Poèmes de ce thème
Amour romantique
Charles Baudelaire
Les bijoux
La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !
— Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !
— Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !
Charles Baudelaire
Les yeux de berthe
"Vous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres,
Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s’enfuit
Je ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit !
Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres !
Grands yeux de mon enfant, arcanes adorés,
Vous ressemblez beaucoup à ces grottes magiques
Où, derrière l’amas des ombres léthargiques,
Scintillent vaguement des trésors ignorés !
Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes,
Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi !
Leurs feux sont ces pensers d’Amour, mêlés de Foi,
Qui pétillent au fond, voluptueux ou chastes.
Les Épaves, Galanteries
Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s’enfuit
Je ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit !
Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres !
Grands yeux de mon enfant, arcanes adorés,
Vous ressemblez beaucoup à ces grottes magiques
Où, derrière l’amas des ombres léthargiques,
Scintillent vaguement des trésors ignorés !
Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes,
Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi !
Leurs feux sont ces pensers d’Amour, mêlés de Foi,
Qui pétillent au fond, voluptueux ou chastes.
Les Épaves, Galanteries
Charles Baudelaire
Lesbos
AIèrë des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l’ornement des nuits et des jours glorieux ;
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,
Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,
Orageux et secrets, fourmillants et profonds ;
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades !
Lesbos, où les Phrynés l’une l’autre s’attirent,
Où jamais un soupir ne resta sans écho,
A l’égal de Paphos les étoiles t’admirent,
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho !
Lesbos, où les Phrynés l’une l’autre s’attirent,
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Qui font qu’à leurs miroirs, Stérile volupté !
Les filles aux yeux creux, de leurs corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère ;
Tu tires ton pardon de l’excès des baisers,
Reine du doux empire, aimable et noble terre.
Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère.
Tu tires ton pardon de l’éternel martyre,
Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux,
Qu’attire loin de nous le radieux sourire
Entrevu vaguement au bord des autres cieux !
Tu tires ton pardon de l’éternel martyre !
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux,
Si ses balances d’or n’ont pesé le déluge
De larmes qu’à la mer ont versé tes ruisseaux ?
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge !
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ?
Vierges au cœur sublime, honneur de l’archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l’amour se rira de l’Enfer et du Ciel !
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ?
Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
Et je fus dès l’enfance admis au noir mystère
Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs ;
Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre.
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Comme une sentinelle à l’œil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
Dont les formes au loin frissonnent dans l’azur ;
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
Le cadavre adoré de Sapho, qui partit,
Pour savoir si la mer eâ indulgente et bonne !
De la mâle Sapho, l’amante et le poëte,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs !
L’œil d’azur est vaincu par l’œil noir que tacheté
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l’amante et le poëte !
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ;
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde !
De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
Quand, insultant le rite et le culte inventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D’un brutal dont l’orgueil punit l’impiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème.
Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente,
Et, malgré les honneurs que lui rend l’univers,
S’enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts !
Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente !
Les Épaves, Pièces condamnées
Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l’ornement des nuits et des jours glorieux ;
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,
Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,
Orageux et secrets, fourmillants et profonds ;
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades !
Lesbos, où les Phrynés l’une l’autre s’attirent,
Où jamais un soupir ne resta sans écho,
A l’égal de Paphos les étoiles t’admirent,
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho !
Lesbos, où les Phrynés l’une l’autre s’attirent,
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Qui font qu’à leurs miroirs, Stérile volupté !
Les filles aux yeux creux, de leurs corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère ;
Tu tires ton pardon de l’excès des baisers,
Reine du doux empire, aimable et noble terre.
Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère.
Tu tires ton pardon de l’éternel martyre,
Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux,
Qu’attire loin de nous le radieux sourire
Entrevu vaguement au bord des autres cieux !
Tu tires ton pardon de l’éternel martyre !
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux,
Si ses balances d’or n’ont pesé le déluge
De larmes qu’à la mer ont versé tes ruisseaux ?
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge !
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ?
Vierges au cœur sublime, honneur de l’archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l’amour se rira de l’Enfer et du Ciel !
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ?
Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
Et je fus dès l’enfance admis au noir mystère
Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs ;
Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre.
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Comme une sentinelle à l’œil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
Dont les formes au loin frissonnent dans l’azur ;
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
Le cadavre adoré de Sapho, qui partit,
Pour savoir si la mer eâ indulgente et bonne !
De la mâle Sapho, l’amante et le poëte,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs !
L’œil d’azur est vaincu par l’œil noir que tacheté
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l’amante et le poëte !
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ;
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde !
De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
Quand, insultant le rite et le culte inventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D’un brutal dont l’orgueil punit l’impiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème.
Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente,
Et, malgré les honneurs que lui rend l’univers,
S’enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts !
Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente !
Les Épaves, Pièces condamnées
Charles Baudelaire
Parfum exotique
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Charles Baudelaire
Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire
Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri,
À la très belle, à la très bonne, à la très chère,
Dont le regard divin t’a soudain refleuri ?
— Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges :
Rien ne vaut la douceur de son autorité ;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son œil nous revêt d’un habit de clarté.
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l’air danse comme un flambeau.
Parfois il parle et dit : « Je suis belle, et j’ordonne
Que pour l’amour de moi vous n’aimiez que le Beau ;
Je suis l’Ange gardien, la Muse et la Madone. »
Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri,
À la très belle, à la très bonne, à la très chère,
Dont le regard divin t’a soudain refleuri ?
— Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges :
Rien ne vaut la douceur de son autorité ;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son œil nous revêt d’un habit de clarté.
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l’air danse comme un flambeau.
Parfois il parle et dit : « Je suis belle, et j’ordonne
Que pour l’amour de moi vous n’aimiez que le Beau ;
Je suis l’Ange gardien, la Muse et la Madone. »
Charles Baudelaire
Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive
Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive,
Comme au long d’un cadavre un cadavre étendu,
Je me pris à songer près de ce corps vendu
A la triste beauté dont mon désir se prive.
Je me représentai sa majesté native,
Son regard de vigueur et de grâces armé,
Ses cheveux qui lui font un casque parfumé,
Et dont le souvenir pour l’amour me ravive.
Car j’eusse avec ferveur baisé ton noble corps,
Et depuis tes pieds frais jusqu’à tes noires tresses
Déroulé le trésor des profondes caresses,
Si, quelque soir, d’un pleur obtenu sans effort
Tu pouvais seulement, Ô reine des cruelles !
Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles.
Comme au long d’un cadavre un cadavre étendu,
Je me pris à songer près de ce corps vendu
A la triste beauté dont mon désir se prive.
Je me représentai sa majesté native,
Son regard de vigueur et de grâces armé,
Ses cheveux qui lui font un casque parfumé,
Et dont le souvenir pour l’amour me ravive.
Car j’eusse avec ferveur baisé ton noble corps,
Et depuis tes pieds frais jusqu’à tes noires tresses
Déroulé le trésor des profondes caresses,
Si, quelque soir, d’un pleur obtenu sans effort
Tu pouvais seulement, Ô reine des cruelles !
Obscurcir la splendeur de tes froides prunelles.
Charles Cros
Hiéroglyphe
J’ai trois fenêtres à ma chambre:
L’amour, la mer, la mort,
Sang vif, vert calme, violet.
O femme, doux et lourd trésor!
Froids vitraux, cloches, odeurs d’ambre.
La mer, la mort, l’amour,
Ne sentir que ce qui me plaît…
Femme, plus claire que le jour!
Par ce soir doré de septembre,
La mort, l’amour, la mer,
Me noyer dans l’oubli complet.
Femme! femme! cercueil de chair!
L’amour, la mer, la mort,
Sang vif, vert calme, violet.
O femme, doux et lourd trésor!
Froids vitraux, cloches, odeurs d’ambre.
La mer, la mort, l’amour,
Ne sentir que ce qui me plaît…
Femme, plus claire que le jour!
Par ce soir doré de septembre,
La mort, l’amour, la mer,
Me noyer dans l’oubli complet.
Femme! femme! cercueil de chair!
Charles d'Orléans
Ballade
Mon cueur m’a fait commandement
De venir vers vostre jeunesse,
Belle que j’ayme loyaument,
Comme doy faire ma Princesse.
Se vous demandés pour quoy esse ?
C’est pour savoir quant vous plaira
Alegier sa dure destresse.
Ma Dame, le sauray je ja ?
Ditez le par vostre serment ;
Je vous fais leale promesse :
Nul ne le saura, seulement
Fors que lui pour avoir leesse ;
Or lui moustrés qu’estes maistresse,
Et lui mandez qu’il guérira ;
Ou, s’il doit morir de destresse,
Ma Dame, le sauray je ja?
