Poèmes de ce thème
Amour romantique
Estienne Durand
Le feu devers le Ciel…
Le feu devers le Ciel s’élève incessamment,
Les eaux courent au sein de la mer poissonière,
Et sans fin dessus nous la Lune avec son frère
Reversent l’eau qu’ils ont tirée subtilement.
Les arbres qui de terre ont leur accroissement
Par le temps ou par feu retournent en poussière :
Et même ce grand Tout fait d’un rien seulement
Ne sera plus qu’un rien en son heure dernière.
Enfin tout ici-bas retourne d’où il vient,
Et par ce seul retour le monde s’entretient :
C’est donc avec raison, ma cruelle Uranie,
Tes yeux ayant causé mes ardeurs peu à peu,
Que mes vers provenus des ardeurs de mon feu
Retournent à tes yeux, dont ils ont pris la vie.
Les eaux courent au sein de la mer poissonière,
Et sans fin dessus nous la Lune avec son frère
Reversent l’eau qu’ils ont tirée subtilement.
Les arbres qui de terre ont leur accroissement
Par le temps ou par feu retournent en poussière :
Et même ce grand Tout fait d’un rien seulement
Ne sera plus qu’un rien en son heure dernière.
Enfin tout ici-bas retourne d’où il vient,
Et par ce seul retour le monde s’entretient :
C’est donc avec raison, ma cruelle Uranie,
Tes yeux ayant causé mes ardeurs peu à peu,
Que mes vers provenus des ardeurs de mon feu
Retournent à tes yeux, dont ils ont pris la vie.
Estienne Durand
Pourquoi pour mon malheur…
Pourquoi pour mon malheur eus-je l’œil si léger ?
Pourquoi le sens si prompt, et l’esprit si fragile ?
Que de voir, que d’aimer, et que de m’engager
À servir un bel œil d’un labeur inutile ?
Pour avoir vu je meurs, mais d’une mort subtile
Qui renaît d’elle-même, et ne fait que changer ;
Pour aimer je me vois tous les jours outrager,
Et servant je languis en ma prison servile.
L’œil, le sens et l’esprit, trop prompt, trop clair, trop vif,
M’a trompé, m’a séduit, m’a fait être captif
D’un attrait, d’un propos, d’un amoureux cordage.
Pour avoir vu, aimé et servi son bel œil,
L’ardeur, l’amour, les fers me mènent au cercueil :
Dieux ! faites pour le moins que la mort me soulage.
Pourquoi le sens si prompt, et l’esprit si fragile ?
Que de voir, que d’aimer, et que de m’engager
À servir un bel œil d’un labeur inutile ?
Pour avoir vu je meurs, mais d’une mort subtile
Qui renaît d’elle-même, et ne fait que changer ;
Pour aimer je me vois tous les jours outrager,
Et servant je languis en ma prison servile.
L’œil, le sens et l’esprit, trop prompt, trop clair, trop vif,
M’a trompé, m’a séduit, m’a fait être captif
D’un attrait, d’un propos, d’un amoureux cordage.
Pour avoir vu, aimé et servi son bel œil,
L’ardeur, l’amour, les fers me mènent au cercueil :
Dieux ! faites pour le moins que la mort me soulage.
Étienne Jodelle
Je me trouve et me pers, je m’asseure et m’effroye
Je me trouve et me pers, je m’asseure et m’effroye,
En ma mort je revi, je voy sans penser voir,
Car tu as d’éclairer et d’obscurcir pouvoir,
Mais tout orage noir de rouge éclair flamboye.
Mon front qui cache et monstre avec tristesse, joye,
Le silence parlant, l’ignorance au sçavoir,
Tesmoignent mon hautain et mon humble devoir,
Fier en ma honte et plein de frisson chaloureux,
Blasmant, louant, fuyant, cherchant l’art amoureux,
Demi-brut, demi-dieu je suis devant ta face,
Tel est tout cœur, qu’espoir et désespoir guerroye.
Quand d’un œil favorable et rigoureux, je croy,
Au retour tu me vois, moy las! qui ne suis moy :
O clair-voyant aveugle, 6 amour, flamme et glace!
En ma mort je revi, je voy sans penser voir,
Car tu as d’éclairer et d’obscurcir pouvoir,
Mais tout orage noir de rouge éclair flamboye.
