Poèmes de ce thème
Vie et existence
Léon-Paul Fargue
Postface
Un long bras timbré d’or glisse du haut des arbres
Et commence à descendre et tinte dans les branches.
Les fleurs et les feuilles se pressent et s’entendent.
J’ai vu l’orvet glisser dans la douceur du soir.
Diane sur l’étang se penche et met son masque.
Un soulier de satin court dans la clairière
Comme un rappel du ciel qui rejoint l’horizon.
Les barques de la nuit sont prêtes à partir.
D’autres viendront s’asseoir sur la chaise de fer.
D’autres verront cela quand je ne serai plus.
La lumière oubliera ceux qui l’ont tant aimée.
Nul appel ne viendra rallumer nos visages.
Nul sanglot ne fera retentir notre amour.
Nos fenêtres seront éteintes.
Un couple d’étrangers longera la rue grise.
Les voix
D’autres voix chanteront, d’autres yeux pleureront
Dans une maison neuve.
Tout sera consommé, tout sera pardonné.
La peine sera fraîche et la forêt nouvelle,
Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis,
Dieu tiendra ce bonheur qu’il nous avait promis.
Et commence à descendre et tinte dans les branches.
Les fleurs et les feuilles se pressent et s’entendent.
J’ai vu l’orvet glisser dans la douceur du soir.
Diane sur l’étang se penche et met son masque.
Un soulier de satin court dans la clairière
Comme un rappel du ciel qui rejoint l’horizon.
Les barques de la nuit sont prêtes à partir.
D’autres viendront s’asseoir sur la chaise de fer.
D’autres verront cela quand je ne serai plus.
La lumière oubliera ceux qui l’ont tant aimée.
Nul appel ne viendra rallumer nos visages.
Nul sanglot ne fera retentir notre amour.
Nos fenêtres seront éteintes.
Un couple d’étrangers longera la rue grise.
Les voix
D’autres voix chanteront, d’autres yeux pleureront
Dans une maison neuve.
Tout sera consommé, tout sera pardonné.
La peine sera fraîche et la forêt nouvelle,
Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis,
Dieu tiendra ce bonheur qu’il nous avait promis.
Léopold Sédar Senghor
Élégie de minuit
Eté splendide Eté, qui nourris le Poète du lait de ta lumière
Moi qui poussais comme blé de Printemps, qui m’enivrais de la
verdeur de l’eau, du ruissellement vert dans l’or du Temps
Moi qui poussais comme blé de Printemps, qui m’enivrais de la
verdeur de l’eau, du ruissellement vert dans l’or du Temps
Louis Aragon
Air du temps
Nuage
Un cheval blanc s’élève
et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu
Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde
A demi-mort
A demi-endormi
Est-ce que tu n’as pas assez des lieux communs
Les gens te regardent sans rire
Ils ont des yeux de verre
Tu passes Tu perds ton temps Tu passes
Un cheval blanc s’élève
et c’est l’auberge à l’aube où s’éveillera le premier venu
Vas-tu traîner toute ta vie au milieu du monde
A demi-mort
A demi-endormi
Est-ce que tu n’as pas assez des lieux communs
Les gens te regardent sans rire
Ils ont des yeux de verre
Tu passes Tu perds ton temps Tu passes
Louis Aragon
Second intermede
Chanté
Dans ce pays plein de cendres amères
Il va germer ce que les cieux semèrent
C’est un avril avant le temps venu
C’est un enfant de parents inconnus
Et comme au vent un peu d’eau qui frissonne
C’est un enfant qui ne tient de personne
C’est un enfant entre hier et demain
Tout le passé dans le creux de sa main
Bien str la vie est toujours la plus forte
Quand le soleil s’assied devant la porte
Il se regarde et s’étonne de lui
Dans les maisons que lui laisse la pluie
On a repeint tous les volets en vert
Les jours s’en vont pourtant comme en hiver
Pingant l’oreille à leurs mêmes ciseaux
Sous le ciel noir comme l’aile et l’oiseau
Mais déjà l’eil de Vherbe s’écarquille
Pour laisser voir le jaune des jonquilles
Un long parfum fleurit dans les passants
Une musique à leur lèvre se sent
Tout semble prêt au venir des vertiges
L’air semble fait pour ce pas du prodige
Comme un joueur cachant son point aux dés
Trahit des yeux son secret mal gardé
Un mot ferait que tout s’évanouisse
Laissez le lin traîner pour qu’il rouisse
Taisez même à Dieu ce que vous rêviez
Faites semblant que c’est toujours janvier
Laissez venir cette mer haute et lente
Laissez grandir en vous comme une plante
Ce doux bonheur facilement brisé
Laissez la force aboutir au baiser
Laissez former le chant dans votre bouche
La main frémir de la main qui la touche
Et regardez dans vos miroirs troublés
Lever en vous la jeunesse du blé
A tous les printemps qui ressembles
Tourne vers moi ce visage qui tremble
Verse ton vin dans mon verre ô printemps
Rends-moi mon cœur ma vie et mes vingt ans
Sombre plaisir des soirs légers demeure
Demeure en moi qui renais et qui meurs
Mue et remue amour en moi qui fuis
Comme une rame au profond de la nuit
En quelle année où. sommes-nous mon Ame
Tout peut changer mais non l’homme et la femme
Ni ce grand cri ni ce déchirement
Et la stupeur soudaine des amants
Tout peut changer de sens et de nature
Le bien le mal les lampes les voitures
Même le ciel au-dessus des maisons
Tout peut changer de rime et de raison
Rien n’être plus ce qu’aujourd’hui nous sommes
Tout peut changer mais non la femme et "homme
LES POÈTES, La Tragédie des Poètes.
Gallimard, 1960.
Dans ce pays plein de cendres amères
Il va germer ce que les cieux semèrent
C’est un avril avant le temps venu
C’est un enfant de parents inconnus
Et comme au vent un peu d’eau qui frissonne
C’est un enfant qui ne tient de personne
C’est un enfant entre hier et demain
Tout le passé dans le creux de sa main
Bien str la vie est toujours la plus forte
Quand le soleil s’assied devant la porte
Il se regarde et s’étonne de lui
Dans les maisons que lui laisse la pluie
On a repeint tous les volets en vert
Les jours s’en vont pourtant comme en hiver
Pingant l’oreille à leurs mêmes ciseaux
Sous le ciel noir comme l’aile et l’oiseau
Mais déjà l’eil de Vherbe s’écarquille
Pour laisser voir le jaune des jonquilles
Un long parfum fleurit dans les passants
Une musique à leur lèvre se sent
Tout semble prêt au venir des vertiges
L’air semble fait pour ce pas du prodige
Comme un joueur cachant son point aux dés
Trahit des yeux son secret mal gardé
Un mot ferait que tout s’évanouisse
Laissez le lin traîner pour qu’il rouisse
Taisez même à Dieu ce que vous rêviez
Faites semblant que c’est toujours janvier
Laissez venir cette mer haute et lente
Laissez grandir en vous comme une plante
Ce doux bonheur facilement brisé
Laissez la force aboutir au baiser
Laissez former le chant dans votre bouche
La main frémir de la main qui la touche
Et regardez dans vos miroirs troublés
Lever en vous la jeunesse du blé
A tous les printemps qui ressembles
Tourne vers moi ce visage qui tremble
Verse ton vin dans mon verre ô printemps
Rends-moi mon cœur ma vie et mes vingt ans
Sombre plaisir des soirs légers demeure
Demeure en moi qui renais et qui meurs
Mue et remue amour en moi qui fuis
Comme une rame au profond de la nuit
En quelle année où. sommes-nous mon Ame
Tout peut changer mais non l’homme et la femme
Ni ce grand cri ni ce déchirement
Et la stupeur soudaine des amants
Tout peut changer de sens et de nature
Le bien le mal les lampes les voitures
Même le ciel au-dessus des maisons
Tout peut changer de rime et de raison
Rien n’être plus ce qu’aujourd’hui nous sommes
Tout peut changer mais non la femme et "homme
LES POÈTES, La Tragédie des Poètes.
Gallimard, 1960.
Louise-Victorine Ackermann
L’homme
Jeté par le hasard sur un vieux globe infime,
À l’abandon, perdu comme en un océan,
Je surnage un moment et flotte à fleur d’abîme,
Épave du néant.
Et pourtant, c’est à moi, quand sur des mers sans rive
Un naufrage éternel semblait me menacer,
Qu’une voix a crié du fond de l’Être : « Arrive !
Je t’attends pour penser. »
L’Inconscience encor sur la nature entière
Étendait tristement son voile épais et lourd.
J’apparus ; aussitôt à travers la matière
L’Esprit se faisait jour.
Secouant ma torpeur et tout étonné d’être,
J’ai surmonté mon trouble et mon premier émoi.
Plongé dans le grand Tout, j’ai su m’y reconnaître ;
Je m’affirme et dis : « Moi ! »
Bien que la chair impure encor m’assujettisse,
Des aveugles instincts j’ai rompu le réseau ;
J’ai créé la Pudeur, j’ai conçu la Justice :
Mon cœur fut leur berceau.
Seul je m’enquiers des fins et je remonte aux causes.
À mes yeux l’univers n’est qu’un spectacle vain.
Dussé-je m’abuser, au mirage des choses
Je prête un sens divin.
Je défie à mon gré la mort et la souffrance.
