Poèmes de ce thème
Amour romantique
Anne Hébert
Un bruit de soie
Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu tremblés et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
A même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton cœur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je Pimagine si juste que je défaille.
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu tremblés et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
A même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton cœur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je Pimagine si juste que je défaille.
Beatriz de Diá
J’ai subi un cruel tourment…
J’ai subi un cruel tourment
Pour un chevalier que j’ai connu
Et je veux que l’on sache à jamais
Combien je l’ai aimé avec passion.
Maintenant je vois que je suis trahie
Pour ne pas lui avoir donné mon amour,
Ce qui m’a valu bien des peines
Au lit aussi bien que vêtue.
J’aimerais bien tenir un soir
Mon chevalier nu entre mes bras,
Et lui s’en tiendrait pour ravi
Si je lui servais seulement d’oreiller.
J’en suis en effet plus éprise
Que Floire de Blanchefleur :
Je lui donne mon cœur et mon amour,
Mon esprit, mes yeux et ma vie.
Ami cher, doux et bon,
Quand vous tiendrai-je en mon pouvoir
De manière à pouvoir coucher avec vous un soir
Et vous donner un baiser d’amour ?
Sachez-le, j’aurais très envie
De vous tenir au lieu de mon mari,
À condition que vous m’ayez promis
De faire tout ce que je voudrai.
Pour un chevalier que j’ai connu
Et je veux que l’on sache à jamais
Combien je l’ai aimé avec passion.
Maintenant je vois que je suis trahie
Pour ne pas lui avoir donné mon amour,
Ce qui m’a valu bien des peines
Au lit aussi bien que vêtue.
J’aimerais bien tenir un soir
Mon chevalier nu entre mes bras,
Et lui s’en tiendrait pour ravi
Si je lui servais seulement d’oreiller.
J’en suis en effet plus éprise
Que Floire de Blanchefleur :
Je lui donne mon cœur et mon amour,
Mon esprit, mes yeux et ma vie.
Ami cher, doux et bon,
Quand vous tiendrai-je en mon pouvoir
De manière à pouvoir coucher avec vous un soir
Et vous donner un baiser d’amour ?
Sachez-le, j’aurais très envie
De vous tenir au lieu de mon mari,
À condition que vous m’ayez promis
De faire tout ce que je voudrai.
Benjamin Péret
Allo
Mon avion en flammes mon château inondé de vin du Rhin
mon ghetto d’iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d’autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon œil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
mon rire d’étang caché où vont se noyer les prophètes distraits
mon inondation de cassis mon papillon de morille
ma cascade bleue comme une lame de fond qui fait le printemps
mon revolver de corail dont la bouche m’attire comme l’œil d’un puits
scintillant
glacé comme le miroir où tu contemples la fuite des oiseaux-mouches de ton regard
perdu dans une exposition de blanc encadrée de momies
je t’aime
mon ghetto d’iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d’autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon œil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
mon rire d’étang caché où vont se noyer les prophètes distraits
mon inondation de cassis mon papillon de morille
ma cascade bleue comme une lame de fond qui fait le printemps
mon revolver de corail dont la bouche m’attire comme l’œil d’un puits
scintillant
glacé comme le miroir où tu contemples la fuite des oiseaux-mouches de ton regard
perdu dans une exposition de blanc encadrée de momies
je t’aime
Benjamin Péret
Les odeurs de l’amour
S’il est un plaisir
c’est bien celui de faire l’amour
le corps entouré de ficelles
les yeux clos par des lames de rasoir
Elle s’avance comme un lampion
Son regard la précède et prépare le terrain
Les mouches expirent comme un beau soir
Une banque fait faillite
entraînant une guerre d’ongles et de dents
c’est bien celui de faire l’amour
le corps entouré de ficelles
les yeux clos par des lames de rasoir
Elle s’avance comme un lampion
Son regard la précède et prépare le terrain
Les mouches expirent comme un beau soir
Une banque fait faillite
entraînant une guerre d’ongles et de dents
Bernard de Ventadour
Mon cœur est si plein de joie…
Mon cœur est si plein de joie
Qu’il trompe Nature.
Le frimas, qu’est-il pour moi ?
Blanche fleur, jaune, vermeille.
Plus il vente, plus il pleut
Plus je suis heureux.
Ma valeur grandit aussi
Et mon chant s’épure.
Mon cœur est tant amoureux
Tant pris de joie douce
Que gelée me semble fleur,
Et neige verdure.
Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car me garde pur amour
De la froide bise.
Mais est fou qui sans mesure
Passe la raison.
J’ai donc souci de moi-même
Dès lors que je prie
D’amour vrai la toute belle
Dont j’espère tout,
Car pour un pareil trésor
Je donnerais Pise !
Elle me refuse amitié
Mais je garde foi,
Car d’elle au moins j’ai gagné
La joie de la voir.
Et tant d’aise est dans mon cœur
Que séparé d’elle
Je ne pense qu’au bonheur
De la retrouver.
Mon cœur est près d’Amour
Toute en sa présence,
Mais hélas mon corps est loin,
Bien loin d’elle, en France.
Je garde bonne espérance
(Qui m’aide bien peu)
Car mon âme hélas balance
Comme nef en mer.
Du souci qui me harcèle
Comment m’abriter ?
La nuit venue il me jette
Au bas de mon lit.
J’endure plus de chagrins
Que Tristan l’amant
Qui souffrit mille tourments
Pour Yseut la blonde.
Ah Dieu ! que ne suis-je oiseau !
J’ouvrirais mes ailes
Et j’irais à travers nuit
Jusqu’à sa maison.
Bonne dame si joyeuse
Votre amant se meurt
Mon cœur sera tôt fendu
Si mon mal s’obstine.
Madame, je joins les mains,
Je vous prie d’amour.
Beau corps aux fraîches couleurs
Grand mal vous me faites !
Mon messager, va et cours
Dis à dame belle
Que je souffre à cause d’elle
Le mal des martyrs.
Qu’il trompe Nature.
Le frimas, qu’est-il pour moi ?
Blanche fleur, jaune, vermeille.
Plus il vente, plus il pleut
Plus je suis heureux.
Ma valeur grandit aussi
Et mon chant s’épure.
Mon cœur est tant amoureux
Tant pris de joie douce
Que gelée me semble fleur,
Et neige verdure.
Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car me garde pur amour
De la froide bise.
Mais est fou qui sans mesure
Passe la raison.
J’ai donc souci de moi-même
Dès lors que je prie
D’amour vrai la toute belle
Dont j’espère tout,
Car pour un pareil trésor
Je donnerais Pise !
Elle me refuse amitié
Mais je garde foi,
Car d’elle au moins j’ai gagné
La joie de la voir.
Et tant d’aise est dans mon cœur
Que séparé d’elle
Je ne pense qu’au bonheur
De la retrouver.
Mon cœur est près d’Amour
Toute en sa présence,
Mais hélas mon corps est loin,
Bien loin d’elle, en France.
Je garde bonne espérance
(Qui m’aide bien peu)
Car mon âme hélas balance
Comme nef en mer.
Du souci qui me harcèle
Comment m’abriter ?
La nuit venue il me jette
Au bas de mon lit.
J’endure plus de chagrins
Que Tristan l’amant
Qui souffrit mille tourments
Pour Yseut la blonde.
Ah Dieu ! que ne suis-je oiseau !
J’ouvrirais mes ailes
Et j’irais à travers nuit
Jusqu’à sa maison.
Bonne dame si joyeuse
Votre amant se meurt
Mon cœur sera tôt fendu
Si mon mal s’obstine.
Madame, je joins les mains,
Je vous prie d’amour.
Beau corps aux fraîches couleurs
Grand mal vous me faites !
Mon messager, va et cours
Dis à dame belle
Que je souffre à cause d’elle
Le mal des martyrs.
Bernard de Ventadour
Nuit et jour je médite
Nuit et jour je médite et pense et veille
Plains et soupire et puis m’apaise ;
Quand mieux m’advient j’en retire peine,
Mais une bonne attente m’éveille
Dont mes chagrins s’apaisent,
Fol, pourquoi dire que j’en retire du mal :
Car si noble amour me l’envoie
Que l’envoi seul m’est un gain.
Que ma Dame ne s’émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m’accole et me baise,
Dieu puisse-t-on se récrier déjà
(« Ah, tel vous vois et tel vous ai vu! »)
Pour le bonheur que l’on voit en moi!
Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n’est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m’en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah! Dame, par pitié vous prie
Qu’ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !
Bernart demande grâce à sa Dame
Qui si doucement lui fait grâce
Et si je ne la vois d’ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.
