Poèmes de ce thème
Relations et famille
Jean-Antoine de Baïf
Ô doux plaisir plein de doux pensement
Ô doux plaisir plein de doux pensement,
Quand la douceur de la douce meslee,
Etreint et joint, l’âme en l’âme meslee,
Le corps au corps accouplé doucement.
Ô douce vie! 6 doux trepassement !
Mon âme alors de grand’ joye troublée,
De moy dans toy cherche d’aller emblée,
Puis haut, puis bas, quiert son ravissement.
Quand nous ardants, Meline, d’amour forte,
Moy d’estre en toy, toy d’en toy tout me prendre,
Par cela mien, qui dans toy entre plus,
Tu la reçois, me laissant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre,
Me ranîmant tous mes membres perclus.
Quand la douceur de la douce meslee,
Etreint et joint, l’âme en l’âme meslee,
Le corps au corps accouplé doucement.
Ô douce vie! 6 doux trepassement !
Mon âme alors de grand’ joye troublée,
De moy dans toy cherche d’aller emblée,
Puis haut, puis bas, quiert son ravissement.
Quand nous ardants, Meline, d’amour forte,
Moy d’estre en toy, toy d’en toy tout me prendre,
Par cela mien, qui dans toy entre plus,
Tu la reçois, me laissant masse morte :
Puis vient ta bouche en ma bouche la rendre,
Me ranîmant tous mes membres perclus.
Jean-Antoine de Baïf
Sonnet
A fin que pour jamais une marque demeure,
A l’age qui viendra, comme vostre je suis,
Je vous fay vœu du peu, mais du tout que je puis,
De peur que la memoire avec nous ne s’en meure.
Je vous donne de moy la part qui est meilleure :
C’est l’esprit et la voix, qui, menez et conduis
Sous le flambeau d’Amour, des eternelles nuits
Sauveront vostre nom paravant que je meure.
Et, si assez à temps je n’ay pas commencé
De m’employer pour vous, puis que la destinée,
Qui vous cachoit à moy, m’en a desavancé :
Je feray, comme fait le devôt Pelerin,
Qui s’estant levé tard, pour faire sa journée,
Regagne à se haster le temps et le chemin.
A l’age qui viendra, comme vostre je suis,
Je vous fay vœu du peu, mais du tout que je puis,
De peur que la memoire avec nous ne s’en meure.
Je vous donne de moy la part qui est meilleure :
C’est l’esprit et la voix, qui, menez et conduis
Sous le flambeau d’Amour, des eternelles nuits
Sauveront vostre nom paravant que je meure.
Et, si assez à temps je n’ay pas commencé
De m’employer pour vous, puis que la destinée,
Qui vous cachoit à moy, m’en a desavancé :
Je feray, comme fait le devôt Pelerin,
Qui s’estant levé tard, pour faire sa journée,
Regagne à se haster le temps et le chemin.
Jean-Pierre Claris de Florian
Plaisir d’amour
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ;
Chagrin d’amour dure toute la vie.
J’ai tout quitté pour l’ingrate Silvie :
Elle me quitte, et prend un autre amant.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ;
Chagrin d’amour dure toute la vie.
« Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t’aimerai », me répétait Silvie :
L’eau coule encore ; elle a changé pourtant.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ;
Chagrin d’amour dure toute la vie.
Chagrin d’amour dure toute la vie.
J’ai tout quitté pour l’ingrate Silvie :
Elle me quitte, et prend un autre amant.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ;
Chagrin d’amour dure toute la vie.
« Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t’aimerai », me répétait Silvie :
L’eau coule encore ; elle a changé pourtant.
Plaisir d’amour ne dure qu’un moment ;
Chagrin d’amour dure toute la vie.
Joachim Du Bellay
Autre baiser
Quand ton col de couleur de rose
Se donne à mon embrassement,
Et ton œil languist doulcement
D’une paupiere à demy close,
Mon ame se fond du desir
Dont elle est ardentement pleine,
Et ne peult souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.
Puis quand j’approche de la tienne
Ma levre, et que si près je suis,
Que la fleur recuillir je puis
De ton haleine Ambrosienne :
Quand le souspir de ces odeurs,
Ou noz deux langues qui se jouënt
Moitement folastrent et nouënt.
Evente nos doulces ardeurs,
Il me semble estre assis à table
Avec les Dieux, tant suis heureux.
Et boire à longs traicts savoureux
Leur doulx breuvage delectable.
Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre on me laisse,
Pourquoy ne permets-tu, maistresse,
Qu’encores le plus grand soit mien ?
As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me face Dieu,
Et que sans toy je vole au lieu
D’eternelle resjouissance ?
Belle, n’aye peur de cela,
Par tout où sera ta demeure,
Mon ciel jusqu’à tant que je meure.
Et mon paradis sera là.
Se donne à mon embrassement,
Et ton œil languist doulcement
D’une paupiere à demy close,
Mon ame se fond du desir
Dont elle est ardentement pleine,
Et ne peult souffrir à grand’peine
La force d’un si grand plaisir.
Puis quand j’approche de la tienne
Ma levre, et que si près je suis,
Que la fleur recuillir je puis
De ton haleine Ambrosienne :
Quand le souspir de ces odeurs,
Ou noz deux langues qui se jouënt
Moitement folastrent et nouënt.
Evente nos doulces ardeurs,
Il me semble estre assis à table
Avec les Dieux, tant suis heureux.
Et boire à longs traicts savoureux
Leur doulx breuvage delectable.
Si le bien qui au plus grand bien
Est plus prochain, prendre on me laisse,
Pourquoy ne permets-tu, maistresse,
Qu’encores le plus grand soit mien ?
As-tu peur que la jouissance
D’un si grand heur me face Dieu,
Et que sans toy je vole au lieu
D’eternelle resjouissance ?
Belle, n’aye peur de cela,
Par tout où sera ta demeure,
Mon ciel jusqu’à tant que je meure.
Et mon paradis sera là.
Joachim Du Bellay
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,
Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lire que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,
Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lire que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.