Penser ne pourroit nullement
Que la douleur qui tant le blesse
Ne vous desplaise aucunement ;
Or faitez dont tant qu’elle cesse,
Et le remettés en l’adresse
D’Espoir, dont il party pieçà ;
Respondez sans que plus vous presse :
Ma Dame, le sauray je ja ?
De venir vers vostre jeunesse,
Belle que j’ayme loyaument,
Comme doy faire ma Princesse.
Se vous demandés pour quoy esse ?
C’est pour savoir quant vous plaira
Alegier sa dure destresse.
Ma Dame, le sauray je ja ?
Ditez le par vostre serment ;
Je vous fais leale promesse :
Nul ne le saura, seulement
Fors que lui pour avoir leesse ;
Or lui moustrés qu’estes maistresse,
Et lui mandez qu’il guérira ;
Ou, s’il doit morir de destresse,
Ma Dame, le sauray je ja?
Penser ne pourroit nullement
Que la douleur qui tant le blesse
Ne vous desplaise aucunement ;
Or faitez dont tant qu’elle cesse,
Et le remettés en l’adresse
D’Espoir, dont il party pieçà ;
Respondez sans que plus vous presse :
Ma Dame, le sauray je ja ?
Charles d'Orléans
Chanson
Que me conseillez-vous, mon cœur ?
Irai-je par devers la belle
Lui dire la peine mortelle
Que souffrez pour elle en douleur ?
Pour votre bien et son honneur,
C’est droit que votre conseil cèle.
Que me conseillez-vous, mon cœur,
Irai-je par devers la belle ?
Si pleine la sais de douceur
Que trouverai merci en elle,
Tôt en aurez bonne nouvelle.
J’y vais, n’est-ce pour le meilleur ?
Que me conseillez-vous, mon cœur ?
Irai-je par devers la belle
Lui dire la peine mortelle
Que souffrez pour elle en douleur ?
Pour votre bien et son honneur,
C’est droit que votre conseil cèle.
Que me conseillez-vous, mon cœur,
Irai-je par devers la belle ?
Si pleine la sais de douceur
Que trouverai merci en elle,
Tôt en aurez bonne nouvelle.
J’y vais, n’est-ce pour le meilleur ?
Que me conseillez-vous, mon cœur ?
Charles d'Orléans
Chanson
Prenez tost ce baisier, mon cueur,
Que ma maistresse vous présente,
La belle, bonne, jeune et gente,
Par sa tresgrant grâce et doulceur.
Bon guet feray, sus mon honneur,
Afin que Dangier riens n’en sente.
Prenez tost ce baisier, mon cueur,
Que ma maistresse vous présente.
Dangier, toute nuit, en labeur,
A fait guet ; or gist en sa tente.
Acomplissez brief vostre entente,
Tantdis qu’il dort : c’est le meillieur.
Prenez tost ce baisier, mon cueur.
Que ma maistresse vous présente,
La belle, bonne, jeune et gente,
Par sa tresgrant grâce et doulceur.
Bon guet feray, sus mon honneur,
Afin que Dangier riens n’en sente.
Prenez tost ce baisier, mon cueur,
Que ma maistresse vous présente.
Dangier, toute nuit, en labeur,
A fait guet ; or gist en sa tente.
Acomplissez brief vostre entente,
Tantdis qu’il dort : c’est le meillieur.
Prenez tost ce baisier, mon cueur.
Charles d'Orléans
En faites-vous doute
En faites-vous doute
Que vôtre ne soie ?
Ce Dieu me doint joie
Au cœur, si suis toute.
Rien ne m’en déboute
Pour chose que j’oye :
En faites-vous doute
Que vôtre ne soie ?
Danger et sa route
S’en voisent leur voie,
Sans que plus les voie ;
Toujours il m’écoute,
En faites-vous doute ?
Que vôtre ne soie ?
Ce Dieu me doint joie
Au cœur, si suis toute.
Rien ne m’en déboute
Pour chose que j’oye :
En faites-vous doute
Que vôtre ne soie ?
Danger et sa route
S’en voisent leur voie,
Sans que plus les voie ;
Toujours il m’écoute,
En faites-vous doute ?