Nature impitoyable, en vain tu me démens,
Je n’en crois que mes vœux et fais de l’espérance
Même avec mes tourments.
Pour combler le néant, ce gouffre vide et morne,
S’il suffit d’aspirer un instant, me voilà !
Fi de cet ici-bas ! Tout m’y cerne et m’y borne ;
Il me faut l’au-delà !
Je veux de l’éternel, moi qui suis l’éphémère.
Quand le réel me presse, impérieux, brutal,
Pour refuge au besoin n’ai-je pas la chimère
Qui s’appelle Idéal ?
Je puis avec orgueil, au sein des nuits profondes,
De l’éther étoilé contempler la splendeur.
Gardez votre infini, cieux lointains, vastes mondes,
J’ai le mien dans mon cœur !
À l’abandon, perdu comme en un océan,
Je surnage un moment et flotte à fleur d’abîme,
Épave du néant.
Et pourtant, c’est à moi, quand sur des mers sans rive
Un naufrage éternel semblait me menacer,
Qu’une voix a crié du fond de l’Être : « Arrive !
Je t’attends pour penser. »
L’Inconscience encor sur la nature entière
Étendait tristement son voile épais et lourd.
J’apparus ; aussitôt à travers la matière
L’Esprit se faisait jour.
Secouant ma torpeur et tout étonné d’être,
J’ai surmonté mon trouble et mon premier émoi.
Plongé dans le grand Tout, j’ai su m’y reconnaître ;
Je m’affirme et dis : « Moi ! »
Bien que la chair impure encor m’assujettisse,
Des aveugles instincts j’ai rompu le réseau ;
J’ai créé la Pudeur, j’ai conçu la Justice :
Mon cœur fut leur berceau.
Seul je m’enquiers des fins et je remonte aux causes.
À mes yeux l’univers n’est qu’un spectacle vain.
Dussé-je m’abuser, au mirage des choses
Je prête un sens divin.
Je défie à mon gré la mort et la souffrance.
Nature impitoyable, en vain tu me démens,
Je n’en crois que mes vœux et fais de l’espérance
Même avec mes tourments.
Pour combler le néant, ce gouffre vide et morne,
S’il suffit d’aspirer un instant, me voilà !
Fi de cet ici-bas ! Tout m’y cerne et m’y borne ;
Il me faut l’au-delà !
Je veux de l’éternel, moi qui suis l’éphémère.
Quand le réel me presse, impérieux, brutal,
Pour refuge au besoin n’ai-je pas la chimère
Qui s’appelle Idéal ?
Je puis avec orgueil, au sein des nuits profondes,
De l’éther étoilé contempler la splendeur.
Gardez votre infini, cieux lointains, vastes mondes,
J’ai le mien dans mon cœur !
Lydie Dattas
Mon sang est un vitrail
Ma jeunesse a été couronnée par les anges :
aucun malheur n’était jamais trop beau pour moi
quand ma pensée mettait le feu aux roses rouges.
Mon sang est un vitrail illustré par l’azur
les lys blancs se pressaient autour de ma pensée
et mon âme trempée dans le sang de l’azur.
Plus tendre que la nuit au cœur du lilas blanc,
mon cœur martyrisé par sa propre douceur.
L’azur assombrissait les projets du malheur,
cet azur presque blanc dont le cœur se régale,
mon cœur bouleversé par le bonheur des roses.
L’amour a l’ambition souveraine des morts
et ce cœur admirable insensible aux passions.
Le temps s’est resserré autour de ma pensée :
je ne pourrai jamais me passer de la mort.
Je défendrai la mort jusque dans l’au-delà
et mon nom mélodieux autant que la douleur.
aucun malheur n’était jamais trop beau pour moi
quand ma pensée mettait le feu aux roses rouges.
Mon sang est un vitrail illustré par l’azur
les lys blancs se pressaient autour de ma pensée
et mon âme trempée dans le sang de l’azur.
Plus tendre que la nuit au cœur du lilas blanc,
mon cœur martyrisé par sa propre douceur.
L’azur assombrissait les projets du malheur,
cet azur presque blanc dont le cœur se régale,
mon cœur bouleversé par le bonheur des roses.
L’amour a l’ambition souveraine des morts
et ce cœur admirable insensible aux passions.
Le temps s’est resserré autour de ma pensée :
je ne pourrai jamais me passer de la mort.
Je défendrai la mort jusque dans l’au-delà
et mon nom mélodieux autant que la douleur.
Louise-Victorine Ackermann
Eternité de l’homme, illusion ! chimère !
Eternité de l’homme, illusion ! chimère !
Mensonge de l’amour et de l’orgueil humain.
Il n’a point eu d’hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !
Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos cœurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.
Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires !
Seuls au pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.
Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
J’aime et j’espère voir expirer tes flambeaux.
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.
Vous croyez que l’Amour dont l’âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
Nous aussi nous aimons.
Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible ;
Que lui font vos bonheurs ?
Elle n’a qu’un désir, la marâtre immortelle,
C’est d’enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l’éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.
Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son vœu s’est accompli.
Quand un souffle d’amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus,
Quand, pressant sur ce cœur qui va bientôt s’éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L’Infini dans vos bras,
Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d’ardents essaims,
Ces transports, c’est déjà l’Humanité future
Qui s’agite en vos seins.
Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu’ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un cœur.
Mais d’autres cœurs naîtront qui renoûront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme
Dans les âges lointains.
Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l’Amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle,
Et la rend à son tour.
Aveuglés par l’éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours ; à votre main mourante
Elle échappe déjà.
Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l’abîme
Votre éblouissement.
Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son œil éternel considère, impassible
Le naître et le mourir,
Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu’un mouvement d’amour soit encor votre adieu,
Oui, faites voir combien l’homme est grand lorsqu’il aime
Et pardonnez à Dieu !
Mensonge de l’amour et de l’orgueil humain.
Il n’a point eu d’hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !
Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos cœurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.
Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires !
Seuls au pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.
Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
J’aime et j’espère voir expirer tes flambeaux.
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.
Vous croyez que l’Amour dont l’âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
Nous aussi nous aimons.
Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible ;
Que lui font vos bonheurs ?
Elle n’a qu’un désir, la marâtre immortelle,
C’est d’enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l’éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.
Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son vœu s’est accompli.
Quand un souffle d’amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus,
Quand, pressant sur ce cœur qui va bientôt s’éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L’Infini dans vos bras,
Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d’ardents essaims,
Ces transports, c’est déjà l’Humanité future
Qui s’agite en vos seins.
Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu’ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un cœur.
Mais d’autres cœurs naîtront qui renoûront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme
Dans les âges lointains.
Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l’Amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle,
Et la rend à son tour.
Aveuglés par l’éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours ; à votre main mourante
Elle échappe déjà.
Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l’abîme
Votre éblouissement.
Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son œil éternel considère, impassible
Le naître et le mourir,
Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu’un mouvement d’amour soit encor votre adieu,
Oui, faites voir combien l’homme est grand lorsqu’il aime
Et pardonnez à Dieu !
Louise-Victorine Ackermann
Eternité de l’homme, illusion ! chimère !
Eternité de l’homme, illusion ! chimère !
Mensonge de l’amour et de l’orgueil humain.
Il n’a point eu d’hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !
Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos cœurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.
Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires !
Seuls au pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.
Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
J’aime et j’espère voir expirer tes flambeaux.
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.
Vous croyez que l’Amour dont l’âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
Nous aussi nous aimons.
Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible ;
Que lui font vos bonheurs ?
Elle n’a qu’un désir, la marâtre immortelle,
C’est d’enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l’éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.
Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son vœu s’est accompli.
Quand un souffle d’amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus,
Quand, pressant sur ce cœur qui va bientôt s’éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L’Infini dans vos bras,
Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d’ardents essaims,
Ces transports, c’est déjà l’Humanité future
Qui s’agite en vos seins.
Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu’ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un cœur.
Mais d’autres cœurs naîtront qui renoûront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme
Dans les âges lointains.
Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l’Amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle,
Et la rend à son tour.
Aveuglés par l’éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours ; à votre main mourante
Elle échappe déjà.
Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l’abîme
Votre éblouissement.
Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son œil éternel considère, impassible
Le naître et le mourir,
Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu’un mouvement d’amour soit encor votre adieu,
Oui, faites voir combien l’homme est grand lorsqu’il aime
Et pardonnez à Dieu !
Mensonge de l’amour et de l’orgueil humain.
Il n’a point eu d’hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !
Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos cœurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.
Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires !
Seuls au pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.
Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
J’aime et j’espère voir expirer tes flambeaux.
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.
Vous croyez que l’Amour dont l’âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
Nous aussi nous aimons.
Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible ;
Que lui font vos bonheurs ?
Elle n’a qu’un désir, la marâtre immortelle,
C’est d’enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l’éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.
Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son vœu s’est accompli.
Quand un souffle d’amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus,
Quand, pressant sur ce cœur qui va bientôt s’éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L’Infini dans vos bras,
Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d’ardents essaims,
Ces transports, c’est déjà l’Humanité future
Qui s’agite en vos seins.
Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu’ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un cœur.
Mais d’autres cœurs naîtront qui renoûront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme
Dans les âges lointains.
Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l’Amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle,
Et la rend à son tour.
Aveuglés par l’éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours ; à votre main mourante
Elle échappe déjà.
Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l’abîme
Votre éblouissement.
Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son œil éternel considère, impassible
Le naître et le mourir,
Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu’un mouvement d’amour soit encor votre adieu,
Oui, faites voir combien l’homme est grand lorsqu’il aime
Et pardonnez à Dieu !
Marc Alexandre Oho Bambe
Rien n’est vrai tout est vibrant
Rien n’est vrai
Tout est vibrant
Tout passe
Tout lasse
Tout casse
La vie ne suffit pas
Pour arriver à toucher le fond
Du silence clarté qui fonde
Rien n’est dû
Rien ne dure
Tout passe
Tout lasse
Tout casse
La vie ne suffit pas
Pour arriver à toucher du doigt
Sa vérité nue clarté qui tremble
Rien n’est vrai
Tout est vibrant
Tout passe
Tout lasse
Tout casse
La vie ne suffit pas
Rien n’est dû
Rien ne dure
Et pourtant
Nous sommes
Et nous tenons
Prêts toujours à offrir
Salves d’avenir
Nous sommes
Et nous tenons
Malgré
Bleus
À l’âme
Vagues
De maux
Rêves
À l’eau
Nous sommes
Et nous tenons
En nous-mêmes
Debout
Que restera-t-il,
De nos rêves, de nos combats, de nos espoirs ?
Rien, il se peut que rien ne reste, mais.
Que restera-t-il,
De nos quêtes matérielles ou spirituelles.
De nos doutes et de nos certitudes ?
Que restera-t-il,
Que restera-t-il ?
Des questions, des réponses.
Des questions sans réponses.
Des réponses sans questions.
Que restera-t-il
De jour et de nuit, de lumière et d’ombre, en nous ?
Rien, il se peut que rien ne reste, mais.
Nous sommes
Et nous tenons
Dans nos mains
En fleurs généreuses
La vie et demie
Temps
Qui file étoile
Défile si bref
Éphémère instant
chaque jour
je demande
audience
à l’aube
je cherche
la cité interdite
le lieu-dit
du dire de l’amour
j’apprends à
revenir
à la page
blanche
devenir
paysage
source
ouvrir
la voix
fleuve
tenter
le ciel
feu
marcher
sans maître
ni dieu
Sur les traces
De Joyce
Ulysse dans le vent
Des mots
Sisyphe sur le toit
Du monde
Je brûle
Mes impatiences
Je flambe à la bougie
Des poèmes qui chantent
Hier, aujourd’hui et demain
Ejo
Il y a
La vie
Il y a
L’à venir
Le ciel
Les oiseaux
Et l’amour
L’horizon
Le soleil
Et la mer
Il y a
Les rêves et les poèmes
À ne pas trahir
La vie
L’à venir
Le cœur pour dire ainsi
Mon cœur tambour
Et mon âme qui s’envole
Près de la tienne
La paix revient
Le monde redevient
Plus vivable
Quand tu souris
Tout est vibrant
Tout passe
Tout lasse
Tout casse
La vie ne suffit pas
Pour arriver à toucher le fond
Du silence clarté qui fonde
Rien n’est dû
Rien ne dure
Tout passe
Tout lasse
Tout casse
La vie ne suffit pas
Pour arriver à toucher du doigt
Sa vérité nue clarté qui tremble
Rien n’est vrai
Tout est vibrant
Tout passe
Tout lasse
Tout casse
La vie ne suffit pas
Rien n’est dû
Rien ne dure
Et pourtant
Nous sommes
Et nous tenons
Prêts toujours à offrir
Salves d’avenir
Nous sommes
Et nous tenons
Malgré
Bleus
À l’âme
Vagues
De maux
Rêves
À l’eau
Nous sommes
Et nous tenons
En nous-mêmes
Debout
Que restera-t-il,
De nos rêves, de nos combats, de nos espoirs ?
Rien, il se peut que rien ne reste, mais.
Que restera-t-il,
De nos quêtes matérielles ou spirituelles.
De nos doutes et de nos certitudes ?
Que restera-t-il,
Que restera-t-il ?
Des questions, des réponses.
Des questions sans réponses.
Des réponses sans questions.
Que restera-t-il
De jour et de nuit, de lumière et d’ombre, en nous ?
Rien, il se peut que rien ne reste, mais.
Nous sommes
Et nous tenons
Dans nos mains
En fleurs généreuses
La vie et demie
Temps
Qui file étoile
Défile si bref
Éphémère instant
chaque jour
je demande
audience
à l’aube
je cherche
la cité interdite
le lieu-dit
du dire de l’amour
j’apprends à
revenir
à la page
blanche
devenir
paysage
source
ouvrir
la voix
fleuve
tenter
le ciel
feu
marcher
sans maître
ni dieu
Sur les traces
De Joyce
Ulysse dans le vent
Des mots
Sisyphe sur le toit
Du monde
Je brûle
Mes impatiences
Je flambe à la bougie
Des poèmes qui chantent
Hier, aujourd’hui et demain
Ejo
Il y a
La vie
Il y a
L’à venir
Le ciel
Les oiseaux
Et l’amour
L’horizon
Le soleil
Et la mer
Il y a
Les rêves et les poèmes
À ne pas trahir
La vie
L’à venir
Le cœur pour dire ainsi
Mon cœur tambour
Et mon âme qui s’envole
Près de la tienne
La paix revient
Le monde redevient
Plus vivable
Quand tu souris
Marcel Thiry
DECEMBRE EST DOUx...
Décembre est doux quand on y descend vers quatre heures.
La rue est comme un bleu tableau viecil-allemand
Ou l’espoir de Noél fait briller purement
L’Etoile au fond d’un ciel crédule qui s’en leurre.
Entends ce soir du nord qui chante « O Tannenbaum »
Et souviens-toi d’un soir au golfe de Finlande
Ou, sous ton uniforme et dans ta houppelande,
Tu t’en allais vers le beau nom d’Oranienbaum.
Un lent bleuissement gagnait la forêt blanche ;
Vous glissiez en traîneau avec ton frère aîné ;
C’était en quinze, avant qu’il ne fait trépané,
Et la neige était légendaire sur les branches.
Tu rêvais dans ton cœur de soldat collégien
D’un visage dans un été plein d’ombre dense ;
Mais, à travers la forêt balte et le silence,
Vous alliez voir vos camarades vénériens.
L’hépital, dans les grands sapins noirs sous la neige,
Apparaissait tout blanc d’une blancheur plus maie,
Et sur son drapeau blanc créiment, rouge stigmate,
La croix rouge saignait comme d’un beau sang vierge.
On entrait ; on quittait le vierge soir bleuté,
Et l’on était parmi ces voyageurs malades
Qui mêlaient Archangel, Paris et Pétrograd
Dans leurs efforcements de fragile gaîté,
Leur mal à tous venait d’une heure aventureuse,
Du mal d’avoir suivi l’amour sur la Newski ;
L’un avait un bubon, il fut tué a K oniouki,
Et celle qu’il avait aimée était danseuse.
Elle dansait sans doute encore, et la rancœur
Des matins las elle la connaissait encore ;
Mais son amant, dans l’hépital chaste et sonore,
Sous l’icéne aux yeux d’or jouait au chasse-cœur.
Temps simple! I] suffisait d’être soldats ; la neige
E* le devoir facile étaient quotidiens ;
Et ce soir-la d’Oranienbaum, tu t’en souviens,
Tu aimais celle que tu aimais au collège.
Une sœur venait dire en un russe léger
Qw’il était Pheure ; un pope entrait pour la prière ;
Au dehors, avec le déclin de la lumière,
Voici qu’il s’était mis doucement a neiger.
Sur la Russie et dans l’ombre bleue épaissie
La neige descendait comme des siècles lents ;
Et dans le soir baltique ainsi qu’un temple blanc
Ta dix-huitième année épousait la Russie.
La rue est comme un bleu tableau viecil-allemand
Ou l’espoir de Noél fait briller purement
L’Etoile au fond d’un ciel crédule qui s’en leurre.
Entends ce soir du nord qui chante « O Tannenbaum »
Et souviens-toi d’un soir au golfe de Finlande
Ou, sous ton uniforme et dans ta houppelande,
Tu t’en allais vers le beau nom d’Oranienbaum.
Un lent bleuissement gagnait la forêt blanche ;
Vous glissiez en traîneau avec ton frère aîné ;
C’était en quinze, avant qu’il ne fait trépané,
Et la neige était légendaire sur les branches.
Tu rêvais dans ton cœur de soldat collégien
D’un visage dans un été plein d’ombre dense ;
Mais, à travers la forêt balte et le silence,
Vous alliez voir vos camarades vénériens.
L’hépital, dans les grands sapins noirs sous la neige,
Apparaissait tout blanc d’une blancheur plus maie,
Et sur son drapeau blanc créiment, rouge stigmate,
La croix rouge saignait comme d’un beau sang vierge.
On entrait ; on quittait le vierge soir bleuté,
Et l’on était parmi ces voyageurs malades
Qui mêlaient Archangel, Paris et Pétrograd
Dans leurs efforcements de fragile gaîté,
Leur mal à tous venait d’une heure aventureuse,
Du mal d’avoir suivi l’amour sur la Newski ;
L’un avait un bubon, il fut tué a K oniouki,
Et celle qu’il avait aimée était danseuse.
