Poèmes de ce thème
Société et monde
Léon-Paul Fargue
Sur le trottoir tout gras…
Sur le trottoir tout gras de bouges aux carreaux brouillés, des filles qui semblent de garde contre un terrible mur de réclames se signent lorsqu’il fait des éclairs. Quelqu’un d’invisible siffle et se hâte…
La bande éclatante d’un bar à musique éclaire des spectres qui attendent…
L’ennui s’endort dans ses palais qui soufflent leur haleine chaude…
Des pensées incomprises, des amours pauvres et des idylles depuis longtemps en marche frôlent les boutiques fermées et sombres…
Du côté des remparts souffre une seule lumière…
Une ruelle délaissée dans les terrains vagues reste obscure
Où l’amour blessé chante et se traîne
Et regarde de toutes ses forces l’image déchirée du soir…
Sous des hangars, de puissants moteurs font de grands gestes sur les murs. Des hommes obscurs allument leur fête derrière la baie vitrée qui tremble…
Une branche de canal fuit sous les lampes. Les arcs voltaïques y bercent par instants de grêles escaliers d’argent… L’arche d’un pont semble monter comme une trombe… L’écluse embouche, par ses hautes portes grinçantes et criblées de blessures, les longs clairons de l’eau stridente. Elle tord et cambre au vent sa crinière…
J’aime entendre encore longtemps sa grande chanson crevée et fraîche…
La bande éclatante d’un bar à musique éclaire des spectres qui attendent…
L’ennui s’endort dans ses palais qui soufflent leur haleine chaude…
Des pensées incomprises, des amours pauvres et des idylles depuis longtemps en marche frôlent les boutiques fermées et sombres…
Du côté des remparts souffre une seule lumière…
Une ruelle délaissée dans les terrains vagues reste obscure
Où l’amour blessé chante et se traîne
Et regarde de toutes ses forces l’image déchirée du soir…
Sous des hangars, de puissants moteurs font de grands gestes sur les murs. Des hommes obscurs allument leur fête derrière la baie vitrée qui tremble…
Une branche de canal fuit sous les lampes. Les arcs voltaïques y bercent par instants de grêles escaliers d’argent… L’arche d’un pont semble monter comme une trombe… L’écluse embouche, par ses hautes portes grinçantes et criblées de blessures, les longs clairons de l’eau stridente. Elle tord et cambre au vent sa crinière…
J’aime entendre encore longtemps sa grande chanson crevée et fraîche…
Léopold Sédar Senghor
Dessous l’arc-en-ciel de ta patx.
Paris, janvier 1945.
HOSTIES NOIRES, Prière de paix (pour grandes orgues)
Til, IV, V, À Georges et Claude Pompidou, 1948.
HOSTIES NOIRES, Prière de paix (pour grandes orgues)
Til, IV, V, À Georges et Claude Pompidou, 1948.
Louis Aragon
Le conscrit des cent villages
Prairie adieu mon espérance
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France
Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l’ombre et l’horizon
J’emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L’ancienne antienne de leurs noms
L’odorante fleur du langage
Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d’une chanson
Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J’emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde
Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud
Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmain
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance
Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé
Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l’exil mon faux empire
Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie
Aigrefeuille-d’Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse
Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous
L’Âme Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance
Mon pays souffre mille maux
S’en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots
Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères
Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l’Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d’Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents
Adieu le lieudit l’Île-d’Elle
Adieu Lillebonne Écublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles
Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné
Vers Pré-en-Pail ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille
Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous
Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d’éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garrosse
Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang
Musiques s’il n’est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j’écoute au loin vos guitares
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France
Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l’ombre et l’horizon
J’emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L’ancienne antienne de leurs noms
L’odorante fleur du langage
Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d’une chanson
Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J’emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde
Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud
Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmain
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance
Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé
Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l’exil mon faux empire
Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie
Aigrefeuille-d’Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse
Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous
L’Âme Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance
Mon pays souffre mille maux
S’en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots
Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères
Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l’Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d’Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents
Adieu le lieudit l’Île-d’Elle
Adieu Lillebonne Écublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles
Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné
Vers Pré-en-Pail ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille
Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous
Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d’éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garrosse
Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang
Musiques s’il n’est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j’écoute au loin vos guitares
Louis Aragon
Le musée grevin
J cris dans ce pays tandis que la police
A toute heure de nuit entre dans les maisons
Que les inquisiteurs enfongant leurs éclisses
Dans les membres brisés guettent les trahisons...
Jécris dans un champ clos ou des deux adversaires
L’un semble d’une pièce armure et palefroi
Et l’autre que l’épée atrocement lacére
A lui pour tout arroi sa bravoure et son droit
J écris dans cette fosse où non plus un prophète
Mais un peuple est parmi les bêtes descendu
Qu’on somme de ne plus oublier sa défaite
Et de livrer aux ours la chair qui leur est due
J écris dans ce décor tragique où les acteurs
Ont perdu leur chemin leur sommeil et leur rang
Dans ce théâtre vide ou les usurpateurs
Anonnent de grands mots pour les seuls ignorants...
Comment voudriez-vous que je parle des fleurs
Et quiil n’y ait des cris dans tout ce que jécris
De l’arc-en-ciel ancien je n’ai que trois couleurs
Et les airs que j’aimais vous les avez proscrits
Que ne puis-je passer ce monde à l’écumoire
Ses songes éveillés et ses monstres maudits
Du Paradis perdu retrouver la mémoire
Pour renouer ma phrase avec sa mélodie
Je dis avec les mots des choses machinales
Plus machinalement que la neige neigeant
Mots démonétisés qu’on lit dans le journal
Et je parle avec eux le langage des gens...