Charles Le Quintrec
Dans ce long paysage
Dans ce long paysage où l’été se résigne
J’ai plaisir à te prendre aux noces des sentiers
Tu ris. Ta robe est entrouverte et je devine
Ta peau pareille à la pulpe des peupliers
Dans ce long paysage ou gitent les gibiers
L’homme que je serai, passe par ta poitrine.
Ne parle pas. Ta bouche est capable du cri
Les belettes nous voient, les blaireaux nous écoutent
Sous les terrestres pommiers du paradis
Les poissons planent haut, les reptiles redoutent
Quelque piège d’amour au creux des éboulis
Et ton corps de panique en plainte se déplie...
Je t’imagine entre la lune et les ténèbres
Plus pâle et déja plus humaine, mon aimée
Tu te raidis pour mieux me mordre, tu t’apprétes
A redire les vieux mots de la volupté
Tes longues jambes nues, parmi les hautes herbes,
Me sont autant de délices que de dangers.
L’oiseau lent des sommets s’*échappe de ma bible
Il a l’aile meurtrie et la patte blessée
Je te vois, je te veux... De grace, aime-moi vite!
Je veux ton corps et ton àme pour les sauver
Dans ce pays de Paque, ou Dieu vient d’arriver
Pour l’amour de l’Amour, les vivants ressuscitent.
J’ai plaisir à te prendre aux noces des sentiers
Tu ris. Ta robe est entrouverte et je devine
Ta peau pareille à la pulpe des peupliers
Dans ce long paysage ou gitent les gibiers
L’homme que je serai, passe par ta poitrine.
Ne parle pas. Ta bouche est capable du cri
Les belettes nous voient, les blaireaux nous écoutent
Sous les terrestres pommiers du paradis
Les poissons planent haut, les reptiles redoutent
Quelque piège d’amour au creux des éboulis
Et ton corps de panique en plainte se déplie...
Je t’imagine entre la lune et les ténèbres
Plus pâle et déja plus humaine, mon aimée
Tu te raidis pour mieux me mordre, tu t’apprétes
A redire les vieux mots de la volupté
Tes longues jambes nues, parmi les hautes herbes,
Me sont autant de délices que de dangers.
L’oiseau lent des sommets s’*échappe de ma bible
Il a l’aile meurtrie et la patte blessée
Je te vois, je te veux... De grace, aime-moi vite!
Je veux ton corps et ton àme pour les sauver
Dans ce pays de Paque, ou Dieu vient d’arriver
Pour l’amour de l’Amour, les vivants ressuscitent.
Charles Saint-Beuve
Man âme est ce lac même…
Mon âme est ce lac mâme où le soleil qui penche,
Par un beau soir d’automne, envoie un feu mourant:
Le flot frissonne à peine, et pas une aile blanche,
Pas une rame au loin n’y joue en l’effleurant.
Tout dort, tout est tranquille, et le cristal limpide
En se refroidissant à l’air glacé des nuits,
Sans écho, sans soupir, sans un pli qui le ride,
Semble un miroir tout fait pour les pâles ennuis.
Mais ne sentez-vous pas, Madame, à son silence,
A ses flots transparents de lui-même oubliés,
A sa calme étendue où rien ne se balance,
Le bonheur qu’il éprouve à se taire à vos pieds
A réfléchir en paix le bien-aimé rivage,
A le peindre plus pur en ne s’y mêlant pas,
A ne rien perdre en soi de la divine image
De Celle dont sans bruit il recueille les pas?
Par un beau soir d’automne, envoie un feu mourant:
Le flot frissonne à peine, et pas une aile blanche,
Pas une rame au loin n’y joue en l’effleurant.
Tout dort, tout est tranquille, et le cristal limpide
En se refroidissant à l’air glacé des nuits,
Sans écho, sans soupir, sans un pli qui le ride,
Semble un miroir tout fait pour les pâles ennuis.
Mais ne sentez-vous pas, Madame, à son silence,
A ses flots transparents de lui-même oubliés,
A sa calme étendue où rien ne se balance,
Le bonheur qu’il éprouve à se taire à vos pieds
A réfléchir en paix le bien-aimé rivage,
A le peindre plus pur en ne s’y mêlant pas,
A ne rien perdre en soi de la divine image
De Celle dont sans bruit il recueille les pas?
