Poèmes de ce thème
Relations et famille
Étienne Jodelle
Sonnet
Comme un qui s’est perdu dans la forêt profonde
Loin des chemins, d’orée, et d’adresse, et de gens ;
Comme un qui en la mer grosse d’horribles vents
Se voit presque englouti des grands vagues de l’onde,
Comme un qui erre aux champs, lorsque la nuit au monde
Ravit toute clarté, j’avais perdu longtemps
Voie, route et lumière, et presque avec les sens,
Perdu longtemps l’objet, où plus mon heur se fonde.
Mais quand on voit, — ayant ces maux fini leur tour —
Aux bois, en mer, aux champs, le bout, le port, le jour,
Ce bien présent plus grand que son mal on vient croire.
Moi donc qui ai tout tel en votre absence été,
J'oublie, en revoyant votre heureuse clarté,
Forêts, tourmente, et nuit, longue, orageuse et noire.
Loin des chemins, d’orée, et d’adresse, et de gens ;
Comme un qui en la mer grosse d’horribles vents
Se voit presque englouti des grands vagues de l’onde,
Comme un qui erre aux champs, lorsque la nuit au monde
Ravit toute clarté, j’avais perdu longtemps
Voie, route et lumière, et presque avec les sens,
Perdu longtemps l’objet, où plus mon heur se fonde.
Mais quand on voit, — ayant ces maux fini leur tour —
Aux bois, en mer, aux champs, le bout, le port, le jour,
Ce bien présent plus grand que son mal on vient croire.
Moi donc qui ai tout tel en votre absence été,
J'oublie, en revoyant votre heureuse clarté,
Forêts, tourmente, et nuit, longue, orageuse et noire.
Eustache Deschamps
Virelai
Dame, je vous remerci
et graci
de cuer, de corps, de pensée,
de l’envoi qui tant m’agrée
que je di
qu’oncques plus beau don ne vi
faire à créature née,
plus plaisant ne plus joli,
ne qui si
m’’ait ma léesse doublée :
car du tout m’a assouvi
et ravi
en l’amoureuse contrée.
Je le porte avecques mi
com celui
qui m’a joie recouvrée,
et si m’a renouvelée
m’amour qui
-m’auroit par rapporz haï
et par fausse renommée.
Dame, je vous remerci.
Long temps a mon cuer gémi
et frémi
en douleur désespérée,
et graci
de cuer, de corps, de pensée,
de l’envoi qui tant m’agrée
que je di
qu’oncques plus beau don ne vi
faire à créature née,
plus plaisant ne plus joli,
ne qui si
m’’ait ma léesse doublée :
car du tout m’a assouvi
et ravi
en l’amoureuse contrée.
Je le porte avecques mi
com celui
qui m’a joie recouvrée,
et si m’a renouvelée
m’amour qui
-m’auroit par rapporz haï
et par fausse renommée.
Dame, je vous remerci.
Long temps a mon cuer gémi
et frémi
en douleur désespérée,
Évariste Parny
L’absence
Huit jours sont écoulés, depuis que dans ces plaines
Un devoir importun a retenu mes pas.
Croyez à ma douleur, mais ne l’éprouvez pas.
Puissiez-vous de l’amour ne point sentir les peines !
Le bonheur m’environne en ce riant séjour.
De mes jeunes amis la bruyante allégresse
Ne peut un seul moment distraire ma tristesse ;
Et mon cœur aux plaisirs est fermé sans retour.
Mêlant à leur gaîté ma voix plaintive et tendre,
Je demande à la nuit, je redemande au jour
Cet objet adoré qui ne peut plus m’entendre.
Loin de vous autrefois je supportais l’ennui ;
L’espoir me consolait : mon amour aujourd’hui
Ne sait plus endurer les plus courtes absences.
Tout ce qui n’est pas vous me devient odieux.
Ah ! vous m’avez ôté toutes mes jouissances ;
J’ai perdu tous les goûts qui me rendaient heureux.
Vous seule me restez, ô mon Éléonore !
Mais vous me suffirez, j’en atteste les dieux ;
Et je n’ai rien perdu, si vous m’aimez encore.
Un devoir importun a retenu mes pas.
Croyez à ma douleur, mais ne l’éprouvez pas.
Puissiez-vous de l’amour ne point sentir les peines !
