Poèmes de ce thème
Relations et famille
Marie Noel
Chanson
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour
Dès le matin parmi les fleurs écloses.
Pour le trouver il effeuillait les roses
Couleur du soir, de l’aurore et du jour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, pâle et grise lavande,
Et tout mon cœur embaumait son chemin.
Il a passé… j’ai parfumé sa main,
Mais il n’a pas vu mes yeux pleins d’offrande.
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour
Au verger mûr quand midi l’ensoleille.
Pour le trouver il goûtait la groseille,
La pomme d’or, la pêche, tour à tour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, fraise humble à ses pieds toute
Et mon sang mûr embaumait son chemin
Hélas ! mon sang n’a pas taché sa main.
Il a marché sur moi, suivant sa route.
Vent du ciel ! vent du ciel éparpille mon cœur !
Je n’en ai plus besoin. Ô brise familière,
Perds-le ! Dessèche en moi ma source, éteins ma fleur,
Ô vent, et dans la mer va jeter ma poussière !
Dès le matin parmi les fleurs écloses.
Pour le trouver il effeuillait les roses
Couleur du soir, de l’aurore et du jour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, pâle et grise lavande,
Et tout mon cœur embaumait son chemin.
Il a passé… j’ai parfumé sa main,
Mais il n’a pas vu mes yeux pleins d’offrande.
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour
Au verger mûr quand midi l’ensoleille.
Pour le trouver il goûtait la groseille,
La pomme d’or, la pêche, tour à tour.
Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, fraise humble à ses pieds toute
Et mon sang mûr embaumait son chemin
Hélas ! mon sang n’a pas taché sa main.
Il a marché sur moi, suivant sa route.
Vent du ciel ! vent du ciel éparpille mon cœur !
Je n’en ai plus besoin. Ô brise familière,
Perds-le ! Dessèche en moi ma source, éteins ma fleur,
Ô vent, et dans la mer va jeter ma poussière !
Maurice Fombeure
Trouver l’âge de ce village
Autour des sentiers blancs, le sommeil de la mer,
Autour des tamaris le sommeil et l’amour,
Risque en alexandrins ces rixes, ces paresses,
Le sommeil de la mort sur la plage des jours.
Au coucher du soleil, mon village écarlate,
La mairie à la chaux puis le curé dodu,
Un jardin fou criblé d’oiseaux, de mille-pattes
Et l’église écoutant ses orgues suspendues.
Le bruit clair des lavoirs et le bruit sourd des sources.
Sur la place, un tilleul aveugle et répandu
Un chariot que la lune attelle à la grande Ourse
Et saint Eloi, patron des forgerons perdus.
Mon lit où la mort prend la forme du sommeil,
Disperse les songes assoupis sous mon toit,
Où je dors toujours seul et toujours avec toi
Car tu es sur ma vie comme une étoile blanche.
Au fond des prunelliers mon village éternel
Au bord de ta forêt, déchiré par l’orée
Au bas d’un doux ciel clos cravaché d’hirondelles,
Je t’aime mon village éternel, éternel,
Tes fumées tremblent dans mon cœur,
Tes volets s’ouvrent dans mes yeux ;
Je t’aime mon village innocent et joyeux
Où la vie fait un doux bruit d’ailes.
Autour des tamaris le sommeil et l’amour,
Risque en alexandrins ces rixes, ces paresses,
Le sommeil de la mort sur la plage des jours.
Au coucher du soleil, mon village écarlate,
La mairie à la chaux puis le curé dodu,
Un jardin fou criblé d’oiseaux, de mille-pattes
Et l’église écoutant ses orgues suspendues.
Le bruit clair des lavoirs et le bruit sourd des sources.
Sur la place, un tilleul aveugle et répandu
Un chariot que la lune attelle à la grande Ourse
Et saint Eloi, patron des forgerons perdus.
Mon lit où la mort prend la forme du sommeil,
Disperse les songes assoupis sous mon toit,
Où je dors toujours seul et toujours avec toi
Car tu es sur ma vie comme une étoile blanche.
Au fond des prunelliers mon village éternel
Au bord de ta forêt, déchiré par l’orée
Au bas d’un doux ciel clos cravaché d’hirondelles,
Je t’aime mon village éternel, éternel,
Tes fumées tremblent dans mon cœur,
Tes volets s’ouvrent dans mes yeux ;
Je t’aime mon village innocent et joyeux
Où la vie fait un doux bruit d’ailes.
Maurice Maeterlinck
Et sil revenait un jour
Et s’il revenait un jour
Que faut-il lui dire?
— Dites - lui qu’on l’attendit
Jusqu’a s’en mourir...
Et sil m’interroge encore
Sans me reconnaitre ?
— Parlez-lui comme une scéur,
Il souffre peut-étre...
Et s’il demande ow vous étes
Que faut-il répondre?
— Donnez-lui mon anneau d’or
Sans rien lui répondre...
Et s’il veut savoir pourquoi
La salle est déserte?
— Montrez-lui la lampe éteimte
Et la porte ouverte...
Et s’il m’interroge alors
Sur la dernière heure ?
— Dites-lui que j’ai souri
De peur qu’il ne pleure...
Que faut-il lui dire?
— Dites - lui qu’on l’attendit
Jusqu’a s’en mourir...
Et sil m’interroge encore
Sans me reconnaitre ?
— Parlez-lui comme une scéur,
Il souffre peut-étre...
Et s’il demande ow vous étes
Que faut-il répondre?
— Donnez-lui mon anneau d’or
Sans rien lui répondre...
Et s’il veut savoir pourquoi
La salle est déserte?
— Montrez-lui la lampe éteimte
Et la porte ouverte...
Et s’il m’interroge alors
Sur la dernière heure ?
— Dites-lui que j’ai souri
De peur qu’il ne pleure...
Maurice Maeterlinck
Trois princesses m’ont embrassé
Trois princesses m’ont embrassé.
La première dans les souterrains.
J’ai vu tomber des pierreries
Sur mes lèvres et sur mes mains.
Trois princesses m’ont embrassé.
La seconde dans les corridors.
Le soleil mangeait nos baisers.
J’ai vu qu’il faisait beau dehors.
Trois princesses m’ont embrassé.
La troisième au haut de la tour.
J’ai vu la fuite de l’amour,
Et l’espace l’emporter sans retour.
La première dans les souterrains.
J’ai vu tomber des pierreries
Sur mes lèvres et sur mes mains.
Trois princesses m’ont embrassé.
La seconde dans les corridors.
Le soleil mangeait nos baisers.
J’ai vu qu’il faisait beau dehors.
Trois princesses m’ont embrassé.
La troisième au haut de la tour.
J’ai vu la fuite de l’amour,
Et l’espace l’emporter sans retour.
Maurice Scève
Blason du sourcil
Sourcil tractif en voûte fléchissant
Trop plus qu’ébène, ou jayet noircissant.
Haut forgeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe, ou de mort ou de mieux.
Sourcil qui rend peureux les plus hardis,
Et courageux les plus accouardis.
Sourcil qui fait l’air clair obscur soudain,
Quand il froncit par ire, ou par dédain,
Et puis le rend serein, clair et joyeux
Quand il est doux, plaisant et gracieux.
Sourcil qui chasse et provoque les nues
Selon que sont ses archées tenues.
Sourcil assis au lieu haut pour enseigne
Par qui le cœur son vouloir nous enseigne
Nous découvrant sa profonde pensée :
Ou soit de paix, ou de guerre offensée.
Sourcil, non pas sourcil, mais un sous-ciel
Qui est le dixième et superficiel,
Où l’on peut voir deux étoiles ardentes,
Lesquelles sont de son arc dépendantes,
Étincelant plus souvent et plus clair
Qu’en été chaud un bien soudain éclair.
Sourcil qui fait mon espoir prospérer,
Et tout à coup me fait désespérer.
Sourcil sur qui amour prit le portrait
Et le patron de son arc, qui attrait
Hommes et dieux à son obéissance,
Par triste mort et douce jouissance.
Ô sourcil brun sous tes noires ténèbres
J’ensevelis en désirs trop funèbres
Ma liberté et ma dolente vie,
Qui doucement par toi me fut ravie.
Trop plus qu’ébène, ou jayet noircissant.
Haut forgeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe, ou de mort ou de mieux.
Sourcil qui rend peureux les plus hardis,
Et courageux les plus accouardis.
Sourcil qui fait l’air clair obscur soudain,
Quand il froncit par ire, ou par dédain,
Et puis le rend serein, clair et joyeux
Quand il est doux, plaisant et gracieux.
Sourcil qui chasse et provoque les nues
Selon que sont ses archées tenues.
Sourcil assis au lieu haut pour enseigne
Par qui le cœur son vouloir nous enseigne
Nous découvrant sa profonde pensée :
Ou soit de paix, ou de guerre offensée.
Sourcil, non pas sourcil, mais un sous-ciel
Qui est le dixième et superficiel,
Où l’on peut voir deux étoiles ardentes,
Lesquelles sont de son arc dépendantes,
Étincelant plus souvent et plus clair
Qu’en été chaud un bien soudain éclair.
Sourcil qui fait mon espoir prospérer,
Et tout à coup me fait désespérer.
Sourcil sur qui amour prit le portrait
Et le patron de son arc, qui attrait
Hommes et dieux à son obéissance,
Par triste mort et douce jouissance.
Ô sourcil brun sous tes noires ténèbres
J’ensevelis en désirs trop funèbres
Ma liberté et ma dolente vie,
Qui doucement par toi me fut ravie.
Maurice Scève
De la clere unde yssant hors Cytharée
De la clere unde yssant hors Cytharée,
Parmy Amours d’aymer non resolue,
En volupté non encor esgarée,
Mais de pensée, et de faict impolue,
Lors que Prognes le beau Printemps salue,
Et la Mer calme aux ventz plus ne s’irrite,
Entre plusieurs veit une marguerite
Dans sa Coquille, et la prenant j’eslys
Ceste, dit elle, en prys, lustre, et merite,
Pour decorer (un temps viendra) le Lys.
Parmy Amours d’aymer non resolue,
En volupté non encor esgarée,
Mais de pensée, et de faict impolue,
Lors que Prognes le beau Printemps salue,
Et la Mer calme aux ventz plus ne s’irrite,
Entre plusieurs veit une marguerite
Dans sa Coquille, et la prenant j’eslys
Ceste, dit elle, en prys, lustre, et merite,
Pour decorer (un temps viendra) le Lys.
Maurice Scève
Délie
L’Aube éteignait Étoiles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Horizon
Des monts cornus dorait les hautes cimes.
Lors du profond des ténébreux Abîmes,
Où mon penser par ses fâcheux ennuis
Me fait souvent percer les longues nuits,
Je révoquai à moi l’âme ravie :
Qui, desséchant mes larmoyants conduits,
Me fait clair voir le Soleil de ma vie…
L’ardent désir du haut bien désiré,
Qui aspirait à cette fin heureuse,
À de l’ardeur si grand feu attiré,
Que le corps vif est jà poussière Ombreuse :
Et de ma vie, en ce point malheureuse
Pour vouloir tout à son bien condescendre,
Et de mon être, ainsi réduit en cendre
Ne m’est resté, que ces deux signes-ci :
L’œil larmoyant pour piteuse te rendre,
La bouche ouverte à demander merci…
Comme des rais du soleil gracieux
Se paissent fleurs durant la Primevère,
Je me recrée aux rayons de ses yeux,
Et loin, et près autour d’eux persévère.
Si que le Cœur, qui en moi la révère,
La me fait voir en celle même essence
Que ferait l’Œil par sa belle présence,
Que tant j’honore et que tant je poursuis :
Parquoi de rien ne me nuit son absence,
Vu qu’en tous lieux, malgré moi, je la suis…
Tu te verras ton ivoire crêper
Par l’outrageuse, et tardive Vieillesse.