Je vous salue ma France arrachée aux fantémes
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendéme
Cloches cloches sonnez l’angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmérent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l’oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis
Pour la première fois a fait l’apprentissage
De ce qu’il peut cofter d’abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l’aigle
De l’audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Marissent au soleil de la diversité
Je vous salue ma France où le peuple est habile
A ces travaux qui font les jours émerveillés
Et que l’on vient de loin saluer dans sa ville
Paris mon cœur trois ans vainement fusillé
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d’au delà le déluge salut.
A toute heure de nuit entre dans les maisons
Que les inquisiteurs enfongant leurs éclisses
Dans les membres brisés guettent les trahisons...
Jécris dans un champ clos ou des deux adversaires
L’un semble d’une pièce armure et palefroi
Et l’autre que l’épée atrocement lacére
A lui pour tout arroi sa bravoure et son droit
J écris dans cette fosse où non plus un prophète
Mais un peuple est parmi les bêtes descendu
Qu’on somme de ne plus oublier sa défaite
Et de livrer aux ours la chair qui leur est due
J écris dans ce décor tragique où les acteurs
Ont perdu leur chemin leur sommeil et leur rang
Dans ce théâtre vide ou les usurpateurs
Anonnent de grands mots pour les seuls ignorants...
Comment voudriez-vous que je parle des fleurs
Et quiil n’y ait des cris dans tout ce que jécris
De l’arc-en-ciel ancien je n’ai que trois couleurs
Et les airs que j’aimais vous les avez proscrits
Que ne puis-je passer ce monde à l’écumoire
Ses songes éveillés et ses monstres maudits
Du Paradis perdu retrouver la mémoire
Pour renouer ma phrase avec sa mélodie
Je dis avec les mots des choses machinales
Plus machinalement que la neige neigeant
Mots démonétisés qu’on lit dans le journal
Et je parle avec eux le langage des gens...
Je vous salue ma France arrachée aux fantémes
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendéme
Cloches cloches sonnez l’angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmérent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l’oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l’oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis
Pour la première fois a fait l’apprentissage
De ce qu’il peut cofter d’abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l’aigle
De l’audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Marissent au soleil de la diversité
Je vous salue ma France où le peuple est habile
A ces travaux qui font les jours émerveillés
Et que l’on vient de loin saluer dans sa ville
Paris mon cœur trois ans vainement fusillé
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu’il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d’au delà le déluge salut.
Marcel Thiry
Paris dort replie...
Paris dort replié comme un homme en famine
Serrant sa faim sur lui comme un renard rongeur ;
C’est le creux, c’est le manque d’hommes, c’est le vide
De pain, c’est l’absence des alcools aux terrasses
Et dans le cœur ce trou des soldats prisonniers ;
C’est Paris maigre, la rue Lepic sans paniers
D’artichauts, de melons, de belons, de rascasses,
Les Halles sans salade et les quais sans poètes
Avec toi seul pour lent requin le long des boîtes ;
C’est Paris sans journaux, sans amour, sans croissants,
Sans gloire, sans minuit, sans ses mâles, et sans
La facilité sexuelle des taxis.
Armistice, aveulissements, ataraxies.
L’encre a cessé sa bonne odeur rue du Croissant,
Les croissants de Chiboust existent par leur manque,
L’or exilé ou mort laisse veuves les banques
Sous-marines, rue de Choiseul ou rue Vivienne.
Il n’y a plus la mer des voitures, leurs chaudes
Soies en gulf-stream dont les asphaltes se souviennent ;
Il y a cette mer de la honte ou tu rédes,
Squale, où ton museau pénitent, quand il aura
Contourné cette vague dune l’Opéra,
Reviendra heurter doux l’ancien jardin sous verre,
Rue Auber, le jardin belle-époque-glaciaire,
Au soleil du triphane de Madagascar.
Ces pierres tremblent de la même maladie
Dont tu vois onduler comme un bâton dans l’eau
L’Obélisque et le jour, la colonne Vendéme,
Tes certitudes, l’Arc de Triomphe et toute àme.
Ton front s’appuie au mur bleuté qui t’en sépare
Et qui vibre attentivement quand tu entends
Sous la mer ce lointain tonnerre, par instants.
(Et dans Paris passaient pourtant des passants rares,
Sans qu’on sit s’ils passaient en chair, ou si c’étaient
Les ombres des vivants du ciel qui descendaient
Jusqu’au fond de la mer, de l’altitude heureuse.
Non. C’était le nouveau bétail bleu de la honte,
Les lémures broutant la honte aux plaines bleues.
Tl en est qui pressaient tristement leurs pas d’ombres
Vers une anfractuosité froide oi dormir.
Il en est qui paissaient des millions précaires,
D’ironiques argents sans pouvoir de loisir,
Sans l’alcool des autos, le haschich des croisiéres,
Sans les files, sans lits-avions, sans Juan-les-Pins ;
Il en est qui mendiaient bleus des tickets de pain.)