Plains et soupire et puis m’apaise ;
Quand mieux m’advient j’en retire peine,
Mais une bonne attente m’éveille
Dont mes chagrins s’apaisent,
Fol, pourquoi dire que j’en retire du mal :
Car si noble amour me l’envoie
Que l’envoi seul m’est un gain.
Que ma Dame ne s’émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m’accole et me baise,
Dieu puisse-t-on se récrier déjà
(« Ah, tel vous vois et tel vous ai vu! »)
Pour le bonheur que l’on voit en moi!
Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n’est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m’en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah! Dame, par pitié vous prie
Qu’ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !
Bernart demande grâce à sa Dame
Qui si doucement lui fait grâce
Et si je ne la vois d’ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.
Blaise Cendrars
Tu es plus belle que le ciel et la mer
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
Il y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
Il y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime
Bonaventure des Périers
Le Nombril
… O Nombril! dont l’aise parfaicte
Gist au Demy qui te souhaite,
Lequel jamais ne sera aise
Que franchement il ne te baise,
En remembrance singuliere
De l’union, jadis Entiere,
Où se peult trouver justement
L’heureux poinct de Contentement.
Gist au Demy qui te souhaite,
Lequel jamais ne sera aise
Que franchement il ne te baise,
En remembrance singuliere
De l’union, jadis Entiere,
Où se peult trouver justement
L’heureux poinct de Contentement.
Catherine Des Roches
Sonnets de Sincero à Charité
Bouche dont la douceur m’enchante doucement
Par la douce faveur d’un honnête sourire,
Bouche qui, soupirant un amoureux martyre,
Apaisez la douleur de mon cruel tourment ;
Bouche, de tous mes maux le seul allègement,
Bouche qui respirez un gracieux Zéphyr,
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
À l’heure qu’il vous plaît de parler doctement ;
Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits Amours,
Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de crainte et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.
Par la douce faveur d’un honnête sourire,
Bouche qui, soupirant un amoureux martyre,
Apaisez la douleur de mon cruel tourment ;
Bouche, de tous mes maux le seul allègement,
Bouche qui respirez un gracieux Zéphyr,
Qui les plus éloquents surpassez à bien dire
À l’heure qu’il vous plaît de parler doctement ;
Bouche pleine de lys, de perles et de roses,
Bouche qui retenez toutes grâces encloses,
Bouche qui recelez tant de petits Amours,
Par vos perfections, ô bouche sans pareille,
Je me perds de douceur, de crainte et de merveille
Dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.
Catherine Des Roches
Vers de Charité à Sincero
Ouvrez-moi, Sincero, de vos pensées la porte.
Je désire de voir si l’amour de son trait
Vous engrave aussi bien dans le cœur mon portrait,
Comme votre beau vers à mes yeux le rapporte.
Je ne veux pas pourtant que hors de vous il sorte,
Ni que par la faveur d’un gracieux attrait
Votre cœur soit jamais d’avec le mien distrait
Pour brûler d’une flamme ou plus douce ou plus forte.
Ouvrez donc s’il vous plaît : Ah ! mon Dieu, je me vois !
Ah ! mon Dieu, que de bien, que d’honneur je reçois !
Après que vous m’avez par mille vers chantée,
Je me vois dans vos yeux et dedans vos écrits,
Et dedans votre cœur, et dedans vos esprits,
Par la Muse, et l’amour, si bien représentée.
Je désire de voir si l’amour de son trait
Vous engrave aussi bien dans le cœur mon portrait,
Comme votre beau vers à mes yeux le rapporte.
Je ne veux pas pourtant que hors de vous il sorte,
Ni que par la faveur d’un gracieux attrait
Votre cœur soit jamais d’avec le mien distrait
Pour brûler d’une flamme ou plus douce ou plus forte.
Ouvrez donc s’il vous plaît : Ah ! mon Dieu, je me vois !
Ah ! mon Dieu, que de bien, que d’honneur je reçois !
Après que vous m’avez par mille vers chantée,
Je me vois dans vos yeux et dedans vos écrits,
Et dedans votre cœur, et dedans vos esprits,
Par la Muse, et l’amour, si bien représentée.
Catherine Pozzi
Ave
Trés haut amour, s’il se peut que je meure
Sans avoir su d’où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure,
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,
Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire.
En quel sommeil se voyait votre gloire,
O mon sèjour…
Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l’abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,
Par l’univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor
Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Coeur de l’esprit, O centre du mirage
Très haut amour.
