Poèmes de ce thème
Nation et patriotisme
Blaise Cendrars
Europe
Une assemblée de jours chante l’Europe pacifique.
J’ai vu les pommiers en fleurs dans les vallées ennemies,
Et, par le vent de juin, les pennons, en haut des navires,
Dardés comme les langues d’un printemps qui avait soif.
J’étais avec la foule qui regarda tout un soir
Arriver a la mer le Rhin chargé de nations,
Ses eaux charriant les frontières comme des épaves,
Le pont de bateaux a Cologne, je ai vu s’ouvrir
Pour un vapeur criard qui s’en allait vers Rotterdam.
J’étais déja sur le pont, j’avais le pied sur les planches ;
J’ai bien entendu les ais craquer dans ]’eau clapotante ;
Et j’ai revu, au même instant, un autre geste illustre :
Tower Bridge en deux, dont les moitiés supplient le ciel.
Europe! je n’accepte pas
Que tu meures dans ce délire.
Europe, je crie qui tu es
Dans l’oreille de tes tueurs.
Europe! Ils nous ferment la bouche ;
Mais la voix monte a travers tout
Comme une plainte brise-pierre.
lis auront beau mener leur bruit ;
Je leur rappelle doucement
Mille choses délicieuses.
Lis auront beau pousser leur crime ;
Je reste garant et gardien
De deux ou trois choses divines.
EUROPE.
J’ai vu les pommiers en fleurs dans les vallées ennemies,
Et, par le vent de juin, les pennons, en haut des navires,
Dardés comme les langues d’un printemps qui avait soif.
J’étais avec la foule qui regarda tout un soir
Arriver a la mer le Rhin chargé de nations,
Ses eaux charriant les frontières comme des épaves,
Le pont de bateaux a Cologne, je ai vu s’ouvrir
Pour un vapeur criard qui s’en allait vers Rotterdam.
J’étais déja sur le pont, j’avais le pied sur les planches ;
J’ai bien entendu les ais craquer dans ]’eau clapotante ;
Et j’ai revu, au même instant, un autre geste illustre :
Tower Bridge en deux, dont les moitiés supplient le ciel.
Europe! je n’accepte pas
Que tu meures dans ce délire.
Europe, je crie qui tu es
Dans l’oreille de tes tueurs.
Europe! Ils nous ferment la bouche ;
Mais la voix monte a travers tout
Comme une plainte brise-pierre.
lis auront beau mener leur bruit ;
Je leur rappelle doucement
Mille choses délicieuses.
Lis auront beau pousser leur crime ;
Je reste garant et gardien
De deux ou trois choses divines.
EUROPE.
Charles d'Orléans
Complainte
France, jadis on te soûlait nommer,
En tous pays, le trésor de noblesse,
Car un chacun pouvait en toi trouver
Bonté, honneur, loyauté, gentillesse,
Clergie, sens, courtoisie, prouesse.
Tous étrangers aimaient te suir.
Et maintenant vois, dont j’ai déplaisance,
Qu’il te convient maint grief mal soustenir,
Très chrétien, franc royaume de France.
Sais-tu d’où vient ton mal, à vrai parler ?
Connais-tu point pourquoi es en tristesse ?
Conter le veux, pour vers toi m’acquitter,
Écoute-moi et tu feras sagesse.
Ton grand orgueil, glotonnie, paresse,
Convoitise, sans justice tenir,
Et-luxure, dont as eu abondance,
Ont pourchacié vers Dieu de te punir,
Très chrétien, franc royaume de France.
Ne te veuille pourtant désespérer,
Car Dieu est plein de merci, à largesse.
Va-t’en vers lui sa grâce demander,
Car il t’a fait, déjà piéça, promesse
(Mais que fasses ton avocat Humblesse)
Que très joyeux sera de te guérir ;
Entièrement mets en lui ta fiance,
Pour toi et tous, voulut en croix mourir,
Très chrétien, franc royaume de France…
Et je, Charles, duc d’Orléans, rimer
Voulus ces vers au temps de ma jeunesse ;
Devant chacun les veux bien avouer,
Car prisonnier les fis, je le confesse ;
Priant à Dieu, qu’avant qu’aie vieillesse,
Le temps de paix partout puisse avenir,
Comme de cœur j’en ai la désirance,
Et que voie tous tes maux brief finir,
Très chrétien, franc royaume de France !
En tous pays, le trésor de noblesse,
Car un chacun pouvait en toi trouver
Bonté, honneur, loyauté, gentillesse,
Clergie, sens, courtoisie, prouesse.
Tous étrangers aimaient te suir.
Et maintenant vois, dont j’ai déplaisance,
Qu’il te convient maint grief mal soustenir,
Très chrétien, franc royaume de France.
Sais-tu d’où vient ton mal, à vrai parler ?
Connais-tu point pourquoi es en tristesse ?
Conter le veux, pour vers toi m’acquitter,
Écoute-moi et tu feras sagesse.
Ton grand orgueil, glotonnie, paresse,
Convoitise, sans justice tenir,
Et-luxure, dont as eu abondance,
Ont pourchacié vers Dieu de te punir,
Très chrétien, franc royaume de France.
Ne te veuille pourtant désespérer,
Car Dieu est plein de merci, à largesse.
Va-t’en vers lui sa grâce demander,
Car il t’a fait, déjà piéça, promesse
(Mais que fasses ton avocat Humblesse)
Que très joyeux sera de te guérir ;
Entièrement mets en lui ta fiance,
Pour toi et tous, voulut en croix mourir,
Très chrétien, franc royaume de France…
Et je, Charles, duc d’Orléans, rimer
Voulus ces vers au temps de ma jeunesse ;
Devant chacun les veux bien avouer,
Car prisonnier les fis, je le confesse ;
Priant à Dieu, qu’avant qu’aie vieillesse,
Le temps de paix partout puisse avenir,
Comme de cœur j’en ai la désirance,
Et que voie tous tes maux brief finir,
Très chrétien, franc royaume de France !
Charles d'Orléans
Complainte
. . . . . .
Dieu a les bras ouvers pour t’acoler,
Prest d’oublier ta vie pecheresse ;
Requier pardon, bien te vendra aidier
Nostre Dame, la trespuissant princesse,
Qui est ton cry et que tiens pour maistresse.
Les sains aussi te vendront secourir,
Desquelz les corps font en toy demourance.
Ne vueilles plus en ton pechié dormir,
Trescrestien, franc royaume de France !
Et je, Charles, duc d’Orlians, rimer
Voulu ces vers au temps de ma jeunesse ;
Devant chascun les vueil bien advouer,
Car prisonnier les fis, je le confesse ;
Priant à Dieu, qu’avant qu’aye vieillesse,
Le temps de paix partout puist avenir,
Comme de cueur j’en ay la désirance,
Et que voye tous tes maulx brief finir,
Trescrestien, franc royaulme de France !
Dieu a les bras ouvers pour t’acoler,
Prest d’oublier ta vie pecheresse ;
Requier pardon, bien te vendra aidier
Nostre Dame, la trespuissant princesse,
Qui est ton cry et que tiens pour maistresse.
Les sains aussi te vendront secourir,
Desquelz les corps font en toy demourance.
Ne vueilles plus en ton pechié dormir,
Trescrestien, franc royaume de France !
Et je, Charles, duc d’Orlians, rimer
Voulu ces vers au temps de ma jeunesse ;
Devant chascun les vueil bien advouer,
Car prisonnier les fis, je le confesse ;
Priant à Dieu, qu’avant qu’aye vieillesse,
Le temps de paix partout puist avenir,
Comme de cueur j’en ay la désirance,
Et que voye tous tes maulx brief finir,
Trescrestien, franc royaulme de France !
Charles Péguy
Châteaux de loire
Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s’en vont par ces allées.
Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valengay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceaux et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.
Et moi j’en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s’élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse ow les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.
La moulure est plus fine et l’arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et ’honneur et la mort qui s’y grave
Ont inscrit leur histoire au cœur de ce verger.
Et c’est le souvenir qu’a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son Ame était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts,
Car celle qui venait du pays tourangeau,
C’était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d’un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers J argeau.
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s’en vont par ces allées.
Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valengay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceaux et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.
Et moi j’en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s’élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse ow les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.
La moulure est plus fine et l’arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et ’honneur et la mort qui s’y grave
Ont inscrit leur histoire au cœur de ce verger.
Et c’est le souvenir qu’a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son Ame était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts,
Car celle qui venait du pays tourangeau,
C’était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d’un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers J argeau.
Constance de Théis
Sur la mort du jeune tambour Bara
Jeune héros, espoir de ton pays,
Brave naissant dont la gloire s’honore,
C’en est donc fait, tes destins sont finis,
Et ton couchant a suivi ton aurore !
Quel furieux, altéré du trépas,
Leva sur toi son arme meurtrière ?
Cet assassin ne te voyait-il pas,
Couvert encor des baisers de ta mère ?
Hélas ! ses yeux sont fermés pour toujours,
Grâces, Plaisirs, Amours, versez des larmes.
Il tombe à peine au printemps de ses jours ;
Il n’a connu que la gloire et les armes.
Mais refermons ces injustes regrets ;
N’a-t-il pas dit : « Je meurs pour la patrie » ?
C’en est assez pour le cœur d’un Français,
Et son trépas a compensé sa vie.
Brave naissant dont la gloire s’honore,
C’en est donc fait, tes destins sont finis,
Et ton couchant a suivi ton aurore !
Quel furieux, altéré du trépas,
Leva sur toi son arme meurtrière ?
Cet assassin ne te voyait-il pas,
Couvert encor des baisers de ta mère ?
Hélas ! ses yeux sont fermés pour toujours,
Grâces, Plaisirs, Amours, versez des larmes.
Il tombe à peine au printemps de ses jours ;
Il n’a connu que la gloire et les armes.
Mais refermons ces injustes regrets ;
N’a-t-il pas dit : « Je meurs pour la patrie » ?
C’en est assez pour le cœur d’un Français,
Et son trépas a compensé sa vie.
Eustache Deschamps
Ballade de Paris
Quand j’ai la terre et mer avironnée
Et visité en chacune partie Jérusalem,
Égypte et Galilée,
Alixandre, Damas et la Syrie,
Babylone, Le Caire et Tartarie,
Et tous les ports qui y sont,
Les épices et sucres qui s’y font,
Les fins draps d’or et soye du pays,
Valent trop mieux ce que les Français ont :
Rien ne se peut comparer à Paris.
C’est la cité sur toutes couronnée,
Fontaine et puits de sens et de clergie
Sur le fleuve de Seine située :
Vignes, bois a, terres et praerie.
De tous les biens de cette mortel vie
À plus qu’autres cités n’ont ;
Tous étrangers l’aiment et aimeront,
Car, pour déduit et pour être jolis,
Jamais cité telle ne trouveront :
Rien ne se peut comparer à Paris.
Mais elle est bien mieux que ville fermée,
Et de châteaux de grande anceserie,
De gens d’honneur et de marchands peuplée,
De tous ouvriers d’armes, d’orfèvrerie ;
De tous les arts c’est la fleur, quoi qu’on die :
Tous ouvrages à droit font ;
Subtil engin, entendement profond
Verrez avoir aux habitants toudis,
Et loyauté aux œuvres qu’ils feront :
Rien ne se peut comparer à Paris.
Et visité en chacune partie Jérusalem,
Égypte et Galilée,
Alixandre, Damas et la Syrie,
Babylone, Le Caire et Tartarie,
Et tous les ports qui y sont,
Les épices et sucres qui s’y font,
Les fins draps d’or et soye du pays,
Valent trop mieux ce que les Français ont :
Rien ne se peut comparer à Paris.
C’est la cité sur toutes couronnée,
Fontaine et puits de sens et de clergie
Sur le fleuve de Seine située :
Vignes, bois a, terres et praerie.
De tous les biens de cette mortel vie
À plus qu’autres cités n’ont ;
Tous étrangers l’aiment et aimeront,
Car, pour déduit et pour être jolis,
Jamais cité telle ne trouveront :
Rien ne se peut comparer à Paris.
Mais elle est bien mieux que ville fermée,
Et de châteaux de grande anceserie,
De gens d’honneur et de marchands peuplée,
De tous ouvriers d’armes, d’orfèvrerie ;
De tous les arts c’est la fleur, quoi qu’on die :
Tous ouvrages à droit font ;
Subtil engin, entendement profond
Verrez avoir aux habitants toudis,
Et loyauté aux œuvres qu’ils feront :
Rien ne se peut comparer à Paris.
Francis Ponge
Ode à la Guinée
Et par le soleil installant sous ma peau une usine de force et d’aigles
et par le vent sur ma force de dent de sel compliquant ses passes les mieux sues
et par le noir le long de mes muscles en douces insolences de sèves montant
et par la femme couchée comme une montagne descellée et sucée par les lianes
et par la femme au cadastre mal connu où le jour et la nuit jouent à la mourre des eaux de source et des métaux rares
et par le feu de la femme où je cherche le chemin des fougères et du Fouta-Djallon
et par la femme fermée sur la nostalgie s’ouvrant
JE TE SALUE
Guinée dont les pluies fracassent du haut grumeleux des volcans un sacrifice de vaches pour mille faims et soifs d’enfants dénaturés
Guinée de ton cri de ta main de ta patience
il nous reste toujours des terres arbitraires
et quand tué vers Ophir ils m’auront jamais muet
de mes dents et de ma peau que l’on fasse
un fétiche féroce gardien du mauvais œil
comme m’ébranle me frappe et me dévore ton solstice
en chacun de tes pas Guinée
muette en moi-même d’une profondeur astrale de méduses
(1907– )
Volumes: Les Rois Mages 1943 (contains poems written 1938–43); Il n’y a pas de Paradis 1965 (poems 1943–60); La Sainte Face 1968 (poems 1938–66); Depuis toujours déjà 1970 (poems 1953–68); Haeres 1982 (poems 1969–81), etc.