Lors sans pouvoir en rien participer
D’aucune joie, et humaine liesse,
Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
Que la pitié n’a su à soi ployer,
Ni du travail, qu’on m’a vu employer
À soutenir mes peines éphémères,
Comme Apollon, pour mérité loyer,
Sinon rameaux, et feuilles très amères…
De toi la douce et fraîche souvenance
Du premier jour qu’elle m’entra au cœur,
Avec ta haute et humble contenance,
Et ton regard d’Amour même vainqueur,
Y dépeignit par sa vive liqueur
Ton effigie au vif tant ressemblante,
Que depuis, l’Âme étonnée et tremblante
De jour l’admire, et la prie sans cesse :
Et sur la nuit tacite et sommeillante,
Quand tout repose, encor moins elle cesse.
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Horizon
Des monts cornus dorait les hautes cimes.
Lors du profond des ténébreux Abîmes,
Où mon penser par ses fâcheux ennuis
Me fait souvent percer les longues nuits,
Je révoquai à moi l’âme ravie :
Qui, desséchant mes larmoyants conduits,
Me fait clair voir le Soleil de ma vie…
L’ardent désir du haut bien désiré,
Qui aspirait à cette fin heureuse,
À de l’ardeur si grand feu attiré,
Que le corps vif est jà poussière Ombreuse :
Et de ma vie, en ce point malheureuse
Pour vouloir tout à son bien condescendre,
Et de mon être, ainsi réduit en cendre
Ne m’est resté, que ces deux signes-ci :
L’œil larmoyant pour piteuse te rendre,
La bouche ouverte à demander merci…
Comme des rais du soleil gracieux
Se paissent fleurs durant la Primevère,
Je me recrée aux rayons de ses yeux,
Et loin, et près autour d’eux persévère.
Si que le Cœur, qui en moi la révère,
La me fait voir en celle même essence
Que ferait l’Œil par sa belle présence,
Que tant j’honore et que tant je poursuis :
Parquoi de rien ne me nuit son absence,
Vu qu’en tous lieux, malgré moi, je la suis…
Tu te verras ton ivoire crêper
Par l’outrageuse, et tardive Vieillesse.
Lors sans pouvoir en rien participer
D’aucune joie, et humaine liesse,
Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
Que la pitié n’a su à soi ployer,
Ni du travail, qu’on m’a vu employer
À soutenir mes peines éphémères,
Comme Apollon, pour mérité loyer,
Sinon rameaux, et feuilles très amères…
De toi la douce et fraîche souvenance
Du premier jour qu’elle m’entra au cœur,
Avec ta haute et humble contenance,
Et ton regard d’Amour même vainqueur,
Y dépeignit par sa vive liqueur
Ton effigie au vif tant ressemblante,
Que depuis, l’Âme étonnée et tremblante
De jour l’admire, et la prie sans cesse :
Et sur la nuit tacite et sommeillante,
Quand tout repose, encor moins elle cesse.
Maurice Scève
En toy le vis.
En toy je vis, où que tu sois absente :
En moy je meurs, où que soye present.
Tant loing sois tu, tousjours tu es presente :
Pour pres que soye, encores suis je absent.
Et si nature oultragee se sent
De me veoir vivre en toy trop plus, qu’en moy :
Le hault povoir qui, ouvrant sans esmoy,
Infuse l’ame en ce mien corps passible,
La prevoyant sans son essence en soy,
En toy l’estend, comme en son plus possible.
En moy je meurs, où que soye present.
Tant loing sois tu, tousjours tu es presente :
Pour pres que soye, encores suis je absent.
Et si nature oultragee se sent
De me veoir vivre en toy trop plus, qu’en moy :
Le hault povoir qui, ouvrant sans esmoy,
Infuse l’ame en ce mien corps passible,
La prevoyant sans son essence en soy,
En toy l’estend, comme en son plus possible.
Maurice Scève
Fait paresseux en ma longue esperance
Fait paresseux en ma longue esperance,
Avec le Corps l’Esprit est tant remis,
Que l’un ne sent sa mortelle souffrance,
Et l’aultre moins congnoit ses ennemys.
Parquoy je ignore, estant d’espoir demis,
Si ce mien vivre est vitupere, ou los,
Mais je scay bien, que pour estre forclos
De ta mercy, de mon bien tu me prives :
Et par celà tu veulx, que le mal clos
Vive en l’obscur de mes tristes Archives.
