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Poèmes de ce thème

Solitude

Aimé Césaire

Aimé Césaire

calendrier lagunaire

j’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable
j’habite un voyage de mille ans
j’habite une guerre de trois cents ans
j’habite un culte désaffecté
entre bulbe et caïeu j’habite l’espace inexploité
j’habite un basalte non une coulée
mais de la lave le mascaret
qui remonte la valleuse à toute allure
et brûle toute les mosquées
je m’accommode de mon mieux de cet avatar
d’une version du paradis absurdement ratée
— c’est bien pire qu’un enfer –
j’habite de temps en temps une de mes plaies
chaque minute je change d’appartement
et toute paix m’effraie

tourbillon de feu
ascidie comme nulle autre poussières
de monde égarés
ayant craché volcan mes entrailles d’eau vive
je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets

j’habite donc une vaste pensée
mais le plus souvent je préfère me confiner
dans la plus petite de mes idées
ou bien j’habite une formule magique
les seuls premiers mots
tout le reste étant oublié
j’habite l’embâcle
j’habite la débâcle
j’habite le pan d’un grand désastre
j’habite le plus souvent le pis le plus sec
du piton le plus efflanqué – la louve de ces nuages –
j’habite l’auréole des cactacées
j’habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine
de l’arganier le plus désolé
à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte
bathyale ou abyssale
j’habite le trou des poulpes
je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe

frère n’insistez pas
vrac de varech
m’accrochant en cuscute
ou me déployant en porana
c’est tout un
et que le flot roule
et que ventouse le soleil
et que flagelle le vent
ronde bosse de mon néant

la pression atmosphérique ou plutôt l’historique
agrandit démesurément mes maux
même si elle rend somptueux certains de mes mots
Alfred de Vigny

Alfred de Vigny

Moïse

… Et, debout devant Dieu, Moïse ayant pris place,
Dans le nuage obscur lui parlait face à face.

Il disait au Seigneur : « Ne finirai-je pas ?
Où voulez-vous encor que je porte mes pas ?
Je vivrai donc toujours puissant et solitaire ?
Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre !
— Que vous ai-je donc-fait pour être votre élu ?
J’ai conduit votre peuple où vous avez voulu.
Voilà que son pied touche à la terre promise.
De vous à lui qu’un autre accepte l’entremise,
Au coursier d’Israël qu’il attache le frein ;
Je lui lègue mon livre et la verge d’airain.

« Pourquoi vous fallut-il tarir mes espérances,
Ne pas me laisser homme avec mes ignorances,
Puisque du mont Horeb jusques au mont Nébo
Je n’ai pas pu trouver le lieu de mon tombeau ?
Hélas ! vous m’avez fait sage parmi les sages !
Mon doigt du peuple errant a guidé les passages.
J’ai fait pleuvoir le feu sur la tête des rois ;
L’avenir à genoux adorera mes lois ;
Des tombes des humains j’ouvre la plus antique,
La mort trouve à ma voix une voix prophétique,
Je suis très grand, mes pieds sont sur les nations,
Ma main fait et défait les générations.
Hélas ! je suis, Seigneur, puissant et solitaire,
Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre !…

… « Sitôt que votre souffle a rempli le berger,
Les hommes se sont dit : « Il nous est étranger » ;
Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,
Car ils venaient, hélas ! d’y voir plus que mon âme.
J’ai vu l’amour s’éteindre et l’amitié tarir ;
Les vierges se voilaient et craignaient de mourir.
M’enveloppant alors de la colonne noire,
J’ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloire,
Et j’ai dit dans mon cœur : Que vouloir à présent ?
Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant,
Ma main laisse l’effroi sur la main qu’elle touche,
L’orage est dans ma voix, l’éclair est sur ma bouche ;
Aussi, loin de m’aimer, voilà qu’ils tremblent tous,
Et, quand j’ouvre les bras, on tombe à mes genoux.
O Seigneur ! j’ai vécu puissant et solitaire,
Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre ! »…
Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine

L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire ;
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
Amable Tastu