Joachim Du Bellay
J’ay veu, Amour, (et tes beaulx traictz dorez
J’ay veu, Amour, (et tes beaulx traictz dorez
M’en soient tesmoings), suyvant ma souvereine,
Naistre les fleurs de l’infertile arene
Apres ses pas dignes d’estre adorez :
Phebus honteux ses cheveulx honorez
Cacher, alors que les vents par la plaine
Eparpilloient de leur souëfve halaine
Ceulx là qui sont de fin or colorez :
Puis s’en voler de chascun œil d’icelle
Jusques au ciel une vive etincelle,
Dont furent faictz deux astres clers et beaux,
Favorisans d’influences heureuses
(O feux divins ! o bienheureux flambeaulx !)
Tous cœurs bruslans aux flammes amoureuses.
M’en soient tesmoings), suyvant ma souvereine,
Naistre les fleurs de l’infertile arene
Apres ses pas dignes d’estre adorez :
Phebus honteux ses cheveulx honorez
Cacher, alors que les vents par la plaine
Eparpilloient de leur souëfve halaine
Ceulx là qui sont de fin or colorez :
Puis s’en voler de chascun œil d’icelle
Jusques au ciel une vive etincelle,
Dont furent faictz deux astres clers et beaux,
Favorisans d’influences heureuses
(O feux divins ! o bienheureux flambeaulx !)
Tous cœurs bruslans aux flammes amoureuses.
Joachim Du Bellay
Je n’escris point d’amour, n’estant point amoureux
Je n’escris point d’amour, n’estant point amoureux,
Je n’escris de beauté, n’ayant belle maistresse,
Je n’escris de douceur, n’esprouvant que rudesse,
Je n’escris de plaisir, me trouvant douloureux :
Je n’escris de bonheur, me trouvant malheureux,
Je n’escris de faveur, ne voyant ma Princesse,
Je n’escris de thresors, n’ayant point de richesse,
Je n’escris de santé, me sentant langoureux :
Je n’escris de la Court, estant loing de mon Prince,
Je n’escris de la France, en estrange province,
Je n’escris de l’honneur, n’en voyant point icy :
Je n’escris d’amitié, ne trouvant que feintise,
Je n’escris de vertu, n’en trouvant point aussi,
Je n’escris de sçavoir, entre les gens d’église.
Je n’escris de beauté, n’ayant belle maistresse,
Je n’escris de douceur, n’esprouvant que rudesse,
Je n’escris de plaisir, me trouvant douloureux :
Je n’escris de bonheur, me trouvant malheureux,
Je n’escris de faveur, ne voyant ma Princesse,
Je n’escris de thresors, n’ayant point de richesse,
Je n’escris de santé, me sentant langoureux :
Je n’escris de la Court, estant loing de mon Prince,
Je n’escris de la France, en estrange province,
Je n’escris de l’honneur, n’en voyant point icy :
Je n’escris d’amitié, ne trouvant que feintise,
Je n’escris de vertu, n’en trouvant point aussi,
Je n’escris de sçavoir, entre les gens d’église.
Joachim Du Bellay
Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre
Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre,
Plus doulx que miel, couloit aux yeulx lassez,
Lors que d’amour les plaisirs amassez
Entrent en moy par la porte d’ivoyre.
J’avoy’ lié ce col de marbre, voyre
Ce sein d’albastre, en mes bras enlassez,
Non moins qu’on void les ormes embrassez
Du sep lascif, au fecond bord de Loyre.
Amour avoit en mes lasses mouëlles
Dardé le traict de ses flammes cruelles,
Et l’ame erroit par ces levres de roses,
Preste d’aller au fleuve oblivieux,
Quand le reveil, de mon ayse envieux,
Du doulx sommeil a les portes decloses.
Plus doulx que miel, couloit aux yeulx lassez,
Lors que d’amour les plaisirs amassez
Entrent en moy par la porte d’ivoyre.
J’avoy’ lié ce col de marbre, voyre
Ce sein d’albastre, en mes bras enlassez,
Non moins qu’on void les ormes embrassez
Du sep lascif, au fecond bord de Loyre.
Amour avoit en mes lasses mouëlles
Dardé le traict de ses flammes cruelles,
Et l’ame erroit par ces levres de roses,
Preste d’aller au fleuve oblivieux,
Quand le reveil, de mon ayse envieux,
Du doulx sommeil a les portes decloses.
Joachim Du Bellay
Seul et pensif par la deserte plaine
Seul et pensif par la deserte plaine
Resvant au bien qui me faict doloreux,
Les longs baisers des collombs amoureux
Par leur plaisir firent croître ma peine.
Heureux oiseaux, que vostre vie est pleine
De grand’ doulceur ! ô baisers savoureux !
O moy deux fois et trois fois malheureux,
Qui n’ay plaisir que d’esperance vaine !
Voyant encor’ sur les bords de mon fleuve
Du sep lascif les longs embrassements,
De mes vieulx maulx je fy’ nouvelle épreuve.
Suis-je donq’ veuf de mes sacrez rameaux ?
O vigne heureuse ! heureux enlacements !
O bord heureux ! o bien heureux ormeaux !
Resvant au bien qui me faict doloreux,
Les longs baisers des collombs amoureux
Par leur plaisir firent croître ma peine.
Heureux oiseaux, que vostre vie est pleine
De grand’ doulceur ! ô baisers savoureux !
O moy deux fois et trois fois malheureux,
Qui n’ay plaisir que d’esperance vaine !
Voyant encor’ sur les bords de mon fleuve
Du sep lascif les longs embrassements,
De mes vieulx maulx je fy’ nouvelle épreuve.
Suis-je donq’ veuf de mes sacrez rameaux ?
O vigne heureuse ! heureux enlacements !
O bord heureux ! o bien heureux ormeaux !
José María de Heredia
Antoine et Cléopâtre
Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,
L’Égypte s’endormir sous un ciel étouffant
Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu’il fend,
Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.
Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,
Soldat captif berçant le sommeil d’un enfant,
Ployer et défaillir sur son cœur triomphant
Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns
Vers celui qu’enivraient d’invincibles parfums,
Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ;
Et sur elle courbé, l’ardent Imperator
Vit dans ses larges yeux étoilés de points d’or
Toute une mer immense où fuyaient des galères.
L’Égypte s’endormir sous un ciel étouffant
Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu’il fend,
Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.
Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,
Soldat captif berçant le sommeil d’un enfant,
Ployer et défaillir sur son cœur triomphant
Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns
Vers celui qu’enivraient d’invincibles parfums,
Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ;
Et sur elle courbé, l’ardent Imperator
Vit dans ses larges yeux étoilés de points d’or
Toute une mer immense où fuyaient des galères.
Jules Laforgue
Complainte du Roi de Thulé
Il était un roi de Thulé,
Immaculé,
Qui, loin des jupes et des choses,
Pleurait sur la métempsychose
Des lys en roses,
Et quel palais!
Ses fleurs dormant, il s’en allait,
Traînant des clés,
Broder aux seuls yeux des étoiles,
Sur une tour, un certain Voile
De vive toile,
Aux nuits de lait!
Quand le voile fut bien ourlé
Loin de Thulé,
Il rama fort sur les mers grises,
Vers le soleil qui s’agonise,
Féerique Eglise!
Il ululait:
“Soleil-crevant, encore un jour,
Vous avez tendu votre phare
Aux holocaustes vivipares,
Du culte qu’ils nomment l’Amour.
“Et comme, devant la nuit fauve,
Vous vous sentez défaillir,
D’un dernier flot d’un sang martyr
Vous lavez le seuil de l’Alcôve!
“Soleil! Soleil! moi je descends
Vers vos navrants palais polaires,
Dorloter dans ce Saint-Suaire
Votre coeur bien en sang,
En le berçant!”
Il dit, et, le Voile étendu,
Tout éperdu,
Vers les coraux et les naufrages,
Le roi raillé des doux corsages,
Beau comme un Mage
Est descendu!
Braves amants! aux nuits de lait,
Tournez vos clés!
Une ombre, d’amour pur transie,
Viendrait vous gémir cette scie:
“Il était un roi de Thulé
Immaculé…”
Immaculé,
Qui, loin des jupes et des choses,
Pleurait sur la métempsychose
Des lys en roses,
Et quel palais!
Ses fleurs dormant, il s’en allait,
Traînant des clés,
Broder aux seuls yeux des étoiles,
Sur une tour, un certain Voile
De vive toile,
Aux nuits de lait!
Quand le voile fut bien ourlé
Loin de Thulé,
Il rama fort sur les mers grises,
Vers le soleil qui s’agonise,
Féerique Eglise!
Il ululait:
“Soleil-crevant, encore un jour,
Vous avez tendu votre phare
Aux holocaustes vivipares,
Du culte qu’ils nomment l’Amour.
“Et comme, devant la nuit fauve,
Vous vous sentez défaillir,
D’un dernier flot d’un sang martyr
Vous lavez le seuil de l’Alcôve!
“Soleil! Soleil! moi je descends
Vers vos navrants palais polaires,
Dorloter dans ce Saint-Suaire
Votre coeur bien en sang,
En le berçant!”
Il dit, et, le Voile étendu,
Tout éperdu,
Vers les coraux et les naufrages,
Le roi raillé des doux corsages,
Beau comme un Mage
Est descendu!
Braves amants! aux nuits de lait,
Tournez vos clés!
Une ombre, d’amour pur transie,
Viendrait vous gémir cette scie:
“Il était un roi de Thulé
Immaculé…”
Jules Laforgue
Locutions des Pierrots
Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
O vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme?
Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon cœur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.
Ah! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ monde!
II
Ah! le divin attachement
Que je nourris pour Cydalise,
Maintenant qu’elle échappe aux prises
De mon lunaire entendement!
Vrai, je me ronge en des détresses,
Parmi les fleurs de son terroir
A seule fin de bien savoir
Quelle est sa faculté-maîtresse!
– C’est d’être la mienne, dis-tu?
Hélas! tu sais bien que j’oppose
Un démenti formel aux poses
Qui sentent par trop l’impromptu.
XII
Encore un livre; ô nostalgies
Loin de ces très-goujates gens,
Loin des saluts et des argents,
Loin de nos phraséologies!
Encore un de mes pierrots mort;
Mort d’un chronique orphelinisme;
C’était un coeur plein de dandysme
Lunaire, en un drôle de corps.
Les dieux s’en vont; plus que des hures;
Ah! ça devient tous les jours pis;
J’ai fait mon temps, je déguerpis
Vers l’Inclusive Sinécure!
XVI
Je ne suis qu’un viveur lunaire
Qui fait des ronds dans les bassins,
Et cela, sans autre dessein
Que devenir un légendaire.
Retroussant d’un air de défi
Mes manches de mandarin pâle,
J’arrondis ma bouche et – j’exhale
Des conseils doux de Crucifix.
Ah! oui, devenir légendaire,
Au seuil des siècles charlatans!
Mais où sont les Lunes d’antan?
Et que Dieu n’est-il à refaire?
O vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme?
Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon cœur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.
Ah! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ monde!
II
Ah! le divin attachement
Que je nourris pour Cydalise,
Maintenant qu’elle échappe aux prises
De mon lunaire entendement!
Vrai, je me ronge en des détresses,
Parmi les fleurs de son terroir
A seule fin de bien savoir
Quelle est sa faculté-maîtresse!
– C’est d’être la mienne, dis-tu?
Hélas! tu sais bien que j’oppose
Un démenti formel aux poses
Qui sentent par trop l’impromptu.
XII
Encore un livre; ô nostalgies
Loin de ces très-goujates gens,
Loin des saluts et des argents,
Loin de nos phraséologies!
Encore un de mes pierrots mort;
Mort d’un chronique orphelinisme;
C’était un coeur plein de dandysme
Lunaire, en un drôle de corps.
Les dieux s’en vont; plus que des hures;
Ah! ça devient tous les jours pis;
J’ai fait mon temps, je déguerpis
Vers l’Inclusive Sinécure!
XVI
Je ne suis qu’un viveur lunaire
Qui fait des ronds dans les bassins,
Et cela, sans autre dessein
Que devenir un légendaire.
Retroussant d’un air de défi
Mes manches de mandarin pâle,
J’arrondis ma bouche et – j’exhale
Des conseils doux de Crucifix.
Ah! oui, devenir légendaire,
Au seuil des siècles charlatans!
Mais où sont les Lunes d’antan?