Avec le Corps l’Esprit est tant remis,
Que l’un ne sent sa mortelle souffrance,
Et l’aultre moins congnoit ses ennemys.
Parquoy je ignore, estant d’espoir demis,
Si ce mien vivre est vitupere, ou los,
Mais je scay bien, que pour estre forclos
De ta mercy, de mon bien tu me prives :
Et par celà tu veulx, que le mal clos
Vive en l’obscur de mes tristes Archives.
Maurice Scève
L’Aulbe estaingnoit Estoilles à foison
L’Aulbe estaingnoit Estoilles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Orison
Des montz cornuz doroit les haultes cymes.
Lors du profond des tenebreux Abysmes,
Ou mon penser par ses fascheux ennuyz
Me fait souvent percer les longues nuictz,
Je revoquay à moy l’ame ravie :
Qui, dessechant mes larmoyants conduictz,
Me feit cler veoir le Soleil de ma vie.
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Orison
Des montz cornuz doroit les haultes cymes.
Lors du profond des tenebreux Abysmes,
Ou mon penser par ses fascheux ennuyz
Me fait souvent percer les longues nuictz,
Je revoquay à moy l’ame ravie :
Qui, dessechant mes larmoyants conduictz,
Me feit cler veoir le Soleil de ma vie.
Maurice Scève
La Mort pourra m’oster et temps, et heure
La Mort pourra m’oster et temps, et heure,
Voire encendrir la mienne arse despouille :
Mais qu’elle face, en fin que je ne vueille
Te desirer, encor que mon feu meure ?
Si grand povoir en elle ne demeure.
Tes fiers desdaingz, toute ta froide essence,
Ne feront point, me nyant ta presence,
Qu’en mon penser audacieux ne vive,
Qui, maulgré Mort, et maulgré toute absence,
Te represente à moy trop plus, que vive.
Voire encendrir la mienne arse despouille :
Mais qu’elle face, en fin que je ne vueille
Te desirer, encor que mon feu meure ?
Si grand povoir en elle ne demeure.
Tes fiers desdaingz, toute ta froide essence,
Ne feront point, me nyant ta presence,
Qu’en mon penser audacieux ne vive,
Qui, maulgré Mort, et maulgré toute absence,
Te represente à moy trop plus, que vive.
Maurice Scève
Moins je le voy...
Moins je la voy, certes plus je la hays :
Plus je la hays, et moins elle me fasche.
Plus je l’estime, et moins compte j’en fais :
Plus je la fuys, plus veulx qu’elle me sache.
En un moment deux divers traictz me lasche
Amour et hayne, ennuy avec plaisir.
Forte est l’amour, qui lors me vient saisir,
Quand hayne vient, et vengeance me crie :
Ainsi me faict hayr mon vain desir
Celle pour qui mon cœur tousjours me prie.
Plus je la hays, et moins elle me fasche.
Plus je l’estime, et moins compte j’en fais :
Plus je la fuys, plus veulx qu’elle me sache.
En un moment deux divers traictz me lasche
Amour et hayne, ennuy avec plaisir.
Forte est l’amour, qui lors me vient saisir,
Quand hayne vient, et vengeance me crie :
Ainsi me faict hayr mon vain desir
Celle pour qui mon cœur tousjours me prie.
Maurice Scève
Qui cuyderoit du milieu de tant d’Anges
Qui cuyderoit du milieu de tant d’Anges
Trop plus parfaictz, que plusieurs des haultz cieulx,
Amour parfaire aultrepart ses vendanges,
Voire en Hyver, qui jà pernicieux
Va dépeuplant les champs delicieux,
De sa fureur faisant premier essay.
Et qu’il soit vray, et comme je le scay :
Constrainct : je suis d’un grand desir extresme
Venir au lieu, non ou je te laissay,
Mais, t’y laissant je m’y perdis moymesme.
Trop plus parfaictz, que plusieurs des haultz cieulx,
Amour parfaire aultrepart ses vendanges,
Voire en Hyver, qui jà pernicieux
Va dépeuplant les champs delicieux,
De sa fureur faisant premier essay.