Elle dansait sans doute encore, et la rancœur
Des matins las elle la connaissait encore ;
Mais son amant, dans l’hépital chaste et sonore,
Sous l’icéne aux yeux d’or jouait au chasse-cœur.
Temps simple! I] suffisait d’être soldats ; la neige
E* le devoir facile étaient quotidiens ;
Et ce soir-la d’Oranienbaum, tu t’en souviens,
Tu aimais celle que tu aimais au collège.
Une sœur venait dire en un russe léger
Qw’il était Pheure ; un pope entrait pour la prière ;
Au dehors, avec le déclin de la lumière,
Voici qu’il s’était mis doucement a neiger.
Sur la Russie et dans l’ombre bleue épaissie
La neige descendait comme des siècles lents ;
Et dans le soir baltique ainsi qu’un temple blanc
Ta dix-huitième année épousait la Russie.
Marcel Thiry
Et les femmes sont si belles...
Et les femmes sont si belles
Et les femmes sont si belles
Et les seins sous les dentelles
Si gonflés de vérité,
Et les mains si pardonneuses
Et les bouches si donneuses
De tels dons d’éternité,
Et l’été, sous les ombrelles,
Dans les prés, dans les ombelles,
Les bras nus ont de si belles
Si donneuses nudités,
Et les femmes sont si belles
Et les femmes sont si belles...
Et les femmes sont si belles
Et les seins sous les dentelles
Si gonflés de vérité,
Et les mains si pardonneuses
Et les bouches si donneuses
De tels dons d’éternité,
Et l’été, sous les ombrelles,
Dans les prés, dans les ombelles,
Les bras nus ont de si belles
Si donneuses nudités,
Et les femmes sont si belles
Et les femmes sont si belles...
Marcel Thiry
Un creux de gorge essentielle
Un creux de gorge essentielle
Qui va passer
Comme un creux de nuage au ciel
Qui va passer
Comme un creux de nuage au ciel
Marceline Desbordes-Valmore
Rêve intermittent d’une nuit triste
. . . . . .
Vers vos nids chanteurs laissez-les donc aller :
L’enfant sait déjà qu’ils naissent pour voler.
Déjà son esprit, prenant goût au silence,
Monte où sans appui l’alouette s’élance,
Et s’isole et nage au fond du lac d’azur
Et puis redescend le gosier plein d’air pur.
Que de l’oiseau gris l’hymne haute et pieuse
Rende à tout jamais son âme harmonieuse !
Que vos ruisseaux clairs, dont les bruits m’ont parlé,
Humectent sa voix d’un long rythme perlé !
Avant de gagner sa couche de fougère,
Laissez-la courir, curieuse et légère,
Au bois où la lune épanche ses lueurs
Dans l’arbre qui tremble inondé de ses pleurs,
Afin qu’en dormant sous vos images vertes
Ses grâces d’enfant en soient toutes couvertes.
. . . . . .
Vers vos nids chanteurs laissez-les donc aller :
L’enfant sait déjà qu’ils naissent pour voler.
Déjà son esprit, prenant goût au silence,
Monte où sans appui l’alouette s’élance,
Et s’isole et nage au fond du lac d’azur
Et puis redescend le gosier plein d’air pur.
Que de l’oiseau gris l’hymne haute et pieuse
Rende à tout jamais son âme harmonieuse !
Que vos ruisseaux clairs, dont les bruits m’ont parlé,
Humectent sa voix d’un long rythme perlé !
Avant de gagner sa couche de fougère,
Laissez-la courir, curieuse et légère,
Au bois où la lune épanche ses lueurs
Dans l’arbre qui tremble inondé de ses pleurs,
Afin qu’en dormant sous vos images vertes
Ses grâces d’enfant en soient toutes couvertes.
. . . . . .
Marguerite Yourcenar
Voici que le silence
Voici que le silence a les seules paroles
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser ;
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ;
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer.
À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles,
Au même lit secret les dormeurs vont glisser ;
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent,
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser.
C’est à votre douceur que mon sentier m’amène.
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine,
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords.
L’impérissable amour erre de veine en veine ;
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts.
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser ;
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ;
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer.
À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles,
Au même lit secret les dormeurs vont glisser ;
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent,
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser.
C’est à votre douceur que mon sentier m’amène.
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine,
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords.
L’impérissable amour erre de veine en veine ;
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts.
Marie de Gournay
Peinture de mœurs. À Monsieur le Président d’Espaignet, conseiller d’État
Espaignet façonné sur le Siècle plus sage,
Je veux peindre mes mœurs et t’offrir leur image :
Tu la peux à bon droit approuver ou casser,
Puisqu’en te pratiquant vingt ans j’ai vu passer.
Notre abord commença quand je fus à Montaigne :
Voir un mort au cercueil, sa fille et sa compagne,
Voyageant avec toi, qui menais de nouveau
Ta femme en leur Pays ton antique berceau.
Voici donc mes défauts : Je suis d’humeur bouillante,
J’oublie à peine extrême une injure poignante,
Je suis impatiente et sujette à courroux :
De ces vices pourtant je romps les plus grands coups.
Je dis romps au dehors où l’éclat est visible,
De les rompre en mon cœur ce roc est invisible :
Tant l’ire, la piqûre et les assauts puissants
Des accidents fâcheux me pénètrent les sens.
Les passions enfin que l’instinct nous excite,
Et non l’opinion de lumière interdite,
Tiennent d’un poids égal telle place chez moi,
Que ma loi je leur donne et la leur je reçois.
Je m’enferre parfois en la ronde fiance,
Supposant au prochain ma propre conscience :
Mais si j’ouvre au soupçon l’œil de mon jugement,
On ne me peut tromper, ains trahir seulement.
Parfois en conférant il advient que j’épouse
La Raison et ses droits d’une humeur trop jalouse :
Toute noble qu’elle est cédons parfois aux fous,
Et qui ne veut hurler laisse hurler les loups.
Ce débat néanmoins s’écoule sans querelle,
Car soudain qu’elle éclôt mon art lui brise l’aile :
Et n’ai trouble ni bruit, hors ceux que le mondain
Livre au faible impuissant par malice ou dédain.
Je suis blessée aussi de cette sotte honte,
Qui naissant de vertu pour vice nous surmonte.
J’avoue encore après reprochable à bon droit,
Qu’à servir le grand Dieu mon esprit est trop froid :
Encore que mon cœur d’un zèle franc l’honore.
Hé quel autre mortel d’un juste vœu l’adore ?
Le fini l’infini ? l’ouvrage son Auteur ?
Un atome, un néant, l’unique Créateur ?
Pour m’estimer un peu je ne mérite blâme,
D’un appât si friand chacun flatte son âme :
Je n’en crains les rieurs si je me prise à point :
Qui ne voit ses Vertus son Vice il ne voit point.
Je ne m’accuse pas du défaut de ménage,
De ce reproche en vain le Vulgaire m’outrage :
Pour me voir sans moyens, sans ménage on me croit :
J’en aurais à plein fond quand mon bien le vaudrait.
Ah qu’en vain nos succès nous mesurent l’estime !
Ah que le nom du pauvre aisément on opprime !
Mon bien court et brouillé je n’ai dû conserver,
Puisque de la misère il n’eût pu me sauver.
Mes bonnes qualités prendront ici leur place.
Les lois de l’équité d’un saint respect j’embrasse.
J’ai l’entregent modeste et de l’honneur j’ai soin.
Je n’aime pas l’argent que pour le seul besoin.
Que si j’ai ce défaut d’aimer un peu la gloire,
L’ambition au moins me cède la victoire :
Je dis l’ambition que les Cours vont suivant :
Qui connaît ses objets il méprise leur vent.
Et n’aurais vu des Grands la pompeuse hautesse,
Sans la nécessité tyrannique maîtresse.
Mes mœurs et mon humeur luisent d’égalité.
Mon jugement refuit toute témerité.
Car cette erreur je hais ridicule et sifflable,
Qui pleige à tous moments pour vrai le vraisemblable :
Et ce vice commun je fuis d’un soin exprès,
De prendre pour un point celui qui loge auprès.
Parfois doncques en vain j’espère ou je soupçonne,
Mais lors sans affirmer mon jugement tâtonne :
S’il affirme, il va droit, et s’y prend rarement :
Et si je fais gageure elle court sûrement.
Je ne sais rien juger par coutume vulgaire.
Hors du trop et du peu mes devis je tempère.
Le propos indiscret j’ai toujours évité.
Je n’aurais dans un trône orgueil ni vanité.
L’effort de mon malheur mon courage ne brise.
Mon courroux bien qu’ardent ma raison ne maîtrise :
Ni jamais ses élans ne m’ont fait ressentir
Les honteux aiguillons d’un tardif repentir.
Nulle humeur volontaire en mes mœurs ne tient place.
Toute bizarrerie outre-Mer je déchasse :
Et ne fais ou dis rien en aucune saison,
Dont mon faible discours ne peut rendre raison.
Ma science proscrit toute Phébuserie.
L’on ne remarque en moi nulle charlaterie.
Je quitte un bien certain qui tente mon souhait,
S’il blesse ma rondeur d’apparence ou d’effet.
Le fat j’envoie aux Cours et aux clercs des Écoles.