Et que Dieu n’est-il à refaire?
Jules Laforgue
Solo de lune
Je fume, étalé face au ciel,
Sur l’impénale de la diligence,
Ma carcasse est cahotée, mon âme danse
Comme un Ariel;
Sans miel, sans fiel, ma belle âme danse,
O routes, coteaux, ô fumées, ô vallons,
Ma belle âme, ah! récapitulons.
Nous nous aimions comme deux fous,
On s’est quitté sans en parler,
Un spleen me tenait exilé,
Et ce spleen me venait de tout. Bon.
Ses yeux disaient: “Comprenez-vous?
Pourquoi ne comprenez-vous pas?”
Mais nul n’a voulu faire le premier pas,
Voulant trop tomber ensemble à genoux.
(Comprenez-vous?)
Où est-elle à cette heure?
Peut-être qu’elle pleure…
Où est-elle à cette heure?
Oh! du moins, soigne-toi, je t’en conjure!
O fraîcheur des bois le long de la route,
O châle de mélancolie, toute âme est un peu aux êcoutes,
Que ma vie
Fait envie!
Cette impériale de diligence tient de la magie.
Accumulons l’irréparable!
Renchérissons sur notre sort!
Les étoiles sont plus nombreuses que le sable
Des mers ou d’autres ont vu se baigner son corps;
Tout n’en va pas moins à la Mort,
Y a pas de port.
Des ans vont passer là-dessus,
On s’endurcira chacun pour soi,
Et bien souvent et déjà je m’y vois,
On se dira: “Si j’avais su…”
Mais mariés de même, ne se fût-on pas dit:
“Si j’avais su, si j’avais su!…”?
Ah! rendez-vous maudit!
Ah! mon coeur sans issue!…
Je me suis mal conduit.
Maniaques de bonheur,
Donc, que ferons-nous? Moi de mon âme,
Elle de sa faillible jeunesse?
O vieillissante pécheresse,
Oh! que de soirs je vais me rendre infâme
En ton honneur!
Ses yeux clignaient: “Comprenez-vous?
Pourquoi ne comprenez-vous pas?”
Mais nul n’a fait le premier pas
Pour tomber ensemble à genoux. Ah!…
La Lune se lève,
O route en grand rêve!…
On a dépassé les filatures, les scieries,
Plus que les bornes kilométriques,
De petits nuages d’un rose de confiserie,
Cependant qu’un fin croissant de lune se lève,
O route de rêve, ô nulle musique…
Dans ces bois de pins où depuis
Le commencement du monde
Il fait toujours nuit,
Que de chambres propres et profondes!
Oh! pour un soir d’enlèvement!
Et je les peuple et je m’y vois,
Et c’est un beau couple d’amants,
Qui gesticulent hors la loi.
Et je passe et les abandonne,
Et me recouche face au ciel,
La route tourne, je suis Ariel,
Nul ne m’attend, je ne vais chez personne,
Je n’ai que l’amitié des chambres d’hôtel.
La lune se lève,
O route en grand rêve!
O route sans terme,
Voici le relais,
Où l’on allume les lanternes,
Où l’on boit un verre de lait,
Et fouette postillon
Dans le chant des grillons,
Sous les étoiles de juillet.
O clair de Lune,
Noce de feux de Bengale noyant mon infortune,
Les ombres des peupliers sur la route,…
Le gave qui s’écoute,…
Qui s’écoute chanter,…
Dans ces inondations du fleuve du Léthé,…
O Solo de lune,
Vous défiez ma plume,
Oh! cette nuit sur la route;
O Etoiles, vous êtes à faire peur,
Vous y êtes toutes! toutes!
O fugacité de cette heure…
Oh! qu’il y eût moyen
De m’en garder l’âme pour l’automne qui vient!…
Voici qu’il fait très très-frais,
Oh! si à la même heure,
Elle va de même le long des forêts,
Noyer son infortune
Dans les noces du clair de lune!…
(Elle aime tant errer tard!)
Elle aura oublié son foulard,
Elle va prendre mal, vu la beauté de l’heure!
Oh! soigne-toi je t’en conjure!
Oh! je ne veux plus entendre cette toux!
Ah! que ne suis-je tombé à tes genoux!
Ah! que n’as-tu défailli à mes genoux!
J’eusse été le modèle des époux!
Comme le frou-frou de ta robe est le modéle des frou-frou.
Sur l’impénale de la diligence,
Ma carcasse est cahotée, mon âme danse
Comme un Ariel;
Sans miel, sans fiel, ma belle âme danse,
O routes, coteaux, ô fumées, ô vallons,
Ma belle âme, ah! récapitulons.
Nous nous aimions comme deux fous,
On s’est quitté sans en parler,
Un spleen me tenait exilé,
Et ce spleen me venait de tout. Bon.
Ses yeux disaient: “Comprenez-vous?
Pourquoi ne comprenez-vous pas?”
Mais nul n’a voulu faire le premier pas,
Voulant trop tomber ensemble à genoux.
(Comprenez-vous?)
Où est-elle à cette heure?
Peut-être qu’elle pleure…
Où est-elle à cette heure?
Oh! du moins, soigne-toi, je t’en conjure!
O fraîcheur des bois le long de la route,
O châle de mélancolie, toute âme est un peu aux êcoutes,
Que ma vie
Fait envie!
Cette impériale de diligence tient de la magie.
Accumulons l’irréparable!
Renchérissons sur notre sort!
Les étoiles sont plus nombreuses que le sable
Des mers ou d’autres ont vu se baigner son corps;
Tout n’en va pas moins à la Mort,
Y a pas de port.
Des ans vont passer là-dessus,
On s’endurcira chacun pour soi,
Et bien souvent et déjà je m’y vois,
On se dira: “Si j’avais su…”
Mais mariés de même, ne se fût-on pas dit:
“Si j’avais su, si j’avais su!…”?
Ah! rendez-vous maudit!
Ah! mon coeur sans issue!…
Je me suis mal conduit.
Maniaques de bonheur,
Donc, que ferons-nous? Moi de mon âme,
Elle de sa faillible jeunesse?
O vieillissante pécheresse,
Oh! que de soirs je vais me rendre infâme
En ton honneur!
