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Poèmes de ce thème

Relations et famille

François De Malherbe

François De Malherbe

Pour Alcandre au retour d’Oranthe à Fontainebleau

Revenez mes plaisirs, Madame est revenue :
Et les vœux que j’ai faits pour revoir ses beaux yeux,
Rendant par mes soupirs ma douleur reconnue,
Ont eu grâce des cieux.

Les voici de retour ces astres adorables
Où prend mon océan son flux et son reflux :
Soucis retirez-vous, cherchez les misérables :
Je ne vous connais plus.

Peut-on voir ce miracle, où le soin de Nature
A semé comme fleurs tant d’aimables appas,
Et ne confesser point qu’il n’est pire aventure
Que de ne la voir pas ?

Certes l’autre soleil d’une erreur vagabonde,
Court inutilement par ses douze maisons :
C’est elle, et non pas lui, qui fait sentir au monde
Le change des saisons.

Avecque sa beauté toutes beautés arrivent :
Ces déserts sont jardins de l’un à l’autre bout :
Tant l’extrême pouvoir des grâces qui la suivent
Les pénètre partout.

Ces bois en ont repris leur verdure nouvelle :
L’orage en est cessé, l’air en est éclairci :
Et même ces canaux ont leur course plus belle
Depuis qu’elle est ici.

De moi, que les respects obligent au silence,
J’ai beau me contrefaire, et beau dissimuler :
Les douceurs où je nage ont une violence
Qui ne se peut celer.

Mais, ô rigueur du sort, tandis que je m’arrête
À chatouiller mon âme en ce contentement,
Je ne m’aperçois pas que le destin m’apprête
Un autre partement.

Arrière ces pensers que la crainte m’envoie :
Je ne sais que trop bien l’inconstance du sort :
Mais de m’ôter le goût d’une si chère joie,
C’est me donner la mort.
François Maynard

François Maynard

La belle vieille

Cloris, que dans mon cœur j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’Univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie,
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers !

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton Visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des Yeux qui m’ont brûlé…

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta Conquête :
Huit Lustres ont suivi le jour que tu me pris ;
Et j’ai fidèlement aimé ta belle Tête
Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu :
Mais, tant que tu brûlas du flambeau d’Hyménée,
Mon Amour se cacha pour plaire à ta Vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore,
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des Confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure,
Je me plains aux Rochers et demande conseil
À ces vieilles Forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du Soleil.

L’Ame pleine d’Amour et de Mélancolie,
Et couché sur des Fleurs, et sous des Orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux Mers d’Italie,
Et fait dire ton nom aux Échos étrangers.

Ce Fleuve impérieux à qui tout fit hommage,
Et dont Neptune même endura le mépris,
À su qu’en mon esprit j’adorais ton Image,
Au lieu de chercher Rome en ces vastes débris…

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit. Ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans Amour…
François Villon

François Villon

Le petit testament (extraits)

I

Mil quatre cens cinquante et six,
Je, François Villon, escollier,
Considérant, de sens rassis,
Le frain aux dents, franc au collier
Qu’on doit ses œuvres conseiller,
Comme Vegèce le racompte,
Saige Romain, grand conseiller,
Ou autrement on se mescompte…

II

En ce temps que j’ay dit devant,
Sur le Noël, morte saison,
Lorsque les loups vivent du vent,
Et qu’on se tient en sa maison,
Pour le frimas, près du tison :
Cy me vint vouloir de briser
La très amoureuse prison
Qui souloit mon cueur desbriser.

VI

Pour obvier à ses dangiers,
Mon mieulx est, ce croy, de partir.
Adieu ! je m’en voys à Angiers,
Puisqu’el ne me veult impartir
Sa grâce, ne me départir.
Par elle meurs, les membres sains ;
Au fort, je meurs amant martir,
Du nombre des amoureux saints !

VII

Combien que le départ me soit
Dur, si fault-il que je m’esloingne.
Comme mon pauvre sens conçoit :
Autre que moy est en queloingne,
Dont onc en forest de Bouloingne
Ne fut plus altéré d’humeur.
C’est pour moy piteuse besoingne :
Dieu en veuille ouïr ma clameur !

VIII

Et puisque départir me fault,
Et du retour ne suis certain :
Je ne suis homme sans deffault,
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing.
Vivre aux humains est incertain,
Et après mort n’y a relaiz :
Je m’en voys en pays loingtaing ;
Si establiz ce present laiz.

XXV

Derechief, je laisse, en pitié,
A troys petitz enfans tous nudz,
Nommez en ce present traictié,
Paouvres orphelins impourveuz,
Tous deschaussez, tous despourveus,
Et desnuez comme le ver ;
J’ordonne qu’ils seront pourveuz,
Au moins pour passer cest yver.

XXXV

Finalement, en escrivant,
Ce soir, seullet, estant en bonne,
Dictant ces laiz et descripvant,
Je ouyz la cloche de Sorbonne,
Qui toujours à neuf heures sonne
Le Salut que l’Ange prédit ;
Cy suspendy et cy mis bonne,
Pour pryer comme le cueur dit.