Le bonheur m’environne en ce riant séjour.
De mes jeunes amis la bruyante allégresse
Ne peut un seul moment distraire ma tristesse ;
Et mon cœur aux plaisirs est fermé sans retour.
Mêlant à leur gaîté ma voix plaintive et tendre,
Je demande à la nuit, je redemande au jour
Cet objet adoré qui ne peut plus m’entendre.
Loin de vous autrefois je supportais l’ennui ;
L’espoir me consolait : mon amour aujourd’hui
Ne sait plus endurer les plus courtes absences.
Tout ce qui n’est pas vous me devient odieux.
Ah ! vous m’avez ôté toutes mes jouissances ;
J’ai perdu tous les goûts qui me rendaient heureux.
Vous seule me restez, ô mon Éléonore !
Mais vous me suffirez, j’en atteste les dieux ;
Et je n’ai rien perdu, si vous m’aimez encore.
Félix Arvers
Un Secret
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi, jai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.
Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;
A l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi, jai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.
Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas ;
A l’austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle :
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.
Francis Carco
Il pleut
Il pleut – c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
Francis Carco
Le doux caboulot
Le doux caboulot
Fleuri sous les branches
Est, tous les dimanches,
Plein de populo.
La servante est brune,
Que de gens heureux!
Chacun sa chacune,
L’une et l’un font deux
Amoureux épris
Du culte d’eux-mêmes.
Ah! sûr que l’on s’aime
Et que l’on est gris!
Ça durera bien
Le temps nécessaire
Pour que Jeanne et Pierre
Ne regrettent rien.
Fleuri sous les branches
Est, tous les dimanches,
Plein de populo.
La servante est brune,
Que de gens heureux!
Chacun sa chacune,
L’une et l’un font deux
Amoureux épris
Du culte d’eux-mêmes.
Ah! sûr que l’on s’aime
Et que l’on est gris!
Ça durera bien
Le temps nécessaire
Pour que Jeanne et Pierre
Ne regrettent rien.
Francis Jammes
Laisse les nuages blancs passer au soleil
Laisse les nuages blancs passer au soleil.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel.
Ne pense à presque rien. Douces comme du miel,
auprès des cressons bleus les brebis viendront boire.
La fille chantera dans la métairie noire,
et sur la terre tiède il tombera des poires.
La vieille tremblera sur le rouet tremblant,
le bélier bêlera dans le troupeau bêlant
— et la fille aimera l’amour de son amant.
Les ânes passeront en frissonnant de mouches.
La mère chantera sur l’enfant qu’elle couche,
et je t’embrasserai, la bouche sur la bouche.
Puis le ciel sera bleu, puis le ciel sera gris.
Les oiseaux chanteront et pousseront des cris
et auprès du vieux puits il poussera des buis.
Écoute mon amie : il y a sous la grange
un nid d’hirondelles petites et criardes
et qui ont la douceur de la vie calme et sage.
Les grands chars sont passés. Sur leurs cornes luisantes
les bœufs avaient les longues fougères ombrageantes
des bois glacés d’Été qui ont des sources lentes.
On a coupé les blés qui dormaient au soleil ;
puis la pluie est venue, elle est venue du ciel :
elle a noyé le blé et a mangé le miel.
On a coupé mon cœur qui dormait au soleil.
Une fille est venue, elle est venue du Ciel :
elle a noyé mon cœur et a mangé le miel :
mais la douleur est douce et ton amour est doux.
Tu m’as donné ton cœur, ta tête et tes genoux :
nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel.
Ne pense à presque rien. Douces comme du miel,
auprès des cressons bleus les brebis viendront boire.
La fille chantera dans la métairie noire,
et sur la terre tiède il tombera des poires.
La vieille tremblera sur le rouet tremblant,
le bélier bêlera dans le troupeau bêlant
— et la fille aimera l’amour de son amant.
Les ânes passeront en frissonnant de mouches.
La mère chantera sur l’enfant qu’elle couche,
et je t’embrasserai, la bouche sur la bouche.
Puis le ciel sera bleu, puis le ciel sera gris.
Les oiseaux chanteront et pousseront des cris
et auprès du vieux puits il poussera des buis.
Écoute mon amie : il y a sous la grange
un nid d’hirondelles petites et criardes
et qui ont la douceur de la vie calme et sage.
Les grands chars sont passés. Sur leurs cornes luisantes
les bœufs avaient les longues fougères ombrageantes
des bois glacés d’Été qui ont des sources lentes.
On a coupé les blés qui dormaient au soleil ;
puis la pluie est venue, elle est venue du ciel :
elle a noyé le blé et a mangé le miel.
On a coupé mon cœur qui dormait au soleil.
Une fille est venue, elle est venue du Ciel :
elle a noyé mon cœur et a mangé le miel :
mais la douleur est douce et ton amour est doux.
Tu m’as donné ton cœur, ta tête et tes genoux :
nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous.
Francis Ponge
Maison à vendre
Tant de gens ont vécu là, qui aimaient
l’amour, le réveil et enlever la poussière.
Le puits est sans fond et sans lune,
les anciens sont partis et n’ont rien emporté.
Bouffe le lierre sous le soleil d’hier,
reste la suie, leur marc de café.
Je m’attelle aux rêves éraillés.
J’aime la crasse de l’âme des autres,
mêlée à ces franges de grenat,
le suint des entreprises manquées.
Concierge, j’achète, j’achète la baraque.
Si elle m’empoisonne, je m’y flambe.
On ouvrira les fenêtres… Remets la plaque.
Un homme entre, il flaire, il recommence.
l’amour, le réveil et enlever la poussière.
Le puits est sans fond et sans lune,
les anciens sont partis et n’ont rien emporté.
Bouffe le lierre sous le soleil d’hier,
reste la suie, leur marc de café.
Je m’attelle aux rêves éraillés.
J’aime la crasse de l’âme des autres,
mêlée à ces franges de grenat,
le suint des entreprises manquées.
Concierge, j’achète, j’achète la baraque.
Si elle m’empoisonne, je m’y flambe.
On ouvrira les fenêtres… Remets la plaque.
Un homme entre, il flaire, il recommence.
Francis Ponge
Présence réelle
Excepté ton regard où je hais ma rencontre
excepté tes mains vides où mon front est resté
excepté ton attente harcelant mon désert
excepté nos nuits nos soleils d’égal ennui
excepté ta gorge excepté ton rire
excepté toi excepté moi
je t’ai trouvée j’ai confiance je te prends.
excepté tes mains vides où mon front est resté
excepté ton attente harcelant mon désert
excepté nos nuits nos soleils d’égal ennui
excepté ta gorge excepté ton rire
excepté toi excepté moi
je t’ai trouvée j’ai confiance je te prends.
François De Malherbe
Chanson (1614)
Sus debout la merveille des belles,
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un esmail dont la vive peinture
Deffend à l’art d’imiter la nature.
L’air est plein d’une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes,
Et le Soleil semble sortir de l’onde
Pour quelque amour plus que pour luire au monde.
On diroit, à luy voir sur la teste
Ses rayons comme un chapeau de feste,
Qu’il s’en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
. . . . . .
Il fait chaud, mais un fueillage sombre
Loin du bruit nous fournira quelque ombre,
Où nous ferons, parmy les violettes,
Mespris de l’ambre et de ses cassolettes.
Près de nous, sur les branches voisines
Des genets, des houx et des espines,
Le rossignol, desployant ses merveilles,
Jusqu’aux rochers donnera des oreilles.
Et peut-être, à travers des fougeres,
Verrons-nous de bergers à bergeres,
Sein contre sein et bouche contre bouche,
Naistre et finir quelque douce escarmouche.
. . . . . .
Allons voir sur les herbes nouvelles
Luire un esmail dont la vive peinture
Deffend à l’art d’imiter la nature.
L’air est plein d’une haleine de roses,
Tous les vents tiennent leurs bouches closes,
Et le Soleil semble sortir de l’onde
Pour quelque amour plus que pour luire au monde.
On diroit, à luy voir sur la teste
Ses rayons comme un chapeau de feste,
Qu’il s’en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
. . . . . .
Il fait chaud, mais un fueillage sombre
Loin du bruit nous fournira quelque ombre,
Où nous ferons, parmy les violettes,
Mespris de l’ambre et de ses cassolettes.
Près de nous, sur les branches voisines
Des genets, des houx et des espines,
Le rossignol, desployant ses merveilles,
Jusqu’aux rochers donnera des oreilles.