Charles Van Lerberghe
Pardonne-moi, ô mon Amour
Pardonne-moi, ô mon Amour,
Si mes yeux pleins de toi ne te voient pas encore,
Si je m’éveille en ta splendeur,
Sans la comprendre, comme une fleur
S’éveille dans l’aurore ;
Pardonne-moi si mes yeux aujourd’hui
Ne te distinguent de la lumière,
S’ils ne séparent ton sourire
De leurs pleurs éblouis.
Pardonne-moi, si je t’écoute
Sans t’entendre, et ne sais pas
Si c’est toi, mon amour, qui parles,
Ou mon cœur qui gémit tout bas;
Pardonne-moi, si tes paroles
Autour de mes oreilles volent,
Comme des chants dans les airs bleus,
Ou l’aile du vent dans mes cheveux.
Pardonne-moi, si je te touche
Dans le soleil, ou si ma bouche
En souriant, sans le savoir,
T’atteint dans la fraîcheur du soir ;
Pardonne-moi, si je crois être
Près de toi-même où tu n’es pas,
Si je te cherche, lorsque peut-être
C’est toi qui reposes dans mes bras.
Si mes yeux pleins de toi ne te voient pas encore,
Si je m’éveille en ta splendeur,
Sans la comprendre, comme une fleur
S’éveille dans l’aurore ;
Pardonne-moi si mes yeux aujourd’hui
Ne te distinguent de la lumière,
S’ils ne séparent ton sourire
De leurs pleurs éblouis.
Pardonne-moi, si je t’écoute
Sans t’entendre, et ne sais pas
Si c’est toi, mon amour, qui parles,
Ou mon cœur qui gémit tout bas;
Pardonne-moi, si tes paroles
Autour de mes oreilles volent,
Comme des chants dans les airs bleus,
Ou l’aile du vent dans mes cheveux.
Pardonne-moi, si je te touche
Dans le soleil, ou si ma bouche
En souriant, sans le savoir,
T’atteint dans la fraîcheur du soir ;
Pardonne-moi, si je crois être
Près de toi-même où tu n’es pas,
Si je te cherche, lorsque peut-être
C’est toi qui reposes dans mes bras.
Choderlos de Laclos
Épître à Madame la Marquise de Montalembert
Je sentais le besoin d’aimer,
Mais je voulais être fidèle.
A l’amour j’osai m’adresser :
« Dieu puissant ! indique-moi celle
Qui mérite de me fixer »,
Lui dis-je ; Amour battit de l’aile,
Sourit, et fut se reposer
Sur le sein naissant d’Isabeile :
Soudain, je sentis s’allumer
Une flamme vive et nouvelle.
« Amour ! m’écriai-je, c’est elle !
Je suis heureux, je vais aimer. »
Quelle voluptueuse ivresse
Alors sempara de mes sens !
J’étais aimé, j’avais quinze ans,
Je ne voyais que ma maîtresse !
Délire heureux de la tendresse,
N’existez-vous donc qu’au printemps ?
Mais je voulais être fidèle.
A l’amour j’osai m’adresser :
« Dieu puissant ! indique-moi celle
Qui mérite de me fixer »,
Lui dis-je ; Amour battit de l’aile,
Sourit, et fut se reposer
Sur le sein naissant d’Isabeile :
Soudain, je sentis s’allumer
Une flamme vive et nouvelle.
« Amour ! m’écriai-je, c’est elle !
Je suis heureux, je vais aimer. »
Quelle voluptueuse ivresse
Alors sempara de mes sens !
J’étais aimé, j’avais quinze ans,
Je ne voyais que ma maîtresse !
Délire heureux de la tendresse,
N’existez-vous donc qu’au printemps ?
Christine de Pizan
18. la dame
Certes, je suis serrée de si près
Que je ne sais de quel côté me tourner :
Amour m’assaille et m’enflamme ;
Plus j’imagine m’en détourner,
Plus je me sens maltraitée.
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Car quand je vois celui qui, depuis longtemps,
A recherché mon amour
— Sans que j’y consente aucunement –
Revenir vers moi
Pour me prier sans fin,
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Il me parle si doucement
De la manière dont il m’aime
Et de bien vouloir lui accorder mon amour
Qu’il requiert tant, et de lui pardonner
D’oser me le demander,
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Amour, veuillez décider
De mon attitude, car à la fin
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Que je ne sais de quel côté me tourner :
Amour m’assaille et m’enflamme ;
Plus j’imagine m’en détourner,
Plus je me sens maltraitée.
