Poèmes de ce thème
Amour romantique
Louise Labé
Tout aussi tot que je commence à prendre
Tout aussitôt que je commence à prendre
Dans le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit, hors de moi retiré,
S’en va vers toi incontinent se rendre.
Lors m’est avis que dedans mon sein tendre
Je tiens le bien où j’ai tant aspiré,
Et pour lequel j’ai si haut soupiré
Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.
O doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe ;
Et si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité,
Faites au moins qu’elle en ait en mensonge.
Dans le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit, hors de moi retiré,
S’en va vers toi incontinent se rendre.
Lors m’est avis que dedans mon sein tendre
Je tiens le bien où j’ai tant aspiré,
Et pour lequel j’ai si haut soupiré
Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.
O doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !
Plaisant repos, plein de tranquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe ;
Et si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité,
Faites au moins qu’elle en ait en mensonge.
Marc de Papillon de Lasphrise
Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy
Ha! mon TOUT, je me meurs, pour Dieu secourez moy
Si ce n’est l’amitié, la pitié vous convie,
Ô l’ame de mon ame : hé! n’as-tu point d’envie
De secourir celuy qui trespasse pour toy?
Pourquoy m’es-tu cruelle? hé! je ne sçay pourquoy :
Si j’ay failly en rien dy-le je te supplie,
Mais haste-toy m’Amour, mais haste-toy m’Amie :
Car ja desja me talonne chez soy.
Vrayment ce te sera une pauvre victoire
D’esteindre le flambeau qui fait luyre ta gloire,
Tu perdrois ton honneur : approche donc, mon TOUT,
Et me baisotte un peu de ta bouche mignonne,
Frayant mignardement langue bout contre bout.
Vien, l’Amour en bon lieu ne redoute personne.
Si ce n’est l’amitié, la pitié vous convie,
Ô l’ame de mon ame : hé! n’as-tu point d’envie
De secourir celuy qui trespasse pour toy?
Pourquoy m’es-tu cruelle? hé! je ne sçay pourquoy :
Si j’ay failly en rien dy-le je te supplie,
Mais haste-toy m’Amour, mais haste-toy m’Amie :
Car ja desja me talonne chez soy.
Vrayment ce te sera une pauvre victoire
D’esteindre le flambeau qui fait luyre ta gloire,
Tu perdrois ton honneur : approche donc, mon TOUT,
Et me baisotte un peu de ta bouche mignonne,
Frayant mignardement langue bout contre bout.
Vien, l’Amour en bon lieu ne redoute personne.
Marc de Papillon de Lasphrise
J’ay mille et mille fois baisé et rebaisé
J’ay mille et mille fois baisé et rebaisé
Le beau petit connin de ma gente Maistresse,
Je l’ay tant caressé de si douce caresse,
Que mon feu violent s’est un peu appaisé.
Mais si je suis un jour de son jour devisé,
Je brusle à petit feu ayant triste liesse ;
Car je pers maugré moy la feconde richesse,
Ce doux flux qui d’Amour a son nom déguisé.
Je ne fay, je ne dy, je ne pense, et ne songe
Qu’en elle toute en moy, qui toute en moy se plonge,
Sans elle les plaisirs deplaisent à mes yeux.
Sans elle je ne suis, je ne suis point sans elle,
Je suis comme en extase en un goulfre orgueilleux,
Il me faut donc pour estre, accompaigner ma Belle.
Le beau petit connin de ma gente Maistresse,
Je l’ay tant caressé de si douce caresse,
Que mon feu violent s’est un peu appaisé.
Mais si je suis un jour de son jour devisé,
Je brusle à petit feu ayant triste liesse ;
Car je pers maugré moy la feconde richesse,
Ce doux flux qui d’Amour a son nom déguisé.
Je ne fay, je ne dy, je ne pense, et ne songe
Qu’en elle toute en moy, qui toute en moy se plonge,
Sans elle les plaisirs deplaisent à mes yeux.
Sans elle je ne suis, je ne suis point sans elle,
Je suis comme en extase en un goulfre orgueilleux,
Il me faut donc pour estre, accompaigner ma Belle.
Marc de Papillon de Lasphrise
Quoy”? qu’est-ce que cecy, ma Mignonne, es-tu folle ?
Quoy”? qu’est-ce que cecy, ma Mignonne, es-tu folle ?
Ne te mocques-tu point? penses-tu appaiser
L’audace de mon feu par un simple baiser,
D’un gracieux regard, d’une douce parolle ?
Ni pour la compagnie, il faut que je t’accolle,
Ne crai
ans qu’on le descouvre, on ne p eut I adviser,
Selon qu’il me plaist ore avec toy deviser
Assis sur ceste chaire aggreablement molle.
Puis chacun parle à part s’entretenant tout bas,
Faisons ainsi afin qu’on ne s’en doute pas,
Prenons l’occasion qui douce nous saluë.
Là feignant d’admirer ton bel entendement,
Te serrant pres de moy j’hausseray vistement
Ton linge délié par ta juppe fenduèë.
Ne te mocques-tu point? penses-tu appaiser
L’audace de mon feu par un simple baiser,
D’un gracieux regard, d’une douce parolle ?
Ni pour la compagnie, il faut que je t’accolle,
Ne crai
ans qu’on le descouvre, on ne p eut I adviser,
Selon qu’il me plaist ore avec toy deviser
Assis sur ceste chaire aggreablement molle.
Puis chacun parle à part s’entretenant tout bas,
Faisons ainsi afin qu’on ne s’en doute pas,
Prenons l’occasion qui douce nous saluë.
Là feignant d’admirer ton bel entendement,
Te serrant pres de moy j’hausseray vistement
Ton linge délié par ta juppe fenduèë.
Marie de France
Le chèvrefeuille
J’ai bien envie de vous raconter
la véritable histoire
du lai qu’on appelle Le chèvrefeuille
et de vous dire comment il fut composé et quelle fut son origine.
On m’a souvent relaté
L’histoire de Tristan et de la reine,
et je l’ai aussi trouvée dans un livre,
l’histoire de leur amour si parfait,
qui leur valut tant de souffrances
puis les fit mourir le même jour.
Le roi Marc, furieux
contre son neveu Tristan,
l’avait chassé de sa cour
à cause de son amour pour la reine.
Tristan a regagné son pays natal,
le sud du pays de Galles,
pour y demeurer une année entière
sans pouvoir revenir.
Il s’est pourtant ensuite exposé sans hésiter
au tourment et à la mort.
N’en soyez pas surpris :
l’amant loyal
est triste et affligé
loin de l’objet de son désir.
Tristan, désespéré,
a donc quitté son pays
pour aller tout droit en Cornouaille,
là où vit la reine.
Il se réfugie, seul, dans la forêt,
pour ne pas être vu.
Il en sort le soir
pour chercher un abri
et se fait héberger pour la nuit
chez des paysans, de pauvres gens.
Il leur demande
des nouvelles du roi
et ils répondent
que les barons, dit-on,
sont convoqués à Tintagel.
Ils y seront tous pour la Pentecôte
car le roi veut y célébrer une fête :
il y aura de grandes réjouissances
et la reine accompagnera le roi.
Cette nouvelle remplit Tristan de joie :
elle ne pourra pas se rendre à Tintagel
sans qu’il la voie passer !
Le jour du départ du roi,
il revient dans la forêt,
sur le chemin que le cortège
doit emprunter, il le sait.
Il coupe par le milieu une baguette de noisetier
Qu’il taille pour l’équarrir.
Sur le bâton ainsi préparé,
il grave son nom avec son couteau.
La reine est très attentive à ce genre de signal :
si elle aperçoit le bâton,
elle y reconnaîtra bien
aussitôt un message de son ami.
Elle l’a déjà reconnu,
un jour, de cette manière.
Ce que disait le message
écrit par Tristan,
c’était qu’il attendait
depuis longtemps dans la forêt
à épier et à guetter
le moyen de la voir
car il ne pouvait pas vivre sans elle.
Ils étaient tous deux
comme le chèvrefeuille
qui s’enroule autour du noisetier :
quand il s’y est enlacé
et qu’il entoure la tige,
ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps.
Mais si l’on veut ensuite les séparer,
le noisetier a tôt fait de mourir,
tout comme le chèvrefeuille.
« Belle amie, ainsi en va-t-il de nous :
ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »
La reine s’avance à cheval,
regardant devant elle.
Elle aperçoit le bâton
et en reconnaît toutes les lettres.
Elle donne l’ordre de s’arrêter
aux chevaliers de son escorte,
qui font route avec elle :
elle veut descendre de cheval et se reposer.
On lui obéit
et elle s’éloigne de sa suite,
appelant près d’elle
Brangien, sa loyale suivante.
S’écartant un peu du chemin,
elle découvre dans la forêt
l’être qu’elle aime le plus au monde.
Ils ont enfin la joie de se retrouver !
Il peut lui parler à son aise
et elle, lui dire tout ce qu’elle veut.
Puis elle lui explique
comment se réconcilier avec le roi :
elle a bien souffert
de le voir ainsi congédié,
mais c’est qu’on l’avait accusé auprès du roi.
Puis il lui faut partir, laisser son ami :
au moment de se séparer,
ils se mettent à pleurer.
Tristan regagne le pays de Galles
en attendant d’être rappelé par son oncle.
