Poèmes de ce thème
Amour à distance
Marcel Thiry
La belle aurore
En avril, au petit matin, avant le Puy,
Une femme ouvrait ses volets sur la lumière,
Ses deux bras nus en croix dans l’espérance.
On passe il faut passer c’est dommage adieu France.
O ouvreuse de tes beaux bras à la lumière,
Ecarteuse de nuit,
Aurons-nous tout perdu en passant, et pour qui
Ks-tu encor l’espérance et la France ?
Une femme ouvrait ses volets sur la lumière,
Ses deux bras nus en croix dans l’espérance.
On passe il faut passer c’est dommage adieu France.
O ouvreuse de tes beaux bras à la lumière,
Ecarteuse de nuit,
Aurons-nous tout perdu en passant, et pour qui
Ks-tu encor l’espérance et la France ?
Marceline Desbordes-Valmore
L’absence
Quand je me sens mourir du poids de ma pensée,
Quand sur moi tout mon sort assemble sa rigueur,
D’un courage inutile affranchie et lassée,
Je me sauve avec toi dans le fond de mon cœur !
Je ne sais ; mais je crois qu’à tes regrets rendue,
Dans ces seuls entretiens tu m’as bien entendue.
Tu ne dis pas : « Ce soir ! » Tu ne dis pas : « Demain ! »
Non ! mais tu dis : « Toujours ! » en pleurant sur ma main.
Quand sur moi tout mon sort assemble sa rigueur,
D’un courage inutile affranchie et lassée,
Je me sauve avec toi dans le fond de mon cœur !
Je ne sais ; mais je crois qu’à tes regrets rendue,
Dans ces seuls entretiens tu m’as bien entendue.
Tu ne dis pas : « Ce soir ! » Tu ne dis pas : « Demain ! »
Non ! mais tu dis : « Toujours ! » en pleurant sur ma main.
Marceline Desbordes-Valmore
La fiancée du marin
Tristesse amère
Ne peut crier :
Pourtant, ma mère,
Je veux prier.
Là-haut peut-être
On m’entendra :
Qui m’a fait naître
Me soutiendra.
Jame qui m’aime
Va me quitter ;
Cette nuit même
Doit l’emporter.
Le temps est sombre,
Et sur les flots
Voyez-vous l’ombre
Des matelots ?
Dans leur nacelle
Il s’engagea ;
C’est encor elle
Qui naufragea !
On tend la voile ;
Ô désespoir !
Pas une étoile
Pour l’entrevoir.
À la chapelle,
Avant le jour,
Un vœu m’appelle,
Un vœu d’amour.
Il doit m’attendre ;
J’y porte encor
Un baiser tendre,
Un anneau d’or.
Don de mon père,
C’est le dernier :
Qu’il soit prospère
Au marinier !
C’est le symbole
De mon lien ;
Pour mon idole
Je n’ai plus rien.
Mais j’entends Jame
Qui crie : « Adieu ! »
Et ma pauvre âme
S’en va vers Dieu !
Ne peut crier :
Pourtant, ma mère,
Je veux prier.
Là-haut peut-être
On m’entendra :
Qui m’a fait naître
Me soutiendra.
Jame qui m’aime
Va me quitter ;
Cette nuit même
Doit l’emporter.
Le temps est sombre,
Et sur les flots
Voyez-vous l’ombre
Des matelots ?
Dans leur nacelle
Il s’engagea ;
C’est encor elle
Qui naufragea !
On tend la voile ;
Ô désespoir !
Pas une étoile
Pour l’entrevoir.
À la chapelle,
Avant le jour,
Un vœu m’appelle,
Un vœu d’amour.
Il doit m’attendre ;
J’y porte encor
Un baiser tendre,
Un anneau d’or.
Don de mon père,
C’est le dernier :
Qu’il soit prospère
Au marinier !
C’est le symbole
De mon lien ;
Pour mon idole
Je n’ai plus rien.
Mais j’entends Jame
Qui crie : « Adieu ! »
Et ma pauvre âme
S’en va vers Dieu !
Marceline Desbordes-Valmore
Les séparés
N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteiridre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas!
N’écris pas: N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu. qu’à toi, si je t’aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas!
N’écris pas. Je te crains; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas!
N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas!
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas!
N’écris pas: N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu. qu’à toi, si je t’aimais!
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas!
N’écris pas. Je te crains; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas!
N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas!
Marceline Desbordes-Valmore
Une lettre de femme
Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J’écris pourtant,
Afin que dans mon cœur au loin tu puisses lire
Comme en partant.
Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.
Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.
Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.
Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.
Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.
Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.
J’écris pourtant,
Afin que dans mon cœur au loin tu puisses lire
Comme en partant.
Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu’on aime,
Semble nouveau.
Qu’il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l’attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m’en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.
Ne te détourne point s’il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c’est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.
Tu t’en vas, tout s’en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l’orage,
Lourde de pleurs.
Mais si l’on ne vit plus que d’espoir et d’alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l’espoir.
Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C’est se haïr.