Et qu’il soit vray, et comme je le scay :
Constrainct : je suis d’un grand desir extresme
Venir au lieu, non ou je te laissay,
Mais, t’y laissant je m’y perdis moymesme.
Maurice Scève
Si doulcement le venin de tes yeulx
Si doulcement le venin de tes yeulx
Par mesme lieu aux fonz du cœur entra,
Que sans douleur le desir soucyeux
De liberté tout seul il rencontra.
Mais, l’occupant, peu à peu, penetra,
Où l’Ame libre en grand seurté vivoit :
Alors le sang, qui d’elle charge avoit,
Les membres laisse et fuit au profond Puys,
Voulant cacher le feu que chascun voit,
Lequel je couvre, et celer ne le puis.
Par mesme lieu aux fonz du cœur entra,
Que sans douleur le desir soucyeux
De liberté tout seul il rencontra.
Mais, l’occupant, peu à peu, penetra,
Où l’Ame libre en grand seurté vivoit :
Alors le sang, qui d’elle charge avoit,
Les membres laisse et fuit au profond Puys,
Voulant cacher le feu que chascun voit,
Lequel je couvre, et celer ne le puis.
Maurice Scève
Si le desir, image de la chose
Si le desir, image de la chose
Que plus on ayme, est du cœur le miroir,
Qui tousjours fait par memoire apparoir
Celle où l’esprit de ma vie repose,
A quelle fin mon vain vouloir propose
De m’esloingner de ce qui plus me suyt?
Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuyt,
Pour mieulx le rendre aux rhetz de servitude :
Plus je m’absente et plus le mal s’ensuyt
De ce doulx bien, Dieu de l’amaritude.
Que plus on ayme, est du cœur le miroir,
Qui tousjours fait par memoire apparoir
Celle où l’esprit de ma vie repose,
A quelle fin mon vain vouloir propose
De m’esloingner de ce qui plus me suyt?
Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuyt,
Pour mieulx le rendre aux rhetz de servitude :
Plus je m’absente et plus le mal s’ensuyt
De ce doulx bien, Dieu de l’amaritude.
Maurice Scève
Tant je l’aymay, qu’en elle encor je vis
Tant je l’aymay, qu’en elle encor je vis :
Et tant la vy, que, maulgre moy, je l’ayme.
Le sens, et l’âme y furent tant ravis,
Que par l’Œil fault que le cœur la desayme.
Est-il possible en ce degré suprême
Que fermeté son oultrepas révoque ?
Tant fut la flamme en nous deux réciproque,
Que mon feu luict, quand le sien clair m’appert
Mourant le sien, le mien tost se suffoque.
Et ainsi elle, en se perdant, me pert.
Et tant la vy, que, maulgre moy, je l’ayme.
Le sens, et l’âme y furent tant ravis,
Que par l’Œil fault que le cœur la desayme.
Est-il possible en ce degré suprême
Que fermeté son oultrepas révoque ?
Tant fut la flamme en nous deux réciproque,
Que mon feu luict, quand le sien clair m’appert
Mourant le sien, le mien tost se suffoque.
Et ainsi elle, en se perdant, me pert.
Maurice Scève
Toute doulceur d’Amour est destrempée
Toute doulceur d’Amour est destrempée
De fiel amer, et de mortel venin,
. . . . . .
De fiel amer, et de mortel venin,
. . . . . .
Max Jacob
Pour les enfants et pour les raffines
Sur un cheval gris
A Nevers
Sur un cheval vert
A Issoire
Sur un cheval noir
Ah! qwil est beau! qu’il est beau!
Ah! quwil est beau! qu’il est beau!
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne.
Qui est mort à Perpignan ?
C’est la femm’ du commandant.
Qui est mort a la Rochelle ?
C’est la nièce au colonel!
Qui est mort a Epinal ?
C’est la femme du caporal!
Tiou!
Et a Paris, papa chéri.
Fais à Paris! qu’est-ce que tu me donnes À Paris?
Je te donne pour ta fête
Un chapeau noisette
Un petit sac en satin
Pour le tenir à la main.
Un parasol en soie blanche
Avec des glands sur le manche
Un habit doré sur tranche
Des souliers couleur orange.