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Car quand je vois celui qui, depuis longtemps,
A recherché mon amour
— Sans que j’y consente aucunement –
Revenir vers moi
Pour me prier sans fin,
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Il me parle si doucement
De la manière dont il m’aime
Et de bien vouloir lui accorder mon amour
Qu’il requiert tant, et de lui pardonner
D’oser me le demander,
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Amour, veuillez décider
De mon attitude, car à la fin
Je ne sais quelle réponse tenir.
Eh ! Dieu ! Faudra-t-il consentir ?
Christine de Pizan
28. la dame
Très doux ami que j’aime par-dessus tout et prise,
Je loue Amour qui m’a conquise
Ainsi que vous qui combattez
Pour me ravir.
Car je sens déjà que dans le doux jardin
D’Amour, par vous qui m’avez surprise,
J’aurai une grande joie, et que de l’entreprise
Du bien en résultera pour moi.
Mais j’ai longtemps agi discourtoisement
En tardant tant à vous aimer
— Je dois en être blâmée. Je loue Dieu de m’y être mise
Car sans méprise
Je peux vous aimer ; on ne me critique pas
D’être, d’un homme si vaillant, éprise.
Puisque vous êtes tel que nul ne vous méprise
Du bien en résultera pour moi.
Je suis vôtre, vous m’avez justement conquise,
Il n’est plus besoin que j’en sois requise,
Amour le veut ; vous avez trouvé le chemin
Pour prendre mon cœur
Sans mauvaise ruse, par une très loyale quête.
Je le sais en vérité, je m’en suis bien enquise,
Et puisqu’il me plaît ainsi, en toute guise,
Du bien en résultera pour moi.
Vous m’avez appris,
Doux ami, la disposition
Des tours d’Amour que tous ne connaissent pas,
Mais puisque j’ai un ami selon mon souhait
Du bien en résultera pour moi.
Je loue Amour qui m’a conquise
Ainsi que vous qui combattez
Pour me ravir.
Car je sens déjà que dans le doux jardin
D’Amour, par vous qui m’avez surprise,
J’aurai une grande joie, et que de l’entreprise
Du bien en résultera pour moi.
Mais j’ai longtemps agi discourtoisement
En tardant tant à vous aimer
— Je dois en être blâmée. Je loue Dieu de m’y être mise
Car sans méprise
Je peux vous aimer ; on ne me critique pas
D’être, d’un homme si vaillant, éprise.
Puisque vous êtes tel que nul ne vous méprise
Du bien en résultera pour moi.
Je suis vôtre, vous m’avez justement conquise,
Il n’est plus besoin que j’en sois requise,
Amour le veut ; vous avez trouvé le chemin
Pour prendre mon cœur
Sans mauvaise ruse, par une très loyale quête.
Je le sais en vérité, je m’en suis bien enquise,
Et puisqu’il me plaît ainsi, en toute guise,
Du bien en résultera pour moi.
Vous m’avez appris,
Doux ami, la disposition
Des tours d’Amour que tous ne connaissent pas,
Mais puisque j’ai un ami selon mon souhait
Du bien en résultera pour moi.
Christine de Pizan
42. la dame
Mon ami avenant et doux
Que j’aime par-dessus tout,
Hélas ! Que ferons-nous ?
Je vois bien qu’on soupçonne
Notre amour, ce qui me pèse.
Nous ne nous verrons plus
Car on veut que je m’en aille ;
Je ne sais ce que nous ferons.
Et le jaloux me tient
D’une laisse si courte que, s’il ne me voit,
Il enrage de colère.
Mais devrait-il en devenir fou,
Je vous verrai ; malgré sa querelle
Je ne renoncerai pas, nous irons nous amuser.
Mais si on voit que je vous fréquente à nouveau
Je ne sais ce que nous ferons.
Enfin même si tous les médisants
— Advienne que pourra –
L’avaient juré, je vous
Verrai souvent. Voyons,
Autant qu’il se peut, quel moyen
Bienséant nous trouverons.
Mais si ces bruits ne s’apaisent pas
Je ne sais ce que nous ferons.
Je n’en tiens aucun compte.
À la fin nous nous entr’aimerons ;
Pour le reste, je m’apaise,
Je ne sais ce que nous ferons.
Que j’aime par-dessus tout,
Hélas ! Que ferons-nous ?
Je vois bien qu’on soupçonne
Notre amour, ce qui me pèse.