et par le vent sur ma force de dent de sel compliquant ses passes les mieux sues
et par le noir le long de mes muscles en douces insolences de sèves montant
et par la femme couchée comme une montagne descellée et sucée par les lianes
et par la femme au cadastre mal connu où le jour et la nuit jouent à la mourre des eaux de source et des métaux rares
et par le feu de la femme où je cherche le chemin des fougères et du Fouta-Djallon
et par la femme fermée sur la nostalgie s’ouvrant
JE TE SALUE
Guinée dont les pluies fracassent du haut grumeleux des volcans un sacrifice de vaches pour mille faims et soifs d’enfants dénaturés
Guinée de ton cri de ta main de ta patience
il nous reste toujours des terres arbitraires
et quand tué vers Ophir ils m’auront jamais muet
de mes dents et de ma peau que l’on fasse
un fétiche féroce gardien du mauvais œil
comme m’ébranle me frappe et me dévore ton solstice
en chacun de tes pas Guinée
muette en moi-même d’une profondeur astrale de méduses
(1907– )
Volumes: Les Rois Mages 1943 (contains poems written 1938–43); Il n’y a pas de Paradis 1965 (poems 1943–60); La Sainte Face 1968 (poems 1938–66); Depuis toujours déjà 1970 (poems 1953–68); Haeres 1982 (poems 1969–81), etc.
François De Malherbe
Ode a la reine marie de médicis pour les heureux succès de sa régence (1610)
. . . . . .
Les Muses, les neuf belles fees,
Dont les bois suivent les chansons,
Rempliront de nouveaux Orfées
La trouppe de leurs nourrissons ;
Tous leurs vœux seront de te plaire ;
Et si ta faveur tutélaire
Fait signe de les avoüer,
Jamais ne partit de leurs veilles
Rien qui se compare aux merveilles
Qu’elles feront pour te loüer.
En ceste hautaine entreprise,
Commune à tous les beaux esprits,
Plus ardent qu’un athlete à Pise,
Je me feray quitter le pris ;
Et quand j’auray peint ton image,
Quiconque verra mon ouvrage,
Avoûra que Fontaine-bleau,
Le Louvre, ny les Tuileries,
En leurs superbes galeries,
N’ont point un si riche tableau.
Apollon à portes ouvertes
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles tousjours vertes
Qui gardent les noms de vieillir ;
Mais l’art d’en faire les couronnes
N’est pas sceu de toutes personnes,
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre desquels on me range,
Peuvent donner une loüange
Qui demeure eternellement.
Les Muses, les neuf belles fees,
Dont les bois suivent les chansons,
Rempliront de nouveaux Orfées
La trouppe de leurs nourrissons ;
Tous leurs vœux seront de te plaire ;
Et si ta faveur tutélaire
Fait signe de les avoüer,
Jamais ne partit de leurs veilles
Rien qui se compare aux merveilles
Qu’elles feront pour te loüer.
En ceste hautaine entreprise,
Commune à tous les beaux esprits,
Plus ardent qu’un athlete à Pise,
Je me feray quitter le pris ;
Et quand j’auray peint ton image,
Quiconque verra mon ouvrage,
Avoûra que Fontaine-bleau,
Le Louvre, ny les Tuileries,
En leurs superbes galeries,
N’ont point un si riche tableau.
Apollon à portes ouvertes
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles tousjours vertes
Qui gardent les noms de vieillir ;
Mais l’art d’en faire les couronnes
N’est pas sceu de toutes personnes,
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre desquels on me range,
Peuvent donner une loüange
Qui demeure eternellement.
François De Malherbe
Ode au feu roi sur l’heureux succès du voyage de sedan (1606)
. . . . . .
Ce sera là que ma lire,
Faisant son dernier effort,
Entreprendra de mieux dire
Qu’un cyne pres de sa mort ;
Et se rendant favorable
Ton oreille incomparable,
Te forcera d’avoüer
Qu’en l’aise de la victoire,
Rien n’est si doux que la gloire
De se voir si bien loüer.