Et peut-être, à travers des fougeres,
Verrons-nous de bergers à bergeres,
Sein contre sein et bouche contre bouche,
Naistre et finir quelque douce escarmouche.
. . . . . .
François De Malherbe
Dessein de quitter une dame qui ne le contentait
Beauté, mon beau souci, de qui l’âme incertaine
À, comme l’Océan, son flux et son reflux,
Pensez de vous résoudre à soulager ma peine,
Ou je me vais résoudre à ne le souffrir plus.
Vos yeux ont des appas que j’aime et que je prise,
Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté ;
Mais pour me retenir, s’ils font cas de ma prise,
Il leur faut de l’Amour autant que de beauté.
Quand je pense être au point que cela s’accomplisse,
Quelque excuse toujours en empêche l’effet :
C’est la toile sans fin de la femme d’Ulysse,
Dont l’ouvrage du soir au matin se défait.
Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire
De me l’avoir promis, et vous rire de moi ;
S’il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire,
Et s’il vous en souvient, vous n’avez point de foi.
J’avais toujours fait compte, aimant chose si haute,
De ne m’en séparer qu’avecque le trépas ;
S’il arrive autrement, ce sera votre faute,
De faire des serments et ne les tenir pas.
À, comme l’Océan, son flux et son reflux,
Pensez de vous résoudre à soulager ma peine,
Ou je me vais résoudre à ne le souffrir plus.
Vos yeux ont des appas que j’aime et que je prise,
Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté ;
Mais pour me retenir, s’ils font cas de ma prise,
Il leur faut de l’Amour autant que de beauté.
Quand je pense être au point que cela s’accomplisse,
Quelque excuse toujours en empêche l’effet :
C’est la toile sans fin de la femme d’Ulysse,
Dont l’ouvrage du soir au matin se défait.
Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire
De me l’avoir promis, et vous rire de moi ;
S’il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire,
Et s’il vous en souvient, vous n’avez point de foi.
J’avais toujours fait compte, aimant chose si haute,
De ne m’en séparer qu’avecque le trépas ;
S’il arrive autrement, ce sera votre faute,
De faire des serments et ne les tenir pas.
François De Malherbe
Pour Alcandre au retour d’Oranthe à Fontainebleau
Revenez mes plaisirs, Madame est revenue :
Et les vœux que j’ai faits pour revoir ses beaux yeux,
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux.
Les voici de retour ces astres adorables
Où prend mon océan son flux et son reflux :
Soucis retirez-vous, cherchez les misérables :
Je ne vous connais plus.
Peut-on voir ce miracle, où le soin de Nature
A semé comme fleurs tant d’aimables appas,
Et ne confesser point qu’il n’est pire aventure
Que de ne la voir pas ?
Certes l’autre soleil d’une erreur vagabonde,
Court inutilement par ses douze maisons :
C’est elle, et non pas lui, qui fait sentir au monde
Le change des saisons.
Avecque sa beauté toutes beautés arrivent :
Ces déserts sont jardins de l’un à l’autre bout :
Tant l’extrême pouvoir des grâces qui la suivent
Les pénètre partout.
Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle :
L’orage en est cessé, l’air en est éclairci :
Et même ces canaux ont leur course plus belle
Depuis qu’elle est ici.
De moi, que les respects obligent au silence,
J’ai beau me contrefaire, et beau dissimuler :
Les douceurs où je nage ont une violence
Qui ne se peut celer.
Mais, ô rigueur du sort, tandis que je m’arrête
À chatouiller mon âme en ce contentement,
Je ne m’aperçois pas que le destin m’apprête
Un autre partement.
Arrière ces pensers que la crainte m’envoie :
Je ne sais que trop bien l’inconstance du sort :
Mais de m’ôter le goût d’une si chère joie,
C’est me donner la mort.
Et les vœux que j’ai faits pour revoir ses beaux yeux,
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux.
Les voici de retour ces astres adorables
Où prend mon océan son flux et son reflux :
Soucis retirez-vous, cherchez les misérables :
Je ne vous connais plus.
Peut-on voir ce miracle, où le soin de Nature
A semé comme fleurs tant d’aimables appas,
Et ne confesser point qu’il n’est pire aventure
Que de ne la voir pas ?