Sans avoir su d’où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure,
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,
Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire.
En quel sommeil se voyait votre gloire,
O mon sèjour…
Quand je serai pour moi-même perdue
Et divisée à l’abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,
Par l’univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor
Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Coeur de l’esprit, O centre du mirage
Très haut amour.
Catulle Mendès
Reste. N’allume pas la lampe. Que nos yeux
Reste. N’allume pas la lampe. Que nos yeux
S’emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.
Nous sommes las autant l’un que l’autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l’océan du soir morne et délicieux.
Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli…
Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
Quel long fleuve de paix léthargique et d’oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.
S’emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.
Nous sommes las autant l’un que l’autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l’océan du soir morne et délicieux.
Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli…
Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
Quel long fleuve de paix léthargique et d’oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.
Cécile Coulon
Tout va bien
La première fois que quelqu’un a posé ses mains sur moi
d’une manière tout à fait différente de celle
dont jusqu’à ce jour, j’avais l’habitude, une manière tout
à fait différente et à la fois chargée d’images, de promesses
et de responsabilités que je n’étais, pas encore, en mesure
de comprendre, la première fois que quelqu’un a posé
ses mains sur moi, ce geste fut accompagné de quelques
mots simples : « Tout va bien et tout ira bien », après cela
j’ai répété, à mon tour, ces paroles douces en d’autres
occasions, mais toujours, toujours, la même façon
de tendre la voix dans une gorge serrée,
toujours, toujours, les yeux clairs qui fouillent
d’autres yeux clairs pour qu’ils ne les oublient pas,
« Tout va bien et tout ira bien », pour certaines,
pour certains, cette phrase apparaît comme un moyen
facile et rapide de mettre fin à ce genre de scrupules
qui précèdent généralement un baiser long, profond,
une chemise qu’on retire, un sein qu’on frôle, mais
pourtant, je n’ai pas dit cela pour gagner, je n’ai pas
dit cela pour vaincre et je ne dirai jamais cela
pour mentir à quelqu’un que j’aime et qui a peur,
mais qu’est-ce aimer sinon montrer les dégâts
causés par sa propre terreur, qu’est-ce aimer
sinon répéter, sincèrement, comme un moine
devant la statue d’une vierge aux paupières closes,
« Tout va bien et tout ira bien » ?
Dans les pires moments et les fins d’après-midi
chaudes, dans les aubes que des chagrins voraces
ont salies, aux rives de lacs gelés comme au bas
d’immeubles gris, mille fois j’ai pensé
à cette première fois, à la façon dont
les mains, les yeux, la bouche se joignent
en un cortège bancal, et lorsqu’il m’arrive
de croire que tout espoir fut porté en vain
je repense à ces mots, à la vie qui recommence
dans chacune de leurs syllabes :
« Tout va bien et tout ira bien. »
d’une manière tout à fait différente de celle
dont jusqu’à ce jour, j’avais l’habitude, une manière tout
à fait différente et à la fois chargée d’images, de promesses
et de responsabilités que je n’étais, pas encore, en mesure
de comprendre, la première fois que quelqu’un a posé
ses mains sur moi, ce geste fut accompagné de quelques
mots simples : « Tout va bien et tout ira bien », après cela
j’ai répété, à mon tour, ces paroles douces en d’autres
occasions, mais toujours, toujours, la même façon
de tendre la voix dans une gorge serrée,
toujours, toujours, les yeux clairs qui fouillent
d’autres yeux clairs pour qu’ils ne les oublient pas,
« Tout va bien et tout ira bien », pour certaines,
pour certains, cette phrase apparaît comme un moyen
facile et rapide de mettre fin à ce genre de scrupules
qui précèdent généralement un baiser long, profond,
une chemise qu’on retire, un sein qu’on frôle, mais
pourtant, je n’ai pas dit cela pour gagner, je n’ai pas
dit cela pour vaincre et je ne dirai jamais cela
pour mentir à quelqu’un que j’aime et qui a peur,
mais qu’est-ce aimer sinon montrer les dégâts
causés par sa propre terreur, qu’est-ce aimer
sinon répéter, sincèrement, comme un moine
devant la statue d’une vierge aux paupières closes,
« Tout va bien et tout ira bien » ?