Il ne faut pas que tu penses
Treuver de l’eternité
En ces pompeuses depenses
Qu’invente la vanité :
Tous ces chefs-d’œuvres antiques
Ont à peine leurs reliques ;
Par les Muses seulement
L’homme est exempt de la Parque,
Et ce qui porte leur marque
Demeure eternellement.
Par elles traçant l’histoire
De tes faicts laborieux,
Je deffendray ta mémoire
Du trespas injurieux,
Et quelque assaut que te face
L’oubly par qui tout s’efface,
Ta loüange, dans mes vers,
D’amarante couronnee,
N’aura sa fin terminee
Qu’en celle de l’univers.
Ce sera là que ma lire,
Faisant son dernier effort,
Entreprendra de mieux dire
Qu’un cyne pres de sa mort ;
Et se rendant favorable
Ton oreille incomparable,
Te forcera d’avoüer
Qu’en l’aise de la victoire,
Rien n’est si doux que la gloire
De se voir si bien loüer.
Il ne faut pas que tu penses
Treuver de l’eternité
En ces pompeuses depenses
Qu’invente la vanité :
Tous ces chefs-d’œuvres antiques
Ont à peine leurs reliques ;
Par les Muses seulement
L’homme est exempt de la Parque,
Et ce qui porte leur marque
Demeure eternellement.
Par elles traçant l’histoire
De tes faicts laborieux,
Je deffendray ta mémoire
Du trespas injurieux,
Et quelque assaut que te face
L’oubly par qui tout s’efface,
Ta loüange, dans mes vers,
D’amarante couronnee,
N’aura sa fin terminee
Qu’en celle de l’univers.
François De Malherbe
Prière pour le Roi Henri le Grand, allant en Limousin
… La terreur de son nom rendra nos villes fortes,
On n’en gardera plus ni les murs ni les portes,
Les veilles cesseront aux sommets de nos tours ;
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n’est pour danser, n’orra plus de tambours.
Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,
L’oisive nonchalance et les molles délices
Qui nous avaient portés jusqu’aux derniers hasards ;
Les vertus reviendront de palmes couronnées,
Et ses justes faveurs aux mérites données
Feront ressusciter l’excellence des arts…
Tu nous rendras alors nos douces destinées :
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs…
On n’en gardera plus ni les murs ni les portes,
Les veilles cesseront aux sommets de nos tours ;
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n’est pour danser, n’orra plus de tambours.
Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices,
L’oisive nonchalance et les molles délices
Qui nous avaient portés jusqu’aux derniers hasards ;
Les vertus reviendront de palmes couronnées,
Et ses justes faveurs aux mérites données
Feront ressusciter l’excellence des arts…
Tu nous rendras alors nos douces destinées :
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs…
Jacques Brel
Le plat pays
Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l’est, écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien
Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d’ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien
Avec un ciel si bas qu’un canal s’est perdu
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris qu’un canal s’est pendu
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler
Avec le vent du nord, écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien
Avec de l’Italie qui descendrait l’Escaut
Avec Frida la blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud, écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues
Et de vagues rochers que les marées dépassent
Et qui ont à jamais le cœur à marée basse
Avec infiniment de brumes à venir
Avec le vent de l’est, écoutez-le tenir
Le plat pays qui est le mien
Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent d’ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien
Avec un ciel si bas qu’un canal s’est perdu
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris qu’un canal s’est pendu
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler
Avec le vent du nord, écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien
Avec de l’Italie qui descendrait l’Escaut
Avec Frida la blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet
Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé
Quand le vent est au sud, écoutez-le chanter
Le plat pays qui est le mien
Jean Amrouche
Le combat algerien
A homme le plus pauvre
à celui qui va demi-nu sous le soleil dans le vent
la pluie ou la neige
a celui qui depuis sa naissance n’a jamais eu le ventre plein
On ne peut cependant éter ni son nom
nila chanson de sa langue natale
ni ses souvenirs ni ses rêves
On ne peut l’arracher a sa patrie ni lui arracher sa patrie.
à celui qui va demi-nu sous le soleil dans le vent
la pluie ou la neige
a celui qui depuis sa naissance n’a jamais eu le ventre plein
On ne peut cependant éter ni son nom
nila chanson de sa langue natale
ni ses souvenirs ni ses rêves
On ne peut l’arracher a sa patrie ni lui arracher sa patrie.