Certes l’autre soleil d’une erreur vagabonde,
Court inutilement par ses douze maisons :
C’est elle, et non pas lui, qui fait sentir au monde
Le change des saisons.
Avecque sa beauté toutes beautés arrivent :
Ces déserts sont jardins de l’un à l’autre bout :
Tant l’extrême pouvoir des grâces qui la suivent
Les pénètre partout.
Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle :
L’orage en est cessé, l’air en est éclairci :
Et même ces canaux ont leur course plus belle
Depuis qu’elle est ici.
De moi, que les respects obligent au silence,
J’ai beau me contrefaire, et beau dissimuler :
Les douceurs où je nage ont une violence
Qui ne se peut celer.
Mais, ô rigueur du sort, tandis que je m’arrête
À chatouiller mon âme en ce contentement,
Je ne m’aperçois pas que le destin m’apprête
Un autre partement.
Arrière ces pensers que la crainte m’envoie :
Je ne sais que trop bien l’inconstance du sort :
Mais de m’ôter le goût d’une si chère joie,
C’est me donner la mort.
François De Malherbe
Sonnet
Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle :
C’est un œuvre où Nature a fait tous ses efforts :
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.
La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors :
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards :
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas?
C’est un œuvre où Nature a fait tous ses efforts :
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.
La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors :
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards :
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas?
François Maynard
La belle vieille
Cloris, que dans mon cœur j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’Univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers !
N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton Visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des Yeux qui m’ont brûlé…
Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta Conquête :
Huit Lustres ont suivi le jour que tu me pris ;
Et j’ai fidèlement aimé ta belle Tête
Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.
C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu :
Mais, tant que tu brûlas du flambeau d’Hyménée,
Mon Amour se cacha pour plaire à ta Vertu.
Je sais de quel respect il faut que je t’honore,
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des Confidents qui n’ont jamais parlé.
Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure,
Je me plains aux Rochers et demande conseil
À ces vieilles Forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du Soleil.
L’Ame pleine d’Amour et de Mélancolie,
Et couché sur des Fleurs, et sous des Orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Échos étrangers.
Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
À su qu’en mon esprit j’adorais ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris…
Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit. Ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans Amour…
Et que ma passion montre à tout l’Univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers !
N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton Visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des Yeux qui m’ont brûlé…
Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta Conquête :
Huit Lustres ont suivi le jour que tu me pris ;
Et j’ai fidèlement aimé ta belle Tête
Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.
C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu :
Mais, tant que tu brûlas du flambeau d’Hyménée,
Mon Amour se cacha pour plaire à ta Vertu.
Je sais de quel respect il faut que je t’honore,
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des Confidents qui n’ont jamais parlé.
Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure,
Je me plains aux Rochers et demande conseil
À ces vieilles Forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du Soleil.
L’Ame pleine d’Amour et de Mélancolie,
Et couché sur des Fleurs, et sous des Orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Échos étrangers.
Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
À su qu’en mon esprit j’adorais ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris…
Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit. Ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans Amour…
François Villon
Ballade à son amie
Fausse beauté qui me coûte si cher,
Rude en fait, douceur hypocrite,
Amour plus dur que fer à mâcher,
Que je puis nommer, sûr de ma ruine,
Charme traître, mort d’un pauvre cœur,
Orgueil caché qui mène les gens au seuil de la mort,
Yeux sans pitié, le droit rigoureux ne veut-il pas,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Il eût mieux valu pour moi être allé chercher
Ailleurs du secours, c’eût été mon honneur.
Rien ne m’eût su arracher à cet amour.
Il m’en faut trotter maintenant dans la fuite et le déshonneur.
Alarme, alarme, la grande et la petite !
Mais qu’est ceci ? Mourrai-je sans coup férir,
Ou pitié veut-elle selon ce refrain
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Un temps viendra qui fera dessécher,
Jaunir, flétrir votre fleur épanouie.
J’en rirais si je pouvais seulement mâcher
Alors ; mais non, ce serait donc une folie.
Je serai vieux, vous laide, sans couleur.
Buvez donc bien tant que court le ruisseau.