Dans les pires moments et les fins d’après-midi
chaudes, dans les aubes que des chagrins voraces
ont salies, aux rives de lacs gelés comme au bas
d’immeubles gris, mille fois j’ai pensé
à cette première fois, à la façon dont
les mains, les yeux, la bouche se joignent
en un cortège bancal, et lorsqu’il m’arrive
de croire que tout espoir fut porté en vain
je repense à ces mots, à la vie qui recommence
dans chacune de leurs syllabes :
« Tout va bien et tout ira bien. »
Cécile Sauvage
Je t’ai écrit au clair de lune…
Je t’ai écrit au clair de lune
Sur la petite table ovale,
D’une écriture toute pâle,
Mots tremblés, à peine irisés
Et qui dessinent des baisers.
Car je veux pour toi des baisers
Muets comme l’ombre et légers
Et qu’il y ait le clair de lune
Et le bruit des branches penchées
Sur cette page détachée.
Sur la petite table ovale,
D’une écriture toute pâle,
Mots tremblés, à peine irisés
Et qui dessinent des baisers.
Car je veux pour toi des baisers
Muets comme l’ombre et légers
Et qu’il y ait le clair de lune
Et le bruit des branches penchées
Sur cette page détachée.
Charles Baudelaire
À celle qui est trop gaie
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.
Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l’esprit des poètes
L’image d’un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l’emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t’aime !
Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J’ai senti, comme une ironie
Le soleil déchirer mon sein,
Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon cœur,
Que j’ai puni sur une fleur
L’insolence de la Nature.
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l’heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,
Et, vertigineuse douceur !
À travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T’infuser mon venin, ma sœur !
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.
Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
De tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l’esprit des poètes
L’image d’un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l’emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t’aime !
Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie,
J’ai senti, comme une ironie
Le soleil déchirer mon sein,
Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon cœur,
Que j’ai puni sur une fleur
L’insolence de la Nature.
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand l’heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,
Et, vertigineuse douceur !
À travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T’infuser mon venin, ma sœur !
Charles Baudelaire
À une Dame créole
Au pays parfumé que le soleil caresse,
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.
Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
À dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.
Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,
Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.
Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
À dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.
Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,
Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
Charles Baudelaire
Chanson d’Après-midi
Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n’est pas celui d’un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,
Je t’adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.
Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l’énigme et du secret.
Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d’un encensoir ;
Tu charmes comme le soir
Nymphe ténébreuse et chaude.
Ah ! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Ou fait revivre les morts !
Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.
Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser ;
Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon cœur
Ton œil doux comme la lune.
Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,
Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur !
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie !
Te donnent un air étrange
Qui n’est pas celui d’un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,
Je t’adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.
Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l’énigme et du secret.
Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d’un encensoir ;
Tu charmes comme le soir
Nymphe ténébreuse et chaude.
Ah ! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Ou fait revivre les morts !
Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.
Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser ;
Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon cœur
Ton œil doux comme la lune.
Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,
Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur !
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie !
Charles Baudelaire
Femmes damnées (« Comme un bétail pensif sur le sable couchées »)
Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
Elles tournent leurs yeux vers l’horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.
Les unes, cœurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l’amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux ;
D’autres, comme des sœurs, marchent lentes et graves
À travers les rochers pleins d’apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations ;
Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux antres païens
T’appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
Ô Bacchus, endormeur des remords anciens !
Et d’autres, dont la gorge aime les scapulaires
Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L’écume du plaisir aux larmes des tourments.
Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits contempteurs,
Chercheuses d’infini, dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,
Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d’amour dont vos grands cœurs sont pleins !
Elles tournent leurs yeux vers l’horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.
Les unes, cœurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l’amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux ;
D’autres, comme des sœurs, marchent lentes et graves
À travers les rochers pleins d’apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations ;
Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux antres païens
T’appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
Ô Bacchus, endormeur des remords anciens !
Et d’autres, dont la gorge aime les scapulaires
Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L’écume du plaisir aux larmes des tourments.
Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits contempteurs,
Chercheuses d’infini, dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,
Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d’amour dont vos grands cœurs sont pleins !
Charles Baudelaire
Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne
Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne,
Ô vase de tristesse, 6 grande taciturne,
Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis,
Et que tu me parais, ornement des mes nuits,
Plus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.
Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts,
Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,
Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !
Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle !
Ô vase de tristesse, 6 grande taciturne,
Et t’aime d’autant plus, belle, que tu me fuis,
Et que tu me parais, ornement des mes nuits,
Plus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.
Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts,
Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,
Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !
Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle !
Charles Baudelaire
L’Invitation au voyage
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire
La Mort des Amants
Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;
Et plus tard un Ange, entrouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d’étranges fleurs sur des étagères,
Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.
Usant à l’envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.
Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;
Et plus tard un Ange, entrouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Charles Baudelaire
Le balcon
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,
O toi, tous mes plaisirs ! ô toi, tous mes devoirs !
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !
Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.
Que ton sein m’était doux ! que ton cœur m’était bon !
Nous avons dit souvent d’impérissables choses
Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
Que l’espace est profond ! que le cœur est puissant !
En me penchant vers toi, reine des adorées,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison,
Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,
Et je buvais ton souffle, ô douceur ! ô poison !
Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.
La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.
Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses,
Et revis mon passé blotti dans tes genoux.
Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses
Ailleurs qu’en ton cher corps et qu’en ton cœur si doux ?
Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses !
Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,
Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,
Comme montent au ciel les soleils rajeunis
Après s’être lavés au fond des mers profondes ?
— O serments ! ô parfums ! ô baisers infinis !
O toi, tous mes plaisirs ! ô toi, tous mes devoirs !
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !
Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.
Que ton sein m’était doux ! que ton cœur m’était bon !
Nous avons dit souvent d’impérissables choses
Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
Que l’espace est profond ! que le cœur est puissant !
En me penchant vers toi, reine des adorées,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison,
Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,
Et je buvais ton souffle, ô douceur ! ô poison !
Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.
La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.
Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses,
Et revis mon passé blotti dans tes genoux.
Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses
Ailleurs qu’en ton cher corps et qu’en ton cœur si doux ?
Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses !
Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,
Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,
Comme montent au ciel les soleils rajeunis
Après s’être lavés au fond des mers profondes ?
— O serments ! ô parfums ! ô baisers infinis !
Charles Baudelaire
Le jet d’eau
Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
Reête longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante Où t’a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d’eau qui jase Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l’extase Où ce soir m’a plongé l’amour.
La gerbe épanouie En mille fleurs,
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie De larges pleurs.
Ainsi ton âme qu’incendie
L’éclair brûlant des voluptés
S’élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis, elle s’épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente Descend jusqu’au fond de mon cœur.
La gerbe épanouie En mille fleurs,
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie De larges pleurs.
O toi, que la nuit rend si belle,
Qu’il m’est doux, penché vers tes seins,
D’écouter la plainte éternelle
Qui sanglote dans les bassins !
Lune, eau sonore, nuit bénie,
Arbres qui frissonnez autour,
Votre pure mélancolie Est le miroir de mon amour.
La gerbe épanouie En mille fleurs,
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie De larges pleurs.
Lt'.i Épaves, Galanteries
Reête longtemps, sans les rouvrir,
Dans cette pose nonchalante Où t’a surprise le plaisir.
Dans la cour le jet d’eau qui jase Et ne se tait ni nuit ni jour,
Entretient doucement l’extase Où ce soir m’a plongé l’amour.
La gerbe épanouie En mille fleurs,
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie De larges pleurs.
Ainsi ton âme qu’incendie
L’éclair brûlant des voluptés
S’élance, rapide et hardie,
Vers les vastes cieux enchantés.
Puis, elle s’épanche, mourante,
En un flot de triste langueur,
Qui par une invisible pente Descend jusqu’au fond de mon cœur.
La gerbe épanouie En mille fleurs,
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie De larges pleurs.
O toi, que la nuit rend si belle,
Qu’il m’est doux, penché vers tes seins,
D’écouter la plainte éternelle
Qui sanglote dans les bassins !
Lune, eau sonore, nuit bénie,
Arbres qui frissonnez autour,
Votre pure mélancolie Est le miroir de mon amour.
La gerbe épanouie En mille fleurs,
Où Phœbé réjouie
Met ses couleurs,
Tombe comme une pluie De larges pleurs.
Lt'.i Épaves, Galanteries
Charles Baudelaire
Le serpent qui danse
Que j’aime voir, chère indolente, De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau !
Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s’éveille Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain.
Tes yeux, où rien ne se révèle De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle L’or avec le fer.
A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse Au bout d’un bâton.
Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,
Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.
Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents,
Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème D’étoiles mon cœur !
Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau !
Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s’éveille Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille Pour un ciel lointain.
Tes yeux, où rien ne se révèle De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle L’or avec le fer.
A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse Au bout d’un bâton.
Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,
Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.
Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents,
Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème D’étoiles mon cœur !