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Poèmes de ce thème

Relations et famille

Maurice Scève

Maurice Scève

Délie

L’Aube éteignait Étoiles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Horizon
Des monts cornus dorait les hautes cimes.
Lors du profond des ténébreux Abîmes,
Où mon penser par ses fâcheux ennuis
Me fait souvent percer les longues nuits,
Je révoquai à moi l’âme ravie :
Qui, desséchant mes larmoyants conduits,
Me fait clair voir le Soleil de ma vie…

L’ardent désir du haut bien désiré,
Qui aspirait à cette fin heureuse,
À de l’ardeur si grand feu attiré,
Que le corps vif est jà poussière Ombreuse :
Et de ma vie, en ce point malheureuse
Pour vouloir tout à son bien condescendre,
Et de mon être, ainsi réduit en cendre
Ne m’est resté, que ces deux signes-ci :
L’œil larmoyant pour piteuse te rendre,
La bouche ouverte à demander merci…

Comme des rais du soleil gracieux
Se paissent fleurs durant la Primevère,
Je me recrée aux rayons de ses yeux,
Et loin, et près autour d’eux persévère.
Si que le Cœur, qui en moi la révère,
La me fait voir en celle même essence
Que ferait l’Œil par sa belle présence,
Que tant j’honore et que tant je poursuis :
Parquoi de rien ne me nuit son absence,
Vu qu’en tous lieux, malgré moi, je la suis…

Tu te verras ton ivoire crêper
Par l’outrageuse, et tardive Vieillesse.
Lors sans pouvoir en rien participer
D’aucune joie, et humaine liesse,
Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
Que la pitié n’a su à soi ployer,
Ni du travail, qu’on m’a vu employer
À soutenir mes peines éphémères,
Comme Apollon, pour mérité loyer,
Sinon rameaux, et feuilles très amères…

De toi la douce et fraîche souvenance
Du premier jour qu’elle m’entra au cœur,
Avec ta haute et humble contenance,
Et ton regard d’Amour même vainqueur,
Y dépeignit par sa vive liqueur
Ton effigie au vif tant ressemblante,
Que depuis, l’Âme étonnée et tremblante
De jour l’admire, et la prie sans cesse :
Et sur la nuit tacite et sommeillante,
Quand tout repose, encor moins elle cesse.
O. V. de L. Milosz

O. V. de L. Milosz

Chant de la lointaine

... Je serai, dans ton coeur, l’été sans fin des iles
Du Sud, un paysage vierge ou tes accords
Connaitront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;

Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Ow toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!

Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;

Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.

A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A facgonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.

Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;

Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.

Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaitrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant a de candides mers.

Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton cœur orphelin du vieux temps.

Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le cœur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.

Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaitront en moi la sœur du confident.
Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A Valoés qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!

Puis, trouvant à ma bouche un godt de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit à son mirage
Dans une eau calme, a l’heure où le soleil est bas.

Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Ow se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mire ;
La moire des vents lourds se couche sur les blés ;

La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.

Confidente de ’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrénes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»

Et tu diras encor :« J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goat de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de sœur. »

— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.

L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’Ames apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Ow Pinsomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »
— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mares,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon Ame aux midis exaltés.

Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme !’ennui du soir.

Je me suis embarqué, sur le fleuve des Ames,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A Vonde léthéenne oi je me reconnais ;

Et mon cœur est la cloche où s’exaspére et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon Ame
Comme sur les noyés le poids de l’océan: