose, où naît sa douce flamme,
Monte jusqu’à ton front comme l’aube au zénith;
Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m’arrive,
Disant des mots confus qui m’échappent souvent,
Bruit d’une eau qui se perd sous l’ombre de sa rive,
Chanson d’oiseau caché qu’on écoute en rêvant;
Lorsque ma poésie, insultée et proscrite,
Sur ta tête un moment se repose en chemin;
Quand ma pensée en deuil sous la tienne s’abrite,
Comme un flambeau de nuit sous une blanche main ;
Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée ;
Quand ton âme, soudain apparue en tes yeux,
Contemple avec les pleurs d’une sœur exilée,
Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieux ;
Quand brille sous tes cils, comme un feu sous les branches,
Ton beau regard, terni par de longues douleurs ;
Quand sous les maux passés tout à coup tu te penches,
Que tu veux me sourire et qu’il te vient des pleurs ;
Quand mon corps et ma vie à ton souffle résonnent,
Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment ;
Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent,
Font chanter dans mon cœur un céleste instrument ;
Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême!
Quand ta noble nature, épanouie aux yeux,
Comme l’ardent buisson qui contenait Dieu même,
Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;
Ce qui sort à la fois de tant de douces choses,
Ce qui de ta beauté s’exhale nuit et jour,
Comme un parfum formé du souffle de cent roses,
C’est bien plus que la terre et le ciel, — c’est l’amour!
Mais quand ton sein palpite et quand ton œil reluit,
Quand ton pas gracieux court si léger sur l’herbe
Que le bruit d’une lyre est moins doux que son bruit;
Lorsque ton frais sourire, aurore de ton âme,
Se lève rayonnant sur moi qu’il rajeunit,
Et de ta bouche rose, où naît sa douce flamme,
Monte jusqu’à ton front comme l’aube au zénith;
Quand, parfois, sans te voir, ta jeune voix m’arrive,
Disant des mots confus qui m’échappent souvent,
Bruit d’une eau qui se perd sous l’ombre de sa rive,
Chanson d’oiseau caché qu’on écoute en rêvant;
Lorsque ma poésie, insultée et proscrite,
Sur ta tête un moment se repose en chemin;
Quand ma pensée en deuil sous la tienne s’abrite,
Comme un flambeau de nuit sous une blanche main ;
Quand nous nous asseyons tous deux dans la vallée ;
Quand ton âme, soudain apparue en tes yeux,
Contemple avec les pleurs d’une sœur exilée,
Quelque vertu sur terre ou quelque étoile aux cieux ;
Quand brille sous tes cils, comme un feu sous les branches,
Ton beau regard, terni par de longues douleurs ;
Quand sous les maux passés tout à coup tu te penches,
Que tu veux me sourire et qu’il te vient des pleurs ;
Quand mon corps et ma vie à ton souffle résonnent,
Comme un tremblant clavier qui vibre à tout moment ;
Quand tes doigts, se posant sur mes doigts qui frissonnent,
Font chanter dans mon cœur un céleste instrument ;
Lorsque je te contemple, ô mon charme suprême!
Quand ta noble nature, épanouie aux yeux,
Comme l’ardent buisson qui contenait Dieu même,
Ouvre toutes ses fleurs et jette tous ses feux ;
Ce qui sort à la fois de tant de douces choses,
Ce qui de ta beauté s’exhale nuit et jour,
Comme un parfum formé du souffle de cent roses,
C’est bien plus que la terre et le ciel, — c’est l’amour!
Victor Hugo
Elle était déchaussée, elle était décoiffée
Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?
Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?
Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.
Mont-l’Am. juin 183…
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?
Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?
Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !
Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.
Mont-l’Am. juin 183…
Victor Hugo
J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline
J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,
Que l’aigle connaît seul et peut seul approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L’ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
A l’endroit où s’était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s’enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s’éclairant au fond d’un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n’a pas de corolle embaumée.
Sa racine n’a pris sur la crête des monts
Que l’amère senteur des glauques goëmons ;
Moi, j’ai dit : Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t’en aller dans cet immense abîme
Où l’algue et le nuage et les voiles s’en vont.