Ses yeux clignaient: “Comprenez-vous?
Pourquoi ne comprenez-vous pas?”
Mais nul n’a fait le premier pas
Pour tomber ensemble à genoux. Ah!…
La Lune se lève,
O route en grand rêve!…
On a dépassé les filatures, les scieries,
Plus que les bornes kilométriques,
De petits nuages d’un rose de confiserie,
Cependant qu’un fin croissant de lune se lève,
O route de rêve, ô nulle musique…
Dans ces bois de pins où depuis
Le commencement du monde
Il fait toujours nuit,
Que de chambres propres et profondes!
Oh! pour un soir d’enlèvement!
Et je les peuple et je m’y vois,
Et c’est un beau couple d’amants,
Qui gesticulent hors la loi.
Et je passe et les abandonne,
Et me recouche face au ciel,
La route tourne, je suis Ariel,
Nul ne m’attend, je ne vais chez personne,
Je n’ai que l’amitié des chambres d’hôtel.
La lune se lève,
O route en grand rêve!
O route sans terme,
Voici le relais,
Où l’on allume les lanternes,
Où l’on boit un verre de lait,
Et fouette postillon
Dans le chant des grillons,
Sous les étoiles de juillet.
O clair de Lune,
Noce de feux de Bengale noyant mon infortune,
Les ombres des peupliers sur la route,…
Le gave qui s’écoute,…
Qui s’écoute chanter,…
Dans ces inondations du fleuve du Léthé,…
O Solo de lune,
Vous défiez ma plume,
Oh! cette nuit sur la route;
O Etoiles, vous êtes à faire peur,
Vous y êtes toutes! toutes!
O fugacité de cette heure…
Oh! qu’il y eût moyen
De m’en garder l’âme pour l’automne qui vient!…
Voici qu’il fait très très-frais,
Oh! si à la même heure,
Elle va de même le long des forêts,
Noyer son infortune
Dans les noces du clair de lune!…
(Elle aime tant errer tard!)
Elle aura oublié son foulard,
Elle va prendre mal, vu la beauté de l’heure!
Oh! soigne-toi je t’en conjure!
Oh! je ne veux plus entendre cette toux!
Ah! que ne suis-je tombé à tes genoux!
Ah! que n’as-tu défailli à mes genoux!
J’eusse été le modèle des époux!
Comme le frou-frou de ta robe est le modéle des frou-frou.
Jules Supervielle
Comme un voilier...
Vivante ou morte, ô toi qui me connais si bien,
Laisse-moi t’approcher a la façon des hommes.
Il fait nuit dans la pièce où tremble un oreiller
Comme un voilier qui sent venir la haute mer,
Et je ne comprends pas si je suis l’équipage
Ou l’adieu d’un bras nu resté sur le rivage.
Ah que j’arrête un jour ta chair a la dérive,
Toi qui vas éludant mon désir et le tien,
Au large de mes mains, qu’escortent des abîmes,
Quand mes pieds pour appui n’auront qu’un frêle bruit,
Un bruit de petit jour étouffé de ténèbres
Mais capable pourtant de toucher ta fenêtre
Et de la faire ouvrir.
LE FORÇAT INNOCENT, Oloron-Sainte-Marie.
Laisse-moi t’approcher a la façon des hommes.
Il fait nuit dans la pièce où tremble un oreiller
Comme un voilier qui sent venir la haute mer,
Et je ne comprends pas si je suis l’équipage
Ou l’adieu d’un bras nu resté sur le rivage.
Ah que j’arrête un jour ta chair a la dérive,
Toi qui vas éludant mon désir et le tien,
Au large de mes mains, qu’escortent des abîmes,
Quand mes pieds pour appui n’auront qu’un frêle bruit,
Un bruit de petit jour étouffé de ténèbres
Mais capable pourtant de toucher ta fenêtre
Et de la faire ouvrir.
LE FORÇAT INNOCENT, Oloron-Sainte-Marie.
Jules Supervielle
Rencontres
J’avance en écrasant des ombres sur la route
Et leur plainte est si faible
Qu’elle a peine à me gravir
Et s’éteint petitement avant de toucher mon oreille.
Je croise des hommes tranquilles
Qui connaissent la mer et vont vers les montagnes;
Curieux, en passant, ils soupèsent mon âme
Et me la restituent repartant sans mot dire.
Quatre chevaux de front aux œillères de nuit
Sortent d’un carrefour, le poitrail constellé.
Ils font le tour du monde
Pensant à autre chose
Et sans toucher le sol. Les mouches les évitent.
Le cocher se croit homme et se gratte l’oreille.
Et leur plainte est si faible
Qu’elle a peine à me gravir
Et s’éteint petitement avant de toucher mon oreille.
Je croise des hommes tranquilles
Qui connaissent la mer et vont vers les montagnes;
Curieux, en passant, ils soupèsent mon âme
Et me la restituent repartant sans mot dire.
Quatre chevaux de front aux œillères de nuit
Sortent d’un carrefour, le poitrail constellé.
Ils font le tour du monde
Pensant à autre chose
Et sans toucher le sol. Les mouches les évitent.
Le cocher se croit homme et se gratte l’oreille.
Leconte de Lisle
Le Coeur de Hialmar
Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge.
Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,
L’épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.
Au-dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.
La lune froide verse au loin sa pâle flamme.
Hialmar se soulève entre les morts sanglants,
Appuyé des deux mains au tronçon de sa lame;
La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.
– “Holà! Quelqu’un a-t-il encore un peu d’haleine,
Parmi tant de joyeux et robustes garçons
Qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine
Comme des merles dans l’épaisseur des buissons!
“Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure
Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.
Mes yeux saignent. J’entends un immense murmure
Pareil aux hurlements de la mer ou des loups.
“Viens par ici, corbeau, mon brave mangeur d’hommes;
Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer.
Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes.
Porte mon cœur tout chaud à la fille d’Ylmer.
“Dans Upsal, où les Jarls boivent la bonne bière,
Et chantent, en heurtant les cruches d’or, en chœur,
A tire-d’aile vole, ô rôdeur de bruyère!
Cherche ma fiancée et porte-lui mon cœur.