Pour la joie qu’il avait eue
de retrouver son amie,
et pour préserver le souvenir du message qu’il avait écrit
et des paroles échangées,
Tristan, qui était bon joueur de harpe,
composa, à la demande de la reine,
un nouveau lai.
D’un seul mot je vous le nommerai :
les Anglais l’appellent Goatleaf
et les Français Chèvrefeuille.
Vous venez d’entendre la véritable histoire
du lai que je vous ai raconté.
la véritable histoire
du lai qu’on appelle Le chèvrefeuille
et de vous dire comment il fut composé et quelle fut son origine.
On m’a souvent relaté
L’histoire de Tristan et de la reine,
et je l’ai aussi trouvée dans un livre,
l’histoire de leur amour si parfait,
qui leur valut tant de souffrances
puis les fit mourir le même jour.
Le roi Marc, furieux
contre son neveu Tristan,
l’avait chassé de sa cour
à cause de son amour pour la reine.
Tristan a regagné son pays natal,
le sud du pays de Galles,
pour y demeurer une année entière
sans pouvoir revenir.
Il s’est pourtant ensuite exposé sans hésiter
au tourment et à la mort.
N’en soyez pas surpris :
l’amant loyal
est triste et affligé
loin de l’objet de son désir.
Tristan, désespéré,
a donc quitté son pays
pour aller tout droit en Cornouaille,
là où vit la reine.
Il se réfugie, seul, dans la forêt,
pour ne pas être vu.
Il en sort le soir
pour chercher un abri
et se fait héberger pour la nuit
chez des paysans, de pauvres gens.
Il leur demande
des nouvelles du roi
et ils répondent
que les barons, dit-on,
sont convoqués à Tintagel.
Ils y seront tous pour la Pentecôte
car le roi veut y célébrer une fête :
il y aura de grandes réjouissances
et la reine accompagnera le roi.
Cette nouvelle remplit Tristan de joie :
elle ne pourra pas se rendre à Tintagel
sans qu’il la voie passer !
Le jour du départ du roi,
il revient dans la forêt,
sur le chemin que le cortège
doit emprunter, il le sait.
Il coupe par le milieu une baguette de noisetier
Qu’il taille pour l’équarrir.
Sur le bâton ainsi préparé,
il grave son nom avec son couteau.
La reine est très attentive à ce genre de signal :
si elle aperçoit le bâton,
elle y reconnaîtra bien
aussitôt un message de son ami.
Elle l’a déjà reconnu,
un jour, de cette manière.
Ce que disait le message
écrit par Tristan,
c’était qu’il attendait
depuis longtemps dans la forêt
à épier et à guetter
le moyen de la voir
car il ne pouvait pas vivre sans elle.
Ils étaient tous deux
comme le chèvrefeuille
qui s’enroule autour du noisetier :
quand il s’y est enlacé
et qu’il entoure la tige,
ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps.
Mais si l’on veut ensuite les séparer,
le noisetier a tôt fait de mourir,
tout comme le chèvrefeuille.
« Belle amie, ainsi en va-t-il de nous :
ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »
La reine s’avance à cheval,
regardant devant elle.
Elle aperçoit le bâton
et en reconnaît toutes les lettres.
Elle donne l’ordre de s’arrêter
aux chevaliers de son escorte,
qui font route avec elle :
elle veut descendre de cheval et se reposer.
On lui obéit
et elle s’éloigne de sa suite,
appelant près d’elle
Brangien, sa loyale suivante.
S’écartant un peu du chemin,
elle découvre dans la forêt
l’être qu’elle aime le plus au monde.
Ils ont enfin la joie de se retrouver !
Il peut lui parler à son aise
et elle, lui dire tout ce qu’elle veut.
Puis elle lui explique
comment se réconcilier avec le roi :
elle a bien souffert
de le voir ainsi congédié,
mais c’est qu’on l’avait accusé auprès du roi.
Puis il lui faut partir, laisser son ami :
au moment de se séparer,
ils se mettent à pleurer.
Tristan regagne le pays de Galles
en attendant d’être rappelé par son oncle.
Pour la joie qu’il avait eue
de retrouver son amie,
et pour préserver le souvenir du message qu’il avait écrit
et des paroles échangées,
Tristan, qui était bon joueur de harpe,
composa, à la demande de la reine,
un nouveau lai.
D’un seul mot je vous le nommerai :
les Anglais l’appellent Goatleaf
et les Français Chèvrefeuille.
Vous venez d’entendre la véritable histoire
du lai que je vous ai raconté.
Marie de France
Le Lai du Chèvrefeuille
… Le jour que le roi parti fut,
Tristan est au bois revenu
Sur le chemin où il savait
Que la route passer devait.
Un coudrier tailla parmi,
Et tout carrément le fendit.