Mon front qui cache et monstre avec tristesse, joye,
Le silence parlant, l’ignorance au sçavoir,
Tesmoignent mon hautain et mon humble devoir,
Fier en ma honte et plein de frisson chaloureux,
Blasmant, louant, fuyant, cherchant l’art amoureux,
Demi-brut, demi-dieu je suis devant ta face,
Tel est tout cœur, qu’espoir et désespoir guerroye.
Quand d’un œil favorable et rigoureux, je croy,
Au retour tu me vois, moy las! qui ne suis moy :
O clair-voyant aveugle, 6 amour, flamme et glace!
Eustache Deschamps
Virelai
Dame, je vous remerci
et graci
de cuer, de corps, de pensée,
de l’envoi qui tant m’agrée
que je di
qu’oncques plus beau don ne vi
faire à créature née,
plus plaisant ne plus joli,
ne qui si
m’’ait ma léesse doublée :
car du tout m’a assouvi
et ravi
en l’amoureuse contrée.
Je le porte avecques mi
com celui
qui m’a joie recouvrée,
et si m’a renouvelée
m’amour qui
-m’auroit par rapporz haï
et par fausse renommée.
Dame, je vous remerci.
Long temps a mon cuer gémi
et frémi
en douleur désespérée,
et graci
de cuer, de corps, de pensée,
de l’envoi qui tant m’agrée
que je di
qu’oncques plus beau don ne vi
faire à créature née,
plus plaisant ne plus joli,
ne qui si
m’’ait ma léesse doublée :
car du tout m’a assouvi
et ravi
en l’amoureuse contrée.
Je le porte avecques mi
com celui
qui m’a joie recouvrée,
et si m’a renouvelée
m’amour qui
-m’auroit par rapporz haï
et par fausse renommée.
Dame, je vous remerci.
Long temps a mon cuer gémi
et frémi
en douleur désespérée,
Francis Carco
Il pleut
Il pleut – c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
Francis Carco
Le doux caboulot
Le doux caboulot
Fleuri sous les branches
Est, tous les dimanches,
Plein de populo.
La servante est brune,
Que de gens heureux!
Chacun sa chacune,
L’une et l’un font deux
Amoureux épris
Du culte d’eux-mêmes.
Ah! sûr que l’on s’aime
Et que l’on est gris!
Ça durera bien
Le temps nécessaire
Pour que Jeanne et Pierre
Ne regrettent rien.
Fleuri sous les branches
Est, tous les dimanches,
Plein de populo.
La servante est brune,
Que de gens heureux!
Chacun sa chacune,
L’une et l’un font deux
Amoureux épris
Du culte d’eux-mêmes.
Ah! sûr que l’on s’aime
Et que l’on est gris!
Ça durera bien
Le temps nécessaire
Pour que Jeanne et Pierre
Ne regrettent rien.
Francis Jammes
Laisse les nuages blancs passer au soleil
Laisse les nuages blancs passer au soleil.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel.
Ne pense à presque rien. Douces comme du miel,
auprès des cressons bleus les brebis viendront boire.
La fille chantera dans la métairie noire,
et sur la terre tiède il tombera des poires.
La vieille tremblera sur le rouet tremblant,
le bélier bêlera dans le troupeau bêlant
— et la fille aimera l’amour de son amant.
Les ânes passeront en frissonnant de mouches.
La mère chantera sur l’enfant qu’elle couche,
et je t’embrasserai, la bouche sur la bouche.
Puis le ciel sera bleu, puis le ciel sera gris.
Les oiseaux chanteront et pousseront des cris
et auprès du vieux puits il poussera des buis.
Écoute mon amie : il y a sous la grange
un nid d’hirondelles petites et criardes
et qui ont la douceur de la vie calme et sage.
Les grands chars sont passés. Sur leurs cornes luisantes
les bœufs avaient les longues fougères ombrageantes
des bois glacés d’Été qui ont des sources lentes.
On a coupé les blés qui dormaient au soleil ;
puis la pluie est venue, elle est venue du ciel :
elle a noyé le blé et a mangé le miel.
On a coupé mon cœur qui dormait au soleil.