Va mourir sur un cœur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t’effeuiller dans l’onde,
Te fit pour l’océan, je te donne à l’amour. —
Le vent mêlait les flots ; il ne restait du jour
Qu’une vague lueur, lentement effacée.
Oh ! comme j’étais triste au fond de ma pensée,
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M’entrait dans l’âme avec tous les frissons du soir !
Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,
Que l’aigle connaît seul et peut seul approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L’ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
A l’endroit où s’était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s’enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s’éclairant au fond d’un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n’a pas de corolle embaumée.
Sa racine n’a pris sur la crête des monts
Que l’amère senteur des glauques goëmons ;
Moi, j’ai dit : Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t’en aller dans cet immense abîme
Où l’algue et le nuage et les voiles s’en vont.
Va mourir sur un cœur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t’effeuiller dans l’onde,
Te fit pour l’océan, je te donne à l’amour. —
Le vent mêlait les flots ; il ne restait du jour
Qu’une vague lueur, lentement effacée.
Oh ! comme j’étais triste au fond de ma pensée,
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M’entrait dans l’âme avec tous les frissons du soir !
Victor Hugo
La fête chez Thérèse
… La nuit vint ; tout se tut ; les flambeaux s’éteignirent ;
Dans les bois assombris les sources se plaignirent ;
Le rossignol, caché dans son nid ténébreux,
Chanta comme un poète et comme un amoureux.
Chacun se dispersa sous les profonds feuillages ;
Les folles en riant entraînèrent les sages ;
L’amante s’en alla dans l’ombre avec l’amant ;
Et, troublés comme on l’est en songe, vaguement,
Ils sentaient par degrés se mêler à leur âme,
À leurs discours secrets, à leurs regards de flamme,
À leur cœur, à leur sens, à leur molle raison,
Le clair de lune bleu qui baignait l’horizon.
Avril 18…
Dans les bois assombris les sources se plaignirent ;
Le rossignol, caché dans son nid ténébreux,
Chanta comme un poète et comme un amoureux.
Chacun se dispersa sous les profonds feuillages ;
Les folles en riant entraînèrent les sages ;
L’amante s’en alla dans l’ombre avec l’amant ;
Et, troublés comme on l’est en songe, vaguement,
Ils sentaient par degrés se mêler à leur âme,
À leurs discours secrets, à leurs regards de flamme,
À leur cœur, à leur sens, à leur molle raison,
Le clair de lune bleu qui baignait l’horizon.
Avril 18…
Victor Hugo
Le cantique de bethphagé
. . . . . .
Par l’ouverture de ma porte
Mon bien-aimé passa sa main,
Et je me réveillai, de sorte
Que nous nous marions demain.
Mon bien-aimé passa sa main
Par l’ouverture de ma porte.
De la montagne de l’encens
A la colline de la myrrhe,
C’est lui que souhaitent mes sens,
Et c’est lui que mon âme admire
De la colline de la myrrhe
A la montagne de l’encens.
Je ne sais comment le lui dire,
J’ai dépouillé mes vêtements ;
Dites-le lui, cieux ! il soupire,
Et moi je brûle, ô firmaments !
J’ai dépouillé mes vêtements ;
Je ne sais comment le lui dire.
. . . . . .
Par l’ouverture de ma porte
Mon bien-aimé passa sa main,
Et je me réveillai, de sorte
Que nous nous marions demain.
Mon bien-aimé passa sa main
Par l’ouverture de ma porte.
De la montagne de l’encens
A la colline de la myrrhe,
C’est lui que souhaitent mes sens,
Et c’est lui que mon âme admire
De la colline de la myrrhe
A la montagne de l’encens.
Je ne sais comment le lui dire,
J’ai dépouillé mes vêtements ;
Dites-le lui, cieux ! il soupire,
Et moi je brûle, ô firmaments !
J’ai dépouillé mes vêtements ;
Je ne sais comment le lui dire.
. . . . . .