L’Alchimie est chez moi, mais non ses suites folles :
Tromper, dépenser gros, croire l’Art sans douter,
Attendre une Mer d’or, sans fin la trompeter ;
Aucun je n’ai trompé, j’ai fait peu de dépense,
J’attends peu, je dis moins, j’espère sans croyance.
Je ne drape ou médis. De léger je ne crois,
Je suis fort véritable et d’une entière foi.
Si par occasion quelque bourde je donne,
Elle sert à quelqu’un et ne nuit à personne.
Sauvant bruit ou désastre ouverts à mes amis,
Et n’ai point cet excès à mon besoin permis,
Ou si pour mon besoin la vérité j’altère,
C’est sur le coup précis d’une importante affaire :
Sans intérêt d’autrui, sans me prêter du vent,
Sans affirmer encore, et certes peu souvent.
Puisqu’on peut rarement déguiser le mensonge,
Dans son bourbier honteux le prudent ne se plonge :
Car l’honnête renom de vrai-disant lui sert,
Et surpris pour menteur sans remède il le perd.
Nul propos imposteur par haine je n’avance.
Mon interêt n’éteint l’œil de ma connaissance.
Je vois le vice aussi qui difforme l’ami,
Et connais la vertu qui dore l’ennemi.
Je n’abuse jamais la simplesse facile
Par un mauvais conseil quoiqu’il me fût utile.
La Vertu sans les biens j’honore où je la vois.
Pour moi je fais raison, je la fais contre moi.
J’ai le cœur noble et franc, je hais toute feintise.
Je suis inviolable en l’amitié promise :
En fortune, en disgrâce, en la vie, en la mort,
Du monde ni des ans ce vœu ne sent l’effort.
L’ami ni l’étranger paisible je n’offense,
Et souvent à leur tort je prête l’indulgence.
Je n’ai saine ou malade un esprit riotteux.
Je fuis du vil ingrat le reproche honteux.
L’injure plus qu’à nul à mon cœur est amère ;
J’aimerais mieux pourtant la souffrir que la faire :
Sans excéder son poids je la paye et ressens.
Les faibles je respecte à l’égal des puissants.
Je ne sème discord. Je ne couve l’envie.
Nul prix ne flétrirait l’équité de ma vie.
Nulle nécessité n’usurpe le pouvoir,
De me faire blesser office ni devoir.
À mes aises charmeurs je n’ai l’humeur sujette.
La grimace de Cour et son fard je rejette :
Je hais sa singerie où chacun s’entresuit.
Mon œil et mon palais le vain luxe refuit.
Je suis soigneuse, active, en mes desseins constante,
Aux affaires bandée et de loin prévoyante.
Je ne suis nonchalante à payer mon devoir.
Je sais d’esprit docile un conseil recevoir.
Du faible contre un fort le parti je n’opprime.
Du flatteur pestilent je déteste le crime.
Devant qu’avoir goûté les mœurs du Genre humain,
J’épandais tout office à pleine et large main :
Même bonté depuis entre les Bons j’observe,
Mais parmi le Commun je fais quelque réserve :
Je secourrais pourtant le pauvre et l’affligé,
Si d’un joug moins pesant mon col était chargé.
Le secret qu’on m’a dit je tais d’un soin fidèle,
Voire un secret surpris peu souvent je décèle :
Je ne guette celui que l’on me veut cacher,
Ou si mon œil le perce il feint de n’y toucher.
Je ne condamne aucun suivant la voix publique.
Je ne suis importune à ceux que je pratique.
Donc si j’ai des défauts ils n’offensent que moi,
Sans flétrir au commerce ou mes mœurs ou ma foi.
L’équité, la candeur, je les tiens de Nature :
L’ordre je l’ai gagné par temps et par lecture.
J’ai vu les derniers sceaux à cet ordre apposés,
Ayant sur mes ans mûrs sept lustres épuisés.
Je veux peindre mes mœurs et t’offrir leur image :
Tu la peux à bon droit approuver ou casser,
Puisqu’en te pratiquant vingt ans j’ai vu passer.
Notre abord commença quand je fus à Montaigne :
Voir un mort au cercueil, sa fille et sa compagne,
Voyageant avec toi, qui menais de nouveau
Ta femme en leur Pays ton antique berceau.
Voici donc mes défauts : Je suis d’humeur bouillante,
J’oublie à peine extrême une injure poignante,
Je suis impatiente et sujette à courroux :
De ces vices pourtant je romps les plus grands coups.
Je dis romps au dehors où l’éclat est visible,
De les rompre en mon cœur ce roc est invisible :
Tant l’ire, la piqûre et les assauts puissants
Des accidents fâcheux me pénètrent les sens.
Les passions enfin que l’instinct nous excite,
Et non l’opinion de lumière interdite,
Tiennent d’un poids égal telle place chez moi,
Que ma loi je leur donne et la leur je reçois.
Je m’enferre parfois en la ronde fiance,
Supposant au prochain ma propre conscience :
Mais si j’ouvre au soupçon l’œil de mon jugement,
On ne me peut tromper, ains trahir seulement.
Parfois en conférant il advient que j’épouse
La Raison et ses droits d’une humeur trop jalouse :
Toute noble qu’elle est cédons parfois aux fous,
Et qui ne veut hurler laisse hurler les loups.
Ce débat néanmoins s’écoule sans querelle,
Car soudain qu’elle éclôt mon art lui brise l’aile :
Et n’ai trouble ni bruit, hors ceux que le mondain
Livre au faible impuissant par malice ou dédain.
Je suis blessée aussi de cette sotte honte,
Qui naissant de vertu pour vice nous surmonte.
J’avoue encore après reprochable à bon droit,
Qu’à servir le grand Dieu mon esprit est trop froid :
Encore que mon cœur d’un zèle franc l’honore.
Hé quel autre mortel d’un juste vœu l’adore ?
Le fini l’infini ? l’ouvrage son Auteur ?
Un atome, un néant, l’unique Créateur ?
Pour m’estimer un peu je ne mérite blâme,
D’un appât si friand chacun flatte son âme :
Je n’en crains les rieurs si je me prise à point :
Qui ne voit ses Vertus son Vice il ne voit point.
Je ne m’accuse pas du défaut de ménage,
De ce reproche en vain le Vulgaire m’outrage :
Pour me voir sans moyens, sans ménage on me croit :
J’en aurais à plein fond quand mon bien le vaudrait.
Ah qu’en vain nos succès nous mesurent l’estime !
Ah que le nom du pauvre aisément on opprime !
Mon bien court et brouillé je n’ai dû conserver,
Puisque de la misère il n’eût pu me sauver.
Mes bonnes qualités prendront ici leur place.
Les lois de l’équité d’un saint respect j’embrasse.
J’ai l’entregent modeste et de l’honneur j’ai soin.
Je n’aime pas l’argent que pour le seul besoin.
Que si j’ai ce défaut d’aimer un peu la gloire,
L’ambition au moins me cède la victoire :
Je dis l’ambition que les Cours vont suivant :
Qui connaît ses objets il méprise leur vent.
Et n’aurais vu des Grands la pompeuse hautesse,
Sans la nécessité tyrannique maîtresse.
Mes mœurs et mon humeur luisent d’égalité.
Mon jugement refuit toute témerité.
Car cette erreur je hais ridicule et sifflable,
Qui pleige à tous moments pour vrai le vraisemblable :
Et ce vice commun je fuis d’un soin exprès,
De prendre pour un point celui qui loge auprès.
Parfois doncques en vain j’espère ou je soupçonne,
Mais lors sans affirmer mon jugement tâtonne :
S’il affirme, il va droit, et s’y prend rarement :
Et si je fais gageure elle court sûrement.
Je ne sais rien juger par coutume vulgaire.
Hors du trop et du peu mes devis je tempère.
Le propos indiscret j’ai toujours évité.
Je n’aurais dans un trône orgueil ni vanité.
L’effort de mon malheur mon courage ne brise.
Mon courroux bien qu’ardent ma raison ne maîtrise :
Ni jamais ses élans ne m’ont fait ressentir
Les honteux aiguillons d’un tardif repentir.
Nulle humeur volontaire en mes mœurs ne tient place.
Toute bizarrerie outre-Mer je déchasse :
Et ne fais ou dis rien en aucune saison,
Dont mon faible discours ne peut rendre raison.
Ma science proscrit toute Phébuserie.
L’on ne remarque en moi nulle charlaterie.
Je quitte un bien certain qui tente mon souhait,
S’il blesse ma rondeur d’apparence ou d’effet.
Le fat j’envoie aux Cours et aux clercs des Écoles.
L’Alchimie est chez moi, mais non ses suites folles :
Tromper, dépenser gros, croire l’Art sans douter,
Attendre une Mer d’or, sans fin la trompeter ;
Aucun je n’ai trompé, j’ai fait peu de dépense,
J’attends peu, je dis moins, j’espère sans croyance.
Je ne drape ou médis. De léger je ne crois,
Je suis fort véritable et d’une entière foi.
Si par occasion quelque bourde je donne,
Elle sert à quelqu’un et ne nuit à personne.
Sauvant bruit ou désastre ouverts à mes amis,
Et n’ai point cet excès à mon besoin permis,
Ou si pour mon besoin la vérité j’altère,
C’est sur le coup précis d’une importante affaire :
Sans intérêt d’autrui, sans me prêter du vent,
Sans affirmer encore, et certes peu souvent.