Une fille est venue, elle est venue du Ciel :
elle a noyé mon cœur et a mangé le miel :
mais la douleur est douce et ton amour est doux.
Tu m’as donné ton cœur, ta tête et tes genoux :
nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel.
Ne pense à presque rien. Douces comme du miel,
auprès des cressons bleus les brebis viendront boire.
La fille chantera dans la métairie noire,
et sur la terre tiède il tombera des poires.
La vieille tremblera sur le rouet tremblant,
le bélier bêlera dans le troupeau bêlant
— et la fille aimera l’amour de son amant.
Les ânes passeront en frissonnant de mouches.
La mère chantera sur l’enfant qu’elle couche,
et je t’embrasserai, la bouche sur la bouche.
Puis le ciel sera bleu, puis le ciel sera gris.
Les oiseaux chanteront et pousseront des cris
et auprès du vieux puits il poussera des buis.
Écoute mon amie : il y a sous la grange
un nid d’hirondelles petites et criardes
et qui ont la douceur de la vie calme et sage.
Les grands chars sont passés. Sur leurs cornes luisantes
les bœufs avaient les longues fougères ombrageantes
des bois glacés d’Été qui ont des sources lentes.
On a coupé les blés qui dormaient au soleil ;
puis la pluie est venue, elle est venue du ciel :
elle a noyé le blé et a mangé le miel.
On a coupé mon cœur qui dormait au soleil.
Une fille est venue, elle est venue du Ciel :
elle a noyé mon cœur et a mangé le miel :
mais la douleur est douce et ton amour est doux.
Tu m’as donné ton cœur, ta tête et tes genoux :
nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous.
Francis Ponge
Présence réelle
Excepté ton regard où je hais ma rencontre
excepté tes mains vides où mon front est resté
excepté ton attente harcelant mon désert
excepté nos nuits nos soleils d’égal ennui
excepté ta gorge excepté ton rire
excepté toi excepté moi
je t’ai trouvée j’ai confiance je te prends.
excepté tes mains vides où mon front est resté
excepté ton attente harcelant mon désert
excepté nos nuits nos soleils d’égal ennui
excepté ta gorge excepté ton rire
excepté toi excepté moi
je t’ai trouvée j’ai confiance je te prends.
François De Malherbe
Chanson (1614)
Sus debout la merveille des belles,
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un esmail dont la vive peinture
Deffend à l’art d’imiter la nature.
L’air est plein d’une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes,
Et le Soleil semble sortir de l’onde
Pour quelque amour plus que pour luire au monde.
On diroit, à luy voir sur la teste
Ses rayons comme un chapeau de feste,
Qu’il s’en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
. . . . . .
Il fait chaud, mais un fueillage sombre
Loin du bruit nous fournira quelque ombre,
Où nous ferons, parmy les violettes,
Mespris de l’ambre et de ses cassolettes.
Près de nous, sur les branches voisines
Des genets, des houx et des espines,
Le rossignol, desployant ses merveilles,
Jusqu’aux rochers donnera des oreilles.
Et peut-être, à travers des fougeres,
Verrons-nous de bergers à bergeres,
Sein contre sein et bouche contre bouche,
Naistre et finir quelque douce escarmouche.
. . . . . .
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un esmail dont la vive peinture
Deffend à l’art d’imiter la nature.
L’air est plein d’une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes,
Et le Soleil semble sortir de l’onde
Pour quelque amour plus que pour luire au monde.
On diroit, à luy voir sur la teste
Ses rayons comme un chapeau de feste,
Qu’il s’en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
. . . . . .
Il fait chaud, mais un fueillage sombre
Loin du bruit nous fournira quelque ombre,
Où nous ferons, parmy les violettes,
Mespris de l’ambre et de ses cassolettes.
Près de nous, sur les branches voisines
Des genets, des houx et des espines,
Le rossignol, desployant ses merveilles,
Jusqu’aux rochers donnera des oreilles.
Et peut-être, à travers des fougeres,
Verrons-nous de bergers à bergeres,
Sein contre sein et bouche contre bouche,
Naistre et finir quelque douce escarmouche.
. . . . . .
François De Malherbe
Sonnet
Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle :
C’est un œuvre où Nature a fait tous ses efforts :
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.
La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors :
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards :
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas?
C’est un œuvre où Nature a fait tous ses efforts :
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.