Et nul, ni le requin pèlerin vers l’ancienne
Vitrine au pavement de gemmes rue Auber,
Ni les bancs résignés d’espèce parisienne,
Nul ne sait quel trommel sous le fond de la mer
Mélange en écroulements de temples les Ages,
Quel centaure d’en bas fait passer les orages
De ses galops d’est en ouest, du sud au nord.
C’est des tonnerres inférieurs, c’est les passages
Des chevaux démontés des escadrons des morts
Qui reviennent, sauvages hardes descendues
Aux enfers, comme aux champs des batailles perdues
Faire ébouler d’est en ouest, du sud au nord,
Leurs charges, trés profond sous le fond de la mer.
C’est peut-étre ton présage, Canon futur.
Serrant sa faim sur lui comme un renard rongeur ;
C’est le creux, c’est le manque d’hommes, c’est le vide
De pain, c’est l’absence des alcools aux terrasses
Et dans le cœur ce trou des soldats prisonniers ;
C’est Paris maigre, la rue Lepic sans paniers
D’artichauts, de melons, de belons, de rascasses,
Les Halles sans salade et les quais sans poètes
Avec toi seul pour lent requin le long des boîtes ;
C’est Paris sans journaux, sans amour, sans croissants,
Sans gloire, sans minuit, sans ses mâles, et sans
La facilité sexuelle des taxis.
Armistice, aveulissements, ataraxies.
L’encre a cessé sa bonne odeur rue du Croissant,
Les croissants de Chiboust existent par leur manque,
L’or exilé ou mort laisse veuves les banques
Sous-marines, rue de Choiseul ou rue Vivienne.
Il n’y a plus la mer des voitures, leurs chaudes
Soies en gulf-stream dont les asphaltes se souviennent ;
Il y a cette mer de la honte ou tu rédes,
Squale, où ton museau pénitent, quand il aura
Contourné cette vague dune l’Opéra,
Reviendra heurter doux l’ancien jardin sous verre,
Rue Auber, le jardin belle-époque-glaciaire,
Au soleil du triphane de Madagascar.
Ces pierres tremblent de la même maladie
Dont tu vois onduler comme un bâton dans l’eau
L’Obélisque et le jour, la colonne Vendéme,
Tes certitudes, l’Arc de Triomphe et toute àme.
Ton front s’appuie au mur bleuté qui t’en sépare
Et qui vibre attentivement quand tu entends
Sous la mer ce lointain tonnerre, par instants.
(Et dans Paris passaient pourtant des passants rares,
Sans qu’on sit s’ils passaient en chair, ou si c’étaient
Les ombres des vivants du ciel qui descendaient
Jusqu’au fond de la mer, de l’altitude heureuse.
Non. C’était le nouveau bétail bleu de la honte,
Les lémures broutant la honte aux plaines bleues.
Tl en est qui pressaient tristement leurs pas d’ombres
Vers une anfractuosité froide oi dormir.
Il en est qui paissaient des millions précaires,
D’ironiques argents sans pouvoir de loisir,
Sans l’alcool des autos, le haschich des croisiéres,
Sans les files, sans lits-avions, sans Juan-les-Pins ;
Il en est qui mendiaient bleus des tickets de pain.)
Et nul, ni le requin pèlerin vers l’ancienne
Vitrine au pavement de gemmes rue Auber,
Ni les bancs résignés d’espèce parisienne,
Nul ne sait quel trommel sous le fond de la mer
Mélange en écroulements de temples les Ages,
Quel centaure d’en bas fait passer les orages
De ses galops d’est en ouest, du sud au nord.
C’est des tonnerres inférieurs, c’est les passages
Des chevaux démontés des escadrons des morts
Qui reviennent, sauvages hardes descendues
Aux enfers, comme aux champs des batailles perdues
Faire ébouler d’est en ouest, du sud au nord,
Leurs charges, trés profond sous le fond de la mer.
C’est peut-étre ton présage, Canon futur.
Marcel Thiry
Toi qui pâlis au nom de vancouver...
Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as fait pourtant qu’un banal voyage ;
Tu n’as pas vu le grand perroquet vert,
La Croix du Sud ni le soleil sauvage.
Tu t’embarquas a bord de maint steamer, .
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage ;
Sans grand éclat tu servais sous Sturmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.
Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été le soldat pérégrin
Sur le trottoir des villes inconnues
Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les graces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.
Tu n’as fait pourtant qu’un banal voyage ;
Tu n’as pas vu le grand perroquet vert,
La Croix du Sud ni le soleil sauvage.
Tu t’embarquas a bord de maint steamer, .
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage ;
Sans grand éclat tu servais sous Sturmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.
Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été le soldat pérégrin
Sur le trottoir des villes inconnues
Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les graces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.
Marie Noel
Ronde
Mon père me veut marier,
Sauvong-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine,
Mon père me veut marier,
Petit oiseau, tout vif te lairas-tu lier ?
L’affaire est sire : il a du bien.
Sauvors-nous, sauvons-nous, bouchons-nous les oreilles
L’affaire est sire : il a du bien...
C’est un mari... courons, le meilleur ne vaut rien!
Quand il vaudrait son pesant d’or,
Qu’il est lourd, qu’il est lourd et que je suis légère!
Quand il vaudrait son pesant d’or,
Il aura beau courir, il ne m’a pas encor!
Malgré ses louis, ses écus,
Ses sacs de blé, ses sacs de noix, ses sacs de laine,
Malgré ses louis, ses écus,
Tl ne m’aura jamais, ni pour moins, ni pour plus.