Puisqu’on peut rarement déguiser le mensonge,
Dans son bourbier honteux le prudent ne se plonge :
Car l’honnête renom de vrai-disant lui sert,
Et surpris pour menteur sans remède il le perd.
Nul propos imposteur par haine je n’avance.
Mon interêt n’éteint l’œil de ma connaissance.
Je vois le vice aussi qui difforme l’ami,
Et connais la vertu qui dore l’ennemi.
Je n’abuse jamais la simplesse facile
Par un mauvais conseil quoiqu’il me fût utile.
La Vertu sans les biens j’honore où je la vois.
Pour moi je fais raison, je la fais contre moi.
J’ai le cœur noble et franc, je hais toute feintise.
Je suis inviolable en l’amitié promise :
En fortune, en disgrâce, en la vie, en la mort,
Du monde ni des ans ce vœu ne sent l’effort.
L’ami ni l’étranger paisible je n’offense,
Et souvent à leur tort je prête l’indulgence.
Je n’ai saine ou malade un esprit riotteux.
Je fuis du vil ingrat le reproche honteux.
L’injure plus qu’à nul à mon cœur est amère ;
J’aimerais mieux pourtant la souffrir que la faire :
Sans excéder son poids je la paye et ressens.
Les faibles je respecte à l’égal des puissants.
Je ne sème discord. Je ne couve l’envie.
Nul prix ne flétrirait l’équité de ma vie.
Nulle nécessité n’usurpe le pouvoir,
De me faire blesser office ni devoir.
À mes aises charmeurs je n’ai l’humeur sujette.
La grimace de Cour et son fard je rejette :
Je hais sa singerie où chacun s’entresuit.
Mon œil et mon palais le vain luxe refuit.
Je suis soigneuse, active, en mes desseins constante,
Aux affaires bandée et de loin prévoyante.
Je ne suis nonchalante à payer mon devoir.
Je sais d’esprit docile un conseil recevoir.
Du faible contre un fort le parti je n’opprime.
Du flatteur pestilent je déteste le crime.
Devant qu’avoir goûté les mœurs du Genre humain,
J’épandais tout office à pleine et large main :
Même bonté depuis entre les Bons j’observe,
Mais parmi le Commun je fais quelque réserve :
Je secourrais pourtant le pauvre et l’affligé,
Si d’un joug moins pesant mon col était chargé.
Le secret qu’on m’a dit je tais d’un soin fidèle,
Voire un secret surpris peu souvent je décèle :
Je ne guette celui que l’on me veut cacher,
Ou si mon œil le perce il feint de n’y toucher.
Je ne condamne aucun suivant la voix publique.
Je ne suis importune à ceux que je pratique.
Donc si j’ai des défauts ils n’offensent que moi,
Sans flétrir au commerce ou mes mœurs ou ma foi.
L’équité, la candeur, je les tiens de Nature :
L’ordre je l’ai gagné par temps et par lecture.
J’ai vu les derniers sceaux à cet ordre apposés,
Ayant sur mes ans mûrs sept lustres épuisés.
Marie Noel
Connais-moi...
Connais-moi si tu peux, ô passant, connais-moi!
Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire :
La poussière sans nom que ton pied foule a terre
Et l’étoile sans nom qui peut guider ta foi.
Je suis et ne suis pas telle qu’en apparence :
Calme comme un grand lac ou reposent les cieux,
Si calme qu’en plongeant tout au fond de mes yeux,
Tu te verras en leur fidèle transparence...
— Si calme, ô voyageur... Et si folle pourtant!
Flamme errante, fétu, petite feuille morte
Qui court, danse, tournoie et que la vie emporte
Je ne sais où mêlée aux vains chemins du vent. —
Sauvage, repliée en ma blancheur craintive
Comme un cygne qui sort d’une île sur les eaux,
Un jour, et lentement à travers les roseaux
S’éloigne sans jamais approcher de la rive...
— Si doucement hardie, ô voyageur, pourtant!
Un confiant moineau qui vient se laisser prendre
Et dont tu sens, les doigts serrés pour mieux l’entendre,
Tout entier dans ta main le cœur chaud et battant. —
Forte comme en plein jour une armée en bataille
Qui lutte, saigne, râle et demeure debout ;
Qui triomphe de tout, risque tout, souffre tout,
Silencieuse et haute ainsi qu’une muraille..,
Faible comme un enfant parti pour l’inconnu
Qui s’avance à tâtons de blessure en blessure
Et qui parfois a tant besoin qu’on le rassure
Et qu’on lui donne un peu la main, le soir venu...
Ardente comme un vol d’alouette qui vibre
Dans le creux de la terre et qui monte au réveil,
Qui monte, monte, éperdument, jusqu’au soleil,
Bondissant, enflammé, téméraire, fou, libre!...
Et plus frileuse, plus, qu’un orphelin ’hiver
Qui tout autour des foyers clos s’attardé, réde
Et désespérément cherche une place chaude
Pour s’y blottir longtemps sans bouger, sans voir clair...
Chèvre, tête indomptée, ô passant, si rétive
Que nul n’osera mettre un collier à son cou,
Que nul ne fermera sur elle son verrou,
Que nul hormis la mort ne la fera captive...
Et qui se donnera tout entière pour rien,
Pour l’amour de servir l’amour qui la dédaigne,
D’avoir un pauvre cœur qui mendie et qui craigne
Et de suivre partout son maître comme un chien...
Connais-moi! connais-moi! Ce que j’ai dit, le suis-je ?
Ce que j’ai dit est faux — Et pourtant c’était vrai! —
L’air que j’ai dans le cœur est-il triste ou bien gai ?
Connais-moi si tu peux. Le pourras-tu ?... Le puis-je ?...
Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire :
La poussière sans nom que ton pied foule a terre
Et l’étoile sans nom qui peut guider ta foi.
Je suis et ne suis pas telle qu’en apparence :
Calme comme un grand lac ou reposent les cieux,
Si calme qu’en plongeant tout au fond de mes yeux,
Tu te verras en leur fidèle transparence...
— Si calme, ô voyageur... Et si folle pourtant!
Flamme errante, fétu, petite feuille morte
Qui court, danse, tournoie et que la vie emporte
Je ne sais où mêlée aux vains chemins du vent. —
Sauvage, repliée en ma blancheur craintive
Comme un cygne qui sort d’une île sur les eaux,
Un jour, et lentement à travers les roseaux
S’éloigne sans jamais approcher de la rive...
— Si doucement hardie, ô voyageur, pourtant!
Un confiant moineau qui vient se laisser prendre
Et dont tu sens, les doigts serrés pour mieux l’entendre,
Tout entier dans ta main le cœur chaud et battant. —
Forte comme en plein jour une armée en bataille
Qui lutte, saigne, râle et demeure debout ;
Qui triomphe de tout, risque tout, souffre tout,
Silencieuse et haute ainsi qu’une muraille..,
Faible comme un enfant parti pour l’inconnu
Qui s’avance à tâtons de blessure en blessure
Et qui parfois a tant besoin qu’on le rassure
Et qu’on lui donne un peu la main, le soir venu...
Ardente comme un vol d’alouette qui vibre
Dans le creux de la terre et qui monte au réveil,
Qui monte, monte, éperdument, jusqu’au soleil,
Bondissant, enflammé, téméraire, fou, libre!...
Et plus frileuse, plus, qu’un orphelin ’hiver
Qui tout autour des foyers clos s’attardé, réde
Et désespérément cherche une place chaude
Pour s’y blottir longtemps sans bouger, sans voir clair...
Chèvre, tête indomptée, ô passant, si rétive
Que nul n’osera mettre un collier à son cou,
Que nul ne fermera sur elle son verrou,
Que nul hormis la mort ne la fera captive...
Et qui se donnera tout entière pour rien,
Pour l’amour de servir l’amour qui la dédaigne,
D’avoir un pauvre cœur qui mendie et qui craigne
Et de suivre partout son maître comme un chien...
Connais-moi! connais-moi! Ce que j’ai dit, le suis-je ?
Ce que j’ai dit est faux — Et pourtant c’était vrai! —
L’air que j’ai dans le cœur est-il triste ou bien gai ?
Connais-moi si tu peux. Le pourras-tu ?... Le puis-je ?...
Marie Noel
Crépuscule
L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue
Où je serai l’étrangère en ma maison,
Où j’aurai sous le front une ombre inconnue
Qui cache ma raison aux autres raisons.
Ils diront que j’ai perdu ma lumière
Parce que je vois ce que nul œil n’atteint :
La lueur d’avant mon aube la première
Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint.
Ils diront que j’ai perdu ma présence
Parce qu’attentive aux présages épars
Qui m’appellent de derrière ma naissance,
J’entends s’ouvrir les demeures d’autre part.
Ils diront que ma bouche devient folle
Et que les mots n’y savent plus ce qu’ils font
Parce qu’au bord du jour pâle, mes paroles
Sortent d’un silence insolite et profond.
Ils diront que je retombe au bas âge
Qui n’a pas encore appris la vérité
Des ans clairs et leur sagesse de passage,
Parce que je retourne à l’Éternité.
Où je serai l’étrangère en ma maison,
Où j’aurai sous le front une ombre inconnue
Qui cache ma raison aux autres raisons.
Ils diront que j’ai perdu ma lumière
Parce que je vois ce que nul œil n’atteint :
La lueur d’avant mon aube la première
Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint.