Ne donnez pas à tous cette douleur : il faut
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Prince amoureux, le plus grand des amants,
Je ne voudrais pas encourir votre mauvaise grâce,
Mais tout noble cœur doit, par Notre Seigneur,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Rude en fait, douceur hypocrite,
Amour plus dur que fer à mâcher,
Que je puis nommer, sûr de ma ruine,
Charme traître, mort d’un pauvre cœur,
Orgueil caché qui mène les gens au seuil de la mort,
Yeux sans pitié, le droit rigoureux ne veut-il pas,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Il eût mieux valu pour moi être allé chercher
Ailleurs du secours, c’eût été mon honneur.
Rien ne m’eût su arracher à cet amour.
Il m’en faut trotter maintenant dans la fuite et le déshonneur.
Alarme, alarme, la grande et la petite !
Mais qu’est ceci ? Mourrai-je sans coup férir,
Ou pitié veut-elle selon ce refrain
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Un temps viendra qui fera dessécher,
Jaunir, flétrir votre fleur épanouie.
J’en rirais si je pouvais seulement mâcher
Alors ; mais non, ce serait donc une folie.
Je serai vieux, vous laide, sans couleur.
Buvez donc bien tant que court le ruisseau.
Ne donnez pas à tous cette douleur : il faut
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Prince amoureux, le plus grand des amants,
Je ne voudrais pas encourir votre mauvaise grâce,
Mais tout noble cœur doit, par Notre Seigneur,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
François Villon
Ballade à son amie
Fausse beauté qui me coûte si cher,
Rude en fait, douceur hypocrite,
Amour plus dur que fer à mâcher,
Que je puis nommer, sûr de ma ruine,
Charme traître, mort d’un pauvre cœur,
Orgueil caché qui mène les gens au seuil de la mort,
Yeux sans pitié, le droit rigoureux ne veut-il pas,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Il eût mieux valu pour moi être allé chercher
Ailleurs du secours, c’eût été mon honneur.
Rien ne m’eût su arracher à cet amour.
Il m’en faut trotter maintenant dans la fuite et le déshonneur.
Alarme, alarme, la grande et la petite !
Mais qu’est ceci ? Mourrai-je sans coup férir,
Ou pitié veut-elle selon ce refrain
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Un temps viendra qui fera dessécher,
Jaunir, flétrir votre fleur épanouie.
J’en rirais si je pouvais seulement mâcher
Alors ; mais non, ce serait donc une folie.
Je serai vieux, vous laide, sans couleur.
Buvez donc bien tant que court le ruisseau.
Ne donnez pas à tous cette douleur : il faut
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Prince amoureux, le plus grand des amants,
Je ne voudrais pas encourir votre mauvaise grâce,
Mais tout noble cœur doit, par Notre Seigneur,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Rude en fait, douceur hypocrite,
Amour plus dur que fer à mâcher,
Que je puis nommer, sûr de ma ruine,
Charme traître, mort d’un pauvre cœur,
Orgueil caché qui mène les gens au seuil de la mort,
Yeux sans pitié, le droit rigoureux ne veut-il pas,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Il eût mieux valu pour moi être allé chercher
Ailleurs du secours, c’eût été mon honneur.
Rien ne m’eût su arracher à cet amour.
Il m’en faut trotter maintenant dans la fuite et le déshonneur.
Alarme, alarme, la grande et la petite !
Mais qu’est ceci ? Mourrai-je sans coup férir,
Ou pitié veut-elle selon ce refrain
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux ?
Un temps viendra qui fera dessécher,
Jaunir, flétrir votre fleur épanouie.
J’en rirais si je pouvais seulement mâcher
Alors ; mais non, ce serait donc une folie.
Je serai vieux, vous laide, sans couleur.
Buvez donc bien tant que court le ruisseau.
Ne donnez pas à tous cette douleur : il faut
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
Prince amoureux, le plus grand des amants,
Je ne voudrais pas encourir votre mauvaise grâce,
Mais tout noble cœur doit, par Notre Seigneur,
Au lieu de l’accabler, secourir un malheureux.
François Villon
Filles sont très belles et gentes
Filles sont très belles et gentes,
Demourantes à Sainct-Genou,
Près Sainct-Julian des Voventes,
Marches de Bretaigne ou Poictou,
Mais je ne dy proprement où,
Or y pensez trestous les jours,
Car je ne suis mie si fou…
Je pense celer mes amours.