Qu’il achète s’il a de quoi,
Les bois, la mer, le ciel, les plaines, les montagnes,
Quw’il achète s’il a de quoi,
Le monde entier plutét qu’un seul cheveu de moi!
Laissez-vous mettre a la raison
Et garder au clapier, hérissons, chats sauvages,
Laissez-vous mettre a la raison
Avant qu’un sot d’époux m’enferme en sa maison,
Engraissez-vous au potager,
Bruyères, houx, myrtils des bois, genêts des landes,
Engraissez-vous au potager
Avant qu’un sot d’époux ne me donne À manger.
Je suis l’alouette de Mai
Qui s’élance dans le matin À tire d’ailes,
Je suis l’alouette de Mai
Qui court aprés son cœur jusqu’au bout du ciel gai!
J’y volerai si haut, si haut,
Que les cogs, les dindons et toute la volaille,
— J’y volerai si haut, si haut, —
S’ils veulent m’attraper en seront pour leur saut.
Si haut, si haut dans la chaleur,
J’ai peur du ciel, j’ai peur, j’ai peur... les dieux sont proches
Si haut, si haut dans la chaleur,
Qu’un éclair tout a coup me brilera le cœur.
Et, brusque, du désert vermeil,
Il vient, il vient, il vient!... Hui! l’alouette est prise!
Et, brusque, du désert vermeil,
Un aigle fou m’emportera dans le soleil.
Sauvong-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine,
Mon père me veut marier,
Petit oiseau, tout vif te lairas-tu lier ?
L’affaire est sire : il a du bien.
Sauvors-nous, sauvons-nous, bouchons-nous les oreilles
L’affaire est sire : il a du bien...
C’est un mari... courons, le meilleur ne vaut rien!
Quand il vaudrait son pesant d’or,
Qu’il est lourd, qu’il est lourd et que je suis légère!
Quand il vaudrait son pesant d’or,
Il aura beau courir, il ne m’a pas encor!
Malgré ses louis, ses écus,
Ses sacs de blé, ses sacs de noix, ses sacs de laine,
Malgré ses louis, ses écus,
Tl ne m’aura jamais, ni pour moins, ni pour plus.
Qu’il achète s’il a de quoi,
Les bois, la mer, le ciel, les plaines, les montagnes,
Quw’il achète s’il a de quoi,
Le monde entier plutét qu’un seul cheveu de moi!
Laissez-vous mettre a la raison
Et garder au clapier, hérissons, chats sauvages,
Laissez-vous mettre a la raison
Avant qu’un sot d’époux m’enferme en sa maison,
Engraissez-vous au potager,
Bruyères, houx, myrtils des bois, genêts des landes,
Engraissez-vous au potager
Avant qu’un sot d’époux ne me donne À manger.
Je suis l’alouette de Mai
Qui s’élance dans le matin À tire d’ailes,
Je suis l’alouette de Mai
Qui court aprés son cœur jusqu’au bout du ciel gai!
J’y volerai si haut, si haut,
Que les cogs, les dindons et toute la volaille,
— J’y volerai si haut, si haut, —
S’ils veulent m’attraper en seront pour leur saut.
Si haut, si haut dans la chaleur,
J’ai peur du ciel, j’ai peur, j’ai peur... les dieux sont proches
Si haut, si haut dans la chaleur,
Qu’un éclair tout a coup me brilera le cœur.
Et, brusque, du désert vermeil,
Il vient, il vient, il vient!... Hui! l’alouette est prise!
Et, brusque, du désert vermeil,
Un aigle fou m’emportera dans le soleil.
Maurice Fombeure
Le retour du sergent
Le sergent s’en revient de guerre,
Les pieds gonflés, sifflant du nez,
Le sergent s’en revient de guerre
Les pieds gonflés, sifflant du nez,
Le sergent s’en revient de guerre
Maurice Scève
L’aigle volant plus loing qu’oncques ne fit
L’aigle volant plus loing qu’oncques ne fit,
Cuydoit r’entrer en son Empire antique :
Passa la Mer, ou asses tost deffit
Un nouveau Monstre en ce pays d’Aphrique :
Puis print son vol droict au Soleil Gallique,
Duquel l’ardeur ne vive, ne mourante,
Mais en son chault modéré demourante,
Et s’attrempant, peu à peu lentement
La transmua en une Austruche errante,
Qui vole bas, et fuit legerement.
Cuydoit r’entrer en son Empire antique :
Passa la Mer, ou asses tost deffit
Un nouveau Monstre en ce pays d’Aphrique :
Puis print son vol droict au Soleil Gallique,
Duquel l’ardeur ne vive, ne mourante,
Mais en son chault modéré demourante,
Et s’attrempant, peu à peu lentement
La transmua en une Austruche errante,
Qui vole bas, et fuit legerement.
Max Jacob
Invitation au voyage
Les trains! Les trains par les tunnels étreints
Ont fait de ces cabarets roses
Ow les tziganes vont leur train
Les tziganes aux valses roses
Des fles chastes de boulingrins.
Il passe sur automobiles
Il passe de fragiles rentiéres
Comme sacs a loto mobiles.
Vers des parcs aux doux ombrages
Je t’invite ma chère Elise.
Elise! je t’invite au voyage
Vers ces palais de Venise.
Pour cueillir des fleurs aux rameaux
Nous déposerons nos vélos
Devant les armures hostiles
Des grillages modern-style
Nous déposerons nos machines
Pour les décorer d’aubépine
Nous regarderons couler l’eau
En buvant des menthes a l’eau.