Amable Tastu

La mendiante

Le jour fuit, la nuit tombe, et ses ombres glacées
Ajoutent leur tristesse à mes tristes pensées !
Pour moi, tout est besoin, souffrance, isolement ;
Mon feu s’éteint, mon corps languit sans aliment ;
J’ai froid, j’ai faim. Pourtant du fond de mon asile
J’entends le bruit joyeux des plaisirs de la ville.
Dans ces jours de folie et de brillants loisirs,
Qui pourrait refuser à mes humbles désirs
Le pain qui soutiendrait ma débile existence !
Sortons, et des passants réclamons l’assistance :
Que du moins leur secours m’empêche d’expirer,
Si je puis me résoudre, hélas ! à l’implorer !…

Mon cœur bat, mes genoux fléchissent, et ma bouche
Craint de ne pas trouver un accent qui les touche !…
Madame !… ils passent tous… Monsieur !… Sur leur chemin
Vainement le malheur tend sa tremblante main :
À la pitié leur âme est à jamais fermée,
Ou ma voix à prier est mal accoutumée ;
Hélas !…
Quels doux concerts ! quels sons pleins de gaîté !
Dans ces salons, où brille une vive clarté,
Retentissent ces airs, doux signal de la danse ;
J’écoute en soupirant leur rapide cadence.
Charme de la jeunesse, accords jadis connus,
Beaux jours de mes beaux ans, qu’êtes-vous devenus ?
Loin d’un monde orgueilleux, les fêtes du village,
Un rustique instrument et le bal sous l’ombrage,
Me donnaient des plaisirs qui valaient tous les siens :
À ses loisirs pompeux je préférais les miens.
Ô moments fugitifs de mon adolescence,
Qu’embellissaient la paix, l’espoir et l’innocence,
J’en atteste aujourd’hui votre doux souvenir,
Je ne demandais rien au douteux avenir,
Rien, que de me laisser sans regrets, sans envie,
Suivre le cours obscur d’une paisible vie !
Eh bien ! fortune, amis, espoir, j’ai tout perdu.
Quand je réclame en vain le bonheur qui m’est dû,
Vous, favoris du sort, bercés par la mollesse,
Vous osez m’étaler cet éclat qui me blesse !
Je vis dans la douleur, vous vivez dans les jeux ;
Pourquoi vous plus que moi ? pourquoi vous seuls heureux ?
Tandis qu’autour de vous tout respire la joie,
Que vos ombres, glissant sur ces rideaux de soie,
Décèlent vos plaisirs, moi, je souffre et je meurs.
Ah ! du moins, que mes cris, mes sinistres clameurs,
S’élèvent jusqu’à vous et troublent votre ivresse.
Frémissez à l’accent d’une voix vengeresse !
Puissent ces gais concerts, ce doux bruit d’instruments,
Se transformer pour vous en sourds gémissements !
Qu’au fond de ces miroirs, brillants de vos images,
La Misère et la Faim de leurs pâles visages
Sur vos fronts consternés épouvantent les Ris !
Puissent sur vous enfin peser de tout leur prix
Ces colliers, ces bandeaux, ces coûteuses parures,
Dont le luxe odieux insulte à mes tortures…
Allez, soyez maudits !… Je m’égare… Grand Dieu !
Qu’ai-je fait ! qu’ai-je dit, hélas ! et dans quel lieu !
Cet amer désespoir, ces criminelles plaintes,
D’un temple révéré souillaient les marches saintes !…
J’essaie à me soumettre et je l’essaie en vain ;
En vain un froid mortel se glisse dans mon sein :
Cette félicité, qui se cache à ma vue,
Je ne veux point mourir sans l’avoir entrevue !
Pardonnez-moi ! Seigneur ! Je suis faible ; ma voix
S’élève encor vers vous une dernière fois ;
Parlez, Dieu tout-puissant ! de ces biens de la vie,
Me rendrez-vous ailleurs la part qui m’est ravie ?…
Ce bonheur fugitif, que j’espérai longtemps,
Je ne l’ai point goûté, Seigneur, et je l’attends !
François Villon

François Villon

Épître à ses amis

Ayez pitié, ayez pitié de moi,
Vous au moins, s’il vous plaît, mes amis !
Je gis dans une fosse, non sous des branches de houx ou d’églantier,
Dans ce lieu de relégation où m’a conduit
Fortune, comme Dieu l’a permis.
Filles qui aimez les jeunes gens nouveaux,
Danseurs, acrobates qui lancez le pied en arrière,
Vifs comme la flèche, acérés comme l’aiguillon,
Le gosier tintant clair comme des grelots,
Le laisserez-vous là, le pauvre Villon ?