Demourantes à Sainct-Genou,
Près Sainct-Julian des Voventes,
Marches de Bretaigne ou Poictou,
Mais je ne dy proprement où,
Or y pensez trestous les jours,
Car je ne suis mie si fou…
Je pense celer mes amours.
François Villon
Item, à la grosse Margot
Item, à la grosse Margot,
Très doulce face et portraicture,
Foy que doy Brelare Bigod,
Assez devote creature.
Je l’ayme de propre nature,
Et elle moy, la doulce sade.
Qui la trouvera d’adventure,
Qu’on luy lise ceste Ballade.
Très doulce face et portraicture,
Foy que doy Brelare Bigod,
Assez devote creature.
Je l’ayme de propre nature,
Et elle moy, la doulce sade.
Qui la trouvera d’adventure,
Qu’on luy lise ceste Ballade.
François Villon
Le petit testament (extraits)
I
Mil quatre cens cinquante et six,
Je, François Villon, escollier,
Considérant, de sens rassis,
Le frain aux dents, franc au collier
Qu’on doit ses œuvres conseiller,
Comme Vegèce le racompte,
Saige Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mescompte…
II
En ce temps que j’ay dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
Lorsque les loups vivent du vent,
Et qu’on se tient en sa maison,
Pour le frimas, près du tison :
Cy me vint vouloir de briser
La très amoureuse prison
Qui souloit mon cueur desbriser.
VI
Pour obvier à ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir.
Adieu ! je m’en voys à Angiers,
Puisqu’el ne me veult impartir
Sa grâce, ne me départir.
Par elle meurs, les membres sains ;
Au fort, je meurs amant martir,
Du nombre des amoureux saints !
VII
Combien que le départ me soit
Dur, si fault-il que je m’esloingne.
Comme mon pauvre sens conçoit :
Autre que moy est en queloingne,
Dont onc en forest de Bouloingne
Ne fut plus altéré d’humeur.
C’est pour moy piteuse besoingne :
Dieu en veuille ouïr ma clameur !
VIII
Et puisque départir me fault,
Et du retour ne suis certain :
Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing.
Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n’y a relaiz :
Je m’en voys en pays loingtaing ;
Si establiz ce present laiz.
XXV
Derechief, je laisse, en pitié,
A troys petitz enfans tous nudz,
Nommez en ce present traictié,
Paouvres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez, tous despourveus,
Et desnuez comme le ver ;
J’ordonne qu’ils seront pourveuz,
Au moins pour passer cest yver.
XXXV
Finalement, en escrivant,
Ce soir, seullet, estant en bonne,
Dictant ces laiz et descripvant,
Je ouyz la cloche de Sorbonne,
Qui toujours à neuf heures sonne
Le Salut que l’Ange prédit ;
Cy suspendy et cy mis bonne,
Pour pryer comme le cueur dit.
Mil quatre cens cinquante et six,
Je, François Villon, escollier,
Considérant, de sens rassis,
Le frain aux dents, franc au collier
Qu’on doit ses œuvres conseiller,
Comme Vegèce le racompte,
Saige Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mescompte…
II
En ce temps que j’ay dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
Lorsque les loups vivent du vent,
Et qu’on se tient en sa maison,
Pour le frimas, près du tison :
Cy me vint vouloir de briser
La très amoureuse prison
Qui souloit mon cueur desbriser.
VI
Pour obvier à ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir.
Adieu ! je m’en voys à Angiers,
Puisqu’el ne me veult impartir
Sa grâce, ne me départir.
Par elle meurs, les membres sains ;
Au fort, je meurs amant martir,
Du nombre des amoureux saints !
VII
Combien que le départ me soit
Dur, si fault-il que je m’esloingne.
Comme mon pauvre sens conçoit :
Autre que moy est en queloingne,
Dont onc en forest de Bouloingne
Ne fut plus altéré d’humeur.
C’est pour moy piteuse besoingne :
Dieu en veuille ouïr ma clameur !
VIII
Et puisque départir me fault,
Et du retour ne suis certain :
Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing.
Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n’y a relaiz :
Je m’en voys en pays loingtaing ;
Si establiz ce present laiz.
XXV
Derechief, je laisse, en pitié,
A troys petitz enfans tous nudz,
Nommez en ce present traictié,
Paouvres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez, tous despourveus,
Et desnuez comme le ver ;
J’ordonne qu’ils seront pourveuz,
Au moins pour passer cest yver.