Ils diront que j’ai perdu ma présence
Parce qu’attentive aux présages épars
Qui m’appellent de derrière ma naissance,
J’entends s’ouvrir les demeures d’autre part.
Ils diront que ma bouche devient folle
Et que les mots n’y savent plus ce qu’ils font
Parce qu’au bord du jour pâle, mes paroles
Sortent d’un silence insolite et profond.
Ils diront que je retombe au bas âge
Qui n’a pas encore appris la vérité
Des ans clairs et leur sagesse de passage,
Parce que je retourne à l’Éternité.
Marie Noel
Improperes et chant du linceul
Qu’ai-je di faire pour toi que je n’aie
pas fait?... Et toi, tu m/’as livré a la
mort.
pas fait?... Et toi, tu m/’as livré a la
mort.
Marie Noel
Prière du poète
Mon Dieu qui donnes l’eau tous les jours à la source,
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course,
Et le vent galope à travers la nuit ;
Donne de quoi rêver à moi dont l’esprit erre
Du songe de l’aube au songe du soir
Et qui sans fin écoute en moi parler la terre
Avec le ciel rose, avec le ciel noir.
Donne de quoi chanter à moi pauvre poète
Pour les gens pressés qui vont, viennent, vont
Et qui n’ont pas le temps d’entendre dans leur tête
Les airs que la vie et la mort y font.
L’herbe qui croît, le son inquiet de la route,
L’oiseau, le vent m’apprennent mon métier,
Mais en vain je les suis, en vain je les écoute,
Je ne le sais pas encor tout entier.
J’ai vu quelqu’un passer, un fantôme, homme ou femme…
Mon cœur appelait sur la fin du jour…
Les rossignols des bois sont entrés dans mon âme
Et j’ai su chanter des chansons d’amour.
J’ai vu quelqu’un passer, s’approcher, disparaître ;
Et les chiens plaintifs qui rôdent le soir
Ont hurlé dans mon cœur à la mort de leur maître.
J’ai su depuis chanter le désespoir.
J’ai vu les morts passer et s’en aller en terre,
Leur glas au cou, lamentable troupeau,
Et leurs yeux dans mes yeux ont fixé leur mystère.
J’ai su depuis la chanson du tombeau…
Mais si tu veux mon Dieu que pour d’autres je dise
La chanson du bonheur, la plus belle chanson,
Comment ferai-je moi qui ne l’ai pas apprise ?
Je n’en inventerai que la contrefaçon.
Donne-moi du bonheur, s’il faut que je le chante,
De quoi juste entrevoir ce que chacun en sait,
Juste de quoi rendre ma voix assez touchante,
Rien qu’un peu, presque rien, pour savoir ce que c’est.
Un peu – si peu – ce qui demeure d’or en poudre
Ou de fleur de farine au bout du petit doigt,
Rien, pas même de quoi remplir mon dé à coudre…
Pourtant de quoi remplir le monde par surcroît.
Car pour moi, qui n’en ai jamais eu l’habitude,
Un semblant de bonheur au bonheur est pareil,
Sa trace au loin éclairera ma solitude
Et je prendrai son ombre en moi pour le soleil.
Donne-m’en ! Ce n’est pas, mon Dieu, pour être heureuse
Que je demande ainsi de la joie à goûter,
C’est que, pour bercer l’homme en la cité nombreuse,
La nourrice qu’il faut doit savoir tout chanter.
Prête-m’en… Ne crains rien, à l’heure de le rendre,
Mes mains pour le garder ne le serreront pas,
Et je te laisserai, Seigneur, me le reprendre
Demain, ce soir, tout de suite, quand tu voudras…
Ô Toi qui donnes l’eau tous les jours à la source,
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course
Et le vent galope à travers la nuit,
Donne de quoi chanter à moi pauvre poète,
Ton petit oiseau plus fou que savant
Qui ne découvre rien de nouveau dans sa tête
Si dans son cœur tu ne l’as mis avant.
Vous qui passez par là, si vous voulez que j’ose
Vous rapporter du ciel la plus belle chanson,
Douce comme un duvet, rose comme la rose,
Gaie au soleil comme un jour de moisson,
Si vous voulez que je la trouve toute faite,
Vite, aimez-moi, vous tous, aimez-moi bien
Avant que mon cœur las d’attendre un peu de fête
Ne soit un vieux cœur, un cœur bon à rien.
Aimez-moi, hâtez-vous… J’entends le temps qui passe…
Le temps passera… le temps est passé…
Bientôt fétu qui sèche et que nul ne ramasse
Mon cœur roulera par le vent poussé,
Sans voix, sans cœur, avec les feuilles dans l’espace.
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course,
Et le vent galope à travers la nuit ;
Donne de quoi rêver à moi dont l’esprit erre
Du songe de l’aube au songe du soir
Et qui sans fin écoute en moi parler la terre
Avec le ciel rose, avec le ciel noir.
Donne de quoi chanter à moi pauvre poète
Pour les gens pressés qui vont, viennent, vont
Et qui n’ont pas le temps d’entendre dans leur tête
Les airs que la vie et la mort y font.
L’herbe qui croît, le son inquiet de la route,
L’oiseau, le vent m’apprennent mon métier,
Mais en vain je les suis, en vain je les écoute,
Je ne le sais pas encor tout entier.
J’ai vu quelqu’un passer, un fantôme, homme ou femme…
Mon cœur appelait sur la fin du jour…
Les rossignols des bois sont entrés dans mon âme
Et j’ai su chanter des chansons d’amour.
J’ai vu quelqu’un passer, s’approcher, disparaître ;
Et les chiens plaintifs qui rôdent le soir
Ont hurlé dans mon cœur à la mort de leur maître.
J’ai su depuis chanter le désespoir.
J’ai vu les morts passer et s’en aller en terre,
Leur glas au cou, lamentable troupeau,
Et leurs yeux dans mes yeux ont fixé leur mystère.
J’ai su depuis la chanson du tombeau…
Mais si tu veux mon Dieu que pour d’autres je dise
La chanson du bonheur, la plus belle chanson,
Comment ferai-je moi qui ne l’ai pas apprise ?
Je n’en inventerai que la contrefaçon.
Donne-moi du bonheur, s’il faut que je le chante,
De quoi juste entrevoir ce que chacun en sait,
Juste de quoi rendre ma voix assez touchante,
Rien qu’un peu, presque rien, pour savoir ce que c’est.
Un peu – si peu – ce qui demeure d’or en poudre
Ou de fleur de farine au bout du petit doigt,
Rien, pas même de quoi remplir mon dé à coudre…
Pourtant de quoi remplir le monde par surcroît.
Car pour moi, qui n’en ai jamais eu l’habitude,
Un semblant de bonheur au bonheur est pareil,
Sa trace au loin éclairera ma solitude
Et je prendrai son ombre en moi pour le soleil.
Donne-m’en ! Ce n’est pas, mon Dieu, pour être heureuse
Que je demande ainsi de la joie à goûter,
C’est que, pour bercer l’homme en la cité nombreuse,
La nourrice qu’il faut doit savoir tout chanter.
Prête-m’en… Ne crains rien, à l’heure de le rendre,
Mes mains pour le garder ne le serreront pas,
Et je te laisserai, Seigneur, me le reprendre
Demain, ce soir, tout de suite, quand tu voudras…
Ô Toi qui donnes l’eau tous les jours à la source,
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu’il prenne sa course
Et le vent galope à travers la nuit,
Donne de quoi chanter à moi pauvre poète,
Ton petit oiseau plus fou que savant
Qui ne découvre rien de nouveau dans sa tête
Si dans son cœur tu ne l’as mis avant.
Vous qui passez par là, si vous voulez que j’ose
Vous rapporter du ciel la plus belle chanson,
Douce comme un duvet, rose comme la rose,
Gaie au soleil comme un jour de moisson,
Si vous voulez que je la trouve toute faite,
Vite, aimez-moi, vous tous, aimez-moi bien
Avant que mon cœur las d’attendre un peu de fête
Ne soit un vieux cœur, un cœur bon à rien.
Aimez-moi, hâtez-vous… J’entends le temps qui passe…
Le temps passera… le temps est passé…
Bientôt fétu qui sèche et que nul ne ramasse
Mon cœur roulera par le vent poussé,
Sans voix, sans cœur, avec les feuilles dans l’espace.
Mathurin Régnier
Épitaphe
J’ai vécu sans nul pensement,
Me laissant aller doucement
À la bonne loi naturelle,
Et si m’étonne fort pourquoi
La mort daigna songer à moi,
Qui n’ai daigné penser à elle.
Me laissant aller doucement
À la bonne loi naturelle,
Et si m’étonne fort pourquoi
La mort daigna songer à moi,
Qui n’ai daigné penser à elle.
Mathurin Régnier
Sonnet
O Dieu, si mes péchés irritent ta fureur,
Contrit, morne et dolent, j’espère en ta clémence.
Si mon deuil ne suffit à purger mon offense,
Que ta grâce y supplée et serve à mon erreur.
Mes esprits éperdus frissonnent de terreur,
Et, ne voyant salut que par la pénitence,
Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance,
Et me hais tellement que je m’en fais horreur.
Je pleure le présent, le passé je regrette ;
Je crains à l’avenir la faute que j’ai faite ;
Dans mes rébellions je lis ton jugement.