Quand il a paré le bâton,
De son couteau écrit son nom.
Si la reine l’apercevait,
Qui grande garde en prenait —
Autrefois était advenu
Qu’ainsi l’avait aperçu —
De son ami bien connaîtra
Le bâton quand elle verra.
Ci fut la somme de l’écrit
Qu’il lui avait mandé et dit :
Qu’il a longtemps, tout cet été,
Et attendu et séjourné
Pour épier et pour savoir
Comment il la pourrait revoir
Car sans elle il n’a point de vie.
De ces deux, il en fut ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier s’attachait :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Qui plus tard les veut détacher,
Le coudrier tue vivement
Et chèvrefeuille mêmement.
« Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous! »…
Tristan est au bois revenu
Sur le chemin où il savait
Que la route passer devait.
Un coudrier tailla parmi,
Et tout carrément le fendit.
Quand il a paré le bâton,
De son couteau écrit son nom.
Si la reine l’apercevait,
Qui grande garde en prenait —
Autrefois était advenu
Qu’ainsi l’avait aperçu —
De son ami bien connaîtra
Le bâton quand elle verra.
Ci fut la somme de l’écrit
Qu’il lui avait mandé et dit :
Qu’il a longtemps, tout cet été,
Et attendu et séjourné
Pour épier et pour savoir
Comment il la pourrait revoir
Car sans elle il n’a point de vie.
De ces deux, il en fut ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier s’attachait :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Qui plus tard les veut détacher,
Le coudrier tue vivement
Et chèvrefeuille mêmement.
« Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous! »…
Maurice Maeterlinck
Trois princesses m’ont embrassé
Trois princesses m’ont embrassé.
La première dans les souterrains.
J’ai vu tomber des pierreries
Sur mes lèvres et sur mes mains.
Trois princesses m’ont embrassé.
La seconde dans les corridors.
Le soleil mangeait nos baisers.
J’ai vu qu’il faisait beau dehors.
Trois princesses m’ont embrassé.
La troisième au haut de la tour.
J’ai vu la fuite de l’amour,
Et l’espace l’emporter sans retour.
La première dans les souterrains.
J’ai vu tomber des pierreries
Sur mes lèvres et sur mes mains.
Trois princesses m’ont embrassé.
La seconde dans les corridors.
Le soleil mangeait nos baisers.
J’ai vu qu’il faisait beau dehors.
Trois princesses m’ont embrassé.
La troisième au haut de la tour.
J’ai vu la fuite de l’amour,
Et l’espace l’emporter sans retour.
Maurice Scève
Blason du sourcil
Sourcil tractif en voûte fléchissant
Trop plus qu’ébène, ou jayet noircissant.
Haut forgeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe, ou de mort ou de mieux.
Sourcil qui rend peureux les plus hardis,
Et courageux les plus accouardis.
Sourcil qui fait l’air clair obscur soudain,
Quand il froncit par ire, ou par dédain,
Et puis le rend serein, clair et joyeux
Quand il est doux, plaisant et gracieux.
Sourcil qui chasse et provoque les nues
Selon que sont ses archées tenues.
Sourcil assis au lieu haut pour enseigne
Par qui le cœur son vouloir nous enseigne
Nous découvrant sa profonde pensée :
Ou soit de paix, ou de guerre offensée.
Sourcil, non pas sourcil, mais un sous-ciel
Qui est le dixième et superficiel,
Où l’on peut voir deux étoiles ardentes,
Lesquelles sont de son arc dépendantes,
Étincelant plus souvent et plus clair
Qu’en été chaud un bien soudain éclair.
Sourcil qui fait mon espoir prospérer,
Et tout à coup me fait désespérer.
Sourcil sur qui amour prit le portrait
Et le patron de son arc, qui attrait
Hommes et dieux à son obéissance,
Par triste mort et douce jouissance.
Ô sourcil brun sous tes noires ténèbres
J’ensevelis en désirs trop funèbres
Ma liberté et ma dolente vie,
Qui doucement par toi me fut ravie.
Trop plus qu’ébène, ou jayet noircissant.
Haut forgeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe, ou de mort ou de mieux.
Sourcil qui rend peureux les plus hardis,
Et courageux les plus accouardis.
Sourcil qui fait l’air clair obscur soudain,
Quand il froncit par ire, ou par dédain,
Et puis le rend serein, clair et joyeux
Quand il est doux, plaisant et gracieux.
Sourcil qui chasse et provoque les nues
Selon que sont ses archées tenues.
Sourcil assis au lieu haut pour enseigne
Par qui le cœur son vouloir nous enseigne
Nous découvrant sa profonde pensée :
Ou soit de paix, ou de guerre offensée.