XXXV
Finalement, en escrivant,
Ce soir, seullet, estant en bonne,
Dictant ces laiz et descripvant,
Je ouyz la cloche de Sorbonne,
Qui toujours à neuf heures sonne
Le Salut que l’Ange prédit ;
Cy suspendy et cy mis bonne,
Pour pryer comme le cueur dit.
Garsende de Sabran
Vous qui me paraissez…
Vous qui me paraissez (du nombre) des sincères amants,
Ah ! Je voudrais que vous ne fussiez si timide.
Je me réjouis que l’amour vous captive,
Car moi-même je souffre pareillement à cause de vous.
Vous recevez dommage de votre timidité,
Quand vous n’osez vous enhardir jusqu’à la prière ;
Et vous faites grand mal et à vous et à moi ;
(D’autant) que jamais une femme n’ose découvrir
Tout ce qu’elle désire, par crainte de faillir.
Ah ! Je voudrais que vous ne fussiez si timide.
Je me réjouis que l’amour vous captive,
Car moi-même je souffre pareillement à cause de vous.
Vous recevez dommage de votre timidité,
Quand vous n’osez vous enhardir jusqu’à la prière ;
Et vous faites grand mal et à vous et à moi ;
(D’autant) que jamais une femme n’ose découvrir
Tout ce qu’elle désire, par crainte de faillir.
Georges Schehadé
J’écoute la chanson trés vague du ruisseau
J’écoute la chanson trés vague du ruisseau,
Et celle aussi que fait dans le bois gris, la brise,
La chanson qu’au ciel bleu chante la nuit surprise
De se trouver si tendre à frdler les roseaux.
J’écoute la chanson bien triste de mon Ame
Effrayée a se voir aussi prête à amour,
Et de ne trouver pas, quoique cherchant toujours,
A son embrassement quelque rêve... une femme.
Et celle aussi que fait dans le bois gris, la brise,
La chanson qu’au ciel bleu chante la nuit surprise
De se trouver si tendre à frdler les roseaux.
J’écoute la chanson bien triste de mon Ame
Effrayée a se voir aussi prête à amour,
Et de ne trouver pas, quoique cherchant toujours,
A son embrassement quelque rêve... une femme.
Georges Schehadé
St JE DOIS RENCONTRER LES ATEUX...
Si je dois rencontrer les Aïeux
A Vextrémité d’une terre d’élégie
La où se perd la parole des puits
Et le vieil élevage des lunes
La nuit fera une seule gerbe de nos ombres
Je rejoindrai l’aiguille et les songes
Et la main de leurs habits
— Allongés dans leurs têtes légères
Sous un arbre imaginé par la vie
Si je dois rencontrer les Aïeux
A Vextrémité d’une terre d’élégie
Menant un enfant de grand sommeil
Au bord des fleuves sans terres.
LES POESIES, Poésies III. 1949.
A Vextrémité d’une terre d’élégie
La où se perd la parole des puits
Et le vieil élevage des lunes
La nuit fera une seule gerbe de nos ombres
Je rejoindrai l’aiguille et les songes
Et la main de leurs habits
— Allongés dans leurs têtes légères
Sous un arbre imaginé par la vie
Si je dois rencontrer les Aïeux
A Vextrémité d’une terre d’élégie
Menant un enfant de grand sommeil
Au bord des fleuves sans terres.
LES POESIES, Poésies III. 1949.
Gérard de Nerval
La grand-mère
Voici trois ans qu’est morte ma grand-mère,
La bonne femme, – et quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère !
Pour moi, j’errais dans la maison surpris,
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.
Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres affections,
Des biens, des maux, des révolutions,
Ont dans les cœurs sa mémoire effacée…
Mais moi j’y songe, et la pleure souvent :
Chez moi toujours, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom taillé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant.
Poèmes divers
La bonne femme, – et quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère !
Pour moi, j’errais dans la maison surpris,
Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche
De son cercueil, quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.
Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres affections,
Des biens, des maux, des révolutions,
Ont dans les cœurs sa mémoire effacée…
Mais moi j’y songe, et la pleure souvent :
Chez moi toujours, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom taillé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant.
Poèmes divers