Nous ne nous verrons plus
Car on veut que je m’en aille ;
Je ne sais ce que nous ferons.
Et le jaloux me tient
D’une laisse si courte que, s’il ne me voit,
Il enrage de colère.
Mais devrait-il en devenir fou,
Je vous verrai ; malgré sa querelle
Je ne renoncerai pas, nous irons nous amuser.
Mais si on voit que je vous fréquente à nouveau
Je ne sais ce que nous ferons.
Enfin même si tous les médisants
— Advienne que pourra –
L’avaient juré, je vous
Verrai souvent. Voyons,
Autant qu’il se peut, quel moyen
Bienséant nous trouverons.
Mais si ces bruits ne s’apaisent pas
Je ne sais ce que nous ferons.
Je n’en tiens aucun compte.
À la fin nous nous entr’aimerons ;
Pour le reste, je m’apaise,
Je ne sais ce que nous ferons.
Clément Marot
A une Dame...
Tant seulement ton amour je demande,
Te suppliant, que ta beauté commande
Au cueur de moy, comme à ton serviteur,
Quoy que jamais il ne desservit heur,
Qui procedast d’une grace si grande.
Croy que ce cueur de te congnoistre amande,
Et voluntiers se rendroit de ta bande,
S’il te plaisoit lui faire cest honneur
Tant seulement.
Si tu le veulx, metz le soubz ta commande :
Si tu le prens, las je te recommande
Le triste Corps : ne le laisse sans Cueur,
Mais loges y le tien, qui est vainqueur
De l’humble Serf, qui son vouloir te mande
Tant seulement.
Te suppliant, que ta beauté commande
Au cueur de moy, comme à ton serviteur,
Quoy que jamais il ne desservit heur,
Qui procedast d’une grace si grande.
Croy que ce cueur de te congnoistre amande,
Et voluntiers se rendroit de ta bande,
S’il te plaisoit lui faire cest honneur
Tant seulement.
Si tu le veulx, metz le soubz ta commande :
Si tu le prens, las je te recommande
Le triste Corps : ne le laisse sans Cueur,
Mais loges y le tien, qui est vainqueur
De l’humble Serf, qui son vouloir te mande
Tant seulement.
Clément Marot
Chanson
J’ai grand désir
D’avoir plaisir
D’amour mondaine :
Mais c’est grand peine,
Car chaque loyal amoureux
Au temps présent est malheureux
Et le plus fin
Gagne à la fin
La grâce pleine.
D’avoir plaisir
D’amour mondaine :
Mais c’est grand peine,
Car chaque loyal amoureux
Au temps présent est malheureux
Et le plus fin
Gagne à la fin
La grâce pleine.
Clément Marot
Chant de Mai et de Vertu
Volontiers en ce mois ici
La terre mue et renouvelle.
Maints amoureux en font ainsi,
Sujets à faire amour nouvelle
Par légèreté de cervelle,
Ou pour être ailleurs plus contents ;
Ma façon d’aimer n’est pas telle,
Mes amours durent en tout temps.
N’y a si belle dame aussi
De qui la beauté ne chancelle ;
Par temps, maladie ou souci,
Laideur les tire en sa nacelle ;
Mais rien ne peut enlaidir celle
Que servir sans fin je prétends ;
Et pour ce qu’elle est toujours belle
Mes amours durent en tout temps.
Celle dont je dis tout ceci,
C’est Vertu, la nymphe éternelle,
Qui au mont d’honneur éclairci
Tous les vrais amoureux appelle :
« Venez, amants, venez (dit-elle),
Venez à moi, je vous attends ;
Venez (ce dit la jouvencelle).
Mes amours durent en tout temps. »
ENVOI
Prince, fais amie immortelle,
Et à la bien aimer entends ;
Lors pourras dire sans cautelle :
« Mes amours durent en tout temps. »
La terre mue et renouvelle.
Maints amoureux en font ainsi,
Sujets à faire amour nouvelle
Par légèreté de cervelle,
Ou pour être ailleurs plus contents ;
Ma façon d’aimer n’est pas telle,
Mes amours durent en tout temps.
N’y a si belle dame aussi
De qui la beauté ne chancelle ;
Par temps, maladie ou souci,
Laideur les tire en sa nacelle ;
Mais rien ne peut enlaidir celle
Que servir sans fin je prétends ;
Et pour ce qu’elle est toujours belle
Mes amours durent en tout temps.