Seigneur, dont la bonté nos injures surpasse,
Comme de père à fils uses-en doucement,
Si j’avais moins failli, moindre serait ta grâce.
Contrit, morne et dolent, j’espère en ta clémence.
Si mon deuil ne suffit à purger mon offense,
Que ta grâce y supplée et serve à mon erreur.
Mes esprits éperdus frissonnent de terreur,
Et, ne voyant salut que par la pénitence,
Mon cœur, comme mes yeux, s’ouvre à la repentance,
Et me hais tellement que je m’en fais horreur.
Je pleure le présent, le passé je regrette ;
Je crains à l’avenir la faute que j’ai faite ;
Dans mes rébellions je lis ton jugement.
Seigneur, dont la bonté nos injures surpasse,
Comme de père à fils uses-en doucement,
Si j’avais moins failli, moindre serait ta grâce.
Mathurin Régnier
Stances
Quand sur moy je jette les yeux,
A trente ans me voyant tout vieux.
Mon cœur de frayeur diminue :
Estant vieilli dans un moment,
Je ne puis dire seulement
Que ma jeunesse est devenue.
Du berceau courant au cercueil,
Le jour se dérobe à mon œil,
Mes sens troublez s’évanouissent.
Les hommes sont comme des fleurs,
Qui naissent et vivent en pleurs,
Et d’heure en heure se fanissent.
Leur âge à l’instant écoulé,
Comme un trait qui s’est envolé
Ne laisse après soy nulle marque ;
Et leur nom si fameux icy,
Si-tost qu’ils sont morts, meurt aussi,
Du pauvre autant que du Monarque.
N’agueres, verd, sain et puissant,
Comme un aubespin florissant,
Mon printemps estoit délectable.
Les plaisirs logeoient en mon sein ;
Et lors estoit tout mon dessein
Du jeu d’Amour et de la table.
Mais, las ! mon sort est bien tourné ;
Mon age en un rien s’est borné,
Foible languit mon esperance :
En une nuit, à mon malheur,
De la joye et de la douleur
J’ay bien appris la difference !
La douleur aux traits veneneux,
Comme d’un habit épineux
Me ceint d’une horrible torture.
Mes beaux jours sont changés en nuits ;
Et mon cœur tout flestry d’ennuis
N’attend plus que la sepulture.
Enyvré de cent maux divers,
Je chancelle et vay de travers.
Tant mon ame en regorge pleine ;
J’en ay l’esprit tout hebété,
Et si peu qui m’en est resté,
Encor me fait-il de la peine.
La memoire du temps passé,
Que j’ay follement dépencé,
Espand du fiel en mes ulcères :
Si peu que j’ay de jugement,
Semble animer mon sentiment,
Me rendant plus vif aux misères.
Ha ! pitoyable souvenir !
Enfin, que dois-je devenir ?
Où se reduira ma constance ?
Estant ja defailly de cœur,
Qui me donira de la vigueur,
Pour durer en la penitence ?
Qu’est-ce de moy ? foible est ma main,
Mon courage, helas ! est humain,
Je ne suis de fer ni de pierre ;
En mes maux monstre-toy plus doux ;
Seigneur ; aux traits de ton courroux
Je suis plus fragile que verre.
Je ne suis à tes yeux, sinon
Qu’un festu sans force et sans nom,
Qu’un hibou qui n’ose paroistre ;
Qu’un fantosme icy bas errant,
Qu’une orde escume de torrent,
Qui semble fondre avant que naistre.
Où toy, tu peux faire trembler
L’Univers, et desassembler
Du Firmament le riche ouvrage ;
Tarir les flots audacieux,
Ou, les elevant jusqu’aux Cieux,
Faire de la Terre un naufrage.
Le Soleil fléchit devant toy,
De toy les Astres prennent loy,
Tout fait joug dessous ta parole,
Et cependant tu vas dardant
Dessus moy ton courroux ardent,
Qui ne suis qu’un bourrier qui vole.
Mais quoy ! si je suis imparfait,
Pour me defaire m’as-tu fait ?
Ne sois aux pecheurs si sévère.
Je suis homme, et toi Dieu Clement
Sois donc plus doux au châtiment,
Et punis les tiens comme Père.
A trente ans me voyant tout vieux.
Mon cœur de frayeur diminue :
Estant vieilli dans un moment,
Je ne puis dire seulement
Que ma jeunesse est devenue.
Du berceau courant au cercueil,
Le jour se dérobe à mon œil,
Mes sens troublez s’évanouissent.
Les hommes sont comme des fleurs,
Qui naissent et vivent en pleurs,
Et d’heure en heure se fanissent.
Leur âge à l’instant écoulé,
Comme un trait qui s’est envolé
Ne laisse après soy nulle marque ;
Et leur nom si fameux icy,
Si-tost qu’ils sont morts, meurt aussi,
Du pauvre autant que du Monarque.
N’agueres, verd, sain et puissant,
Comme un aubespin florissant,
Mon printemps estoit délectable.
Les plaisirs logeoient en mon sein ;
Et lors estoit tout mon dessein
Du jeu d’Amour et de la table.
Mais, las ! mon sort est bien tourné ;
Mon age en un rien s’est borné,
Foible languit mon esperance :
En une nuit, à mon malheur,
De la joye et de la douleur
J’ay bien appris la difference !
La douleur aux traits veneneux,
Comme d’un habit épineux
Me ceint d’une horrible torture.
Mes beaux jours sont changés en nuits ;
Et mon cœur tout flestry d’ennuis
N’attend plus que la sepulture.
Enyvré de cent maux divers,
Je chancelle et vay de travers.
Tant mon ame en regorge pleine ;
J’en ay l’esprit tout hebété,
Et si peu qui m’en est resté,
Encor me fait-il de la peine.
La memoire du temps passé,
Que j’ay follement dépencé,
Espand du fiel en mes ulcères :
Si peu que j’ay de jugement,
Semble animer mon sentiment,
Me rendant plus vif aux misères.
Ha ! pitoyable souvenir !
Enfin, que dois-je devenir ?
Où se reduira ma constance ?
Estant ja defailly de cœur,
Qui me donira de la vigueur,
Pour durer en la penitence ?
Qu’est-ce de moy ? foible est ma main,
Mon courage, helas ! est humain,
Je ne suis de fer ni de pierre ;
En mes maux monstre-toy plus doux ;
Seigneur ; aux traits de ton courroux
Je suis plus fragile que verre.
Je ne suis à tes yeux, sinon
Qu’un festu sans force et sans nom,
Qu’un hibou qui n’ose paroistre ;
Qu’un fantosme icy bas errant,
Qu’une orde escume de torrent,
Qui semble fondre avant que naistre.
Où toy, tu peux faire trembler
L’Univers, et desassembler
Du Firmament le riche ouvrage ;
Tarir les flots audacieux,
Ou, les elevant jusqu’aux Cieux,
Faire de la Terre un naufrage.
Le Soleil fléchit devant toy,
De toy les Astres prennent loy,
Tout fait joug dessous ta parole,
Et cependant tu vas dardant
Dessus moy ton courroux ardent,
Qui ne suis qu’un bourrier qui vole.
Mais quoy ! si je suis imparfait,
Pour me defaire m’as-tu fait ?
Ne sois aux pecheurs si sévère.
Je suis homme, et toi Dieu Clement
Sois donc plus doux au châtiment,
Et punis les tiens comme Père.
Maurice Scève
Arion églogue sur le trépas de feu monsieur le dauphin
. . . . . .
Donc pour plourer une si grande perte
J’habiteray ceste terre deserte,
Ou ce mien corps de peu, à peu, mourra,
Et avec moy seulement demourra
Pour compaignon sus ceste triste rive,
Ung doulx languir jusqu’à la mort tardive.
Donc pour plourer une si grande perte
J’habiteray ceste terre deserte,
Ou ce mien corps de peu, à peu, mourra,
Et avec moy seulement demourra
Pour compaignon sus ceste triste rive,
Ung doulx languir jusqu’à la mort tardive.
Maurice Scève
Microcosme au lecteur
Le vain travail de voir divers païs
Aporte estime à qui vagabond erre,
Combien qu’il perde à changer ciel, et terre,
Ses meilleurs jours du tems larron trahis :
Ce tems perdu peut aux plus esbahis
Gaigner encor son merite, et acquerre
Son loyer deu, que mieux peuvent conquerre
Veille, et labeur d’oisiveté haïs.
Ainsi errant dessous ce cours Solaire
Tardif je tasche inutile à te plaire
Ne mendiant de toi autre faveur.
Ainsi le Lys jà flestri refleuronne,
Et le Figuier regette sur l’Autonne
Son second fruict, mais vert, et sans saveur.
Aporte estime à qui vagabond erre,
Combien qu’il perde à changer ciel, et terre,
Ses meilleurs jours du tems larron trahis :
Ce tems perdu peut aux plus esbahis
Gaigner encor son merite, et acquerre
Son loyer deu, que mieux peuvent conquerre
Veille, et labeur d’oisiveté haïs.
Ainsi errant dessous ce cours Solaire
Tardif je tasche inutile à te plaire
Ne mendiant de toi autre faveur.
Ainsi le Lys jà flestri refleuronne,
Et le Figuier regette sur l’Autonne
Son second fruict, mais vert, et sans saveur.