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Poèmes de ce thème

Amour romantique

François Maynard

François Maynard

La belle vieille

Cloris, que dans mon cœur j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’Univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers !

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton Visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des Yeux qui m’ont brûlé…

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta Conquête :
Huit Lustres ont suivi le jour que tu me pris ;
Et j’ai fidèlement aimé ta belle Tête
Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu :
Mais, tant que tu brûlas du flambeau d’Hyménée,
Mon Amour se cacha pour plaire à ta Vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore,
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des Confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure,
Je me plains aux Rochers et demande conseil
À ces vieilles Forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du Soleil.

L’Ame pleine d’Amour et de Mélancolie,
Et couché sur des Fleurs, et sous des Orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Échos étrangers.

Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
À su qu’en mon esprit j’adorais ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris…

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit. Ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans Amour…
Honorat de Bueil de Racan

Honorat de Bueil de Racan

Pour un marinier

Dessus la mer de Chypre où souvent il arrive
Que les meilleurs nochers se perdent dès la rive,
J’ai navigué la nuit plus de fois que le jour :
La beauté d’Uranie est mon pôle et mon phare,
Et dans quelque tourmente où ma barque s’égare,
Je n’invoque jamais d’autre dieu que l’Amour.

Souvent à la merci des funestes Pléiades,
Ce pilote sans peur m’a conduit en des rades
Où jamais les vaisseaux ne s’étaient hasardés,
Et, sans faire le vain, ceux qui m’entendront dire
De quel art cet enfant a guidé mon navire,
Ne l’accuseront plus d’avoir les yeux bandés.

Il n’est point de brouillards que ses feux n’éclaircissent ;
Par ses enchantements les vagues s’adoucissent ;
La mer se fait d’azur et le ciel de saphirs,
Et, devant la beauté dont j’adore l’image,
En faveur du printemps, qui luit en son visage,
Les plus fiers aquilons se changent en zéphyrs.

Mais bien que dans ses yeux l’amour prenne ses charmes,
Qu’il y mette ses feux, qu’il y forge ses armes,
Et qu’il ait établi son empire en ce lieu,
Toutefois sa grandeur leur rend obéissance ;
Sur cette âme de glace il n’a point de puissance,
Et seulement contre elle il cesse d’être dieu.

Je sais bien que ma nef y doit faire naufrage,
Ma science m’apprend à prédire l’orage,
Je connais le rocher qu’elle cache en son sein ;
Mais plus j’y vois de morts et moins je m’épouvante ;
Je me trahis moi-même, et l’art dont je me vante,
Pour l’honneur de périr en un si beau dessein.