“Au sommet de la tour que hantent les corneilles
Tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs;
Deux anneaux d’argent fin lui pendent aux oreilles,
Et ses yeux sont plus clairs que l’astre des beaux soirs.
“Va, sombre messager, dis-lui bien que je l’aime,
Et que voici mon coeur. Elle reconnaîtra
Qu’il est rouge et solide, et non tremblant et blême,
Et la fille d’Ylmer, corbeau, te sourira!
“Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.
J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.
Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,
Ja vais m’asseoir parmi les Dieux, dans le soleil.”
Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,
L’épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.
Au-dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.
La lune froide verse au loin sa pâle flamme.
Hialmar se soulève entre les morts sanglants,
Appuyé des deux mains au tronçon de sa lame;
La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.
– “Holà! Quelqu’un a-t-il encore un peu d’haleine,
Parmi tant de joyeux et robustes garçons
Qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine
Comme des merles dans l’épaisseur des buissons!
“Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure
Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.
Mes yeux saignent. J’entends un immense murmure
Pareil aux hurlements de la mer ou des loups.
“Viens par ici, corbeau, mon brave mangeur d’hommes;
Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer.
Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes.
Porte mon cœur tout chaud à la fille d’Ylmer.
“Dans Upsal, où les Jarls boivent la bonne bière,
Et chantent, en heurtant les cruches d’or, en chœur,
A tire-d’aile vole, ô rôdeur de bruyère!
Cherche ma fiancée et porte-lui mon cœur.
“Au sommet de la tour que hantent les corneilles
Tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs;
Deux anneaux d’argent fin lui pendent aux oreilles,
Et ses yeux sont plus clairs que l’astre des beaux soirs.
“Va, sombre messager, dis-lui bien que je l’aime,
Et que voici mon coeur. Elle reconnaîtra
Qu’il est rouge et solide, et non tremblant et blême,
Et la fille d’Ylmer, corbeau, te sourira!
“Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.
J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.
Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,
Ja vais m’asseoir parmi les Dieux, dans le soleil.”
Léon-Paul Fargue
Ou la magie de la ville
Je ne sais pas ce qu’on attend dans La ville...
Tout y convoque les faniémes des aimés qu’on
délaisse, des timides qu’on blesse et des faibles
qu’on abandonne... Là comme ailleurs, La vie
dure... Mais le bonheur, le bonheur...
Tout y convoque les faniémes des aimés qu’on
délaisse, des timides qu’on blesse et des faibles
qu’on abandonne... Là comme ailleurs, La vie
dure... Mais le bonheur, le bonheur...
Louis Aragon
Elsa au miroir
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
C’était au beau milieu de notre tragédie
Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
A ranimer les fleurs sans fin de l’incendie
Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit
Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C’était au beau milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire
C’était au beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi
Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir
Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit
Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs
Et ses cheveux dorés quand elle vient s’asseoir
Et peigner sans Hen dire un reflet d’incendie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or Je croyais voir
Ses patientes mains calmer un incendie
C’était au beau milieu de notre tragédie
Et pendant un long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
C’était au beau milieu de notre tragédie
Qu’elle jouait un air de harpe sans y croire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
Elle peignait ses cheveux d’or et j’aurais dit
Qu’elle martyrisait à plaisir sa mémoire
Pendant tout ce long jour assise à son miroir
A ranimer les fleurs sans fin de l’incendie
Sans dire ce qu’une autre à sa place aurait dit
Elle martyrisait à plaisir sa mémoire
C’était au beau milieu de notre tragédie
Le monde ressemblait à ce miroir maudit
Le peigne partageait les feux de cette moire
Et ces feux éclairaient des coins de ma mémoire
C’était au beau milieu de notre tragédie
Comme dans la semaine est assis le jeudi
Et pendant un long jour assise à sa mémoire
Elle voyait au loin mourir dans son miroir
Un à un les acteurs de notre tragédie
Et qui sont les meilleurs de ce monde maudit
Et vous savez leurs noms sans que je les aie dits
Et ce que signifient les flammes des longs soirs
Et ses cheveux dorés quand elle vient s’asseoir
Et peigner sans Hen dire un reflet d’incendie
Louis Aragon
Elsa-valse
Ou t’en vas-tu pensée où t’en vas-tu rebelle
Le Sphinx reste à genoux dans les sables brilants
La Victoire immobile en est-elle moins belle
Dans la pierre qui lencorbelle
Faute de s’envoler de l’antique chaland
Quelle valse inconnue entraînante et magique
M’emporte malgré moi comme une folle idée
Je sens fuir sous mes pieds cette époque tragique
Elsa quelle est cette musique
Ce n’est plus moi qui parle et mes pas sont guidés
Cette valse est un vin qui ressemble au Saumur
Cette valse est un vin que jai bu dans tes bras
Tes cheveux en sont l’or et mes vers s’en émurent
Valsons-la comme on saute un mur
Ton nom s’y murmure Elsa valse et valsera
La jeunesse iy pétille ow nos jours étant courts
A Montmarire on allait oublier qu’on pleura
Notre nuit a perdu ce secret du faux-jour
Mais a-t-elle oublié l’amour
L’amour si lourd Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de songes
Que d’amis j’ai perdus L’un tirait les tarots
L’autre en dormant parlait de amour des éponges
Drdéles de gens que l’ombre ronge
Fanfarons de l’erreur qui jouaient aux héros
Souviens-toi des chansons que chantait pour nous plaire
La négresse — au teint clair ce minuit qu’on poudra
Avant Taube en rentrant on prenait un peu lair
Que de nuits ainsi s’envolèrent
O temps sans colère Elsa valse et valsera
Achetée à crédit la machine à écrire
Nous mettait tous les mois dans un bel embarras
On n’avait pas le sou Qwil est cher — de chérir
Mes soucis étaient tes sourires
Car je pouvais dire Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de verre
Le tzigane du sort changea de violon
Nous avons voyagé par un monde sévère
Qui roulait la tête a l’envers
Des sanglots étouffés mêlés a ses flonflons
Tu faisais des bijoux pour la ville et le jour
Tout tournait — en colliers dans tes mains d’Opéra
Des morceaux de chiffons des morceaux de miroir
Des colliers beaux comme la gloire
Beaux a n’y pas croire Elsa valse et valsera
J’allais vendre aux marchands de New York et d’ailleurs
De Berlin de Rio de Milan d’ Ankara
Ces joyaux faits de rien sous tes doigts orpailleurs
Ces cailloux qui semblaient des fleurs
Portant tes couleurs Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de rage
Des éclairs traversaient les tubes de néon
On entendait hennir des chevaux de nuages
Traînant des voitures d’orage
Le jazz contre un tambour troque l’accordéon
Ce qui suit pourrait mal se danser quand César
A pour vous dévorer les chacals qu’il voudra
Mais quel air tourbillonne au tombeau de lazare
Entends-tu son rythme bizarre
Au bal des hasards Elsa valse et valsera
Nous avons traversé le cyclone et le sort
D’enfer sur la terre et le ciel y cherra
Mais voici qu’a Vhorreur il succède une aurore
Et que cède a amour la mort
Elsa valse encore Elsa valse et valsera
Et la vie a tourné sur ses talons de paille
Avez-vous vu ses yeux Ce sont des yeux d’enfant
La terre accouchera d’un soleil sans batailles
Il faut que la guerre s’en aille
Mais seulement que l’homme en sorte triomphant
Mon amour n’a qu’un nom c’est la jeune espérance
J’en retrouve toujours la neuve symphonie
Et vous qui l’entendez du fond de la souffrance
Levez les yeux beaux fils de France
Mon amour n’a qu’un nom Mon cantique est fini
LES YEUX D’ELSA, Cantique a Elsa, 1942, Editions Seghers.