Peut-étre que sexagénaires
Nous suivrons un jour ces rivières
Dans d’écarlates automates
Dont nous serons propriétaires!
Mais en ces avenirs trop lents
Les chevaux des Panhard
Ne seront-ils volants ?
A vendre : quatre véritables déserts
A proximité du chemin de fer,
S’adresser au propriétaire-notaire
M. Chocarneau,
18, boulevard Carnot.
Ont fait de ces cabarets roses
Ow les tziganes vont leur train
Les tziganes aux valses roses
Des fles chastes de boulingrins.
Il passe sur automobiles
Il passe de fragiles rentiéres
Comme sacs a loto mobiles.
Vers des parcs aux doux ombrages
Je t’invite ma chère Elise.
Elise! je t’invite au voyage
Vers ces palais de Venise.
Pour cueillir des fleurs aux rameaux
Nous déposerons nos vélos
Devant les armures hostiles
Des grillages modern-style
Nous déposerons nos machines
Pour les décorer d’aubépine
Nous regarderons couler l’eau
En buvant des menthes a l’eau.
Peut-étre que sexagénaires
Nous suivrons un jour ces rivières
Dans d’écarlates automates
Dont nous serons propriétaires!
Mais en ces avenirs trop lents
Les chevaux des Panhard
Ne seront-ils volants ?
A vendre : quatre véritables déserts
A proximité du chemin de fer,
S’adresser au propriétaire-notaire
M. Chocarneau,
18, boulevard Carnot.
Max Jacob
La guerre
Les boulevards extérieurs, la nuit, sont pleins de neige; les bandits sont des soldats; on m’attaque avec des rires et des sabres, on me dépouille: je me sauve pour retomber dans un autre carré. Est-ce une cour de caserne, ou celle d’une auberge? que de sabres! que de lanciers! il neige! on me pique avec une seringue: c’est un poison pour me tuer; une tête de squelette voilée de crêpe me mord le doigt. De vagues réverbéres jettent sur la neige la lumière de ma mort.
Le Cornet à dés
Le Cornet à dés
Nicolas Boileau
A mon jardinier
. . . . . .
Approche donc, et viens ; qu’un paresseux t’apprenne,
Antoine, ce que c’est que fatigue et que peine.
L’homme ici-bas toujours inquiet et géné,
Est dans le repos même au travail condamné.
La fatigue l’y suit. C’est en vain qu’aux Poètes
Les neufs trompeuses Sœurs, dans leurs douces retraites,
Promettent du repos sous leurs ombrages frais :
Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprès,
La cadence aussitôt, la rime, la césure,
La riche expression, la nombreuse mesure,
Sorcieres dont l’amour sçait d’abord les charmer,
De fatigues sans fin viennent les consumer.
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées,
On voit sous les lauriers haleter les Orphées.
Leur esprit toutefois se plait dans son tourment,
Et se fait de sa peine un noble amusement.
Mais je ne trouve point de fatigue si rude,
Que l’ennuyeux loisir d’un mortel sans étude,
Qui, jamais ne sortant de sa stupidité,
Soutient, dans les langueurs de son oisiveté,
D’une lâche indolence esclave volontaire,
Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire.
. . . . . .
Suis-moi donc. Mais je vois sur ce début de prône,
Que ta bouche déjà s’ouvre large d’une aune ;
Et que les yeux fermés tu baisses le menton.
Ma foi le plus sur est de finir ce sermon.
Aussi bien j’aperçois ces melons qui t’attendent,
Et ces fleurs qui là-bas entr’elles se demandent
S’il est fête au village, et pour quel saint nouveau
On les laisse aujourd’hui si longtemps manquer d’eau.
Approche donc, et viens ; qu’un paresseux t’apprenne,
Antoine, ce que c’est que fatigue et que peine.
L’homme ici-bas toujours inquiet et géné,
Est dans le repos même au travail condamné.
La fatigue l’y suit. C’est en vain qu’aux Poètes
Les neufs trompeuses Sœurs, dans leurs douces retraites,
Promettent du repos sous leurs ombrages frais :
Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprès,
La cadence aussitôt, la rime, la césure,
La riche expression, la nombreuse mesure,
Sorcieres dont l’amour sçait d’abord les charmer,
De fatigues sans fin viennent les consumer.
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées,
On voit sous les lauriers haleter les Orphées.
Leur esprit toutefois se plait dans son tourment,
Et se fait de sa peine un noble amusement.
Mais je ne trouve point de fatigue si rude,
Que l’ennuyeux loisir d’un mortel sans étude,
Qui, jamais ne sortant de sa stupidité,
Soutient, dans les langueurs de son oisiveté,
D’une lâche indolence esclave volontaire,
Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire.
. . . . . .
Suis-moi donc. Mais je vois sur ce début de prône,
Que ta bouche déjà s’ouvre large d’une aune ;
Et que les yeux fermés tu baisses le menton.
Ma foi le plus sur est de finir ce sermon.
Aussi bien j’aperçois ces melons qui t’attendent,
Et ces fleurs qui là-bas entr’elles se demandent
S’il est fête au village, et pour quel saint nouveau
On les laisse aujourd’hui si longtemps manquer d’eau.
Nicolas Boileau
À mon jardinier, Épître
Antoine, de nous deux tu crois donc, je le voi,
Que le plus occupé dans ce jardin, c’est toi ?
Oh ! que tu changerais d’avis et de langage,
Si deux jours seulement, libre du jardinage,
Tout à coup devenu poète et bel esprit,
Tu t’allais engager à polir un écrit
Qui dît, sans s’avilir, les plus petites choses,
Fît des plus secs chardons des œillets et des roses ;
Et sût, même aux discours de là rusticité,
Donner de l’élégance et de la dignité ;
Un ouvrage, en un mot, qui, juste en tous ses termes
Sût plaire à d’Aguesseau, sût satisfaire Termes ;
Sût, dis-je, contenter, en paraissant au jour,
Ce qu’ont d’esprits plus fins et la ville et la cour !
Bientôt de ce travail revenu sec et pâle,
Et le teint plus jauni que de vingt ans de hâle,
Tu dirais, reprenant ta pelle et ton râteau :
J’aime mieux mettre encor cent arpents au niveau,
Que d’aller follement, égaré dans les nues,
Me lasser à chercher des visions cornues,
Et, pour lier des mots si mal s’entr’accordants,
Prendre dans ce jardin la lune avec les dents.
Approche donc, et viens ; qu’un paresseux t’apprenne,
Antoine, ce que c’est que fatigue et que peine.
L’homme ici-bas, toujours inquiet et gêné,
Est, dans le repos même, au travail condamné.
La fatigue l’y suit. C’est en vain qu’aux poètes
Les neuf trompeuses Sœurs dans leurs douces retraites
Promettent du repos sous leurs ombrages frais :
Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprès,
La cadence aussitôt, la rime, la césure,
La riche expression, la nombreuse mesure,
Sorcières dont l’amour sait d’abord les charmer,
De fatigues sans fin viennent les consumer.
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées,
On voit sous les lauriers haleter les Orphées.
Que le plus occupé dans ce jardin, c’est toi ?
Oh ! que tu changerais d’avis et de langage,
Si deux jours seulement, libre du jardinage,
Tout à coup devenu poète et bel esprit,
Tu t’allais engager à polir un écrit
Qui dît, sans s’avilir, les plus petites choses,
Fît des plus secs chardons des œillets et des roses ;
Et sût, même aux discours de là rusticité,
Donner de l’élégance et de la dignité ;
Un ouvrage, en un mot, qui, juste en tous ses termes
Sût plaire à d’Aguesseau, sût satisfaire Termes ;
Sût, dis-je, contenter, en paraissant au jour,
Ce qu’ont d’esprits plus fins et la ville et la cour !
Bientôt de ce travail revenu sec et pâle,
Et le teint plus jauni que de vingt ans de hâle,
Tu dirais, reprenant ta pelle et ton râteau :
J’aime mieux mettre encor cent arpents au niveau,
Que d’aller follement, égaré dans les nues,
Me lasser à chercher des visions cornues,
Et, pour lier des mots si mal s’entr’accordants,
Prendre dans ce jardin la lune avec les dents.
Approche donc, et viens ; qu’un paresseux t’apprenne,
Antoine, ce que c’est que fatigue et que peine.
L’homme ici-bas, toujours inquiet et gêné,
Est, dans le repos même, au travail condamné.
La fatigue l’y suit. C’est en vain qu’aux poètes
Les neuf trompeuses Sœurs dans leurs douces retraites
Promettent du repos sous leurs ombrages frais :
Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprès,
La cadence aussitôt, la rime, la césure,
La riche expression, la nombreuse mesure,
Sorcières dont l’amour sait d’abord les charmer,
De fatigues sans fin viennent les consumer.
Sans cesse poursuivant ces fugitives fées,
On voit sous les lauriers haleter les Orphées.
Nicolas Boileau
Tout conspire à la fois à troubler mon repos
. . . . . .
Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frapé le voisinage
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit qu’à grand bruit il apprete,
De cent coups de marteau me va fendre la tête,
J’entends dejà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émues,
D’un funèbre concert font retentir les nues ;
Et se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts, font mourir les vivants.
. . . . . .
La frayeur de la nuit précipite mes pas.
Car sitôt que du soit les ombres pacifiques
D’un double cadenas font fermer les boutiques,
Que, retiré chez lui, le paisible marchand
Va revoir ses billets et compter son argent ;
Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille,
Les voleurs à l’instant s’emparent de la ville.
. . . . . .
Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frapé le voisinage
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit qu’à grand bruit il apprete,
De cent coups de marteau me va fendre la tête,
J’entends dejà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émues,
D’un funèbre concert font retentir les nues ;
Et se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts, font mourir les vivants.
. . . . . .
La frayeur de la nuit précipite mes pas.
Car sitôt que du soit les ombres pacifiques
D’un double cadenas font fermer les boutiques,
Que, retiré chez lui, le paisible marchand
Va revoir ses billets et compter son argent ;
Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille,
Les voleurs à l’instant s’emparent de la ville.
. . . . . .
Paul Claudel
Au grand canon
Sapins de misére. Sol rouillé, abandon plat.
On dirait d’abord que cela ne se passe pas autrement qu’ailleurs.
Mais voici Claudel,
adossé a l’hétel El Tovar, au bord du désert interrompu.
I] ne pense pas qu’il fait froid.
Il regarde à travers ces grosses lunettes qu’il porte depuis le
[Japon,
et appuie de tout son poids sur le paysage.
Précipice
long- comme la route de Paris au Havre
et large de douze kilomètres.
Insurrection de rochers,
éboulements, terrasses effondrées,
dessinées comme les jeux de la nature à l’intérieur des agates.
Le vainqueur de la plus grande crevasse de la terre
c’est ce ruisseau, ce fil à la volonté tranchante,
Colorado
descendu au cœur de ce beurre passif, gris et rose.
Claudel avec enthousiasme,
désigne de l’autre cété de l’abîme,
des cités entières, ingurgitées,
des cirques,
des paquebots,
des acropoles.
—« On sent, dit-il, comme la volonté d’un architecte
de répéter tout le temps le même motif. »
Moi,
je regrette qu’il n’y ait pas de soleil,
parce que le puits manque de relief ;
mais si j’exprime cela
Claudel répondra qu’il déteste les pessimistes.
Sa bouche s’ouvrira de chaque cété,
montrant ces dents du bas, fortes et rangées serré
qui lui donnent un air irrité, même quand il ne l’est pas.
—« On est devant quelque chose de trés important...
une des choses les plus importantes du monde...»
...« IL n’y a que les couchers de soleil qui,
chez nous,
osent des tons et des formes pareilles... »
...« On voit que le soleil est d’ici,
qu’il cherche a faire allusion a ceci,
quand il tombe... »
...« L’Amérique, pays de l’aprés-midi... heure des
présents magnifiques et insipides. »
Soudain,
IV’ambassadeur de France aux États-Unis
parle de Bach,
puis des derniers quatuors de Beethoven
qui ont certainement un sens
qu’on n’a pas encore découvert.
Il enfonce sur sa tête son petit chapeau
et plein d’une excitation silencieuse,
napoléonien, optimiste, naturel,
il nous quitte pour marcher tout seul dans la neige,
attaquant la route
comme il fonce sur les gens ou les idées,
en taureau de bas en haut.
Rien ne peut plus avoir raison de lui
que l’heure du déjeuner.
On dirait d’abord que cela ne se passe pas autrement qu’ailleurs.
Mais voici Claudel,
adossé a l’hétel El Tovar, au bord du désert interrompu.
I] ne pense pas qu’il fait froid.
Il regarde à travers ces grosses lunettes qu’il porte depuis le
[Japon,
et appuie de tout son poids sur le paysage.
Précipice
long- comme la route de Paris au Havre
et large de douze kilomètres.
Insurrection de rochers,
éboulements, terrasses effondrées,
dessinées comme les jeux de la nature à l’intérieur des agates.
Le vainqueur de la plus grande crevasse de la terre
c’est ce ruisseau, ce fil à la volonté tranchante,
Colorado
descendu au cœur de ce beurre passif, gris et rose.
Claudel avec enthousiasme,
désigne de l’autre cété de l’abîme,
des cités entières, ingurgitées,
des cirques,
des paquebots,
des acropoles.
—« On sent, dit-il, comme la volonté d’un architecte
de répéter tout le temps le même motif. »
Moi,
je regrette qu’il n’y ait pas de soleil,
parce que le puits manque de relief ;
mais si j’exprime cela
Claudel répondra qu’il déteste les pessimistes.
Sa bouche s’ouvrira de chaque cété,
montrant ces dents du bas, fortes et rangées serré
qui lui donnent un air irrité, même quand il ne l’est pas.
—« On est devant quelque chose de trés important...
une des choses les plus importantes du monde...»
...« IL n’y a que les couchers de soleil qui,
chez nous,
osent des tons et des formes pareilles... »
...« On voit que le soleil est d’ici,
qu’il cherche a faire allusion a ceci,
quand il tombe... »
...« L’Amérique, pays de l’aprés-midi... heure des
présents magnifiques et insipides. »
Soudain,
IV’ambassadeur de France aux États-Unis
parle de Bach,
puis des derniers quatuors de Beethoven
qui ont certainement un sens
qu’on n’a pas encore découvert.
Il enfonce sur sa tête son petit chapeau
et plein d’une excitation silencieuse,
napoléonien, optimiste, naturel,
il nous quitte pour marcher tout seul dans la neige,
attaquant la route
comme il fonce sur les gens ou les idées,
en taureau de bas en haut.
Rien ne peut plus avoir raison de lui
que l’heure du déjeuner.
Paul Éluard
Avis
La nuit qui précéda sa mort
Fut la plus courte de sa vie
L’idée qu’il existait encore
Lui bralait le sang aux poignets
Le poids de son corps l’écceurait
Sa force le faisait gémir
C’est tout au fond de cette horreur
Qwil a commencé 4a sourire
Il n’avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger il le savait
Et le jour se leva pour lui.
Fut la plus courte de sa vie
L’idée qu’il existait encore
Lui bralait le sang aux poignets
Le poids de son corps l’écceurait
Sa force le faisait gémir
C’est tout au fond de cette horreur
Qwil a commencé 4a sourire
Il n’avait pas UN camarade
Mais des millions et des millions
Pour le venger il le savait
Et le jour se leva pour lui.
Paul Éluard
Dit de la force de l’amour
Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a V’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère
Tl y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à lespoir
Pour tous les innocents qui haissent le mal
La lumière toujours est tout prés de s’éteindre
La vie toujours s’apprête a devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe
Et la chaleur aura raison des égoistes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert
Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue.
13 avril 1947.
POÉSIE ININTERROMPUE
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a V’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère
Tl y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à lespoir
Pour tous les innocents qui haissent le mal
La lumière toujours est tout prés de s’éteindre
La vie toujours s’apprête a devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe
Et la chaleur aura raison des égoistes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert
Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue.
13 avril 1947.
POÉSIE ININTERROMPUE
Paul Éluard
Gabriel Péri
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.
Paul Éluard
Liberté
Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom…
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom…
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Éluard
Liberté
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Paul Fort
La ronde autour du monde
Si toutes les filles du monde voulaient s’ donner la main, tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde.
Si tous les gars du monde voulaient bien êtr” marins, ils fraient avec leurs barques un joli pont sur l’onde.
Alors on pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient s’ donner la main.
Si tous les gars du monde voulaient bien êtr” marins, ils fraient avec leurs barques un joli pont sur l’onde.
Alors on pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient s’ donner la main.
Paul Scarron
Un amas confus de maisons…
Un amas confus de maisons,
Des crottes dans toutes les rues,
Ponts, Églises, Palais, Prisons,
Boutiques bien ou mal pourvues,
Force gens noirs, blancs, roux, grisons,
Des Prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons,
Des gens de plume aux mains crochues,
Maint poudré qui n’a point d’argent,
Maint homme qui craint le Sergent,
Maint Fanfaron qui toujours tremble,
Pages, Laquais, Voleurs de nuit,
Carrosses, chevaux, et grand bruit :
C’est là Paris, que vous en semble ?
Des crottes dans toutes les rues,
Ponts, Églises, Palais, Prisons,
Boutiques bien ou mal pourvues,
Force gens noirs, blancs, roux, grisons,
Des Prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons,
Des gens de plume aux mains crochues,
Maint poudré qui n’a point d’argent,
Maint homme qui craint le Sergent,
Maint Fanfaron qui toujours tremble,
Pages, Laquais, Voleurs de nuit,
Carrosses, chevaux, et grand bruit :
C’est là Paris, que vous en semble ?
Paul Verlaine
En l’honneur de Louise Michel
Madame et Pauline Roland,
Charlotte, Théroigne, Lucile,
Presque Jeanne d’Arc, étoilant
Le front de la foule imbécile,
Nom des cieux, cœur divin qu’exile
Cette espèce de moins que rien
France bourgeoise au dos facile,
Louise Michel est très bien.
Elle aime le Pauvre âpre et franc
Ou timide ; elle est la faucille
Dans le blé mûr pour le pain blanc
Du Pauvre, et la sainte Cécile,
Et la Muse rauque et gracile
Du Pauvre, et son ange gardien
À ce simple, à cet indocile.
Louise Michel est très bien.
Gouvernements de maltalent,
Mégathérium ou bacille,
Soldat brut, robin insolent,
Ou quelque compromis fragile,
Géant de boue aux pieds d’argile,
Tout cela, son courroux chrétien
L’écrase d’un mépris agile.
Louise Michel est très bien.
envoi
Citoyenne ! votre évangile,
On meurt pour ! c’est l’Honneur ! et bien
Loin des Taxil et des Bazile,
Louise Michel est très bien.
Charlotte, Théroigne, Lucile,
Presque Jeanne d’Arc, étoilant
Le front de la foule imbécile,
Nom des cieux, cœur divin qu’exile
Cette espèce de moins que rien
France bourgeoise au dos facile,
Louise Michel est très bien.
Elle aime le Pauvre âpre et franc
Ou timide ; elle est la faucille
Dans le blé mûr pour le pain blanc
Du Pauvre, et la sainte Cécile,
Et la Muse rauque et gracile
Du Pauvre, et son ange gardien
À ce simple, à cet indocile.
Louise Michel est très bien.
Gouvernements de maltalent,
Mégathérium ou bacille,
Soldat brut, robin insolent,
Ou quelque compromis fragile,
Géant de boue aux pieds d’argile,
Tout cela, son courroux chrétien
L’écrase d’un mépris agile.
Louise Michel est très bien.
envoi
Citoyenne ! votre évangile,
On meurt pour ! c’est l’Honneur ! et bien
Loin des Taxil et des Bazile,
Louise Michel est très bien.
Paul-Jean Toulet
C’était sur un chemin crayeux
C’était sur un chemin crayeux
Trois châtes de Provence
Qui s’en allaient d’un pas qui danse
Le soleil dans les yeux.
Une enseigne, – au bord de la route,
— Azur et jaune d’œuf –,
Annonçait : Vin de Châteauneuf,
Tonnelles, Casse-croûte.
Et, tandis que les suit trois fois
Leur ombre violette,
Noir pastou, sous la gloriette,
Toi, tu t’en fous : tu bois…
C’était trois châtes de Provence,
Des oliviers poudreux,
Et le mistral brûlant aux yeux
Dans un azur immense.
Trois châtes de Provence
Qui s’en allaient d’un pas qui danse
Le soleil dans les yeux.
Une enseigne, – au bord de la route,
— Azur et jaune d’œuf –,
Annonçait : Vin de Châteauneuf,
Tonnelles, Casse-croûte.
Et, tandis que les suit trois fois
Leur ombre violette,
Noir pastou, sous la gloriette,
Toi, tu t’en fous : tu bois…
C’était trois châtes de Provence,
Des oliviers poudreux,
Et le mistral brûlant aux yeux
Dans un azur immense.