Maurice Maeterlinck
Et sil revenait un jour
Et s’il revenait un jour
Que faut-il lui dire?
— Dites - lui qu’on l’attendit
Jusqu’a s’en mourir...
Et sil m’interroge encore
Sans me reconnaitre ?
— Parlez-lui comme une scéur,
Il souffre peut-étre...
Et s’il demande ow vous étes
Que faut-il répondre?
— Donnez-lui mon anneau d’or
Sans rien lui répondre...
Et s’il veut savoir pourquoi
La salle est déserte?
— Montrez-lui la lampe éteimte
Et la porte ouverte...
Et s’il m’interroge alors
Sur la dernière heure ?
— Dites-lui que j’ai souri
De peur qu’il ne pleure...
Que faut-il lui dire?
— Dites - lui qu’on l’attendit
Jusqu’a s’en mourir...
Et sil m’interroge encore
Sans me reconnaitre ?
— Parlez-lui comme une scéur,
Il souffre peut-étre...
Et s’il demande ow vous étes
Que faut-il répondre?
— Donnez-lui mon anneau d’or
Sans rien lui répondre...
Et s’il veut savoir pourquoi
La salle est déserte?
— Montrez-lui la lampe éteimte
Et la porte ouverte...
Et s’il m’interroge alors
Sur la dernière heure ?
— Dites-lui que j’ai souri
De peur qu’il ne pleure...
Maurice Scève
En toy le vis.
En toy je vis, où que tu sois absente :
En moy je meurs, où que soye present.
Tant loing sois tu, tousjours tu es presente :
Pour pres que soye, encores suis je absent.
Et si nature oultragee se sent
De me veoir vivre en toy trop plus, qu’en moy :
Le hault povoir qui, ouvrant sans esmoy,
Infuse l’ame en ce mien corps passible,
La prevoyant sans son essence en soy,
En toy l’estend, comme en son plus possible.
En moy je meurs, où que soye present.
Tant loing sois tu, tousjours tu es presente :
Pour pres que soye, encores suis je absent.
Et si nature oultragee se sent
De me veoir vivre en toy trop plus, qu’en moy :
Le hault povoir qui, ouvrant sans esmoy,
Infuse l’ame en ce mien corps passible,
La prevoyant sans son essence en soy,
En toy l’estend, comme en son plus possible.
Maurice Scève
Si le desir, image de la chose
Si le desir, image de la chose
Que plus on ayme, est du cœur le miroir,
Qui tousjours fait par memoire apparoir
Celle où l’esprit de ma vie repose,
A quelle fin mon vain vouloir propose
De m’esloingner de ce qui plus me suyt?
Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuyt,
Pour mieulx le rendre aux rhetz de servitude :
Plus je m’absente et plus le mal s’ensuyt
De ce doulx bien, Dieu de l’amaritude.
Que plus on ayme, est du cœur le miroir,
Qui tousjours fait par memoire apparoir
Celle où l’esprit de ma vie repose,
A quelle fin mon vain vouloir propose
De m’esloingner de ce qui plus me suyt?
Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuyt,
Pour mieulx le rendre aux rhetz de servitude :
Plus je m’absente et plus le mal s’ensuyt
De ce doulx bien, Dieu de l’amaritude.
O. V. de L. Milosz
Chant de la lointaine
... Je serai, dans ton coeur, l’été sans fin des iles
Du Sud, un paysage vierge ou tes accords
Connaitront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;
Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Ow toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!
Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;
Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.
A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A facgonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.
Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;
Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.
Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaitrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant a de candides mers.
Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton cœur orphelin du vieux temps.
Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le cœur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.
Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaitront en moi la sœur du confident.
Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A Valoés qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!
Puis, trouvant à ma bouche un godt de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit à son mirage
Dans une eau calme, a l’heure où le soleil est bas.
Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Ow se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mire ;
La moire des vents lourds se couche sur les blés ;
La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.
Confidente de ’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrénes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»
Et tu diras encor :« J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goat de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de sœur. »
— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.
L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’Ames apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Ow Pinsomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »
— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mares,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon Ame aux midis exaltés.
Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme !’ennui du soir.
Je me suis embarqué, sur le fleuve des Ames,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A Vonde léthéenne oi je me reconnais ;
Et mon cœur est la cloche où s’exaspére et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon Ame
Comme sur les noyés le poids de l’océan:
Du Sud, un paysage vierge ou tes accords
Connaitront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;
Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Ow toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!
Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;
Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.
A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A facgonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.
Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;
Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.
Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaitrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant a de candides mers.
Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton cœur orphelin du vieux temps.
Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le cœur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.
Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaitront en moi la sœur du confident.
Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A Valoés qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!
Puis, trouvant à ma bouche un godt de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit à son mirage
Dans une eau calme, a l’heure où le soleil est bas.
Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Ow se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mire ;
La moire des vents lourds se couche sur les blés ;
La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.
Confidente de ’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrénes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»
Et tu diras encor :« J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goat de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de sœur. »
— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.
L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’Ames apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Ow Pinsomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »
— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mares,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon Ame aux midis exaltés.
Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme !’ennui du soir.
Je me suis embarqué, sur le fleuve des Ames,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A Vonde léthéenne oi je me reconnais ;
Et mon cœur est la cloche où s’exaspére et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon Ame
Comme sur les noyés le poids de l’océan:
Paul Éluard
Premierement
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j’ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l’attente
Par delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.
Ciel dont j’ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l’attente
Par delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.
René Guy Cadou
Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps
Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais
Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou
Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient
Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés dans les rues
Je venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps
Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais
Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou
Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient
Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés dans les rues
Je venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang
Stéphane Mallarmé
Ô si chère de loin et proche et blanche, si
Ô si chère de loin et proche et blanche, si
Délicieusement toi, Mary, que je songe
A quelque baume rare émané par mensonge
Sur aucun bouquetier de cristal obscurci
Le sais-tu, oui! pour moi voici des ans, voici
Toujours que ton sourire éblouissant prolonge
La même rose avec son bel été qui plonge
Dans autrefois et puis dans le futur aussi.
Mon cœur qui dans les nuits parfois cherche à s’entendre
Ou de quel dernier mot t’appeler le plus tendre
S’exalte en celui rien que chuchoté de sœur
N’était, très grand trésor et tête si petite,
Que tu m’enseignes bien toute une autre douceur
Tout bas par le baiser seul dans tes cheveux dite.
Délicieusement toi, Mary, que je songe
A quelque baume rare émané par mensonge
Sur aucun bouquetier de cristal obscurci
Le sais-tu, oui! pour moi voici des ans, voici
Toujours que ton sourire éblouissant prolonge
La même rose avec son bel été qui plonge
Dans autrefois et puis dans le futur aussi.
Mon cœur qui dans les nuits parfois cherche à s’entendre
Ou de quel dernier mot t’appeler le plus tendre
S’exalte en celui rien que chuchoté de sœur
N’était, très grand trésor et tête si petite,
Que tu m’enseignes bien toute une autre douceur
Tout bas par le baiser seul dans tes cheveux dite.
Théodore Aubanel
La Grenade entrouverte
Et moi, je guette le coucher du soleil.
Avec son frêle corsage et sa robe de laine, couleur de la grenade; avec son front uni et ses grands yeux si beaux; avec ses longs cheveux noirs et son visage brun, je la verrai tout à l’heure, la douce vierge, qui me dira : — Bon vêpre! O Zani, venez vite!
Ce jour-là, nous ne lûmes pas plus avant.
— Nous ne nous verrons plus! — Et pourquoi? — Je vais partir. — Et où vas-tu? — Je vais me faire nonne. — J’ai peur pour toi, mignonne! qu’as-tu dit?…. Tu seras malade, oh! tu es si jeune ! Prends garde à ton cœur tendre, pauvrette!… Tu seras malade! — Eh bien! moi, je mourrai.
Ce jour-là, le dernier, nous n’en dîmes pas davantage.
Chaque jour il s’en allait au sommet de la montagne, et il regardait au loin s’il verrait sa compagne.
Je suis monté sur la cime des mornes, sur le sommet où est le castel; je suis monté sur la cime des tours.
Blanches et ouvertes dans le ciel comme les ailes d’un oiseau, j’ai vu les voiles d’un navire, bien loin, bien loin, longtemps, longtemps encore… Puis je n’ai plus vu que le soleil et ses splendeurs sur l’onde amère.
Lors, de là-haut, lors je suis descendu. Le long de la mer et des grandes vagues, j’ai couru comme un déconsolé, et par son nom, tout un jour, je l’ai criée!.…
Avec son frêle corsage et sa robe de laine, couleur de la grenade; avec son front uni et ses grands yeux si beaux; avec ses longs cheveux noirs et son visage brun, je la verrai tout à l’heure, la douce vierge, qui me dira : — Bon vêpre! O Zani, venez vite!
Ce jour-là, nous ne lûmes pas plus avant.
— Nous ne nous verrons plus! — Et pourquoi? — Je vais partir. — Et où vas-tu? — Je vais me faire nonne. — J’ai peur pour toi, mignonne! qu’as-tu dit?…. Tu seras malade, oh! tu es si jeune ! Prends garde à ton cœur tendre, pauvrette!… Tu seras malade! — Eh bien! moi, je mourrai.
Ce jour-là, le dernier, nous n’en dîmes pas davantage.
Chaque jour il s’en allait au sommet de la montagne, et il regardait au loin s’il verrait sa compagne.
Je suis monté sur la cime des mornes, sur le sommet où est le castel; je suis monté sur la cime des tours.
Blanches et ouvertes dans le ciel comme les ailes d’un oiseau, j’ai vu les voiles d’un navire, bien loin, bien loin, longtemps, longtemps encore… Puis je n’ai plus vu que le soleil et ses splendeurs sur l’onde amère.
Lors, de là-haut, lors je suis descendu. Le long de la mer et des grandes vagues, j’ai couru comme un déconsolé, et par son nom, tout un jour, je l’ai criée!.…
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