Sourcil, non pas sourcil, mais un sous-ciel
Qui est le dixième et superficiel,
Où l’on peut voir deux étoiles ardentes,
Lesquelles sont de son arc dépendantes,
Étincelant plus souvent et plus clair
Qu’en été chaud un bien soudain éclair.
Sourcil qui fait mon espoir prospérer,
Et tout à coup me fait désespérer.
Sourcil sur qui amour prit le portrait
Et le patron de son arc, qui attrait
Hommes et dieux à son obéissance,
Par triste mort et douce jouissance.
Ô sourcil brun sous tes noires ténèbres
J’ensevelis en désirs trop funèbres
Ma liberté et ma dolente vie,
Qui doucement par toi me fut ravie.
Maurice Scève
De la clere unde yssant hors Cytharée
De la clere unde yssant hors Cytharée,
Parmy Amours d’aymer non resolue,
En volupté non encor esgarée,
Mais de pensée, et de faict impolue,
Lors que Prognes le beau Printemps salue,
Et la Mer calme aux ventz plus ne s’irrite,
Entre plusieurs veit une marguerite
Dans sa Coquille, et la prenant j’eslys
Ceste, dit elle, en prys, lustre, et merite,
Pour decorer (un temps viendra) le Lys.
Parmy Amours d’aymer non resolue,
En volupté non encor esgarée,
Mais de pensée, et de faict impolue,
Lors que Prognes le beau Printemps salue,
Et la Mer calme aux ventz plus ne s’irrite,
Entre plusieurs veit une marguerite
Dans sa Coquille, et la prenant j’eslys
Ceste, dit elle, en prys, lustre, et merite,
Pour decorer (un temps viendra) le Lys.
Maurice Scève
Délie
L’Aube éteignait Étoiles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Horizon
Des monts cornus dorait les hautes cimes.
Lors du profond des ténébreux Abîmes,
Où mon penser par ses fâcheux ennuis
Me fait souvent percer les longues nuits,
Je révoquai à moi l’âme ravie :
Qui, desséchant mes larmoyants conduits,
Me fait clair voir le Soleil de ma vie…
L’ardent désir du haut bien désiré,
Qui aspirait à cette fin heureuse,
À de l’ardeur si grand feu attiré,
Que le corps vif est jà poussière Ombreuse :
Et de ma vie, en ce point malheureuse
Pour vouloir tout à son bien condescendre,
Et de mon être, ainsi réduit en cendre
Ne m’est resté, que ces deux signes-ci :
L’œil larmoyant pour piteuse te rendre,
La bouche ouverte à demander merci…
Comme des rais du soleil gracieux
Se paissent fleurs durant la Primevère,
Je me recrée aux rayons de ses yeux,
Et loin, et près autour d’eux persévère.
Si que le Cœur, qui en moi la révère,
La me fait voir en celle même essence
Que ferait l’Œil par sa belle présence,
Que tant j’honore et que tant je poursuis :
Parquoi de rien ne me nuit son absence,
Vu qu’en tous lieux, malgré moi, je la suis…
Tu te verras ton ivoire crêper
Par l’outrageuse, et tardive Vieillesse.
Lors sans pouvoir en rien participer
D’aucune joie, et humaine liesse,
Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
Que la pitié n’a su à soi ployer,
Ni du travail, qu’on m’a vu employer
À soutenir mes peines éphémères,
Comme Apollon, pour mérité loyer,
Sinon rameaux, et feuilles très amères…
De toi la douce et fraîche souvenance
Du premier jour qu’elle m’entra au cœur,
Avec ta haute et humble contenance,
Et ton regard d’Amour même vainqueur,
Y dépeignit par sa vive liqueur
Ton effigie au vif tant ressemblante,
Que depuis, l’Âme étonnée et tremblante
De jour l’admire, et la prie sans cesse :
Et sur la nuit tacite et sommeillante,
Quand tout repose, encor moins elle cesse.
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Horizon
Des monts cornus dorait les hautes cimes.
Lors du profond des ténébreux Abîmes,
Où mon penser par ses fâcheux ennuis
Me fait souvent percer les longues nuits,
Je révoquai à moi l’âme ravie :
Qui, desséchant mes larmoyants conduits,
Me fait clair voir le Soleil de ma vie…
L’ardent désir du haut bien désiré,
Qui aspirait à cette fin heureuse,
À de l’ardeur si grand feu attiré,
Que le corps vif est jà poussière Ombreuse :
Et de ma vie, en ce point malheureuse
Pour vouloir tout à son bien condescendre,
Et de mon être, ainsi réduit en cendre
Ne m’est resté, que ces deux signes-ci :
L’œil larmoyant pour piteuse te rendre,
La bouche ouverte à demander merci…
Comme des rais du soleil gracieux
Se paissent fleurs durant la Primevère,
Je me recrée aux rayons de ses yeux,
Et loin, et près autour d’eux persévère.