Le Sphinx reste à genoux dans les sables brilants
La Victoire immobile en est-elle moins belle
Dans la pierre qui lencorbelle
Faute de s’envoler de l’antique chaland
Quelle valse inconnue entraînante et magique
M’emporte malgré moi comme une folle idée
Je sens fuir sous mes pieds cette époque tragique
Elsa quelle est cette musique
Ce n’est plus moi qui parle et mes pas sont guidés
Cette valse est un vin qui ressemble au Saumur
Cette valse est un vin que jai bu dans tes bras
Tes cheveux en sont l’or et mes vers s’en émurent
Valsons-la comme on saute un mur
Ton nom s’y murmure Elsa valse et valsera
La jeunesse iy pétille ow nos jours étant courts
A Montmarire on allait oublier qu’on pleura
Notre nuit a perdu ce secret du faux-jour
Mais a-t-elle oublié l’amour
L’amour si lourd Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de songes
Que d’amis j’ai perdus L’un tirait les tarots
L’autre en dormant parlait de amour des éponges
Drdéles de gens que l’ombre ronge
Fanfarons de l’erreur qui jouaient aux héros
Souviens-toi des chansons que chantait pour nous plaire
La négresse — au teint clair ce minuit qu’on poudra
Avant Taube en rentrant on prenait un peu lair
Que de nuits ainsi s’envolèrent
O temps sans colère Elsa valse et valsera
Achetée à crédit la machine à écrire
Nous mettait tous les mois dans un bel embarras
On n’avait pas le sou Qwil est cher — de chérir
Mes soucis étaient tes sourires
Car je pouvais dire Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de verre
Le tzigane du sort changea de violon
Nous avons voyagé par un monde sévère
Qui roulait la tête a l’envers
Des sanglots étouffés mêlés a ses flonflons
Tu faisais des bijoux pour la ville et le jour
Tout tournait — en colliers dans tes mains d’Opéra
Des morceaux de chiffons des morceaux de miroir
Des colliers beaux comme la gloire
Beaux a n’y pas croire Elsa valse et valsera
J’allais vendre aux marchands de New York et d’ailleurs
De Berlin de Rio de Milan d’ Ankara
Ces joyaux faits de rien sous tes doigts orpailleurs
Ces cailloux qui semblaient des fleurs
Portant tes couleurs Elsa valse et valsera
Puis la vie a tourné sur ses talons de rage
Des éclairs traversaient les tubes de néon
On entendait hennir des chevaux de nuages
Traînant des voitures d’orage
Le jazz contre un tambour troque l’accordéon
Ce qui suit pourrait mal se danser quand César
A pour vous dévorer les chacals qu’il voudra
Mais quel air tourbillonne au tombeau de lazare
Entends-tu son rythme bizarre
Au bal des hasards Elsa valse et valsera
Nous avons traversé le cyclone et le sort
D’enfer sur la terre et le ciel y cherra
Mais voici qu’a Vhorreur il succède une aurore
Et que cède a amour la mort
Elsa valse encore Elsa valse et valsera
Et la vie a tourné sur ses talons de paille
Avez-vous vu ses yeux Ce sont des yeux d’enfant
La terre accouchera d’un soleil sans batailles
Il faut que la guerre s’en aille
Mais seulement que l’homme en sorte triomphant
Mon amour n’a qu’un nom c’est la jeune espérance
J’en retrouve toujours la neuve symphonie
Et vous qui l’entendez du fond de la souffrance
Levez les yeux beaux fils de France
Mon amour n’a qu’un nom Mon cantique est fini
LES YEUX D’ELSA, Cantique a Elsa, 1942, Editions Seghers.
Louis Aragon
Il n’y a pas d’amour heureux
Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n’y a pas d’amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu’on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu’on retrouve au soir désœuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n’y a pas d’amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j’ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n’y a pas d’amour heureux
Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y à pas d’amour heureux
Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
Il n’y a pas d’amour heureux
Mais c’est notre amour à tous deux
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n’y a pas d’amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu’on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu’on retrouve au soir désœuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n’y a pas d’amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j’ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n’y a pas d’amour heureux
Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos cœurs à l’unisson
Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n’y à pas d’amour heureux
Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
Il n’y a pas d’amour heureux
Mais c’est notre amour à tous deux
Louis Aragon
Je vais te dire un grand secret...