La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors :
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards :
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas?
François Maynard
La belle vieille
Cloris, que dans mon cœur j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’Univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers !
N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton Visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des Yeux qui m’ont brûlé…
Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta Conquête :
Huit Lustres ont suivi le jour que tu me pris ;
Et j’ai fidèlement aimé ta belle Tête
Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.
C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu :
Mais, tant que tu brûlas du flambeau d’Hyménée,
Mon Amour se cacha pour plaire à ta Vertu.
Je sais de quel respect il faut que je t’honore,
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des Confidents qui n’ont jamais parlé.
Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure,
Je me plains aux Rochers et demande conseil
À ces vieilles Forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du Soleil.
L’Ame pleine d’Amour et de Mélancolie,
Et couché sur des Fleurs, et sous des Orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Échos étrangers.
Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
À su qu’en mon esprit j’adorais ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris…
Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit. Ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans Amour…
Et que ma passion montre à tout l’Univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers !
N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton Visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des Yeux qui m’ont brûlé…
Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta Conquête :
Huit Lustres ont suivi le jour que tu me pris ;
Et j’ai fidèlement aimé ta belle Tête
Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.
C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu :
Mais, tant que tu brûlas du flambeau d’Hyménée,
Mon Amour se cacha pour plaire à ta Vertu.
Je sais de quel respect il faut que je t’honore,
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des Confidents qui n’ont jamais parlé.
Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure,
Je me plains aux Rochers et demande conseil
À ces vieilles Forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du Soleil.
L’Ame pleine d’Amour et de Mélancolie,
Et couché sur des Fleurs, et sous des Orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Échos étrangers.
Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
À su qu’en mon esprit j’adorais ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris…
Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit. Ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans Amour…
François Villon
Filles sont très belles et gentes
Filles sont très belles et gentes,
Demourantes à Sainct-Genou,
Près Sainct-Julian des Voventes,
Marches de Bretaigne ou Poictou,
Mais je ne dy proprement où,
Or y pensez trestous les jours,
Car je ne suis mie si fou…
Je pense celer mes amours.
Demourantes à Sainct-Genou,
Près Sainct-Julian des Voventes,
Marches de Bretaigne ou Poictou,
Mais je ne dy proprement où,
Or y pensez trestous les jours,
Car je ne suis mie si fou…
Je pense celer mes amours.
François Villon
Item, à la grosse Margot
Item, à la grosse Margot,
Très doulce face et portraicture,
Foy que doy Brelare Bigod,
Assez devote creature.
Je l’ayme de propre nature,
Et elle moy, la doulce sade.
Qui la trouvera d’adventure,
Qu’on luy lise ceste Ballade.
Très doulce face et portraicture,
Foy que doy Brelare Bigod,
Assez devote creature.
Je l’ayme de propre nature,
Et elle moy, la doulce sade.
Qui la trouvera d’adventure,
Qu’on luy lise ceste Ballade.
Garsende de Sabran
Vous qui me paraissez…
Vous qui me paraissez (du nombre) des sincères amants,
Ah ! Je voudrais que vous ne fussiez si timide.
Je me réjouis que l’amour vous captive,
Car moi-même je souffre pareillement à cause de vous.
Vous recevez dommage de votre timidité,
Quand vous n’osez vous enhardir jusqu’à la prière ;
Et vous faites grand mal et à vous et à moi ;
(D’autant) que jamais une femme n’ose découvrir
Tout ce qu’elle désire, par crainte de faillir.
Ah ! Je voudrais que vous ne fussiez si timide.
Je me réjouis que l’amour vous captive,
Car moi-même je souffre pareillement à cause de vous.
Vous recevez dommage de votre timidité,
Quand vous n’osez vous enhardir jusqu’à la prière ;
Et vous faites grand mal et à vous et à moi ;
(D’autant) que jamais une femme n’ose découvrir
Tout ce qu’elle désire, par crainte de faillir.
Gilles d'Aurigny
L’Ongle
… Ô ongle, puis qu’il m’en souvient,
Qu’est-ce de toy? quand il advient
Que l’amant tient samie à l’aise,
Il baise la belle, il te baise,
En te baisant, s’elle l’endure,
il void en toy sa pourtraicture :
S’il se void, il se mire aussi,
Puis se pasme et devient transsy.
OÔ ongle plain de grand’vertu,
Ongle qui n’es jamais vestu
Sinon d’un gand souple et mignon.
Qu’est-ce de toy? quand il advient
Que l’amant tient samie à l’aise,
Il baise la belle, il te baise,
En te baisant, s’elle l’endure,
il void en toy sa pourtraicture :
S’il se void, il se mire aussi,
Puis se pasme et devient transsy.
OÔ ongle plain de grand’vertu,
Ongle qui n’es jamais vestu
Sinon d’un gand souple et mignon.
Guillaume Apollinaire
Fête
Feu d’artifice en acier
Qu’il est charmant cet éclairage
Artifice d’artificier
Mêler quelque grâce au courage
À André Rouveyre
Deux fusants
Rose éclatement
Comme deux seins que l’on dégrafe
Tendent leurs bouts insolemment
IL SUT AIMER
quelle épitaphe
Un poète dans la forêt
Regarde avec indifférence
Son revolver au cran d’arrêt
Des roses mourir d’espérance
Il songe aux roses de Saadi
Et soudain sa tête se penche
Car une rose lui redit
La molle courbe d’une hanche
L’air est plein d’un terrible alcool
Filtré des étoiles mi-closes
Les obus caressent le mol
Parfum nocturne où tu reposes
Mortification des roses
Qu’il est charmant cet éclairage
Artifice d’artificier
Mêler quelque grâce au courage
À André Rouveyre
Deux fusants
Rose éclatement
Comme deux seins que l’on dégrafe
Tendent leurs bouts insolemment
IL SUT AIMER
quelle épitaphe
Un poète dans la forêt
Regarde avec indifférence
Son revolver au cran d’arrêt
Des roses mourir d’espérance
Il songe aux roses de Saadi
Et soudain sa tête se penche
Car une rose lui redit
La molle courbe d’une hanche
L’air est plein d’un terrible alcool
Filtré des étoiles mi-closes
Les obus caressent le mol
Parfum nocturne où tu reposes
Mortification des roses
Guillaume Apollinaire
Il y a
Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image
Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a un ptit Lou exquis dans ce grand Paris
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t’appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t’adore
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s’amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image
Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a un ptit Lou exquis dans ce grand Paris
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t’appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t’adore
Guillaume Apollinaire
Les cloches
Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n’être vus de personne
Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde
Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine
Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J’en mourrai peut-être
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n’être vus de personne
Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde
Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine
Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J’en mourrai peut-être
Guillaume Apollinaire
Si je mourais là-bas
Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Las soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t-en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
O mon unique amour et ma grande folie
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Las soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t-en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
O mon unique amour et ma grande folie
Guillaume de Machaut
Ballade
Dame, de qui toute ma joie vient,
Je ne vous puis trop amer ne chérir,
N’assez loër, si com il apartient,
Servir, douter, honnourer n’obéir ;
Car le gracieus espoir,
Douce Dame, que j’ay de vous veoir
Me fait cent fois plus de bien et de joie
Qu’en cent mille ans desservir ne porroie.
Cil dous espoirs en vie me soustient
Et me norrist en amoureus désir,
Et dedens moy met tout ce qui convient
Pour conforter mon cuer et resjoïr ;
N’il ne s’en part main ne soir,
Ainçois me fait doucement recevoir
Plus des dous biens qu’Amours aux siens ottroie,
Qu’en cent mille ans desservir ne porroie.
Et quant Espoir qui en mon cuer se tient
Fait dedens moy si grant joie venir,
Lointains de vous, ma Dame, s’il avient
Que vo biauté voie que moult désir,
Ma joie, si com j’espoir,
Ymaginer, penser ne concevoir
Ne porroit nuls, car trop plus en aroie
Qu’en cent mille ans desservir ne porroie.
Je ne vous puis trop amer ne chérir,
N’assez loër, si com il apartient,
Servir, douter, honnourer n’obéir ;
Car le gracieus espoir,
Douce Dame, que j’ay de vous veoir
Me fait cent fois plus de bien et de joie
Qu’en cent mille ans desservir ne porroie.
Cil dous espoirs en vie me soustient
Et me norrist en amoureus désir,
Et dedens moy met tout ce qui convient
Pour conforter mon cuer et resjoïr ;
N’il ne s’en part main ne soir,
Ainçois me fait doucement recevoir
Plus des dous biens qu’Amours aux siens ottroie,
Qu’en cent mille ans desservir ne porroie.
Et quant Espoir qui en mon cuer se tient
Fait dedens moy si grant joie venir,
Lointains de vous, ma Dame, s’il avient
Que vo biauté voie que moult désir,
Ma joie, si com j’espoir,
Ymaginer, penser ne concevoir
Ne porroit nuls, car trop plus en aroie
Qu’en cent mille ans desservir ne porroie.
Henri de Régnier
Julie aux yeux d’enfant
Lorsque Julie est nue et s’apprête au plaisir,
Ayant jeté la rose où s’amusait sa bouche,
On ne voit dans ses yeux ni honte ni désir;
L’attente ne la rend ni tendre ni farouche.
Sur son lit où le drap mêle sa fraîche odeur
Au parfum doux et chaud de sa chair savoureuse,
En silence, elle étend sa patiente ardeur
Et son oisive main couvre sa toison creuse.
Elle prépare ainsi sans curiosité
Pour l’instant du baiser sa gorge et son visage,
Car, fleur trop tôt cueillie et fruit trop tôt goûté,
Julie aux yeux d’enfant est jeune et n’est plus sage!
Sa chambre aux murs savants lui montre en ses miroirs
Elle-même partout répétée autour d’elle
Ainsi qu’en d’autres lits, elle s’est, d’autres soirs,
Offerte, indifférente, en sa grâce infidèle.
Mais lorsqu’entre ses bras on la serre et l’étreint,
La caresse importune en son esprit n’éveille
Que l’écho monotone, ennuyeux et lointain
De quelque autre caresse, à celle-là pareille;
C’est pourquoi, sans tendresse, hélas! et sans désir,
Sur ce lit insipide où sa beauté la couche
Elle songe à la mort et s’apprête au plaisir,
Lasse d’être ce corps, ces membres, cette bouche…
Et pourquoi, ô Julie, ayant goûté ta chair,
De ta jeunesse vaine et stérile on emporte
Un morne souvenir de ton baiser amer,
Julie aux yeux d’enfant, qui voudrais être morte.
Ayant jeté la rose où s’amusait sa bouche,
On ne voit dans ses yeux ni honte ni désir;
L’attente ne la rend ni tendre ni farouche.
Sur son lit où le drap mêle sa fraîche odeur
Au parfum doux et chaud de sa chair savoureuse,
En silence, elle étend sa patiente ardeur
Et son oisive main couvre sa toison creuse.
Elle prépare ainsi sans curiosité
Pour l’instant du baiser sa gorge et son visage,
Car, fleur trop tôt cueillie et fruit trop tôt goûté,
Julie aux yeux d’enfant est jeune et n’est plus sage!
Sa chambre aux murs savants lui montre en ses miroirs
Elle-même partout répétée autour d’elle
Ainsi qu’en d’autres lits, elle s’est, d’autres soirs,
Offerte, indifférente, en sa grâce infidèle.
Mais lorsqu’entre ses bras on la serre et l’étreint,
La caresse importune en son esprit n’éveille
Que l’écho monotone, ennuyeux et lointain
De quelque autre caresse, à celle-là pareille;
C’est pourquoi, sans tendresse, hélas! et sans désir,
Sur ce lit insipide où sa beauté la couche
Elle songe à la mort et s’apprête au plaisir,
Lasse d’être ce corps, ces membres, cette bouche…
Et pourquoi, ô Julie, ayant goûté ta chair,
De ta jeunesse vaine et stérile on emporte
Un morne souvenir de ton baiser amer,
Julie aux yeux d’enfant, qui voudrais être morte.
Henri de Régnier
Si j’ai parlé
Si j’ai parlé
De mon amour, c’est à l’eau lente
Qui m’écoute quand je me penche
Sur elle ; si j’ai parlé
De mon amour, c’est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches ;
Si j’ai parlé de mon amour, c’est à l’oiseau
Qui passe et chante
Avec le vent ;
Si j’ai parlé
C’est à l’écho.
Si j’ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux,
Ce sont tes yeux ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches
Et c’est ton ombre que je cherche.
De mon amour, c’est à l’eau lente
Qui m’écoute quand je me penche
Sur elle ; si j’ai parlé
De mon amour, c’est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches ;
Si j’ai parlé de mon amour, c’est à l’oiseau
Qui passe et chante
Avec le vent ;
Si j’ai parlé
C’est à l’écho.
Si j’ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux,
Ce sont tes yeux ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche ;
Si j’ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches
Et c’est ton ombre que je cherche.
Henri Michaux
Ils pratiquent aussi le baiser à mort...
Ils pratiquent aussi le baiser à mort.
Le prix du spectacle est évalué en frissons. Un frisson simple,
trois fouques (le prix d’une journée a l’auberge étant de six a
Le prix du spectacle est évalué en frissons. Un frisson simple,
trois fouques (le prix d’une journée a l’auberge étant de six a
Honorat de Bueil de Racan
Pour un marinier
Dessus la mer de Chypre où souvent il arrive
Que les meilleurs nochers se perdent dès la rive,
J’ai navigué la nuit plus de fois que le jour :
La beauté d’Uranie est mon pôle et mon phare,
Et dans quelque tourmente où ma barque s’égare,
Je n’invoque jamais d’autre dieu que l’Amour.
Souvent à la merci des funestes Pléiades,
Ce pilote sans peur m’a conduit en des rades
Où jamais les vaisseaux ne s’étaient hasardés,
Et, sans faire le vain, ceux qui m’entendront dire
De quel art cet enfant a guidé mon navire,
Ne l’accuseront plus d’avoir les yeux bandés.
Il n’est point de brouillards que ses feux n’éclaircissent ;
Par ses enchantements les vagues s’adoucissent ;
La mer se fait d’azur et le ciel de saphirs,
Et, devant la beauté dont j’adore l’image,
En faveur du printemps, qui luit en son visage,
Les plus fiers aquilons se changent en zéphyrs.
Mais bien que dans ses yeux l’amour prenne ses charmes,
Qu’il y mette ses feux, qu’il y forge ses armes,
Et qu’il ait établi son empire en ce lieu,
Toutefois sa grandeur leur rend obéissance ;
Sur cette âme de glace il n’a point de puissance,
Et seulement contre elle il cesse d’être dieu.
Je sais bien que ma nef y doit faire naufrage,
Ma science m’apprend à prédire l’orage,
Je connais le rocher qu’elle cache en son sein ;
Mais plus j’y vois de morts et moins je m’épouvante ;
Je me trahis moi-même, et l’art dont je me vante,
Pour l’honneur de périr en un si beau dessein.
Que les meilleurs nochers se perdent dès la rive,
J’ai navigué la nuit plus de fois que le jour :
La beauté d’Uranie est mon pôle et mon phare,
Et dans quelque tourmente où ma barque s’égare,
Je n’invoque jamais d’autre dieu que l’Amour.
Souvent à la merci des funestes Pléiades,
Ce pilote sans peur m’a conduit en des rades
Où jamais les vaisseaux ne s’étaient hasardés,
Et, sans faire le vain, ceux qui m’entendront dire
De quel art cet enfant a guidé mon navire,
Ne l’accuseront plus d’avoir les yeux bandés.
Il n’est point de brouillards que ses feux n’éclaircissent ;
Par ses enchantements les vagues s’adoucissent ;
La mer se fait d’azur et le ciel de saphirs,
Et, devant la beauté dont j’adore l’image,
En faveur du printemps, qui luit en son visage,
Les plus fiers aquilons se changent en zéphyrs.
Mais bien que dans ses yeux l’amour prenne ses charmes,
Qu’il y mette ses feux, qu’il y forge ses armes,
Et qu’il ait établi son empire en ce lieu,
Toutefois sa grandeur leur rend obéissance ;
Sur cette âme de glace il n’a point de puissance,
Et seulement contre elle il cesse d’être dieu.
Je sais bien que ma nef y doit faire naufrage,
Ma science m’apprend à prédire l’orage,
Je connais le rocher qu’elle cache en son sein ;
Mais plus j’y vois de morts et moins je m’épouvante ;
Je me trahis moi-même, et l’art dont je me vante,
Pour l’honneur de périr en un si beau dessein.