Poèmes de ce thème
Nostalgie
Paul Verlaine
Promenade
Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars, entre les roseaux,
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi, j’errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l’étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j’errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l’épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ces ondes blêmes
Et les nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars, entre les roseaux,
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi, j’errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l’étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j’errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l’épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ces ondes blêmes
Et les nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.
Paul Verlaine
Soleils couchants
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
A des grands soleils
Couchants sur les grèves.
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
A des grands soleils
Couchants sur les grèves.
Paul Verlaine
Vœu
Ah ! les oaristys ! les premières maîtresses !
L’or des cheveux, l’azur des yeux, la fleur des chairs,
Et puis, parmi l’odeur des corps jeunes et chers,
La spontanéité craintive des caresses !
Sont-elles assez loin toutes ces allégresses
Et toutes ces candeurs ! Hélas ! toutes devers
Le printemps des regrets ont fui les noirs hivers
De mes ennuis, de mes dégoûts, de mes détresses !
Si que me voilà seul à présent, morne et seul,
Morne et désespéré, plus glacé qu’un aïeul,
Et tel qu’un orphelin pauvre sans sœur aînée.
O la femme à l’amour câlin et réchauffant,
Douce, pensive et brune, et jamais étonnée,
Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant !
L’or des cheveux, l’azur des yeux, la fleur des chairs,
Et puis, parmi l’odeur des corps jeunes et chers,
La spontanéité craintive des caresses !
Sont-elles assez loin toutes ces allégresses
Et toutes ces candeurs ! Hélas ! toutes devers
Le printemps des regrets ont fui les noirs hivers
De mes ennuis, de mes dégoûts, de mes détresses !
Si que me voilà seul à présent, morne et seul,
Morne et désespéré, plus glacé qu’un aïeul,
Et tel qu’un orphelin pauvre sans sœur aînée.
O la femme à l’amour câlin et réchauffant,
Douce, pensive et brune, et jamais étonnée,
Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant !
Paul-Jean Toulet
Contrerimes
L’immortelle et l’œillet de mer
Qui pousse dans le sable,
La pervenche trop périssable,
Ou ce fenouil amer
Qui craquait sous la dent des chèvres,
Ne vous en souvient-il,
Ni de la brise au sel subtil
Qui nous brûlait aux lèvres?
XLV
Molle rive dont le dessin
Est d’un bras qui se plie,
Colline de brume embellie
Comme se voile un sein,
Filaos au chantant ramage–
Que je meure et, demain,
Vous ne serez plus, si ma main
N’a fixé votre image.
LXIII
Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime,
Ne riez pas trop haut.
C’est à voix basse qu’on enchante
Sous la cendre d’hiver
Ce cœur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.
LXX
La vie est plus vaine une image
Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
Qu’y trace ton passage
M’enchante, et ton rire pareil
Au vif éclat des armes;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
Qui miraient le soleil.
Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton cœur:
C’est une étrange peine.
Qui pousse dans le sable,
La pervenche trop périssable,
Ou ce fenouil amer
Qui craquait sous la dent des chèvres,
Ne vous en souvient-il,
Ni de la brise au sel subtil
Qui nous brûlait aux lèvres?
XLV
Molle rive dont le dessin
Est d’un bras qui se plie,
Colline de brume embellie
Comme se voile un sein,
Filaos au chantant ramage–
Que je meure et, demain,
Vous ne serez plus, si ma main
N’a fixé votre image.
LXIII
Toute allégresse a son défaut
Et se brise elle-même.
Si vous voulez que je vous aime,
Ne riez pas trop haut.
C’est à voix basse qu’on enchante
Sous la cendre d’hiver
Ce cœur, pareil au feu couvert,
Qui se consume et chante.
LXX
La vie est plus vaine une image
Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
Qu’y trace ton passage
M’enchante, et ton rire pareil
Au vif éclat des armes;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
Qui miraient le soleil.
Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton cœur:
C’est une étrange peine.
Paul-Jean Toulet
Dans le silencieux automne
Dans le silencieux automne
D’un jour mol et joyeux,
Je t’écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.
Ces gammes de tes doigts hardis,
C’était déjà des gammes
Quand n’étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis ;
Et qu’aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d’or et d’argent
Mettaient l’aurore en fête.
D’un jour mol et joyeux,
Je t’écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.
Ces gammes de tes doigts hardis,
C’était déjà des gammes
Quand n’étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis ;
Et qu’aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d’or et d’argent
Mettaient l’aurore en fête.
Paul-Jean Toulet
Douce plage où naquit mon âme
Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l’Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;
Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d’ombre et de murmure,
Et de roucoulements ;
Où j’écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier
— Tandis qu’au loin riait la mer
Sur le corail sonore.
Et toi, savane en fleurs
Que l’Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;
Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d’ombre et de murmure,
Et de roucoulements ;
Où j’écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier
— Tandis qu’au loin riait la mer
Sur le corail sonore.
Paul-Jean Toulet
Iris, à son brillant mouchoir
Iris, à son brillant mouchoir,
De sept feux illumine
La molle averse qui chemine,
Harmonieuse à choir.
Ah, sur les roses de l’été,
Sois la mouvante robe,
Molle averse, qui me dérobe
Leur aride beauté.
Et vous, dont le rire joyeux
M’a caché tant d’alarmes,
Puissé-je voir enfin des larmes
Monter jusqu’à vos yeux.
De sept feux illumine
La molle averse qui chemine,
Harmonieuse à choir.
Ah, sur les roses de l’été,
Sois la mouvante robe,
Molle averse, qui me dérobe
Leur aride beauté.
Et vous, dont le rire joyeux
M’a caché tant d’alarmes,
Puissé-je voir enfin des larmes
Monter jusqu’à vos yeux.
Paul-Jean Toulet
La Cigale
Quand nous fûmes hors des chemins
Où la poussière est rose,
Aline, qui riait sans cause
En me touchant les mains ; –
L’Écho du bois riait. La terre
Sonna creux au talon.
Aline se tut : le vallon
Était plein de mystère…
Mais toi, sans lymphe ni sommeil,
Cigale en haut posée,
Tu jetais, ivre de rosée,
Ton cri triste et vermeil.
Où la poussière est rose,
Aline, qui riait sans cause
En me touchant les mains ; –
L’Écho du bois riait. La terre
Sonna creux au talon.
Aline se tut : le vallon
Était plein de mystère…
Mais toi, sans lymphe ni sommeil,
Cigale en haut posée,
Tu jetais, ivre de rosée,
Ton cri triste et vermeil.
Pierre de Ronsard
Quand je suis vingt ou trente mois
Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendômois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d’un remords et d’un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes.
Rochers, bien que soyez âgés
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ni d’état ni de forme ;
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit,
De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans
En l’hiver vos cheveux plaisants,
L’an d’après qui se renouvelle,
Renouvelle aussi votre chef ;
Mais le mien ne peut derechef
R’avoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verts les genoux,
Le corps habile, et la main bonne ;
Mais ores j’ai le corps plus dur,
Et les genoux, que n’est le mur
Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d’un cours qui ne séjourne ;
Et moi sans faire long séjour
Je m’en vais, de nuit et de jour,
Au lieu d’où plus on ne retourne…
Sans retourner en Vendômois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d’un remords et d’un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes.
Rochers, bien que soyez âgés
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ni d’état ni de forme ;
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit,
De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans
En l’hiver vos cheveux plaisants,
L’an d’après qui se renouvelle,
Renouvelle aussi votre chef ;
Mais le mien ne peut derechef
R’avoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous
Avoir jadis verts les genoux,
Le corps habile, et la main bonne ;
Mais ores j’ai le corps plus dur,
Et les genoux, que n’est le mur
Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez
Et vous menez et ramenez
Vos flots d’un cours qui ne séjourne ;
Et moi sans faire long séjour
Je m’en vais, de nuit et de jour,
Au lieu d’où plus on ne retourne…
Pierre de Ronsard
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »
Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »
Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ;
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard
Sonnet à Sinope
L’an se rajeunissait en sa verte jouvence
Quand je m’épris de vous, ma Sinope cruelle ;
Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,
Et votre teint sentait encore son enfance.
Vous aviez d’une infante encor la contenance,
La parole, et les pas ; votre bouche était belle,
Votre front et vos mains dignes d’une Immortelle,
Et votre œil, qui me fait trépasser quand j’y pense.
Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit,
Dans un marbre, en mon cœur d’un trait les écrivit ;
Et si pour le jourd’hui vos beautés si parfaites
Ne sont comme autrefois, je n’en suis moins ravi,
Car je n’ai pas égard à cela que vous êtes,
Mais au doux souvenir des beautés que je vis.
Quand je m’épris de vous, ma Sinope cruelle ;
Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,
Et votre teint sentait encore son enfance.
Vous aviez d’une infante encor la contenance,
La parole, et les pas ; votre bouche était belle,
Votre front et vos mains dignes d’une Immortelle,
Et votre œil, qui me fait trépasser quand j’y pense.
Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit,
Dans un marbre, en mon cœur d’un trait les écrivit ;
Et si pour le jourd’hui vos beautés si parfaites
Ne sont comme autrefois, je n’en suis moins ravi,
Car je n’ai pas égard à cela que vous êtes,
Mais au doux souvenir des beautés que je vis.
Pierre de Ronsard
Stances de la fontaine d’hélène
LE SECOND
Fontaine à tout jamais ta source soit pavée,
Non de menus gravois, de mousses ny d’herbis,
Mais bien de mainte Perle à bouillons enlevée,
De Diamants, Saphirs, Turquoises et Rubis.
LE PREMIER
Le Pasteur en tes eaux nulle branche ne jette,
Le Bouc de son ergot ne te puisse fouler ;
Ains comme un beau Crystal, tousjours tranquille et nette
Puisse-tu par les fleurs eternelle couler.
LE SECOND
Les Nymphes de ces eaux et les Hamadryades,
Que l’amoureux Satyte entre les bois poursuit,
Se tenans main à main, de sauts et de gambades,
Au rayons du Croissant y dansent toute nuit.
. . . . . .
LE PREMIER
Lune, qui as ta robbe en rayons estoilée,
Garde ceste fonteine aux jours les plus ardans ;
Defen-la pour jamais de chaud et de gelée,
Remply-la de rosée, et te mire dedans.
LE SECOND
Advienne apres mille ans qu’un Pastoureau desgoise
Mes amours, et qu’il conte aux Nymphes d’icypres,
Qu’un Vandomois mourut pour une Saintongeoise,
Et qu’encores son ame erre entre ces forests.
. . . . . .
Fontaine à tout jamais ta source soit pavée,
Non de menus gravois, de mousses ny d’herbis,
Mais bien de mainte Perle à bouillons enlevée,
De Diamants, Saphirs, Turquoises et Rubis.
LE PREMIER
Le Pasteur en tes eaux nulle branche ne jette,
Le Bouc de son ergot ne te puisse fouler ;
Ains comme un beau Crystal, tousjours tranquille et nette
Puisse-tu par les fleurs eternelle couler.
LE SECOND
Les Nymphes de ces eaux et les Hamadryades,
Que l’amoureux Satyte entre les bois poursuit,
Se tenans main à main, de sauts et de gambades,
Au rayons du Croissant y dansent toute nuit.
. . . . . .
LE PREMIER
Lune, qui as ta robbe en rayons estoilée,
Garde ceste fonteine aux jours les plus ardans ;
Defen-la pour jamais de chaud et de gelée,
Remply-la de rosée, et te mire dedans.
LE SECOND
Advienne apres mille ans qu’un Pastoureau desgoise
Mes amours, et qu’il conte aux Nymphes d’icypres,
Qu’un Vandomois mourut pour une Saintongeoise,
Et qu’encores son ame erre entre ces forests.
. . . . . .
Pierre de Ronsard
Sur la mort de Marie
Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;
La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;
Mais, battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;
La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;
Mais, battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.
Pierre Dhainaut
Mais ceux que l’on donne pour morts, la nuit…
Mais ceux que l’on donne pour morts, la nuit
épaisse, la nuit assurément la nôtre,
si une suie s’étale, qui les recouvre,
du froid dans le froid général… Responsables,
nos regards, depuis quand n’ont-ils pas vu d’arbres ?
Et depuis quand n’avons-nous pas dit « aulnes »,
« peupliers », « platanes », chassant l’horizon,
aiguisant l’ouïe comme au sein des légendes ?
La neige en juin ou une veille de Noël
franchit les paupières d’enfants :
des pas reviendraient, se rapprocheraient,
resteraient inaudibles. On préfère
déclarer que les vitres sont sales,
les rues démesurées, sans lendemain
les nuits, les nuits de l’écriture.
épaisse, la nuit assurément la nôtre,
si une suie s’étale, qui les recouvre,
du froid dans le froid général… Responsables,
nos regards, depuis quand n’ont-ils pas vu d’arbres ?
Et depuis quand n’avons-nous pas dit « aulnes »,
« peupliers », « platanes », chassant l’horizon,
aiguisant l’ouïe comme au sein des légendes ?
La neige en juin ou une veille de Noël
franchit les paupières d’enfants :
des pas reviendraient, se rapprocheraient,
resteraient inaudibles. On préfère
déclarer que les vitres sont sales,
les rues démesurées, sans lendemain
les nuits, les nuits de l’écriture.
Pierre Reverdy
Sur’ le’ seuil
Dans le coin où elle s’est blottie
Tristesse ou vide
Le vent tourne
On entend un cri
Personne n’a voulu se plaindre
Mais la lampe vient de s’éteindre
Et passe sans faire de bruit
Une main tiède
Sur tes paupières
Ou pèse la journée finie
Tout se dresse
Et dans le monde qui se presse
Les objets mêlés à la nuit
La forme que j’avais choisie
Si la lumière .
Revivait comme on se réveille
Il resterait dans mon oreille
La voix joyeuse qui la veille
En rentrant m’avait poursuivi
Tristesse ou vide
Le vent tourne
On entend un cri
Personne n’a voulu se plaindre
Mais la lampe vient de s’éteindre
Et passe sans faire de bruit
Une main tiède
Sur tes paupières
Ou pèse la journée finie
Tout se dresse
Et dans le monde qui se presse
Les objets mêlés à la nuit
La forme que j’avais choisie
Si la lumière .
Revivait comme on se réveille
Il resterait dans mon oreille
La voix joyeuse qui la veille
En rentrant m’avait poursuivi
Pierre Jean Jouve
Hier aujourd’hui demain
Bruit des chairs de l’été immobiles clairs vents
Et lourdeur virginale des cols les plus frais
Et charités des rochers pour les saxifrages
Ciels sans humanité.
Rien ne me permettrait de mourir si les cœurs
Avec grâce avec larmes ne s’assassinaient
Et si pendant que tu refermes ton
Ventre je ne perdais tout pour jamais.
Pierres perdues laissées là-bas en pleine écume
Écorces mortes mousse évanouie fleurs flétries
Lumière des forêts et vous autres perdues
Sources gelées de roche
Amante évanouie!
La nuit longtemps dévouée à la nuit
Tout à coup se poursuit dans l’ombre et devient l’azur.
Et lourdeur virginale des cols les plus frais
Et charités des rochers pour les saxifrages
Ciels sans humanité.
Rien ne me permettrait de mourir si les cœurs
Avec grâce avec larmes ne s’assassinaient
Et si pendant que tu refermes ton
Ventre je ne perdais tout pour jamais.
Pierres perdues laissées là-bas en pleine écume
Écorces mortes mousse évanouie fleurs flétries
Lumière des forêts et vous autres perdues
Sources gelées de roche
Amante évanouie!
La nuit longtemps dévouée à la nuit
Tout à coup se poursuit dans l’ombre et devient l’azur.
Pierre Jean Jouve
Mozart
A Tor quand j’écoutais ton arc-en-ciel d’été:
Le bonheur y commence à mi-hauteur des airs
Les glaives du chagrin
Sont recouverts par mille effusions de nuages et d’oiseaux,
Une ancolie dans la prairie pour plaire au jour
A été oubliée par la faux,
Nostalgie délivrée tendresse si amère
Connaissez-vous Salzburg à six heures 1’été
Frissonnement plaisir le soleil est couché est bu par un nuage.
Frissonnement — à Salzburg en été
O divine gaîté tu vas mourir captive ô jeunesse inventée
Mais un seul jour encore entoure ces vraies collines,
Il a plu, fin d’orage. O divine gaîté
Le bonheur y commence à mi-hauteur des airs
Les glaives du chagrin
Sont recouverts par mille effusions de nuages et d’oiseaux,
Une ancolie dans la prairie pour plaire au jour
A été oubliée par la faux,
Nostalgie délivrée tendresse si amère
Connaissez-vous Salzburg à six heures 1’été
Frissonnement plaisir le soleil est couché est bu par un nuage.
Frissonnement — à Salzburg en été
O divine gaîté tu vas mourir captive ô jeunesse inventée
Mais un seul jour encore entoure ces vraies collines,
Il a plu, fin d’orage. O divine gaîté
Raymond Queneau
L’île
Miettes de vie discontinues sous l’âpre soleil de fructidor figues
sèches dattes historiques pruneaux d’âge ingrat petites journées
rus secs gués tristes soleil qui dort deux mois dans une Île déserte
à croire qu’on n’en reviendra pas et puis voilà les feuilles qui tom-
bent
avec les belles pluies d’automne
l’eau pétrit la poussière et l’année va renaître
continue continue pour qui n’est jamais seul
sèches dattes historiques pruneaux d’âge ingrat petites journées
rus secs gués tristes soleil qui dort deux mois dans une Île déserte
à croire qu’on n’en reviendra pas et puis voilà les feuilles qui tom-
bent
avec les belles pluies d’automne
l’eau pétrit la poussière et l’année va renaître
continue continue pour qui n’est jamais seul
René Guy Cadou
Saisons du cœur
Je ne sais plus si c’est ma joie
Si c’est ma peine
Si dimanche commence ou finit la semaine
Il est trop tard
On parle de l’amour
Et toujours sans savoir
Les mots s’envolent
Il y a des baisers coulés dans les paroles
Des larmes sur la main
Un grand ciel de printemps au fond du lendemain.
Un grand soleil
La nuit mon cœur qui bat trop fort
Et me réveille
Les ailes des oiseaux sur la gorge du vent
Tous ces matins perdus
Ces haines a renaître
Et ceux qui ne voudront jamais me reconnaitre.
Si c’est ma peine
Si dimanche commence ou finit la semaine
Il est trop tard
On parle de l’amour
Et toujours sans savoir
Les mots s’envolent
Il y a des baisers coulés dans les paroles
Des larmes sur la main
Un grand ciel de printemps au fond du lendemain.
Un grand soleil
La nuit mon cœur qui bat trop fort
Et me réveille
Les ailes des oiseaux sur la gorge du vent
Tous ces matins perdus
Ces haines a renaître
Et ceux qui ne voudront jamais me reconnaitre.
Renée Vivien
Ils pleurent vers le Soir…
Le jardin et le calme et la lumière basse,
Et tous mes souvenirs qui pleurent vers le soir…
La douceur d’être seule et triste et de m’asseoir
Dans l’ombre, de ne plus sourire et d’être lasse…
Parmi les frondaisons rôdent d’anciens soupirs,
Et le bonheur lui-même est incertain et tremble.
Je suis une qui se recueille et je rassemble
Mes souvenirs, mes souvenirs, mes souvenirs…
Ils se glissent, ainsi que des ombres furtives,
Les mains vides et les yeux éteints, en des prés
Sans odeurs et que nul printemps n’a diaprés.
Leurs pas ne laissent point d’empreinte sur les rives.
Ils ne contiennent plus leurs sanglots étouffants.
D’aucuns, aux yeux ternis, telles de vieilles lames,
Pleurent en se voilant, comme pleurent les femmes ;
D’autres pleurent sans honte, ainsi que les enfants.
Je suis seule, je ne suis plus une amoureuse,
Et je n’adore plus un sourire enchâssé
Par le couchant : je me cherche dans mon passé,
Et j’évoque le temps où j’étais moins heureuse.
… Plus légers qu’un oiseau, plus frêles qu’un hochet,
Voici les souvenirs lointains de mon enfance.
Ils courent, leurs rubans sont couleur d’espérance,
Leurs jupes ont encore une odeur de sachet.
Et maintenant, voici les souvenirs funèbres,
Ils passent, dédaigneux du rêve et de l’effort
Et couronnés des violettes de la mort ;
Leurs vêtements de deuil se mêlent aux ténèbres.
Je rêve sans ardeur, tels les pâles reclus…
La Loreley que j’ai cruellement aimée
S’évanouit ainsi qu’une blonde fumée
Et je sens aujourd’hui que je ne l’aime plus.
Puis, un souvenir rit, et son rire chevrote…
— Ce rire de vieille où se fêle la gaîté !… –
Dans le jardin, que baigne un silence attristé,
L’ombre verte se creuse à l’égal d’une grotte.
Je n’ai plus de ferveur, je n’ai plus de désirs,
Je ne veux que la paix du jardin et de l’heure…
Il me semble qu’hier j’étais un peu meilleure…
Qu’on me laisse pleurer avec mes souvenirs…
Et tous mes souvenirs qui pleurent vers le soir…
La douceur d’être seule et triste et de m’asseoir
Dans l’ombre, de ne plus sourire et d’être lasse…
Parmi les frondaisons rôdent d’anciens soupirs,
Et le bonheur lui-même est incertain et tremble.
Je suis une qui se recueille et je rassemble
Mes souvenirs, mes souvenirs, mes souvenirs…
Ils se glissent, ainsi que des ombres furtives,
Les mains vides et les yeux éteints, en des prés
Sans odeurs et que nul printemps n’a diaprés.
Leurs pas ne laissent point d’empreinte sur les rives.
Ils ne contiennent plus leurs sanglots étouffants.
D’aucuns, aux yeux ternis, telles de vieilles lames,
Pleurent en se voilant, comme pleurent les femmes ;
D’autres pleurent sans honte, ainsi que les enfants.
Je suis seule, je ne suis plus une amoureuse,
Et je n’adore plus un sourire enchâssé
Par le couchant : je me cherche dans mon passé,
Et j’évoque le temps où j’étais moins heureuse.
… Plus légers qu’un oiseau, plus frêles qu’un hochet,
Voici les souvenirs lointains de mon enfance.
Ils courent, leurs rubans sont couleur d’espérance,
Leurs jupes ont encore une odeur de sachet.
Et maintenant, voici les souvenirs funèbres,
Ils passent, dédaigneux du rêve et de l’effort
Et couronnés des violettes de la mort ;
Leurs vêtements de deuil se mêlent aux ténèbres.
Je rêve sans ardeur, tels les pâles reclus…
La Loreley que j’ai cruellement aimée
S’évanouit ainsi qu’une blonde fumée
Et je sens aujourd’hui que je ne l’aime plus.
Puis, un souvenir rit, et son rire chevrote…
— Ce rire de vieille où se fêle la gaîté !… –
Dans le jardin, que baigne un silence attristé,
L’ombre verte se creuse à l’égal d’une grotte.
Je n’ai plus de ferveur, je n’ai plus de désirs,
Je ne veux que la paix du jardin et de l’heure…
Il me semble qu’hier j’étais un peu meilleure…
Qu’on me laisse pleurer avec mes souvenirs…
Robert Brasillach
Vienne la nuit
Vienne la nuit que je m’embarque,
Loin des murs que fait ma prison :
Elle suffit pour qu’ils s’écartent,
Je retrouve mes horizons.
Que m’importe si l’on me parque!
La Nuit abat toutes cloisons.
Avec la Nuit je me promène
Sous le soleil des jours anciens.
Je ne vois plus ce qui m’enchaîne,
Le sommeil brise le destin :
Voici la mer, voici la Seine,
Voici les fraîches joues des miens.
Comme dans les camps d’Allemagne,
Chaque nuit, ô Nuit, tu reviens
Me rendre tout ce qu’on éloigne.
Je ferme les yeux sous tes mains,
Je m’embarque, tu m’accompagnes,
Me caresses jusqu’au matin.
Ô Nuit, ô seul trésor pareil
Pour l’homme libre ou le proscrit,
Je t’ai donc retrouvée, merveille,
Après trois ans te revoici!
Je me rends à ton cher soleil,
Enlève-moi comme jadis.
Sur la paille où sont les soldats,
Tu m’apportais les mêmes songes
Qu’aux heureux dont je n’étais pas.
Aujourd’hui, vers toi je replonge,
Ô secourable, 6 toujours là,
OÔ Nuit qui n’as pas de mensonges.
Loin des murs que fait ma prison :
Elle suffit pour qu’ils s’écartent,
Je retrouve mes horizons.
Que m’importe si l’on me parque!
La Nuit abat toutes cloisons.
Avec la Nuit je me promène
Sous le soleil des jours anciens.
Je ne vois plus ce qui m’enchaîne,
Le sommeil brise le destin :
Voici la mer, voici la Seine,
Voici les fraîches joues des miens.
Comme dans les camps d’Allemagne,
Chaque nuit, ô Nuit, tu reviens
Me rendre tout ce qu’on éloigne.
Je ferme les yeux sous tes mains,
Je m’embarque, tu m’accompagnes,
Me caresses jusqu’au matin.
Ô Nuit, ô seul trésor pareil
Pour l’homme libre ou le proscrit,
Je t’ai donc retrouvée, merveille,
Après trois ans te revoici!
Je me rends à ton cher soleil,
Enlève-moi comme jadis.
Sur la paille où sont les soldats,
Tu m’apportais les mêmes songes
Qu’aux heureux dont je n’étais pas.
Aujourd’hui, vers toi je replonge,
Ô secourable, 6 toujours là,
OÔ Nuit qui n’as pas de mensonges.
Saint-John Perse
Éloges
… Or ces eaux calmes sont de lait et tout ce qui s’épanche aux solitudes molles du matin. Le pont lavé, avant le jour, d’une eau pareille en songe au mélange de l’aube, fait une belle relation du ciel. Et l’enfance adorable du jour, par la treille des tentes roulées, descend à même ma chanson.
Enfance, mon amour, n’était-ce que cela ?.….
Enfance, mon amour. ce double anneau de l’œil et l’aisance d’aimer…
Il fait si calme et puis si tiède, il fait si continuel aussi, qu’il est étrange d’être là, mêlé des mains à la facilité du jour.
Enfance, mon amour! il n’est que de céder. Et l’ai-je dit, alors? je ne veux plus même de ces linges
à remuer là, dans l’incurable, aux solitudes vertes du matin. Et l’ai-je dit, alors? il ne faut que servir
comme de vieille corde. Et ce cœur, et ce cœur, là ! qu’il traîne sur les ponts, plus humble et plus sauvage et plus, qu’un vieux faubert,
exténué…
Enfance, mon amour, n’était-ce que cela ?.….
Enfance, mon amour. ce double anneau de l’œil et l’aisance d’aimer…
Il fait si calme et puis si tiède, il fait si continuel aussi, qu’il est étrange d’être là, mêlé des mains à la facilité du jour.
Enfance, mon amour! il n’est que de céder. Et l’ai-je dit, alors? je ne veux plus même de ces linges
à remuer là, dans l’incurable, aux solitudes vertes du matin. Et l’ai-je dit, alors? il ne faut que servir
comme de vieille corde. Et ce cœur, et ce cœur, là ! qu’il traîne sur les ponts, plus humble et plus sauvage et plus, qu’un vieux faubert,
exténué…
Saint-John Perse
Les cloches
Vieil homme aux mains nues,
remis entre les hommes, Crusoé!
tu pleurais, j’imagine, quand des tours
de l’Abbaye, comme un flux, s’épanchait le
sanglot des cloches sur la Ville...
O Dépouillé!
Tu pleurais de songer aux brisants sous
la lune ; aux sifflements de rives plus loin-
taines ; aux musiques étranges qui naissent
et s’assourdissent sous l’aile close de la nuit,
pareilles aux cercles enchainés que sont
les ondes d’une conque, a l’amplification de
clameurs sous la mer...
(EUVRE POÉTIQUE, I, Images & Crusoé.
remis entre les hommes, Crusoé!
tu pleurais, j’imagine, quand des tours
de l’Abbaye, comme un flux, s’épanchait le
sanglot des cloches sur la Ville...
O Dépouillé!
Tu pleurais de songer aux brisants sous
la lune ; aux sifflements de rives plus loin-
taines ; aux musiques étranges qui naissent
et s’assourdissent sous l’aile close de la nuit,
pareilles aux cercles enchainés que sont
les ondes d’une conque, a l’amplification de
clameurs sous la mer...
(EUVRE POÉTIQUE, I, Images & Crusoé.
Stéphane Mallarmé
Soupir
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
— Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
— Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.