Je vais te dire un grand secret Le temps c’est toi
Le temps est femme IL] a
Besoin qu’on le courtise et qu’on s’asseye
A ses pieds le temps comme une robe a défaire
Le temps comme une chevelure sans fin
Peignée
Un miroir que le souffle embue et désembue
Le temps c’est toi qui dors a l’aube où je m’éveille
C’est toi comme un couteau traversant mon gosier
Oh que ne puis-je dire ce tourment du temps qui ne passe point
Le temps est femme IL] a
Besoin qu’on le courtise et qu’on s’asseye
A ses pieds le temps comme une robe a défaire
Le temps comme une chevelure sans fin
Peignée
Un miroir que le souffle embue et désembue
Le temps c’est toi qui dors a l’aube où je m’éveille
C’est toi comme un couteau traversant mon gosier
Oh que ne puis-je dire ce tourment du temps qui ne passe point
Louis Aragon
Le rendez-vous perpétuel
J’écris contre le vent majeur et n’en déplaise
A ceux-là qui ne sont que des voiles gonflées
Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise
L’histoire et mon amour ont la même foulée
J’écris contre le vent majeur et que m’importe
Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des blés
Le pain futur et rient que pour moi toute porte
Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux
Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte
Contre le vent majeur par un temps nuageux
J’écris comme je veux et tant pis pour les sourds
Si chanter leur paraît mentir à mauvais jeu
Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour
La trace de tes pas m’explique le chemin
C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour
Je comprends le soleil au hâle de tes mains
Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard
Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain
Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent
C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré
C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare
C’est notre amour c’est toi quand la rue est barrée
C’est toi quand le train part le cœur qui se déchire
C’est toi le gant perdu pour le gant déparé
C’est toi tous les pensers qui font l’homme pâlir
C’est toi dans les mouchoirs agités longuement
Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires
Toi les sanglots éteints toi les balbutiements
Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles
Un murmure échappé Des mots dits en dormant
Le sourire surpris le rideau qui s’envole
Dans un préau d’école au loin d’écho des voix
Un deux trois des enfants qui comptent qui s’y colle
La nuit le bruire des colombes sur le toit
La plainte des prisons la perle des plongeurs
Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi
Et c’est toi que je chante AVEC le vent majeur
A ceux-là qui ne sont que des voiles gonflées
Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise
L’histoire et mon amour ont la même foulée
J’écris contre le vent majeur et que m’importe
Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des blés
Le pain futur et rient que pour moi toute porte
Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux
Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte
Contre le vent majeur par un temps nuageux
J’écris comme je veux et tant pis pour les sourds
Si chanter leur paraît mentir à mauvais jeu
Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour
La trace de tes pas m’explique le chemin
C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour
Je comprends le soleil au hâle de tes mains
Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard
Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain
Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent
C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré
C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare
C’est notre amour c’est toi quand la rue est barrée
C’est toi quand le train part le cœur qui se déchire
C’est toi le gant perdu pour le gant déparé
C’est toi tous les pensers qui font l’homme pâlir
C’est toi dans les mouchoirs agités longuement
Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires
Toi les sanglots éteints toi les balbutiements
Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles
Un murmure échappé Des mots dits en dormant
Le sourire surpris le rideau qui s’envole
Dans un préau d’école au loin d’écho des voix
Un deux trois des enfants qui comptent qui s’y colle
La nuit le bruire des colombes sur le toit
La plainte des prisons la perle des plongeurs
Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi
Et c’est toi que je chante AVEC le vent majeur
Louis Aragon
Lorsque s’en vient le soir...
Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte
Vivre a la profondeur soudain d’un champ de blé
Je te retrouve amour avec mes mains tremblées
Qui m’es la terre tendre entre les feuilles mortes
Et nous nous défaisons de nos habits volés
Rien n’a calmé ces mains que j’ai de te connaître
Gardant du premier soir ce trouble à te toucher
Je te retrouve amour si longuement cherchée
Comme si tout à coup s’ouvrait une fenêtre
Et si tu renongais à toujours te cacher
Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre
Où le rideau d’aimer s’envole n’importe où
L’étoile neige en moi son éternel mois d’aoit
Rien n’a calmé ce cœur en te voyant de battre
Il me fait mal a force et rien ne m’est si doux
Tu m’es pourtant toujours la furtive passante
Qu’on retient par miracle au détour d’un instant
Rien n’a calmé ma peur je doute et je t’attends
Dieu perd les pas qu’il fait lorsque tu m’es absente
Un regard te suffit a faire le beau temps
Montre ta bouche pâle où me renaît l’enfance
Et que je sois ton lit lorsqu’il t’ouvre ses draps
Et sois cette couleur ow tu t’endormiras
Et mon âme ton souffle et mon corps ton silence
Pour enfermer tes yeux dans la nuit de mes bras.
Vivre a la profondeur soudain d’un champ de blé
Je te retrouve amour avec mes mains tremblées
Qui m’es la terre tendre entre les feuilles mortes
Et nous nous défaisons de nos habits volés
Rien n’a calmé ces mains que j’ai de te connaître
Gardant du premier soir ce trouble à te toucher
Je te retrouve amour si longuement cherchée
Comme si tout à coup s’ouvrait une fenêtre
Et si tu renongais à toujours te cacher
Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre
Où le rideau d’aimer s’envole n’importe où
L’étoile neige en moi son éternel mois d’aoit
Rien n’a calmé ce cœur en te voyant de battre
Il me fait mal a force et rien ne m’est si doux
Tu m’es pourtant toujours la furtive passante
Qu’on retient par miracle au détour d’un instant
Rien n’a calmé ma peur je doute et je t’attends
Dieu perd les pas qu’il fait lorsque tu m’es absente
Un regard te suffit a faire le beau temps
Montre ta bouche pâle où me renaît l’enfance
Et que je sois ton lit lorsqu’il t’ouvre ses draps
Et sois cette couleur ow tu t’endormiras
Et mon âme ton souffle et mon corps ton silence
Pour enfermer tes yeux dans la nuit de mes bras.
Louise Labé
Baise m’encor…
Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne-m’en un de tes plus savoureux,
Donne-m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las, te plains-tu ? ça que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi mêlant nos baisers tant heureux
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun ensuivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie,
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moi ne fais quelque saillie.
Donne-m’en un de tes plus savoureux,
Donne-m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.
Las, te plains-tu ? ça que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi mêlant nos baisers tant heureux
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.
Lors double vie à chacun ensuivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie,
Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moi ne fais quelque saillie.