Si que le Cœur, qui en moi la révère,
La me fait voir en celle même essence
Que ferait l’Œil par sa belle présence,
Que tant j’honore et que tant je poursuis :
Parquoi de rien ne me nuit son absence,
Vu qu’en tous lieux, malgré moi, je la suis…
Tu te verras ton ivoire crêper
Par l’outrageuse, et tardive Vieillesse.
Lors sans pouvoir en rien participer
D’aucune joie, et humaine liesse,
Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
Que la pitié n’a su à soi ployer,
Ni du travail, qu’on m’a vu employer
À soutenir mes peines éphémères,
Comme Apollon, pour mérité loyer,
Sinon rameaux, et feuilles très amères…
De toi la douce et fraîche souvenance
Du premier jour qu’elle m’entra au cœur,
Avec ta haute et humble contenance,
Et ton regard d’Amour même vainqueur,
Y dépeignit par sa vive liqueur
Ton effigie au vif tant ressemblante,
Que depuis, l’Âme étonnée et tremblante
De jour l’admire, et la prie sans cesse :
Et sur la nuit tacite et sommeillante,
Quand tout repose, encor moins elle cesse.
Maurice Scève
L’Aulbe estaingnoit Estoilles à foison
L’Aulbe estaingnoit Estoilles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Orison
Des montz cornuz doroit les haultes cymes.
Lors du profond des tenebreux Abysmes,
Ou mon penser par ses fascheux ennuyz
Me fait souvent percer les longues nuictz,
Je revoquay à moy l’ame ravie :
Qui, dessechant mes larmoyants conduictz,
Me feit cler veoir le Soleil de ma vie.
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Orison
Des montz cornuz doroit les haultes cymes.
Lors du profond des tenebreux Abysmes,
Ou mon penser par ses fascheux ennuyz
Me fait souvent percer les longues nuictz,
Je revoquay à moy l’ame ravie :
Qui, dessechant mes larmoyants conduictz,
Me feit cler veoir le Soleil de ma vie.
Maurice Scève
La Mort pourra m’oster et temps, et heure
La Mort pourra m’oster et temps, et heure,
Voire encendrir la mienne arse despouille :
Mais qu’elle face, en fin que je ne vueille
Te desirer, encor que mon feu meure ?
Si grand povoir en elle ne demeure.
Tes fiers desdaingz, toute ta froide essence,
Ne feront point, me nyant ta presence,
Qu’en mon penser audacieux ne vive,
Qui, maulgré Mort, et maulgré toute absence,
Te represente à moy trop plus, que vive.
Voire encendrir la mienne arse despouille :
Mais qu’elle face, en fin que je ne vueille
Te desirer, encor que mon feu meure ?
Si grand povoir en elle ne demeure.
Tes fiers desdaingz, toute ta froide essence,
Ne feront point, me nyant ta presence,
Qu’en mon penser audacieux ne vive,
Qui, maulgré Mort, et maulgré toute absence,
Te represente à moy trop plus, que vive.
Maurice Scève
Moins je le voy...
Moins je la voy, certes plus je la hays :
Plus je la hays, et moins elle me fasche.
Plus je l’estime, et moins compte j’en fais :
Plus je la fuys, plus veulx qu’elle me sache.
En un moment deux divers traictz me lasche
Amour et hayne, ennuy avec plaisir.
Forte est l’amour, qui lors me vient saisir,
Quand hayne vient, et vengeance me crie :
Ainsi me faict hayr mon vain desir
Celle pour qui mon cœur tousjours me prie.
Plus je la hays, et moins elle me fasche.
Plus je l’estime, et moins compte j’en fais :
Plus je la fuys, plus veulx qu’elle me sache.
En un moment deux divers traictz me lasche
Amour et hayne, ennuy avec plaisir.
Forte est l’amour, qui lors me vient saisir,
Quand hayne vient, et vengeance me crie :
Ainsi me faict hayr mon vain desir
Celle pour qui mon cœur tousjours me prie.
Maurice Scève
Qui cuyderoit du milieu de tant d’Anges
Qui cuyderoit du milieu de tant d’Anges
Trop plus parfaictz, que plusieurs des haultz cieulx,
Amour parfaire aultrepart ses vendanges,
Voire en Hyver, qui jà pernicieux
Va dépeuplant les champs delicieux,
De sa fureur faisant premier essay.
Et qu’il soit vray, et comme je le scay :
Constrainct : je suis d’un grand desir extresme
Venir au lieu, non ou je te laissay,
Mais, t’y laissant je m’y perdis moymesme.
Trop plus parfaictz, que plusieurs des haultz cieulx,
Amour parfaire aultrepart ses vendanges,
Voire en Hyver, qui jà pernicieux
Va dépeuplant les champs delicieux,
De sa fureur faisant premier essay.