Celle dont je dis tout ceci,
C’est Vertu, la nymphe éternelle,
Qui au mont d’honneur éclairci
Tous les vrais amoureux appelle :
« Venez, amants, venez (dit-elle),
Venez à moi, je vous attends ;
Venez (ce dit la jouvencelle).
Mes amours durent en tout temps. »
ENVOI
Prince, fais amie immortelle,
Et à la bien aimer entends ;
Lors pourras dire sans cautelle :
« Mes amours durent en tout temps. »
Clément Marot
De celuy qui ne pense qu’en s’amye
Toutes les nuictz je ne pense qu’en celle,
Qui a le corps plus gent qu’une pucelle
De quatorze ans, sur le poinct d’enrager :
Et au dedans un cueur, pour abreger,
Autant joyeux, qu’eut onques Damoyselle.
Elle a beau tainct, un parler de bon zelle,
Et le Tetin rond comme une Groizelle :
N’ay je donc pas bien cause de songer
Toutes les nuictz ?
Touchant son cueur, je l’ay en ma cordelle,
Et son Mary n’a sinon le corps d’elle :
Mais toutesfoys, quand il voudra changer,
Prenne le cueur : et pour le soulager
J’auray pour moy le gent corps de la belle
Toutes les nuictz.
Qui a le corps plus gent qu’une pucelle
De quatorze ans, sur le poinct d’enrager :
Et au dedans un cueur, pour abreger,
Autant joyeux, qu’eut onques Damoyselle.
Elle a beau tainct, un parler de bon zelle,
Et le Tetin rond comme une Groizelle :
N’ay je donc pas bien cause de songer
Toutes les nuictz ?
Touchant son cueur, je l’ay en ma cordelle,
Et son Mary n’a sinon le corps d’elle :
Mais toutesfoys, quand il voudra changer,
Prenne le cueur : et pour le soulager
J’auray pour moy le gent corps de la belle
Toutes les nuictz.
Clément Marot
De sa grande amie
Dedans Paris, Ville jolie,
Un jour passant mélancolie
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie.
D’honnêteté elle est saisie,
Et crois selon ma fantaisie
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.
Je ne vous la nommerai mie
Sinon que c’est ma grande amie,
Car l’alliance se fit telle,
Par un doux baiser, que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie
Dedans Paris.
Un jour passant mélancolie
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie.
D’honnêteté elle est saisie,
Et crois selon ma fantaisie
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.
Je ne vous la nommerai mie
Sinon que c’est ma grande amie,
Car l’alliance se fit telle,
Par un doux baiser, que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie
Dedans Paris.
Jacques Vallée Des Barreaux
Sonnet
Trompeurs miroirs des cœurs, infidèles lumières,
Ah ! beaux yeux, êtes-vous si tristes et si beaux ?
Quoi, c’était donc pour moi de funestes flambeaux
Que ces feux innocents brillant sous vos paupières ?
De Nature et d’Amour, ô miracles nouveaux,
Astres doux et bénins, vos flammes sont meurtrières ;
Vous promettez de l’heur et creusez des tombeaux,
Trompeurs miroirs des cœurs, infidèles lumières.
Oui, vous êtes trompeurs, mais vous êtes si beaux
Que je vous tiens des Dieux, quoique vous soyez faux.
Hélas ! faut-il qu’au lieu de vœux et de prières
Je sois contraint de dire, à la honte des Cieux,
Aux plus beaux et plus clairs des Astres et des Dieux :
Trompeurs miroirs des cœurs, infidèles lumières ?
Ah ! beaux yeux, êtes-vous si tristes et si beaux ?
Quoi, c’était donc pour moi de funestes flambeaux
Que ces feux innocents brillant sous vos paupières ?
De Nature et d’Amour, ô miracles nouveaux,
Astres doux et bénins, vos flammes sont meurtrières ;
Vous promettez de l’heur et creusez des tombeaux,
Trompeurs miroirs des cœurs, infidèles lumières.
Oui, vous êtes trompeurs, mais vous êtes si beaux
Que je vous tiens des Dieux, quoique vous soyez faux.
Hélas ! faut-il qu’au lieu de vœux et de prières
Je sois contraint de dire, à la honte des Cieux,
Aux plus beaux et plus clairs des Astres et des Dieux :
Trompeurs miroirs des cœurs, infidèles lumières ?