Ne les mets que le dimanche
Un collier, des bijoux
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne!
C’est la cloche de Paris
Il est temps d’aller au lit
C’est la cloche de Nogent
Papa va en faire autant.
C’est la cloche de Givet
Il est ’heure d’aller se coucher.
Ah! non! pas encore! dis!
Achète-moi aussi une voiture en fer
Qui lève la poussière
Par devant et par derrière,
Attention à vous! mesdames les garde-barrières
Voila Yvonne et son p’tit père
Tiou!
A Nevers
Sur un cheval vert
A Issoire
Sur un cheval noir
Ah! qwil est beau! qu’il est beau!
Ah! quwil est beau! qu’il est beau!
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne.
Qui est mort à Perpignan ?
C’est la femm’ du commandant.
Qui est mort a la Rochelle ?
C’est la nièce au colonel!
Qui est mort a Epinal ?
C’est la femme du caporal!
Tiou!
Et a Paris, papa chéri.
Fais à Paris! qu’est-ce que tu me donnes À Paris?
Je te donne pour ta fête
Un chapeau noisette
Un petit sac en satin
Pour le tenir à la main.
Un parasol en soie blanche
Avec des glands sur le manche
Un habit doré sur tranche
Des souliers couleur orange.
Ne les mets que le dimanche
Un collier, des bijoux
Tiou!
C’est la cloche qui sonne
Pour ma fille Yvonne!
C’est la cloche de Paris
Il est temps d’aller au lit
C’est la cloche de Nogent
Papa va en faire autant.
C’est la cloche de Givet
Il est ’heure d’aller se coucher.
Ah! non! pas encore! dis!
Achète-moi aussi une voiture en fer
Qui lève la poussière
Par devant et par derrière,
Attention à vous! mesdames les garde-barrières
Voila Yvonne et son p’tit père
Tiou!
Max Jacob
Souvenirs du vieux Montmartre
J’épouse un facteur en retraite !
Après la noce, un strapontin
Se peut-il que maman répète
Ce soir à la Porte-Saint-Martin.
Il faudra noter vos dépenses,
les recettes s’il y en a.
C’est moins pénible qu’on ne pense
et ton mari t’approuvera.
Ma mère était danseuse,
mon père chapardeur,
c’est pourquoi je suis pieuse
et j’ai la bouche en cœur.
Après la noce, un strapontin
Se peut-il que maman répète
Ce soir à la Porte-Saint-Martin.
Il faudra noter vos dépenses,
les recettes s’il y en a.
C’est moins pénible qu’on ne pense
et ton mari t’approuvera.
Ma mère était danseuse,
mon père chapardeur,
c’est pourquoi je suis pieuse
et j’ai la bouche en cœur.
Mellin de Saint-Gelais
L’Œil
Œil attrayant, œil arresté,
De qui la celeste clarté
Peut les plus clairs yeux esblouïr,
Et les plus tristes esjouïr :
Œil, le seul soleil de mon ame,
De qui la non visible flamme
En moy fait tous les changemens
Qu’un soleil fait aux elemens,
Disposant le monde par eux
A temps froid ou à chaleureux,
A temps pluvieux ou serain,
Selon qu’il est proche ou loingtain…
De qui la celeste clarté
Peut les plus clairs yeux esblouïr,
Et les plus tristes esjouïr :
Œil, le seul soleil de mon ame,
De qui la non visible flamme
En moy fait tous les changemens
Qu’un soleil fait aux elemens,
Disposant le monde par eux
A temps froid ou à chaleureux,
A temps pluvieux ou serain,
Selon qu’il est proche ou loingtain…
Molière
C’est trop longtemps, Iris, me mettre à la torture
C’est trop longtemps, Iris, me mettre à la torture,
Et si je suis vos lois, je les blâme tout bas
De me forcer à taire un tourment que j’endure,
Pour déclarer un mal que je ne ressens pas.
Faut-il que vos beaux yeux, à qui je rends les armes,
Veuillent se divertir de mes tristes soupirs ?
Et n’est-ce pas assez de souffrir pour vos charmes,
Sans me faire souffrir encor pour vos plaisirs ?
C’en est trop à la fois que ce double martyre ;
Et ce qu’il me faut taire, et ce qu’il me faut dire
Exerce sur mon cœur pareille cruauté.
L’amour le met en feu, la contrainte le tue;
Et si par la pitié vous n’êtes combattue,
Je meurs et de la feinte, et de la vérité.
Et si je suis vos lois, je les blâme tout bas
De me forcer à taire un tourment que j’endure,
Pour déclarer un mal que je ne ressens pas.
Faut-il que vos beaux yeux, à qui je rends les armes,
Veuillent se divertir de mes tristes soupirs ?
Et n’est-ce pas assez de souffrir pour vos charmes,
Sans me faire souffrir encor pour vos plaisirs ?
C’en est trop à la fois que ce double martyre ;
Et ce qu’il me faut taire, et ce qu’il me faut dire
Exerce sur mon cœur pareille cruauté.
L’amour le met en feu, la contrainte le tue;
Et si par la pitié vous n’êtes combattue,
Je meurs et de la feinte, et de la vérité.
Molière
Couplet d’une Chanson pour Christine de
Loin de moi, loin de moi, tristesse,
Sanglots, larmes, soupirs,
Je revois la Princesse,
Qui fait tous mes désirs,
Ô célestes plaisirs, doux transports d’allégresse !
Viens, mort, quand tu voudras,
Me donner le trépas,
J’ai revu ma Princesse.
Sanglots, larmes, soupirs,
Je revois la Princesse,
Qui fait tous mes désirs,
Ô célestes plaisirs, doux transports d’allégresse !
Viens, mort, quand tu voudras,
Me donner le trépas,
J’ai revu ma Princesse.
Molière
Stances
Souffrez qu’Amour cette nuit vous réveille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait :
Et, lorsqu’on aime et que le cœur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire :
Pour l’éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !
Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu’étant des cœurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi.
Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d’Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait :
Et, lorsqu’on aime et que le cœur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire :
Pour l’éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !
Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu’étant des cœurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi.
Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d’Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.
O. V. de L. Milosz
Chant de la lointaine
... Je serai, dans ton coeur, l’été sans fin des iles
Du Sud, un paysage vierge ou tes accords
Connaitront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;
Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Ow toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!
Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;
Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.
A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A facgonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.
Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;
Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.
Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaitrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant a de candides mers.
Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton cœur orphelin du vieux temps.
Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le cœur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.
Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaitront en moi la sœur du confident.
Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A Valoés qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!
Puis, trouvant à ma bouche un godt de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit à son mirage
Dans une eau calme, a l’heure où le soleil est bas.
Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Ow se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mire ;
La moire des vents lourds se couche sur les blés ;
La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.
Confidente de ’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrénes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»
Et tu diras encor :« J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goat de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de sœur. »
— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.
L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’Ames apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Ow Pinsomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »
— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mares,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon Ame aux midis exaltés.
Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme !’ennui du soir.
Je me suis embarqué, sur le fleuve des Ames,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A Vonde léthéenne oi je me reconnais ;
Et mon cœur est la cloche où s’exaspére et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon Ame
Comme sur les noyés le poids de l’océan:
Du Sud, un paysage vierge ou tes accords
Connaitront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;
Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Ow toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!
Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;
Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.
A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A facgonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.
Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;
Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.
Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaitrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant a de candides mers.
Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton cœur orphelin du vieux temps.
Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le cœur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.
Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaitront en moi la sœur du confident.
Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A Valoés qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!
Puis, trouvant à ma bouche un godt de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit à son mirage
Dans une eau calme, a l’heure où le soleil est bas.
Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Ow se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mire ;
La moire des vents lourds se couche sur les blés ;
La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.
Confidente de ’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrénes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»
Et tu diras encor :« J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goat de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de sœur. »
— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.
L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’Ames apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Ow Pinsomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »
— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mares,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon Ame aux midis exaltés.
Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme !’ennui du soir.
Je me suis embarqué, sur le fleuve des Ames,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A Vonde léthéenne oi je me reconnais ;
Et mon cœur est la cloche où s’exaspére et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon Ame
Comme sur les noyés le poids de l’océan: