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Poèmes de ce thème

Nostalgie

Francis Carco

Francis Carco

Tristesses

J’ai toujours été triste ainsi, depuis des temps,
De choses qu’on ne sait au juste et que, pourtant,
On sent traîner en soi de l’aube au crépuscule.
Mon enfance en eut un air grave et désolé
Dans la douceur provinciale où je l’évoque…
Ce furent des ennuis aux cloches des dimanches
Hebdomadairement et, dans le soir tombant,
Tout cela remuait en moi confusément ;
C’était comme la pluie de ces matinées vertes
Qu’on entend de la chambre aux persiennes fermées…
C’était, parfois, comme un clair de lune immobile !.
… Mon enfance, tu sus le calme des demeures
Et tu restas, le front aux vitres, bien souvent,
A rêvasser pendant des heures et des heures
Avec tes yeux battus de trop d’énervement.
— Aussi, d’autres tristesses sont en moi.
Tant que tu leur souris, elles restent tranquilles,
Mais elles pleureront lorsque tu t’en iras.
Tu sais qu’elles sont là, au coin bleu de mon cœur,
Avec l’air adouci qu’ont les petites filles
Quand leurs cheveux aux soirs de juillet sont défaits.
Il y a la fraîcheur qu’ont les fleurs arrosées
Sur mon cœur où sont mes tristesses reposées.
Cela fait que je suis comme un jardin paisible
Aux six heures sonores de bruits éclos en elles,
Bruits des ruisseaux qu’on a lâchés sur la pelouse.
Mais tes mains ont signé quelque chose, on dirait,
Quelque chose de lent, de tendre, de secret,
Comme un de ces vieux airs, lorsque, lampe baissée,
S’endorment les enfants qui pleuraient de leur peine…
Mais tes mains ont signé quelque chose de bleu.
Tes lèvres m’ont souri quelque chose d’étrange…
François Villon

François Villon

Les regrets de la belle Heaumière

Advis m’est que j’oy regretter
La belle qui fut hëaulmière,
Soi jeune fille souhaiter
Et parler en telle manière :
« Ha ! vieillesse félonne et fière,
Pourquoi m’as si tôt abattue ?
Qui me tient, qui, que me fière
Et qu’à ce coup je ne me tue ?

« Tollu m’as la haute franchise
Que beauté m’avait ordonné
Sur clercs, marchands et gens d’Église
Car lors il n’était homme né
Qui tout le sien ne m’eût donné,
Quoi qu’il en fût des repentailles,
Mais que lui eusse abandonné
Ce que refusent truandailles.

« À maint homme l’ai refusé,
Qui n’était à moi grand sagesse,
Pour l’amour d’un garçon rusé,
Auquel j’en fis grande largesse.
À qui que je fisse finesse,
Par mon âme, je l’aimais bien.
Or ne me faisait que rudesse,
Et ne m’aimait que pour le mien…

« Or est-il mort, passé trente ans,
Et je remains, vieille, chenue.
Quand je pense, hélas ! au bon temps,
Quelle fus, quelle devenue ;
Quand me regarde toute nue,
Et je me vois si très changée,
Pauvre, sèche, maigre, menue,
Je suis presque toute enragée.

« Qu’est devenu ce front poli,
Ces cheveux blonds, sourcils voultis,
Grand entrœil, le regard joli,
Dont je prenais les plus soutis ;
Ce beau nez droit, grand ni petis,
Ces petites jointes oreilles,
Menton fourchu, clair vis traictis,
Et ces belles lèvres vermeilles ?…

« Ainsi le bon temps regrettons
Entre nous, pauvres vieilles sottes,
Assises bas, à croupetons,
Tout en un tas comme pelotes,
À petit feu de chenevotes
Tôt allumées, tôt éteintes ;
Et jadis fûmes si mignottes !
Ainsi en prend à maints et maintes. »