Et qu’il soit vray, et comme je le scay :
Constrainct : je suis d’un grand desir extresme
Venir au lieu, non ou je te laissay,
Mais, t’y laissant je m’y perdis moymesme.
Maurice Scève
Si doulcement le venin de tes yeulx
Si doulcement le venin de tes yeulx
Par mesme lieu aux fonz du cœur entra,
Que sans douleur le desir soucyeux
De liberté tout seul il rencontra.
Mais, l’occupant, peu à peu, penetra,
Où l’Ame libre en grand seurté vivoit :
Alors le sang, qui d’elle charge avoit,
Les membres laisse et fuit au profond Puys,
Voulant cacher le feu que chascun voit,
Lequel je couvre, et celer ne le puis.
Par mesme lieu aux fonz du cœur entra,
Que sans douleur le desir soucyeux
De liberté tout seul il rencontra.
Mais, l’occupant, peu à peu, penetra,
Où l’Ame libre en grand seurté vivoit :
Alors le sang, qui d’elle charge avoit,
Les membres laisse et fuit au profond Puys,
Voulant cacher le feu que chascun voit,
Lequel je couvre, et celer ne le puis.
Maurice Scève
Tant je l’aymay, qu’en elle encor je vis
Tant je l’aymay, qu’en elle encor je vis :
Et tant la vy, que, maulgre moy, je l’ayme.
Le sens, et l’âme y furent tant ravis,
Que par l’Œil fault que le cœur la desayme.
Est-il possible en ce degré suprême
Que fermeté son oultrepas révoque ?
Tant fut la flamme en nous deux réciproque,
Que mon feu luict, quand le sien clair m’appert
Mourant le sien, le mien tost se suffoque.
Et ainsi elle, en se perdant, me pert.
Et tant la vy, que, maulgre moy, je l’ayme.
Le sens, et l’âme y furent tant ravis,
Que par l’Œil fault que le cœur la desayme.
Est-il possible en ce degré suprême
Que fermeté son oultrepas révoque ?
Tant fut la flamme en nous deux réciproque,
Que mon feu luict, quand le sien clair m’appert
Mourant le sien, le mien tost se suffoque.
Et ainsi elle, en se perdant, me pert.
Maurice Scève
Toute doulceur d’Amour est destrempée
Toute doulceur d’Amour est destrempée
De fiel amer, et de mortel venin,
. . . . . .
De fiel amer, et de mortel venin,
. . . . . .
Mellin de Saint-Gelais
L’Œil
Œil attrayant, œil arresté,
De qui la celeste clarté
Peut les plus clairs yeux esblouïr,
Et les plus tristes esjouïr :
Œil, le seul soleil de mon ame,
De qui la non visible flamme
En moy fait tous les changemens
Qu’un soleil fait aux elemens,
Disposant le monde par eux
A temps froid ou à chaleureux,
A temps pluvieux ou serain,
Selon qu’il est proche ou loingtain…
De qui la celeste clarté
Peut les plus clairs yeux esblouïr,
Et les plus tristes esjouïr :
Œil, le seul soleil de mon ame,
De qui la non visible flamme
En moy fait tous les changemens
Qu’un soleil fait aux elemens,
Disposant le monde par eux
A temps froid ou à chaleureux,
A temps pluvieux ou serain,
Selon qu’il est proche ou loingtain…
Molière
C’est trop longtemps, Iris, me mettre à la torture
C’est trop longtemps, Iris, me mettre à la torture,
Et si je suis vos lois, je les blâme tout bas
De me forcer à taire un tourment que j’endure,
Pour déclarer un mal que je ne ressens pas.
Faut-il que vos beaux yeux, à qui je rends les armes,
Veuillent se divertir de mes tristes soupirs ?
Et n’est-ce pas assez de souffrir pour vos charmes,
Sans me faire souffrir encor pour vos plaisirs ?
C’en est trop à la fois que ce double martyre ;
Et ce qu’il me faut taire, et ce qu’il me faut dire
Exerce sur mon cœur pareille cruauté.
L’amour le met en feu, la contrainte le tue;
Et si par la pitié vous n’êtes combattue,
Je meurs et de la feinte, et de la vérité.
Et si je suis vos lois, je les blâme tout bas
De me forcer à taire un tourment que j’endure,
Pour déclarer un mal que je ne ressens pas.
Faut-il que vos beaux yeux, à qui je rends les armes,
Veuillent se divertir de mes tristes soupirs ?
Et n’est-ce pas assez de souffrir pour vos charmes,
Sans me faire souffrir encor pour vos plaisirs ?
C’en est trop à la fois que ce double martyre ;
Et ce qu’il me faut taire, et ce qu’il me faut dire
Exerce sur mon cœur pareille cruauté.
L’amour le met en feu, la contrainte le tue;
Et si par la pitié vous n’êtes combattue,
Je meurs et de la feinte, et de la vérité.
Molière
Couplet d’une Chanson pour Christine de
Loin de moi, loin de moi, tristesse,
Sanglots, larmes, soupirs,
Je revois la Princesse,
Qui fait tous mes désirs,
Ô célestes plaisirs, doux transports d’allégresse !
Viens, mort, quand tu voudras,
Me donner le trépas,
J’ai revu ma Princesse.
Sanglots, larmes, soupirs,
Je revois la Princesse,
Qui fait tous mes désirs,
Ô célestes plaisirs, doux transports d’allégresse !
Viens, mort, quand tu voudras,
Me donner le trépas,
J’ai revu ma Princesse.
Molière
Stances
Souffrez qu’Amour cette nuit vous réveille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait :
Et, lorsqu’on aime et que le cœur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire :
Pour l’éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !
Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu’étant des cœurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi.
Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d’Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.
Par mes soupirs laissez-vous enflammer ;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.
Ne craignez rien ; dans l’amoureux empire
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait :
Et, lorsqu’on aime et que le cœur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d’aimer, c’est de vouloir le taire :
Pour l’éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce dieu vous fait peur !
Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on subir une plus douce loi ?
Qu’étant des cœurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi.
Rendez-vous donc, ô divine Amarante !
Soumettez-vous aux volontés d’Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.
Olivier de Magny
Sonnet a mesme
Ce que j’aime au printemps, je te veux dire, Mesme ;
J’aime à fleurer la rose, et l’œillet, et le thym,
J'aime à faire des vers, et me lever matin,
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j’aime.
En esté, dans un val, quand le chaud est extresme,
J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin,
Et, sans faire autre effet, faire un petit festin,
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de cresme.
Quand l’automne s’approche et le froid vient vers nous,
J'aime avec la chastaigne avoir de bon vin doux,
Et, assis près du feu, faire une chère lye.
En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n’est au soir, masqué ; mais, en cette saison,
J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.
J’aime à fleurer la rose, et l’œillet, et le thym,
J'aime à faire des vers, et me lever matin,
Pour, au chant des oiseaux, chanter celle que j’aime.
En esté, dans un val, quand le chaud est extresme,
J'aime à baiser sa bouche et toucher son tétin,
Et, sans faire autre effet, faire un petit festin,
Non de chair, mais de fruit, de fraises et de cresme.
Quand l’automne s’approche et le froid vient vers nous,
J'aime avec la chastaigne avoir de bon vin doux,
Et, assis près du feu, faire une chère lye.
En hiver, je ne puis sortir de la maison,
Si n’est au soir, masqué ; mais, en cette saison,
J'aime fort à coucher dans les bras de ma mie.
Patrice de La Tour du Pin
Quatrieme concert sur terre ou concert de fiellouze
I
Annie, tu es tant mon amour
Que ma vieille voix imprécise
Se repent d’avoir murmuré
Un pareil mot avant ce jour,
Car c’est le seul qui te trahisse.
Je n’en ai jamais décoré
Une autre bouche féminine,
Je lai gardé vierge et si clair
Pour ta seule àme, pour tes yeux,
Avec son filet de lumière
Quw’il tient de la grace divine,
Comme il est le seul mot pour Dieu...
II
Je n’ai rien connu avant toi
Ou je puisse me reposer,
Sinon les choses d’espérances ;
Je ne pouvais sortir de moi...
Ne t’effraie pas, si je m’étonne
De ton amour, de ta présence :
Je suis créé pour m’étonner...
J’ai tant cru devoir m’en aller,
N’étant amoureux de personne
Et sans étre vraiment aimé...
LES CONCERTS SUR TERRE.
Annie, tu es tant mon amour
Que ma vieille voix imprécise
Se repent d’avoir murmuré
Un pareil mot avant ce jour,
Car c’est le seul qui te trahisse.
Je n’en ai jamais décoré
Une autre bouche féminine,
Je lai gardé vierge et si clair
Pour ta seule àme, pour tes yeux,
Avec son filet de lumière
Quw’il tient de la grace divine,
Comme il est le seul mot pour Dieu...
II
Je n’ai rien connu avant toi
Ou je puisse me reposer,
Sinon les choses d’espérances ;
Je ne pouvais sortir de moi...
Ne t’effraie pas, si je m’étonne
De ton amour, de ta présence :
Je suis créé pour m’étonner...
J’ai tant cru devoir m’en aller,
N’étant amoureux de personne
Et sans étre vraiment aimé...
LES CONCERTS SUR TERRE.