Joachim Du Bellay
France, mère des arts, des armes et des lois
France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Echo, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
Joachim Du Bellay
Ny la fureur de la flamme enragee
Ny la fureur de la flamme enragée,
Ny le trenchant du fer victorieux,
Ny le degast du soldat furieux,
Qui tant de fois, Rome, t’a saccagée,
Ny coup sur coup ta fortune changée,
Ni le ronger des siècles envieux,
Ny le despit des hommes et des Dieux,
Ny contre toy ta puissance rangée,
Ny l’esbranler des vents impétueux,
Ny le débord de ce Dieu tortueux
Qui tant de fois t’a couvert de son onde,
Ont tellement ton orgueil abbaissé,
Que la grandeur du rien, qu’ilz t’ont laissé,
Ne face encor’émerveiller le monde.
Ny le trenchant du fer victorieux,
Ny le degast du soldat furieux,
Qui tant de fois, Rome, t’a saccagée,
Ny coup sur coup ta fortune changée,
Ni le ronger des siècles envieux,
Ny le despit des hommes et des Dieux,
Ny contre toy ta puissance rangée,
Ny l’esbranler des vents impétueux,
Ny le débord de ce Dieu tortueux
Qui tant de fois t’a couvert de son onde,
Ont tellement ton orgueil abbaissé,
Que la grandeur du rien, qu’ilz t’ont laissé,
Ne face encor’émerveiller le monde.
Léopold Sédar Senghor
Dessous l’arc-en-ciel de ta patx.
Paris, janvier 1945.
HOSTIES NOIRES, Prière de paix (pour grandes orgues)
Til, IV, V, À Georges et Claude Pompidou, 1948.
HOSTIES NOIRES, Prière de paix (pour grandes orgues)
Til, IV, V, À Georges et Claude Pompidou, 1948.
Louis Aragon
Le conscrit des cent villages
Prairie adieu mon espérance
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France
Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l’ombre et l’horizon
J’emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L’ancienne antienne de leurs noms
L’odorante fleur du langage
Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d’une chanson
Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J’emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde
Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud
Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmain
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance
Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé
Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l’exil mon faux empire
Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie
Aigrefeuille-d’Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse
Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous
L’Âme Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance
Mon pays souffre mille maux
S’en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots
Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères
Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l’Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d’Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents
Adieu le lieudit l’Île-d’Elle
Adieu Lillebonne Écublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles
Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné
Vers Pré-en-Pail ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille
Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous
Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d’éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garrosse
Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang
Musiques s’il n’est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j’écoute au loin vos guitares
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France
Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l’ombre et l’horizon
J’emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L’ancienne antienne de leurs noms
L’odorante fleur du langage
Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d’une chanson
Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J’emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde
Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud
Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmain
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance
Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé
Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l’exil mon faux empire
Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie
Aigrefeuille-d’Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse
Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous
L’Âme Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance
Mon pays souffre mille maux
S’en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots
Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères
Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l’Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d’Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents
Adieu le lieudit l’Île-d’Elle
Adieu Lillebonne Écublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles
Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné
Vers Pré-en-Pail ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille
Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous
Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d’éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garrosse
Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang
Musiques s’il n’est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j’écoute au loin vos guitares
Louis Aragon
Le musée grevin
J cris dans ce pays tandis que la police
A toute heure de nuit entre dans les maisons
Que les inquisiteurs enfongant leurs éclisses
Dans les membres brisés guettent les trahisons...
Jécris dans un champ clos ou des deux adversaires
L’un semble d’une pièce armure et palefroi
Et l’autre que l’épée atrocement lacére
A lui pour tout arroi sa bravoure et son droit
J écris dans cette fosse où non plus un prophète
Mais un peuple est parmi les bêtes descendu
Qu’on somme de ne plus oublier sa défaite
Et de livrer aux ours la chair qui leur est due
J écris dans ce décor tragique où les acteurs
Ont perdu leur chemin leur sommeil et leur rang
Dans ce théâtre vide ou les usurpateurs
Anonnent de grands mots pour les seuls ignorants...
Comment voudriez-vous que je parle des fleurs
Et quiil n’y ait des cris dans tout ce que jécris
De l’arc-en-ciel ancien je n’ai que trois couleurs
Et les airs que j’aimais vous les avez proscrits
Que ne puis-je passer ce monde à l’écumoire
Ses songes éveillés et ses monstres maudits
Du Paradis perdu retrouver la mémoire
Pour renouer ma phrase avec sa mélodie
Je dis avec les mots des choses machinales
Plus machinalement que la neige neigeant
Mots démonétisés qu’on lit dans le journal
Et je parle avec eux le langage des gens...
Je vous salue ma France arrachée aux fantémes
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendéme
Cloches cloches sonnez l’angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmérent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l’oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis
Pour la première fois a fait l’apprentissage
De ce qu’il peut cofter d’abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l’aigle
De l’audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Marissent au soleil de la diversité
Je vous salue ma France où le peuple est habile
A ces travaux qui font les jours émerveillés
Et que l’on vient de loin saluer dans sa ville
Paris mon cœur trois ans vainement fusillé
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d’au delà le déluge salut.
A toute heure de nuit entre dans les maisons
Que les inquisiteurs enfongant leurs éclisses
Dans les membres brisés guettent les trahisons...
Jécris dans un champ clos ou des deux adversaires
L’un semble d’une pièce armure et palefroi
Et l’autre que l’épée atrocement lacére
A lui pour tout arroi sa bravoure et son droit
J écris dans cette fosse où non plus un prophète
Mais un peuple est parmi les bêtes descendu
Qu’on somme de ne plus oublier sa défaite
Et de livrer aux ours la chair qui leur est due
J écris dans ce décor tragique où les acteurs
Ont perdu leur chemin leur sommeil et leur rang
Dans ce théâtre vide ou les usurpateurs
Anonnent de grands mots pour les seuls ignorants...
Comment voudriez-vous que je parle des fleurs
Et quiil n’y ait des cris dans tout ce que jécris
De l’arc-en-ciel ancien je n’ai que trois couleurs
Et les airs que j’aimais vous les avez proscrits
Que ne puis-je passer ce monde à l’écumoire
Ses songes éveillés et ses monstres maudits
Du Paradis perdu retrouver la mémoire
Pour renouer ma phrase avec sa mélodie
Je dis avec les mots des choses machinales
Plus machinalement que la neige neigeant
Mots démonétisés qu’on lit dans le journal
Et je parle avec eux le langage des gens...
Je vous salue ma France arrachée aux fantémes
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendéme
Cloches cloches sonnez l’angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmérent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l’oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis
Pour la première fois a fait l’apprentissage
De ce qu’il peut cofter d’abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l’aigle
De l’audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Marissent au soleil de la diversité
Je vous salue ma France où le peuple est habile
A ces travaux qui font les jours émerveillés
Et que l’on vient de loin saluer dans sa ville
Paris mon cœur trois ans vainement fusillé
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d’au delà le déluge salut.
Robert Garnier
Acte II
[…]
chœur
Disons adieu, mes compagnes,
À nos chétives campagnes,
Où le Jourdain doux coulant
Va sur le sable ondelant.
Adieu terre plantureuse,
Naguère si populeuse,
Terre promise du ciel,
Toute ondoyante de miel.
Adieu Siloé, fontaine
Dont la douce eau se pourmène
Dans le canal de Cédron,
Serpentant à l’environ.
Adieu coteaux et vallées,
Adieu rives désolées,
Adieu verdureux Hébron,
Vieil territoire d’Éfron.
Sur toi montagnette sainte,
Le bon Abram fit sa plainte,
Comme il fit sur toi Béthel,
Fumer son premier autel.
Adieu Cité, renommée
Sur les cités d’Idumée,
Que jadis un Roi conquit
Du Jébuséen, qu’il vainquit.
Et vous, naguère édifice
Le plus rare en artifice,
Et en ornements divers
Qu’il fût temple en l’univers.
Las ! nous vous laissons, pauvrettes,
De ces barbares sujettes,
Qui nous traînent inhumains
En des Royaumes lointains :
Où faudra que notre vie
À leur vouloir asservie,
Languisse éternellement
En déplorable tourment.
Car comme aurions-nous courage,
Étant en un tel servage,
Le cœur serré de douleurs,
De donner trêve à nos pleurs ?
Quand nous ne pouvons tant faire,
Qu’il puisse à notre âme plaire
De chanter à l’Éternel
Un cantique solennel ?
Et qu’adeulés nous souvienne
Sur la rive assyrienne,
Des innombrables bienfaits
Que sa bonté nous a faits ?
Et crains qu’en même oubliance
Ne tombe la souvenance,
Avecques l’affection
Que nous devons à Sion.
Si est-ce que pourtant, si est-ce
Qu’il ne faut que la tristesse,
Bien que dure, ait le pouvoir
De nous tirer du devoir :
Ainsi quelque grand que puisse être
Notre malheur, reconnaître
Que nous le méritons bien,
Et que Dieu veut notre bien.
Faut invoquer sa clémence,
Avoir du mal repentance,
Et ferme propos en soi
De vivre selon sa loi.
Élever vers lui la face,
Avoir recours à sa grâce
Qui est promise à celui
Qui met son attente en lui.
Sus donc prions-le captives,
Sur ces infidèles rives,
Qu’il veuille après son courroux
Se ressouvenir de nous.
chœur
Disons adieu, mes compagnes,
À nos chétives campagnes,
Où le Jourdain doux coulant
Va sur le sable ondelant.
Adieu terre plantureuse,
Naguère si populeuse,
Terre promise du ciel,
Toute ondoyante de miel.
Adieu Siloé, fontaine
Dont la douce eau se pourmène
Dans le canal de Cédron,
Serpentant à l’environ.
Adieu coteaux et vallées,
Adieu rives désolées,
Adieu verdureux Hébron,
Vieil territoire d’Éfron.
Sur toi montagnette sainte,
Le bon Abram fit sa plainte,
Comme il fit sur toi Béthel,
Fumer son premier autel.
Adieu Cité, renommée
Sur les cités d’Idumée,
Que jadis un Roi conquit
Du Jébuséen, qu’il vainquit.
Et vous, naguère édifice
Le plus rare en artifice,
Et en ornements divers
Qu’il fût temple en l’univers.
Las ! nous vous laissons, pauvrettes,
De ces barbares sujettes,
Qui nous traînent inhumains
En des Royaumes lointains :
Où faudra que notre vie
À leur vouloir asservie,
Languisse éternellement
En déplorable tourment.
Car comme aurions-nous courage,
Étant en un tel servage,
Le cœur serré de douleurs,
De donner trêve à nos pleurs ?
Quand nous ne pouvons tant faire,
Qu’il puisse à notre âme plaire
De chanter à l’Éternel
Un cantique solennel ?
Et qu’adeulés nous souvienne
Sur la rive assyrienne,
Des innombrables bienfaits
Que sa bonté nous a faits ?
Et crains qu’en même oubliance
Ne tombe la souvenance,
Avecques l’affection
Que nous devons à Sion.
Si est-ce que pourtant, si est-ce
Qu’il ne faut que la tristesse,
Bien que dure, ait le pouvoir
De nous tirer du devoir :
Ainsi quelque grand que puisse être
Notre malheur, reconnaître
Que nous le méritons bien,
Et que Dieu veut notre bien.
Faut invoquer sa clémence,
Avoir du mal repentance,
Et ferme propos en soi
De vivre selon sa loi.
Élever vers lui la face,
Avoir recours à sa grâce
Qui est promise à celui
Qui met son attente en lui.
Sus donc prions-le captives,
Sur ces infidèles rives,
Qu’il veuille après son courroux
Se ressouvenir de nous.
Jean Vauquelin de La Fresnaye
Du paresseux sommeil où tu gis endormie
Du paresseux sommeil où tu gis endormie
Desja par si long temps, ô France, éveille-toy,
Respire dédaigneuse, et tes offenses voy,
Ne sois point ton esclave et ta propre ennemie.
Reprends ta liberté, guéri ta maladie,
Et ton antique honneur, ô France, ramentoy :
Legere, désormais, sans bien sçavoir pourquoy,
Dans un sentier tortu ne donne à l’estourdie.
Si tu regardois bien les annales des rois,
Tu connoistrois avoir triomphé mille fois
De ceux qui veulent or amoindrir ta puissance.
Sans toy, qui contre toy despite ouvre le sein,
Ces ventres de harpie, ejunez par souffrance,
N’auroient jamais osé passer le Rhin germain.
Desja par si long temps, ô France, éveille-toy,
Respire dédaigneuse, et tes offenses voy,
Ne sois point ton esclave et ta propre ennemie.
Reprends ta liberté, guéri ta maladie,
Et ton antique honneur, ô France, ramentoy :
Legere, désormais, sans bien sçavoir pourquoy,
Dans un sentier tortu ne donne à l’estourdie.
Si tu regardois bien les annales des rois,
Tu connoistrois avoir triomphé mille fois
De ceux qui veulent or amoindrir ta puissance.
Sans toy, qui contre toy despite ouvre le sein,
Ces ventres de harpie, ejunez par souffrance,
N’auroient jamais osé passer le Rhin germain.
Victor Hugo
Ultima verba
… Quand même grandirait l’abjection publique
À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
Diraient à l’exilé : — Va-t’en ! nous avons peur !
Quand même nous serions comme la feuille morte,
Quand, pour plaire à César, on nous renîrait tous ;
Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel, Liberté, mon drapeau !
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !
Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,
O France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.
Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !
Jersey, 2 décembre 1852.
À ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
Diraient à l’exilé : — Va-t’en ! nous avons peur !
Quand même nous serions comme la feuille morte,
Quand, pour plaire à César, on nous renîrait tous ;
Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel, Liberté, mon drapeau !
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !
Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,
O France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.
J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.
Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !
Jersey, 2 décembre 1852.