Chanteurs chantant à plaisir, sans loi,
Galants rieurs, agréables en actes et en paroles,
Vagabonds allant sans or faux, sans pièces d’alliage,
Gens d’esprit, un peu insouciants,
Vous tardez trop, car lui meurt pendant ce temps.
Faiseurs de lais, de motets, de rondeaux,
Quand il sera mort, vous lui ferez des bouillons chauds !
Là où il gît n’entre ni éclair ni tempête ;
D’épais murs on lui a fait des bandeaux.
Le laisserez-vous là, le pauvre Villon ?

Venez le voir dans cet état pitoyable,
Nobles seigneurs, exempts de taxes et de dîmes,
Qui ne dépendez ni d’empereur ni de roi,
Mais seulement de Dieu de paradis ;
Il lui faut jeûner les dimanches et les mardis,
Ses dents en deviennent plus longues que des râteaux ;
Après le pain sec – et non des gâteaux –,
Il verse de l’eau à gros bouillon dans ses boyaux,
Par terre – il n’a ni table ni tréteaux.
Le laisserez-vous là, le pauvre Villon ?

Princes que j’ai nommés, vieux et jeunes,
Obtenez-moi des grâces et des sceaux royaux
Et hissez-moi en quelque panier.
Ainsi le font les uns pour les autres les pourceaux :
Quand l’un gémit, les autres accourent en troupeaux.
Le laisserez-vous là, le pauvre Villon ?
Georges Schehadé

Georges Schehadé

Ma solitude n’à pas été bonne

Ma solitude au bord de la nuit
N’a pas été bonne
Ma solitude n’a pas été tendre
A la fin de la journée au bord de la nuit
Comme une Ame qu’on a suivie sans plus attendre
L’ayant reconnue pour sœur.

Ma solitude n’a pas été bonne
Comme celle qu’on a suivie
Sans plus attendre choisie
Comme une épouse inébranlable
Pour la maison de notre vie
Et le cercueil de notre mort
Gardien de nos os silencieux
Dont notre Ame se détache.

Ma solitude au bord de la nuit
N’a pas été cette amie
L’accompagnement de cette gardienne
La profondeur claire de ce puits
Le lieu retrait de notre amour
Ow notre cœur se noue et se dénoue
Au centre de notre attente.
Elle nous est venue comme une folie par surprise
Comme une eau qui monte
Et s’infiltre au-dedans
Par les fissures de notre carcasse
Par tous les trous de notre architecture
Mal recouverte de chair
Et que laissent ouverte
Les vers de notre putréfaction.

Elle est venue une infidélité
Comme une fille de mauvaise vie
Qu’on a suivie
Pour s’en aller
Elle est venue pour nous ravir et pour nous lâcher.
Dans le cercle de notre lâcheté
Elle est venue pour nous voler
Et nous laisser désemparé
Elle est venue pour nous séparer

Alors l’Ame en peine la-bas
C’est nous qu’on ne rejoint pas
C’est moi que j’ai déserté
C’est mon Ame qui fait cette promenade cruelle
Toute nue au froid désert
Durant que je me livre a cet arrêt tout seul
A cette solitude fermée
Pour ne pas prendre part au terrible jeu
A l’exigence de toutes ces petites
Secondes irremplagables,

Et quelle ombre au bord du parvis
Quelle ombre lumineuse amie
Attend les pas de nos déroutes
Que nulle pitié n’a suivie
Ni la nétre.

POESIES COMPLETES.
Jean de La Fontaine

Jean de La Fontaine

Le songe d’un habitant du Mogol

Jadis certain mogol vit en songe un vizir
Aux champs élysiens possesseur d’un plaisir
Aussi pur qu’infini, tant en prix qu’en durée :
Le même songeur vit en une autre contrée
Un ermite entouré de feux,
Qui touchait de pitié même les malheureux.
Le cas parut étrange et contre l’ordinaire :
Minos en ces deux morts semblait s’être mépris.
Le dormeur s’éveilla, tant il en fut surpris.
Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,
Il se fit expliquer l’affaire.
L’interprète lui dit : « Ne vous étonnez point :
Votre songe a du sens ; et, si j’ai sur ce point
Acquis tant soit peu d’habitude,
C’est un avis des dieux. Pendant l’humain séjour,
Ce vizir quelquefois cherchait la solitude ;
Cet ermite aux vizirs allait faire sa cour. »

Si j’osais ajouter au mot de l’interprète,
J’inspirerais ici l’amour de la retraite :
Elle offre à ses amants des biens sans embarras,
Biens purs, présents du Ciel, qui naissent sous les pas.
Solitude, où je trouve une douceur secrète,
Lieux que j’aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ?
Oh ! qui m’arrêtera sous vos sombres asiles !
Quand pourront les neuf Sœurs, loin des cours et des villes,
M’occuper tout entier, et m’apprendre des cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux,
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ?
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
Du moins que les ruisseaux m’offrent de doux objets !
Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !
La Parque à filets d’or n’ourdira point ma vie,
Je ne dormirai point sous de riches lambris :
Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?
En est-il moins profond, et moins plein de délices ?
Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.
Quand le moment viendra d’aller trouver les morts,
J’aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.
Jules Laforgue

Jules Laforgue

Dimanches

Bref, j’allais me donner d’un “Je vous aime”
Quand je m’avisai non sans peine
Que d’abord je ne me possédais pas bien moi-même.

(Mon Moi, c’est Galathée aveuglant Pygmalion!
Impossible de modifier cette situation.)

Ainsi donc, pauvre, pâle et piètre individu
Qui ne croit à son Moi qu’à ses moments perdus,
Je vis s’effacer ma fiancée
Emportée par le cours des choses,
Telle l’épine voit s’effeuiller,
Sous prétexte de soir sa meilleure rose.

Or, cette nuit anniversaire, toutes les Walkyries du vent
Sont revenues beugler par les fentes de ma porte:
Vae soli!
Mais, ah! qu’importe!
Il fallait m’en étourdir avant!
Trop tard! ma petite folie est morte!
Qu’importe Vae soli!
Je ne retrouverai plus ma petite folie.

Le grand vent bâillonné,
S’endimanche enfin le ciel du matin.
Et alors, eh! allez donc, carillonnez,
Toutes cloches des bons dimanches!
Et passez layettes et collerettes et robes blanches
Dans un frou-frou de lavande et de thym
Vers l’encens et les brioches!
Tout pour la famille, quoi! Vae soli! C’est certain.

La jeune demoiselle à l’ivoirin paroissien
Modestement rentre au logis.
On le voit, son petit corps bien reblanchi
Salt qu’il appartient
A un tout autre passé que le mien!

Mon corps, ô ma soeur, a bien mal à sa belle àme…

Oh! voilà que ton piano
Me recommence, si natal maintenant!
Et ton coeur qui s’ignore s’y ânonne
En ritournelles de bastringues à tout venant,
Et ta pauvre chair s’y fait mal!…
A moi, Walkyries!
Walkyries des hypocondries et des tueries!

Ah! que je te les tordrais avec plaisir,
Ce corps bijou, ce cœur à ténor,
Et te dirais leur fait, et puis encore
La manière de s’en servir
De s’en servir à deux,
Si tu voulais seulement m’approfondir ensuite un peu!

Non, non! C’est sucer la chair d’un coeur élu,
Adorer d’incurables organes
S’entrevoir avant que les tissus se fanent
En monomanes, en reclus!

Et ce n’est pas sa chair qui me serait tout,
Et je ne serais pas qu’un grand cœur pour elle,
Mais quoi s’en aller faire les fous
Dans des histoires fraternelles!
L’âme et la chair, la chair et l’âme,
C’est l’Esprit édénique et fier
D’être un peu l’Homme avec la Femme.

En attendant, oh! garde-toi des coups de tête,
Oh! file ton rouet et prie et reste honnête.

– Allons, dernier des poètes,
Toujours enfermé tu te rendras malade!
Vois, il fait beau temps tout le monde est dehors,
Va donc acheter deux sous d’ellébore,
Ça te fera une petite promenade.
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